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L’expérience touristique, une réelle valeur économique

TTRA, Montréal, juin 2004 – Compte rendu de la conférence prononcée par Joe Pine de la firme Strategic Horizons LLP, intitulée «The Experience Economy».

Selon monsieur Pine, lorsque le consommateur échange une somme d’argent contre du temps au sein d’une entreprise, cela signifie que cette dernière lui permet de vivre une expérience. Plusieurs facteurs, la plupart intangibles, permettent de viser le «sweet spot» et de lui associer une valeur économique contribuant à son succès touristique.

Dans sa présentation, Joe Pine a démontré la progression de la valeur économique du tourisme. Au sein de la chaîne des valeurs, le tourisme doit être considéré comme une expérience, soit un service auquel on confère une valeur ajoutée (graphique 1). À titre d’exemple, l’événement mémorable entourant un anniversaire représente une expérience inestimable à haute valeur ajoutée si on la compare au coût des matières premières servant à la fabrication du gâteau de fête. 

Plusieurs exemples illustrent la réussite qu’ont eu des destinations à faire vivre de nouvelles expériences aux gens. En Nouvelle-Zélande, un nouveau phénomène est né, le zorbing. Il s’agit d’un sport permettant à des participants, attachés à l’intérieur d’une épaisse capsule ronde et transparente, de dévaler des plaines ou des collines gazonnées (voir photos).

 

À Mexico, on retrouve un véritable petit paradis dédié aux enfants, La Ciudad de Los Ninos. Dans ce parc thématique, les enfants jouent le rôle des grands où ils peuvent simuler plusieurs professions à l’intérieur d’un environnement conçu à cet effet. À Seattle, l’attraction touristique la plus populaire est une boutique de plein air offrant un mur d’escalade intérieur de 65 pieds de hauteur. C’est ce genre de nouvelles sensations que le touriste recherche, ce qui explique l’engouement créé par l’hôtel de glace à Québec. De même, comment expliquer que la clientèle soit disposée à débourser 4$ pour un café chez Starbuck si ce n’est pour l’atmosphère désirée?

Comment faire alors pour bien mesurer l’efficacité d’une expérience? Contrairement au rendement d’une campagne publicitaire qui se traduit essentiellement par:

Efficacité = (# de personnes) x (Notoriété) 
              Coûts

l’équation nécessaire à la mesure d’une expérience demeure plus complexe. Joe Pine propose la formule suivante:

  Efficacité = 

(# de personnes) x (Temps) x (Attention) x (Intensité) x («Mémorabilité») 
Coûts

Le gestionnaire, pour mesurer la portée de l’expérience touristique qu’il propose, doit prendre en compte ces aspects intangibles qui en rehaussent sa valeur. Pour chaque individu:

  • le temps qu’il acceptera d’y consacrer
  • le niveau d’attention qu’il y consentira
  • le degré d’intensité qu’il y vivra
  • l’aspect inoubliable de l’événement

sont autant de facteurs qui conditionneront le succès de l’expérience. 

La nature de l’expérience se divise en quatre axes, soit le divertissement, l’éducation, l’évasion et la beauté. Une expérience située au confluent de ces quatre axes atteint ce que monsieur Pine qualifie de sweet spot. Pour en maximiser l’effet, il faut la construire selon le principe d’une structure dramatique où l’intensité grandit progressivement pour atteindre un point culminant et diminue ensuite vers un dénouement. 

Le conférencier a également parlé de l’importance de bien évaluer la notion du sacrifice de la clientèle qui consomme une expérience touristique. La satisfaction du client se mesure par la différence entre ses attentes et sa perception de ce qu’il  a obtenu.

Le concept d’expérience touristique peut s’appliquer à l’ensemble des secteurs d’activités de cette industrie. À une question sur la place qu’occupent les transporteurs à bas prix dans cette ère des expériences touristiques, Joe Pine a eu la réponse suivante: il s’agit d’entreprises offrant des «matières premières» du voyages qui ont leur place dans le contexte actuel alors que les gens préfèrent octroyer une plus grande part de leur budget aux autres expériences représentant davantage de valeur à leurs yeux.    

Claude Péloquin 

Voir aussi

Zorb online

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Perceptions de l’impact du tourisme sur la communauté
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Impact économique du mariage gai sur le secteur du tourisme

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Des héros de bandes dessinées pour combattre la saleté et les graffitis, en ville

Qu’ont en commun Tintin, Spirou, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, etc.? Ils décorent tous, à Bruxelles, capitale de la bande dessinée, de gigantesques fresques murales réparties dans toute la ville, pour le plus grand bonheur des touristes… ainsi que pour combattre la saleté et les graffitis!

Aujourd’hui, la Belgique ne compte pas moins de 650 auteurs de bandes dessinées. Certains diront, amusés, que c’est «la plus grande concentration au monde de héros de papier au kilomètre carré». Et Bruxelles, outre le fait qu’elle est la capitale de l’Europe, représente sans conteste la capitale de la bande dessinée. C’est un rôle thématique qu’elle assume d’ailleurs fort bien, avec une offre variée, comme son Centre belge de la bande dessinée et le musée Hergé.

  

Coup de pouce à la revitalisation urbaine

Mais le plus original consiste en une série de fresques murales géantes, réparties dans toute la ville. Ces peintures en trompe-l’oeil, imprimées ou peintes, masquent des bâtiments vétustes et des pans de mur dégradés par le temps. Pas moins de 27 de celles-ci décorent la ville de façon insolite.

