Catégories
Destinations

Huit facteurs de succès d’un projet de dynamisation

Il n’y a pas de recette miracle pour redonner du souffle à un centre-ville qui manque d’énergie, mais il y a certainement des composantes favorables. À l’occasion de la 37e édition du colloque Rues principales qui se déroulait à Montréal en avril dernier, Flora Charlet, directrice du réseau Rues principales et Olivier Legault, urbaniste et directeur du Service-conseil ont présenté les facteurs incontournables pour réussir un projet de dynamisation de centre-ville. Voici un aperçu de leur présentation, illustré de quelques exemples inspirants.  

 1. La volonté politique 

De la volonté, du courage et du leadership politique constituent la base de réussite d’un projet. Cela se traduit par un conseil municipal qui reconnait l’importance de conserver des usages structurants au centre-ville est qui est prêt à attribuer des fonds conséquents. Même si celui-ci représente l’âme de la communauté, son histoire, sa vitrine culturelle, le lieu de rassemblement que l’on dévoile fièrement aux visiteurs, cela ne suffit pas toujours pour convaincre les élus les plus résistants. Des arguments fiscaux sont aussi nécessaires. Développer le centre-ville devrait favoriser des finances saines. Et selon Olivier Legault, la démonstration est simple à faire. 

En effet, M. Legault explique que les commerces de grande surface qui s’implantent en périphérie de la ville coûtent plus qu’ils ne rapportent étant donné les investissements qu’ils nécessitent en infrastructures supplémentaires (route, aqueduc, égouts, etc.). Leur valeur foncière au pied carré ne justifie pas l’ampleur de l’investissement. En revanche, les commerces indépendants du centre-ville engendrent, quant à eux, des revenus pour la municipalité puisque les infrastructures sont déjà en place et la valeur foncière y est plus élevée étant donné l’attrait du lieu. 

Source: Unsplash 

2. Une vision partagée

Un exercice de réflexion s’impose. Il doit porter non seulement sur l’identité du centre-ville, sur ses forces et ses faiblesses, sur ses défis et ses opportunités, mais aussi sur le partage des éléments de vision véhiculée par les différentes parties prenantes de la collectivité (institutions d’éducation, milieu corporatif, entreprises touristiques, organismes culturels, investisseurs immobiliers, résidants, etc.). Par la suite, l’exercice consiste à formuler un énoncé de vision commune, rassembleuse, qui permettra de stimuler les idées et de faire rêver, mais aussi de guider et de recadrer certains projets lorsqu’ils déclenchent une polémique. 

3. La mobilisation et l’adhésion du milieu

D’abord, le climat de confiance et de transparence au sein du conseil de Ville en regard du projet de dynamisation favorise la mobilisation et l’adhésion du milieu. Mais une stratégie de communication et d’animation est souhaitable pour créer un mouvement d’affection de la communauté pour sa ville. Cette affection concerne aussi le milieu des affaires. L’une des façons de la propager consiste à mettre en place un réseau d’ambassadeurs chargés de mobiliser le secteur. 

À Val d’Or, le mouvement Les avenues de la 3, en référence à la 3e avenue, l’artère principale de la ville, a été créé dans cette optique. Ce projet, mis sur pied par Geneviève Béland, coordonnatrice au développement culturel à la Ville de Val d’Or, devait apaiser les tensions en regard de certains aspects du centre-ville, notamment des travaux de revitalisation qui se sont échelonnés sur plus d’une année.  

Pour atténuer les critiques qui semblaient occuper davantage l’espace que les voix favorables, ce projet d’animation comportait aussi la création d’un réseau d’ambassadeurs composé de commerçants, de citoyens et d’employeurs situés dans les rues avoisinantes prêts à aider et à informer les visiteurs du centre-ville. Les avenues de la 3, c’est aussi la création de parcours d’ambiance, la confection de murales et de spectacles déambulatoires qui ont tous contribué à réconcilier et même à réjouir la communauté face à son centre-ville.  

Source: Geneviève Lagrois/Attractivité Abitibi-Témiscamingue 

4. La structuration organisationnelle du milieu

Le modèle de gouvernance du projet doit être efficace. Le comité de projet inclut une ressource pivot, soit « M. ou Mme centre-ville », qui assure le lien avec les collaborateurs et la communauté. Les mécanismes de décision et d’opérationnalisation gagnent à être clairs : qui décide et qui met en œuvre ?  

5. Un plan d’action opérationnel et chiffré

Le plan d’action doit mettre l’emphase sur les chantiers prioritaires en fonction des ressources disponibles. Il inclut le modèle d’affaires préconisé et la stratégie de financement. À cet égard, Mme Flora Charlet, directrice du réseau Rues principales, estime qu’une ressource dédiée à la recherche de financement est indispensable.

6. L’évaluation du projet en continu

Le projet doit comprendre des indicateurs de performance qui viendront documenter les retombées des investissements. Il peut s’agir, par exemple, du taux d’occupation des commerces dans un périmètre donné ou encore de l’achalandage à une période X. Pour la durée du projet dans le temps, il faut aussi prévoir des évaluations et de l’amélioration continue.  

La Ville de Gaspé a dû ainsi revoir le projet de capitale des pêches à Rivière-au-Renard, compte tenu des effets des changements climatiques. Initiés à la suite d’inondations destructives en 2007, les plans de revitalisation consistent à réaménager les terrains donnant sur le fleuve avec l’objectif de raconter l’histoire de la pêche ainsi que de mettre en valeur la pêche moderne. Plusieurs équipements récréotouristiques sont prévus, tels qu’une tour d’observation et une piste cyclable. Mais les grandes marées de décembre 2022 ont causé des dommages à la plage et remis en question certaines composantes du projet en cours. La municipalité, à l’aide d’experts, a adapté son plan en tenant compte de la répétition probable de ces événements climatiques extrêmes. D’autres études permettant de mieux prévoir l’érosion des berges sont également prévues.  

Avec ce projet, Gaspé a remporté le prix Aménagement de l’espace public du réseau Rues principales. La mise en valeur de l’identité locale et la résilience face aux changements climatiques ont, entre autres, été saluées. L’inauguration est prévue pour le printemps 2024.

7. La connaissance des champs d’action

La connaissance des règles en matière de développement commercial et résidentiel confère une longueur d’avance au comité du projet. Celui-ci, riche de son savoir, pourra élaborer des idées innovantes en concordance avec les lois et les règlements, mais aussi en tirant profit des possibilités qui sont en son pouvoir.  

La Ville de Saint-Hyacinthe, avec son Programme d’aide à l’implantation de commerces au centre-ville, visait à augmenter la superficie occupée par le commerce de détail et les bureaux de professionnels au cœur du centre-ville. Le programme, qui s’est déployé de 2020 à 2023, s’adressait à tout locataire ou propriétaire commercial occupant souhaitant installer ou agrandir un commerce ou un bureau dans un quadrilatère précis. 

La subvention représentait l’équivalent de 100 % du loyer pour la première année d’occupation, jusqu’à concurrence de 30 000 $. Le montant était versé en parts égales sur trois ans. La Ville a ainsi réussi à réduire le taux d’inoccupation du centre-ville de 18 % à 9 % en trois ans. Ce type de programme a généré beaucoup de nouveautés. En tout, quelque 51 commerces ont profité de la subvention. En offrant des avantages à un type de commerces en particulier, les autorités ont pu exercer un contrôle sur le développement et sur le dynamisme de son centre-ville. 

Source: Tourisme Saint-Hyacinthe

8. Un projet en continu

Un projet de dynamisation est laborieux et nécessite l’implication d’intervenants provenant de différents milieux et aux objectifs variés. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui exige une bonne structure. L’énergie et la confiance sont de mise pour l’amorcer. La persévérance portera ses fruits.  

Le succès d’un projet de revitalisation rejaillira sur l’ensemble de la communauté, qu’il s’agisse des entreprises directement touchées, de la population, des investisseurs et des intervenants de l’industrie touristique. Un centre-ville dynamique et animé attire citoyens et visiteurs.  

Image à la une : Unsplash

Catégories
Destinations

Vivifier les centres-villes à l’heure du télétravail

La pandémie a marqué un jalon important dans l’évolution des centres-villes, notamment en généralisant le télétravail. Qu’il soit total ou partiel, il exerce une forte influence sur le dynamisme urbain. Le haut taux d’inoccupation des commerces et des espaces de bureaux, dû aussi à la flambée des prix de l’immobilier et des loyers, mine également l’ambiance. Un centre-ville moins fréquenté peut jouer sur la perception de sécurité et dissuader les visiteurs d’aller y flâner, provoquant un effet domino. Les fermetures de bars et de restaurants bien implantés dans le paysage culturel et les difficultés financières de festivals reconnus pour leur animation de rue teinteront certainement l’atmosphère de certains milieux urbains. Ces enjeux touchent de nombreuses destinations à travers le monde, qu’il s’agisse de Montréal, de New York ou de Londres. 

Aller en ville pour se divertir

Malgré ces difficultés vécues dans plusieurs secteurs économiques, la désirabilité des centres-villes par les gens qui les habitent demeure bien présente. C’est ce que dévoile un sondage de la firme en architecture et planification urbaine Gensler réalisé en 2023 auprès de 26 000 résidants et travailleurs dans les centres-villes (quartiers d’affaires) de 53 villes à travers le monde (dont Toronto et Vancouver pour le Canada).  

Pour environ les ¾ des répondants, leur centre-ville est « super » ou formidable pour manger au restaurant, pour s’amuser, magasiner… et pour travailler. Ils sont aussi nombreux à le trouver formidable pour assister à des spectacles et des expositions et découvrir des nouveautés.  

Une autre preuve que l’attractivité urbaine semble toujours opérer : les 2/3 des travailleurs hybrides (partiellement en télétravail) trouvent des raisons d’aller en ville à d’autres moments que pour y travailler. Ce n’est donc pas surprenant de lire qu’ils désirent y trouver une offre intéressante de loisirs, de magasinage et de culture. Près de 9 travailleurs hybrides sur 10 affirment qu’ils visiteraient le quartier des affaires plus souvent si on y proposait davantage d’options de divertissement. 

Donner vie aux espaces publics

Pour maintenir et accentuer l’effervescence des centres-villes, l’une des avenues consiste à créer des lieux qui stimulent la fréquentation. Le monde attire le monde, et c’est d’autant plus vrai en milieu urbain.  

À l’occasion de l’édition 2024 du colloque de l’organisme Rues principales, Jérôme Barth, conseiller en urbanisme et fondateur de Belleville Placemaking, est venu présenter des cas d’animation d’espaces publics et des facteurs de réussite. L’approche qu’il préconise est la collaboration entre les milieux public et privé. Il considère que cette combinaison permet de poursuivre l’intérêt public, la vision à long terme des instances en place, tout en bénéficiant de l’agilité et de la rapidité du secteur privé pour aménager et programmer l’animation des lieux. 

Le placemaking ?

Les parcs et les places publiques sont au cœur de l’animation urbaine. Le type d’appropriation de ces lieux par la population dépendra de plusieurs facteurs. De superbes espaces peuvent être désertés par manque d’activités ou de connexions avec la trame commerciale (cafés/restaurant/bars) environnante. C’est là que le placemaking, soit l’art de créer des lieux vivants qui attirent les gens, prend toute son importance.  

Selon M. Barth, la programmation et les usages d’un lieu doivent être identifiés avant le design et l’aménagement. Pour y parvenir, la communauté doit être impliquée, les résidants comme les citoyens corporatifs, afin d’identifier les besoins, les désirs, mais aussi les possibilités de financement et le modèle d’affaires (ex. partenariats avec les restaurateurs environnants).  

Avoir une stratégie de programmation

L’accueil de grands événements et de festivals participe certainement à générer de l’affluence ponctuelle dans ces places publiques, mais selon Jérôme Barth, c’est l’animation quotidienne qui nécessite le plus de travail de la part des organismes gestionnaires des lieux. Il évoque l’idée de la pyramide où la base sera garante du succès de la place publique.  