L’idée est née en 1990 de la volonté de l’administration de la ville de Bruxelles de transformer les murs des vieilles maisons en véritables fresques colorées pour échapper aux tags et graffitis, ainsi qu’aux dépôts clandestins de déchets.

Les responsables municipaux sont d’ailleurs tout à fait enchantés de cette initiative, qui a mis un frein radical aux dépravations.

Une excursion «Parcours BD»

Ces fresques, outre leur vocation environnementale, sont aussi l’occasion d’une formidable excursion BD dans Bruxelles. On organise des circuits touristiques, à pied ou à vélo, pour faciliter leur découverte. Le Parcours BD constitue un fil conducteur pour découvrir la ville, l’histoire des quartiers et des petits cafés.

Toutes les fresques du parcours ont été réalisées par l’association Art Mural d’après un dessin original des auteurs. Elles font désormais partie du patrimoine culturel de la ville et représentent une activité touristique fort distrayante et de plus en plus populaire. Ainsi, chaque année, des quartiers renaissent.

Et Bruxelles n’a pas l’apanage de cette originalité.

La Cité de la création

Depuis 1978, l’entreprise française Cité de la création crée des oeuvres monumentales, des fresques urbaines, dans des espaces publics ou privés, au service des habitants, des touristes, des visiteurs…

Plus de 350 oeuvres variant dans leurs contenus, styles, formes et dimensions ornent à ce jour les murs de nombreuses villes en France (Lyon, Marseille, Brest, Paris, Carcassonne, etc.), mais également ailleurs dans le monde, à Barcelone, Mexico, Leipzig… et Québec.

En effet, ces «muralistes», comme ils se définissent, sont les auteurs de La Fresque des Québécois, une murale de 420 mètres carrés située au coeur du quartier historique de Québec, au pied du Château Frontenac.

Une architecture en trompe-l’oeil y présente quelques Québécois parmi les plus célèbres.

Ces créations affichent des identités culturelles, sociales ou économiques toutes différentes. Elles ont pour vocation de révéler, marquer, embellir des lieux, des quartiers, des espaces urbains ou industriels.

Ailleurs, au Canada

Des régions ont également eu recours à cette forme d’art public pour relancer leur économie. C’est le cas des villes de Chemainus et de Hope (Colombie-Britannique), de Welland (Ontario) et de Moose Jaw (Saskatchewan), où l’industrie touristique s’est faite locomotive de développement par l’intermédiaire de l’art public.

Pionnière canadienne, Chemainus a fortement influencé le mouvement muraliste canadien, dès les débuts en 1982. Jadis, cette petite ville dépendait uniquement de l’industrie du bois. Mais, à la fermeture de la scierie, la municipalité a décidé de créer le Festival of Mural Association, dont les
33 murs peints, à ce jour, attirent annuellement près d’un demi-million de visiteurs. Avec l’appui des citoyens et de gens d’affaires de la région, la localité a ainsi réussi à surmonter la crise économique et sociale.

Une idée pour le Québec?

Rappelons-nous les nombreux articles parus dans la presse l’automne dernier, dénonçant la malpropreté de la ville de Montréal. Le problème n’est pas nouveau.

L’utilité des fresques murales non plus, et à l’hiver 2003, la Commission des biens culturels du Québec (CBCQ) décidait d’étudier la question. Ce projet d’étude visait à enrichir la réflexion sur la délicate opération d’intégrer de grandes surfaces peintes dans un milieu riche de significations historiques.

L’étude relève diverses fonctions associées à la murale urbaine: support à la création artistique, objet de réinsertion sociale, outil pédagogique, outil de propagande sociale, politique ou commerciale, etc.

Mais surtout, elle définit la fresque murale comme une bonne méthode de requalification et de revitalisation urbaine. En effet, le mur peint sert à faire oublier son aspect inesthétique. Selon la CBCQ, la fresque dite «urbaine» est souvent apparue dans des lieux déstructurés par des démolitions massives ou par l’implantation d’infrastructures, comme des autoroutes.

À Québec, les projets muralistes de la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) représentent un bon exemple de politique d’embellissement, de réaménagement des espaces publics et de mise en lumière des monuments, afin de préparer la capitale nationale aux célébrations du 
400e anniversaire de la fondation de la ville, en 2008.

Citons par exemple, trois murales qui ont été peintes dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec. Outre La Fresque des Québécois (1999), on peut admirer celles du Petit-Champlain (2001) et de l’Hôtel-Dieu de Québec (2003), ou encore, Les Fresques des piliers, exécutées sous l’autoroute Dufferin-Montmorency, dans le quartier Saint-Roch.

Partout, ces immenses galeries d’art à ciel ouvert font le bonheur des passants et des touristes!

Voir aussi

Brussels BD Tour
Parcours BD
La Cité de la création

Sources:
– Commission des biens culturels du Québec. «La murale urbaine: pratique et fonctions», 2004 [www.cbcq.gouv.qc.ca/murale.html].
– Québec urbain. «Un cri du coeur pour la mise en valeur des fresques publicitaires de Québec», 22 mai 2003.
– Rowe, Percy. «Une galerie d’art à ciel ouvert», Go Media Canada, 12 avril 2003.