Source: Jérome Barth pour Belleville Placemaking 

Connecter l’activité commerciale à l’espace public

« Il faut cesser, en Amérique du Nord, de créer des places publiques qui sont déconnectées de l’espace bâti. » Voilà une affirmation sur laquelle insiste M. Barth. Le parallèle avec les exemples européens l’illustre parfaitement. Sur le vieux continent, l’activité des cafés et des restaurants déborde bien souvent dans l’espace public, ce qui contribue à la vivacité du lieu, à une animation naturelle. Au Canada comme aux États-Unis, les squares, parcs et autres sites ouverts sont encadrés de rues, créant une barrière physique et empêchant la transmission de cette énergie vers la place.  

Pour connecter cette activité commerciale à l’espace public, il suggère deux approches. La première consiste simplement à fermer un axe de circulation secondaire pour relier la place publique au front bâti. La ville de New York l’a fait à de nombreux endroits grâce au NYC Plaza Program. Le processus de transformation passe d’abord par une période pilote où la voie de circulation est bloquée temporairement et pourvue de mobilier pour offrir un aperçu de l’expérience. Lorsque celle-ci est concluante, la Ville procède à un aménagement permanent.  

« Il faut cesser, en Amérique du Nord, de créer des places publiques qui sont déconnectées de l’espace bâti. » 

La seconde approche implique de réintroduire l’activité commerciale au sein de l’espace public. C’est cette alternative qui fut employée pour le Bryant Park, à New York.  

Source : Angelito Jusay Photography / Bryant Park  

Un exemple inspirant : Bryant Park

Le Bryant Park est situé en plein cœur de Manhattan et représente une illustration idéale de placemaking. Pour favoriser sa fréquentation continuelle, une programmation riche, variée, quotidienne et attractive est élaborée et révisée, selon les succès et les moins bons coups. Pour en faire un lieu de destination, une offre alimentaire diversifiée et de qualité s’est développée à différents endroits dans le parc. Des restaurants, des kiosques alimentaires, des cafés et des bars s’y côtoient. Le mobilier urbain y est très abondant. Quelque 3000 chaises mobiles sont à la disposition des visiteurs, leur offrant ainsi la liberté de s’installer au soleil ou à l’ombre, dans l’herbe ou sur une terrasse. Voici quelques composantes clés d’un espace public attrayant, selon M. Barth : 

  • Restauration, cafés, buvettes 
  • Événements musicaux 
  • Activités sportives de groupe (ex. Séances de yoga) 
  • Animation 4 saisons — aménagement estival/hivernal 
  • Espaces conviviaux, confortables, ombragés 
  • Toilettes 
  • Propreté 
  • Sentiment de sécurité 
  • Esthétisme 
  • Éclairage 
  • Communication (panneaux sur place, médias sociaux)  

Source: Jérôme Barth pour Belleville Placemaking 

Depuis 1980, c’est la société Bryant Park Corporation, un organisme privé à but non lucratif, qui gère le parc avec un budget annuel de 25 millions de dollars, entièrement autogénérés, soit 100 fois plus qu’à l’époque où il était géré par la Ville. Quelque huit millions de visiteurs le fréquentent chaque année pour assister à plus de 1000 événements.  

Le reflet de la destination

Ces espaces vibrants se font le reflet des activités d’une population, ainsi qu’une vitrine culturelle et artistique. Si les centres-villes sont moins associés au travail, ils prendront davantage le rôle de milieux de vie, de tiers-lieux, soit d’endroits entre le travail et la maison où il fait bon flâner et prendre part à cette effervescence qui caractérise depuis toujours les centres-villes. Les touristes à la recherche de lieux et d’activités authentiques fréquentés par la population locale se délectent de ces endroits. 

Image à la une : Bryant Park

Catégories
Technologies Transport

La mobilité comme service, les bénéfices pour l’industrie touristique

Maillon essentiel de l’expérience touristique, le transport est un secteur d’activité important pour favoriser la transition durable. Le virage numérique de l’industrie et la numérisation des services liés aux différents modes de transport pourraient marquer un tournant positif dans l’expérience du voyageur. Une occasion de bonifier les services aux visiteurs d’une destination.  

Les orientations durables de l’industrie touristique du Québec impliquent une stratégie de transport concertée entre les professionnels de la mobilité et du tourisme. Faciliter la vie du voyageur par une planification simple de son transport et par des déplacements fluides sur le territoire, voilà des éléments essentiels à une expérience de voyage positive. Le MaaS propose de centraliser les informations de mobilité d’un territoire, dans un seul et même outil technologique, une opportunité de déployer une offre de services adaptée aux besoins des visiteurs. 

Le MaaS

Le MaaS désigne la mise en place d’un outil numérique dont l’objectif est de faciliter l’usage des services de mobilité d’un territoire.

Le MaaS se traduit par la « Mobilité comme service », la « Mobilité Améliorée par Association de Services » ou, en anglais, « Mobility as a Service ». Le terme désigne la mise en place d’un outil numérique dont l’objectif est de faciliter l’usage des services de mobilité d’un territoire. La stratégie vise à harmoniser les dispositifs de transports et à favoriser une mobilité variée et adaptée à tous, par exemple : le transport en commun, le vélo-partage, l’autocar, le train, la location de voitures en libre-service, etc.   

Implanté dans des pays comme la Finlande, le Japon, la Chine, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suède, les Pays-Bas, l’Australie et la Belgique, le MaaS peut se décliner de différentes façons, selon les enjeux de mobilité des lieux. Essentiellement, la plateforme numérique, présentée à l’utilisateur sous forme d’application mobile, intègre diverses formes de services de transport accessibles aux voyageurs. Elle peut regrouper autant des moyens de transports collectifs que partagés. Il existe donc différents modèles de MaaS. Principalement, la technologie en place permet la réservation, le paiement et/ou la planification d’itinéraire dans un contexte multimodal. Dans tous les cas, la plateforme chapeaute des partenariats permettant d’offrir un éventail de services par l’intermédiaire d’une seule interface. 

Les partenariats, éléments essentiels du MaaS  

La force du MaaS réside dans les partenariats sous-jacents à l’outil technologique. La mobilisation des intervenants en transports est un élément central à la réussite d’une telle implantation. C’est une façon de mieux gérer les flux touristiques et de créer des opportunités pour inciter à la fréquentation des lieux moins connus. 

En France, un observatoire des MaaS permet de répertorier les initiatives à travers le pays. Résultat d’un ensemble de partenariats, le projet vise à rassembler et partager des connaissances en matière de MaaS. L’observatoire propose des démarches et publications en lien avec les défis du territoire. Il soutient tant les dispositifs déjà en place, afin de les rendre plus performants, par exemple, que les nouveaux projets. Les cas présentés sont divers et proposent de suivre l’implantation et la gestion afin d’inspirer d’autres villes à se doter de meilleurs outils pour la gestion de l’ensemble de la mobilité d’un espace donné. 

La transition durable 

L’application Whim illustre bien l’idée du Maas. Elle est utilisée par plusieurs villes telles que Tokyo, Vienne, Turku et Helsinki, ainsi que des pays comme la Suisse et la Belgique. La structuration de l’offre de transports par l’intermédiaire de la plateforme démontre qu’opter pour une valorisation mutuelle de la mobilité et du tourisme est un atout important pour encourager la transition durable d’une destination. Devant les objectifs ambitieux de réduction de gaz à effet de serre (GES) de certaines villes et régions, faciliter les transports en commun, la mobilité partagée et la mobilité active s’avère une solution fort pertinente. La plateforme numérique du MaaS permet de rendre les transports publics plus efficaces, plus économiques et plus accessibles. La structuration des services de mobilité dédiés aux touristes s’avère un atout pour connaître les options à faible empreintes disponibles pour un itinéraire.  

Une occasion de compiler des données utiles à la planification des transports

Plusieurs villes se sont dotées du MaaS dans le but de faciliter les déplacements certes, mais aussi de compiler de précieuses données sur les habitudes des usagers. Une occasion de mieux comprendre les mouvements urbains. Pour les gestionnaires des villes, l’outil permet d’observer de quelles façons les trajets s’exécutent sur le territoire, grâce à l’intelligence artificielle et aux données recueillies à même l’application. Ces informations s’avèrent essentielles pour brosser un meilleur portrait des usagers et mieux cerner leurs besoins. Conséquemment, il est possible de mettre en place les mobilités utiles et adaptées aux résidants et visiteurs des espaces. 

Source : Pexel

Un outil d’aide à la décision : le cas du People Moving Count de Copenhague 

Le MaaS s’inscrit comme une opportunité de connaissance. Il offre des informations concrètes d’aide à la décision. Le People Moving Count calcule le nombre de personnes qui se déplacent dans un espace et par quels moyens. Ces informations donnent un aperçu de l’occupation d’un lieu selon le moment de la journée, et de son accessibilité par les différents modes de transport. Le modèle s’avère utile pour observer l’achalandage à plusieurs échelles, notamment d’un parc, d’une place publique, d’une rue, d’un arrêt de bus, d’un quartier ou d’une ville. La méthodologie peut être intégrée dans le MaaS.

La ville de Copenhague, au Danemark, applique cette méthode pour calculer les déplacements et habitudes de la population. Par exemple, un décompte des enfants et adultes cyclistes est fait de façon constante. À cela s’ajoutent des sondages qualitatifs pour obtenir l’avis de la population résidante sur les transports. Les chiffres représentent un atout pour les différents niveaux de gouvernance impliqués dans la planification des transports et la gestion des flux touristiques. 

Faciliter le choix des modes de transport en contexte touristique

Devant l’abondance de moyen de transport en milieu urbain ou pour certaines régions, le choix peut s’avérer complexe pour les touristes. L’optimisation du temps, le recours à des informations claires, la facilité d’achat des titres, la qualité de l’offre et des informations en temps réel ainsi qu’une dénomination commune de la signalétique physique et numérique sont tous des facteurs pouvant créer un écosystème rassurant pour les visiteurs. Le MaaS ne propose pas une recette applicable à toutes les destinations et requiert une réflexion sur les enjeux de mobilités des lieux. Plusieurs cas de figure inspirants peuvent aider à la mise en place d’un MaaS qui intègre le tourisme.  

Le cas de la Finlande

La Finlande est considérée comme une pionnière en matière de MaaS. Grâce à la législation du pays, les opérateurs de transport partagent les données d’achalandage des transports. Cela permet une cohésion dans l’offre de transports du territoire. La collaboration entre les parties prenantes du transport a permis de créer la plateforme Ylläs qui a évolué selon les besoins des acteurs. 

  • 2016-2017 : Ylläs Around: le projet pilote a permis d’offrir une plateforme de services de mobilité pour les stations de ski de la région de Ylläs ainsi que ses principaux hubs de transport (par exemple, l’aéroport de Kittilä et la gare de Kolari). Les coûts d’exploitation élevés ont toutefois mis un terme à la plateforme sous ce modèle. 
  • 2017 à 2019 : Ylläs Tiketti (qui signifie « billets ») : cette phase a permis d’améliorer l’expérience utilisateur et d’élargir les services touristiques. Les billets et réservations de transport ont été intégrés à l’application. De plus, l’achat de droit d’accès pour des attraits touristiques de la région a été ajouté à l’offre. 
  • 2019 à aujourd’hui : Reitit ja Liput (qui signifie « voyages et billets ») proposée par Matkahuolto fournit des informations en temps réel et des services de billetterie pour les principaux autobus de la région d’Ylläs. Cependant, Reitit ja Liput ne dispose plus des services touristiques fournis par Ylläs Tiketti.  

Les stations de ski de la région proposent toutefois l’option ski bus. L’achat permet d’avoir un billet de remontée avec le trajet d’autobus. Une option qui gagnerait à être ajoutée à la plateforme actuelle. 

Les bénéfices d’unir les efforts de l’industrie touristique et de la mobilité pour faciliter les déplacements sont nombreux. Le MaaS, s’il est réfléchi dans une vision concertée, peut offrir une expérience particulièrement intéressante pour les visiteurs. Une réflexion d’intérêt pour combler l’enjeu du « dernier kilomètre » au Québec !  

Image à la une: Pixabay 

Catégories
Destinations Marketing

Destination : la belle vie

À la recherche du bien-être

Le place branding, qui consiste à positionner un lieu en regard de son identité propre et de le promouvoir comme une marque, est devenue une approche très répandue. Des experts en la matière se sont rassemblés dans la capitale finlandaise, Helsinki, lors de l’édition 2023 du congrès international Nordic Place Branding Conference. Selon l’organisation marketing à l’origine de cette conférence, Future Place Leadership, l’une des tendances qui animent l’attractivité des destinations est justement le déploiement d’un lieu où il fait bon vivre. Peu importe le motif du déplacement — pour travailler, pour visiter ou pour y vivre — l’être humain a tendance à choisir un endroit où il espère se sentir bien, voire se sentir mieux. 

Des représentantes de la Ville d’Helsinki sont d’ailleurs venues présenter leur stratégie en matière d’attractivité territoriale qui mise sur la qualité de vie, le bien-être, la « belle vie ».  

Helsinki : une ville fonctionnelle, mais encore…

Il fallait donc travailler le « côté givré » de la marque, lui donner une âme, procurer des émotions, y mettre un peu de magie.

La ville d’Helsinki semble méconnue auprès de ceux qui n’y sont jamais allés. Bien que l’image perçue soit plutôt positive, les responsables du marketing de la marque d’Helsinki constatent, à la suite des consultations, que c’est son caractère de lieu fonctionnel qui marque les esprits. Lorsque les gens visitent la ville, ils sont agréablement surpris de découvrir les autres aspects, ceux qui lui donnent sa couleur, son énergie. Il fallait donc travailler le « côté givré » de la marque, lui donner une âme, procurer des émotions, y mettre un peu de magie.

Pour ce faire, l’équipe de marketing a identifié les cinq pierres angulaires de la marque en fonction de l’identité de la ville : 

– Fonctionnelle : Ville compacte et intelligente dans laquelle il est facile de se déplacer, où les services sont fiables et fluides. 

– Durable : Persistance à créer des solutions durables reconnues dans le monde. 

– Urbaine en nature : Ville de contrastes où la nature sauvage côtoie le dynamisme urbain. 

– Libre : Milieu ouvert, où chacun peut s’exprimer et bénéficier d’occasions pour s’émanciper.   

– Extraordinaire : Atmosphère unique, parfois excentrique, à travers les saisons.  

Ces cinq aspects révèlent l’identité de la ville. La synergie de ces caractéristiques fait d’Helsinki un endroit où il fait bon vivre (Good Life).  

Source: Nordic Place Branding Conference 2023

Offrir du bonheur aux résidants comme aux visiteurs

Plusieurs projets récents illustrent cette volonté des autorités helsinkiennes à créer un milieu où il fait bon vivre. En voici trois qui expriment bien l’esprit de Good Life promu par la Ville. 

Réaliser les souhaits des citoyens 

Le budget OmaStadi a été mis sur pied dans le but de réaliser des idées proposées par les résidants. Ce sont 8,8 millions d’euros qui y sont attribués. Le processus d’utilisation de ce budget participatif se décline en 4 phases : 

– Brainstorm: Période durant laquelle chacun peut soumettre, en ligne, des idées pour améliorer la ville d’Helsinki. 

– Cocréation : Les idées qui satisfont les critères sont transformées en propositions et des experts de la Ville en estiment les coûts. 

– Vote : Tous les résidants âgés de 12 ans et plus sont invités à voter. 

– Mise en œuvre : La Ville développe les projets comptant le plus grand nombre de votes. 

L’année dernière, le budget OmaStadi a notamment généré cinq nouveaux sites de baignade. 

Source: OmaStadi 

Offrir un lieu de rencontre unique 

En 2018, la ville s’est dotée d’une infrastructure colossale, d’une grande bibliothèque publique avec une impressionnante signature architecturale. Oodi, qui signifie « ode », a été créé dans le but de devenir le « salon des Finlandais » et des visiteurs. Le tiers de cet espace polyvalent est occupé par des livres, alors que le reste est constitué de salles de jeux, de cinémas, de studios de musique, d’aires de cotravail, de cafés, d’ateliers de couture et de cuisine. Bien que certains services soient offerts uniquement aux usagers qui détiennent une carte de bibliothèque, plusieurs sont disponibles pour tous. Les visiteurs peuvent aussi prendre part à une visite avec guide ou découvrir les lieux de façon autoguidée. 

Source: Oodi 

Donner la culture aux enfants 

La Ville invite toutes les personnes nées à Helsinki depuis 2020 à devenir des Enfants de la Culture (Culture Kids). Ce programme incite ainsi les parents à inscrire leur enfant pour qu’il soit parrainé par un intervenant culturel (théâtre, orchestre symphonique, musée, etc.). Chaque année, ce parrain invite son filleul et sa famille à au moins deux événements qui stimulent le développement de l’enfant ou qui contribuent au bien-être de la famille, et ce, gratuitement. Le parrainage se poursuit jusqu’à ce que le jeune débute sa scolarité (sept ans). Voilà qui permet aux familles de s’approprier l’offre culturelle et de devenir de fiers ambassadeurs. 

Essayer la destination ?

Et cette « Good Life », il est même possible pour un étranger de l’essayer grâce au programme 90 Day Finn. Celui-ci a pour but de favoriser les collaborations entre les professionnels de diverses disciplines des quatre coins du monde et les entrepreneurs créatifs et innovants de la capitale finlandaise. Les candidats choisis (15) sont accompagnés lors de leur transfert dans la ville et un espace de cotravail leur est attribué gratuitement. Des activités sociales sont prévues chaque semaine, ainsi que des visites et réunions avec des entreprises qui correspondent au milieu professionnel du candidat. Ce programme permet de promouvoir le style de vie d’Helsinki, de provoquer des occasions d’affaires et de mousser la destination auprès d’une clientèle susceptible de revenir ou même de s’y installer avec sa famille. 

Une affaire d’attractivité territoriale  

Le positionnement d’une destination, son identité ou sa marque, figure depuis maintenant plusieurs années dans les communications marketing pour l’ensemble des clientèles. Selon des experts ayant pris la parole lors du Nordic Place Branding Conference il n’est plus souhaitable de développer séparément une marque touristique, une autre pour attirer les investisseurs et un positionnement pour s’adresser à de futurs résidants. Les agences liées à ces secteurs devront travailler ensemble pour communiquer l’identité et la marque associées à un lieu. Et la qualité de vie occupe une place grandissante dans l’attractivité de chacun de ces segments.  

Image à la une: Instagram / My Helsinki 

Catégories
Gestion Tendances

Des espaces hybrides aux espaces fluides

Les nouveaux modes de vie adoptés par plusieurs travailleurs continuent d’engendrer d’importants changements sur le plan de l’occupation des espaces de vie, de travail et de loisir. Le concept de l’hybridation de ces lieux a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre ces dernières années et continue d’évoluer. Pour répondre à des enjeux économiques et sociaux, les termes « lieux fluides » entrent désormais dans le vocabulaire de plusieurs. En plus de bénéficier à différents publics qui profitent de lieux de rencontres polyvalents, certains espaces changent de fonction selon le moment de la journée. D’heure en heure, leur vocation varie et s’adapte aux utilisateurs, certes, mais aussi à différents commerces et entrepreneurs.

Interchanger les vocations

Dans des villes ou quartiers de petites dimensions, il peut être complexe d’offrir une variété de commerces et d’assurer un certain dynamisme. C’est pourtant ce qu’a réussi la petite île de Zeeburgereiland, située aux Pays-Bas. Dans le but d’assurer un milieu de vie agréable à leurs résidents, les constructions WOON& comprennent des locaux commerciaux conçus pour être partagés. Ces lieux s’intègrent donc à des bâtiments abritant des logements et sont animés par différents entrepreneurs au cours de la journée. Les emplacements peuvent successivement être occupés par une boulangerie en matinée puis un bar à vin en soirée, une façon d’optimiser les locaux tout en répondant aux besoins des résidents et des touristes. Ces initiatives permettent aux riverains d’avoir accès à plusieurs services dans un quadrilatère assez restreint. Un moyen d’encourager les commerces de quartier !

En Suisse, en plein cœur de la vieille ville de Zurich, le bain pour femme Stadthausquai se transforme en Barfussbar la nuit tombée, un bar « pieds nus » à ciel ouvert en bordure du fleuve. Une programmation musicale est offerte et le dimanche est voué à des soirées de danse.

Déjouer l’inflation par le partage d’espaces

Le prix élevé des loyers et l’inflation sont des freins importants à la rentabilité des entreprises. Le partage et l’optimisation des espaces entre entrepreneurs ayant des besoins complémentaires peuvent s’avérer des solutions créatives pour contrer ces enjeux. À Milan, Slowear18 est un magasin durant la journée ; le soir venu, l’espace se transforme en bar. On remarque que des ajustements dans l’aménagement, parfois légers, peuvent permettre une cohabitation dont les bénéfices sont grands. Un choix qui peut permettre un partage de coût des espaces, un plus grand dynamisme dans le quartier et une fidélité de clientèle qui s’attache au lieu.

Source de l’image : Slowear18

À Montréal, la boutique de divertissement Les Grillons Givrés propose un commerce éphémère et une soirée jeux tous les vendredis, sa plateforme de vente en ligne est disponible en tout temps. Durant les autres moments de la semaine, c’est l’entreprise InspireA+ qui a pignon sur rue, un espace de yoga et de mise en forme.

Les espaces hybrides poursuivent leur ascension

Les espaces hybrides continuent de surprendre par des aménagements multifonctionnels permettant de répondre aux désirs de la clientèle. À Tokyo, le bâtiment abritant des toilettes publiques est équipé de grands murs blancs, pouvant servir à projeter des visuels artistiques ou des films à la pénombre. La ville d’Amsterdam s’est dotée quant à elle d’un nouveau cinéma, le Rialto. Les projections se déroulent le soir dans un local universitaire transformé pour accueillir les cinéphiles. La salle de classe pour les cours universitaires durant la journée se transforme donc en cinéma une fois les activités pédagogiques terminées.

Source de l’image : Rialto

Communiquer les changements de fonctions des lieux

L’application AndCo permet aux lobbys d’hôtels, restaurants et cafés d’afficher les tables libres afin que les gens soient en mesure de venir y travailler lorsque des espaces s’avèrent inutilisés par la clientèle. La plateforme facilite ainsi la mise en relation des entrepreneurs et des travailleurs et permet de répondre à différents besoins en termes d’espace et de confort.

Source de l’image : AndCo

L’inflation que connaît le Canada pourrait s’avérer une période difficile pour certains entrepreneurs. Pour faire face aux défis, l’aménagement de certains lieux pourrait rendre les espaces favorables aux changements de vocation, une avenue prospère pour la créativité entrepreneuriale. Maximiser l’utilisation de l’espace tant en termes d’usage que de plages horaires pourrait être positif pour le quartier et la rentabilité des entreprises. Une possible nouvelle voie vers la coopétition !

Image à la une : Pixabay

Catégories
Destinations Technologies

Les destinations touristiques intelligentes en 2023

Si la technologie est véritablement au service du tourisme intelligent, d’autres composantes contribuent à développer une destination de manière durable.  

L’Espagne : une approche en cinq axes

Le réseau des Destinations touristiques intelligentes (DTI) a vu le jour en 2019 et s’appuie sur une méthodologie rigoureuse incluant 97 critères et 261 indicateurs. La distinction DTI est octroyée aux villes, municipalités ou départements qui obtiennent un niveau de conformité égal ou supérieur à 80 % des critères dans les axes suivants :  

– Technologie ;

– Accessibilité pour tous ;

– Gouvernance ;

– Durabilité ;

– Innovation.

Actuellement, cinq destinations espagnoles détiennent le statut DTI et une soixantaine sont en voie de l’obtenir. Un processus par phase incluant un diagnostic, des recommandations, l’exécution du plan d’action et le renouvellement du statut aux deux ans, est proposé aux destinations membres. Ce programme est porté par le Secrétariat d’État au tourisme et opéré par la Société Étatique pour la Gestion de l’Innovation et des Technologies Touristiques (SEGITTUR).  

Travailler de façon collaborative, savoir organiser la quantité phénoménale de données et l’appliquer au profit du bien commun sont quelques-uns des nouveaux défis à relever pour les destinations intelligentes. 

L’exemple de la ville balnéaire de Benidorm  

Cette municipalité de 70 450 résidants emploie quelque 60 000 travailleurs en tourisme. Elle souhaite créer une ville meilleure pour les résidants. De cette façon, elle contribue à rendre la destination plus attrayante pour les touristes et la société. Plusieurs initiatives ont permis à la ville d’atteindre son statut DTI. Voici quelques-unes d’entre elles.  

Un modèle de gouvernance en évolution

Il y a un grand besoin de développer une approche collective afin d’impliquer tout le monde dans le processus de construction du tourisme de demain.

Depuis 2019, l’initiative European Capitals of Smart Tourism récompense annuellement les villes européennes ayant les meilleures pratiques en matière de numérique, d’accessibilité, de développement durable, de patrimoine culturel et de créativité.   

Les gagnants des dernières éditions partagent tous un point commun : la transformation ou l’adaptation de leur modèle de gouvernance afin de privilégier le partage et l’échange de connaissances. Selon Julie Benisty, gestionnaire en tourisme durable de Bordeaux tourisme et congrès, il y a un grand besoin de développer une approche collective afin d’impliquer tout le monde dans le processus de construction du tourisme de demain. La création de l’Agora pour le tourisme à Bordeaux Métropole constitue un espace ouvert de partage et répond à ce besoin.  

Du côté espagnol, l’Office de tourisme intelligent de Séville intègre un laboratoire en tourisme urbain durable. Les entités publiques, PME touristiques et grandes corporations débattent dans cet espace d’innovation afin de relever les défis post-pandémiques. Au préalable, un projet pilote en intelligence artificielle avait été mis sur pied afin de suivre les déplacements et les habitudes de consommation dans la ville. L’objectif est d’améliorer l’offre touristique et de garantir l’équilibre entre les touristes et le bien-être de la population locale par des analyses prédictives en se basant sur une multitude d’indicateurs.  

Les infrastructures technologiques de pointe sont au cœur de la destination intelligente. La captation et le traitement de données en temps réel deviennent de plus en plus sophistiqués. Travailler de façon collaborative, savoir organiser cette information et l’appliquer au profit du bien commun sont quelques-uns des nouveaux défis à relever pour les destinations qui s’engagent dans cette voie.  

Image à la une : Pexels

Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

Catégories
Destinations

La ville : véritable laboratoire vivant

L’urbanisme tactique consiste en des aménagements temporaires et faciles à installer dans le but, entre autres, de démontrer les changements possibles à une rue ou à un espace public. La pandémie a favorisé la mise en place de ce type de projets, été comme hiver, que ce soit pour faciliter les déplacements actifs ou encore pour créer des lieux de rencontre festifs et animés. Certains aménagements ont connu un tel succès qu’ils sont devenus permanents. D’autres, éphémères, sont réinstallés année après année. Le succès de la piétonnisation de nombreuses rues en est un bon exemple.  

L’urbanisme tactique sert bien la récupération d’espaces sous-utilisés et la « place making », soit le concept qui consiste à aménager un lieu en se réappropriant l’espace public. On l’observe depuis déjà plusieurs années. Mis sur pied il y a près de dix ans, Le Village au Pied-du-Courant, qui s’érige année après année à la lisière du Saint-Laurent dans le quartier Ville-Marie à Montréal, en est une bonne illustration. Ce projet collaboratif piloté par l’organisme La Pépinière permet de revaloriser, durant la saison estivale, un site de dépôt à neige situé en bordure du fleuve. Il devient, le temps de quelques mois, un lieu de rencontre où se déploient des activités à caractère culturel, social, éducatif et festif. Le village évolue au cours des éditions, au fil des besoins et des envies des collaborateurs. 

Source: Charles-Olivier Bourque/Le Village au-Pied-du-Courant 

D’abord expérimenter pour mieux aménager

Un autre exemple plus récent, la Place Laval, dans le centre-ville de Gatineau, traduit bien le concept d’urbanisme tactique. Il s’agit d’un stationnement privé transformé en place publique éphémère pour l’été 2022. Celle-ci rassemble plusieurs concepts qui ont pu être testés dans l’optique de rendre permanents ceux qui s’avéreront concluants. Ce lieu de socialisation comporte du mobilier urbain, une décoration invitante, des activités d’animation et des événements de moyenne envergure.  

La Place Laval a été planifiée et conçue en partenariat avec la communauté et les organismes issus du milieu. La Ville souhaite faire de cet endroit un lieu de rencontre pour les résidants et les visiteurs. 

Source: Ville de Gatineau 

La ville comme un terrain de jeu 

Ces projets sont souvent initiés par des mouvements citoyens à la recherche d’une meilleure qualité de vie pour leur communauté. D’autres sont issus d’une impulsion municipale ou encore insufflés par des entrepreneurs ayant des visées sociales. Avec la multiplication de ces initiatives, la ville devient par endroit un véritable laboratoire quand le territoire sous-exploité est converti en terrain de jeu, où résidants et touristes se mêlent et auquel ils donnent vie.  

Image à la une : Pexels 

Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

Catégories
Destinations

Relançons les villes, valorisons la nuit !

Depuis la pandémie, la ville est un espace complexe et fragilisé qui cherche à retrouver son équilibre en testant de nouvelles propositions qui s’arriment aux besoins de ses usagers et à sa vocation de lieu social et de rencontres. 

Comme l’explique l’équipe de la Chaire de tourisme dans son Cahier Tendances 2023, les villes sont vouées à un avenir prometteur. D’après le dernier rapport du World Travel & Tourism Council, le tourisme urbain devrait croître plus rapidement que tous les autres secteurs, le faisant ainsi devenir la locomotive de la reprise des voyages pour la prochaine décennie. Les acteurs des centres urbains devront se concerter et miser ensemble sur leurs atouts afin de tirer leur épingle du jeu en proposant des expériences et célébrations inoubliables. En ce sens,plusieurs destinations misent sur le développement de leur économie nocturne pour dynamiser leurs communautés et attirer davantage de touristes. 

L’économie nocturne = le nightlife ?

N’en déplaise aux amateurs de rythmes musicaux endiablés, le nightlife n’est qu’un des aspects de cette économie, bien qu’il en constitue une part importante. Il n’existe pas de définition officielle, mais il est possible de la résumer comme étant l’ensemble des activités, entreprises et travailleurs opérant entre 18 h et 6 h du matin : les transports, l’hôtellerie, la sécurité, le divertissement, le commerce de détail, etc.   

Selon la Night Time Industries Association (NTIA), il devient important, plus que jamais, pour les villes de planifier la nuit comme le jour dans un contexte où leurs lieux de vie nocturne ont été parmi les premiers à fermer et les derniers à ouvrir lors des différentes vagues de la pandémie. D’autant plus que les secteurs urbains profitent de circonstances favorables intéressantes pour reconquérir le cœur des travailleurs et des voyageurs. Il y a un momentum à saisir ! 

Voici deux destinations qui déploient des efforts inspirants pour stimuler leur économie nocturne. 

Londres : les artères principales au cœur de la nuit

Dans sa stratégie de créer une ville dynamique 24 h sur 24, la Mairie de la capitale britannique a décidé de mettre de l’avant ses rues commerciales grâce au programme Night Time Enterprise Zone. Dans le cadre de ce dernier, l’administration de l’arrondissement et les entreprises coopèrent pour expérimenter de nouvelles façons de diversifier leur offre nocturne. Il peut s’agir d’augmenter les heures d’ouverture ou encore la participation et l’animation dans un espace délimité d’une artère commerciale. L’objectif est de rendre les rues plus accessibles, inclusives et accueillantes après 18 heures. 

À la suite du succès du projet pilote sur la Walthamstow High Street en 2019, qui a permis l’augmentation de la fréquentation de 22 %, le programme s’étend désormais à trois nouvelles rues commerçantes de Londres. Aux yeux de la Mairie, ce programme démontre encore plus son importance depuis la pandémie, puisque les artères sont la pierre angulaire des diverses communautés de la ville, et que leur rôle la nuit sera crucial pour la reprise économique et sociale de Londres.  

Répondre aux enjeux de sécurité 

L’économie nocturne joue un rôle crucial dans la vie culturelle et sociale des communautés britanniques. Il s’avère important de veiller à ce que les groupes marginalisés et vulnérables soient entendus et protégés. La NTIA et la Safeguarding Nightlife ont donc uni leur force pour offrir aux travailleurs et intervenants le programme Night Safe Champion. 

Il s’agit d’une accréditation qui s’obtient à la suite d’une formation de neuf modules touchant divers sujets tels que la sensibilisation à la vulnérabilité, le harcèlement sexuel, les drogues, la gestion des conflits, etc. L’objectif n’est pas seulement de conscientiser, mais de restaurer la confiance des communautés par la collaboration et l’action. 

Source : Night Safe Champion 

Sydney : la force de la concertation

Le partenariat entre les acteurs de différents secteurs constitue un élément clé pour la réussite de l’économie nocturne. La ville de Sydney l’a bien compris. 

En septembre 2020, le gouvernement de la Nouvelle-Galles-du-Sud (NSW), en Australie, lance sa vision à long terme pour Sydney via sa stratégie économique 24 heures sur 24. L’objectif est de soutenir la création d’emplois, favoriser les arts et la culture et renforcer le statut de destination internationale nocturne de Sydney.  

Pour faire écho à la nouvelle stratégie, l’organisme VibeLab a tenu l’édition 2021 du forum Global Cities After Dark à Sydney. Cet événement rassemble toutes les parties prenantes de l’économie nocturne locale afin d’exploiter les connaissances collectives pour créer des villes dynamiques et sécuritaires après la tombée de la nuit, tant pour les travailleurs et les citoyens que les visiteurs. Plus de 150 personnes provenant des secteurs de l’hôtellerie australienne et internationale, de la musique, du divertissement, des événements majeurs, du tourisme culturel, des transports et de la sécurité civile se sont réunies. Cette consultation a permis un partage et des discussions sur les réalités vécues dans chaque secteur. Elle a aussi donné lieu à la formulation de 14 recommandations visant à maximiser le potentiel nocturne de la métropole australienne. Bien qu’elles soient formulées par secteur d’activités, l’ensemble des participants y ont réfléchi. Les discussions ont révélé des thématiques d’actualité sur lesquelles il est important de se pencher collectivement telles que la diversité et l’équité, ainsi que l’utilisation des données. Le nombre d’acteurs impliqués par action montre bien la nécessité de la synergie pour porter des actions structurantes. 

Le saviez-vous ? 

 

Le rôle de « night mayor » est mis en place dans de nombreuses villes dans le monde entier pour aider à développer des politiques, faciliter une vie nocturne florissante et faire des villes un espace clé de coexistence et de socialisation.

Un nouveau jour pour la nuit ?

Les démarches qui incluent l’ensemble des parties prenantes nocturnes permettent l’équilibre d’un écosystème urbain, où plusieurs types d’activités se côtoient. La globalité des groupes doit être considérée, pour le plus grand bénéfice de tous.  

Dans la métropole québécoise, l’organisme MTL 24/24 anime, analyse et structure la vie nocturne à Montréal. Les partenariats et les échanges de connaissances entre les différents secteurs d’activités sont plus que jamais nécessaires à l’heure de la résilience et de la revitalisation des milieux urbains post-pandémie. 

Image à la une : Pexels

Image dans le texte : Pexels 

Cet article est la version longue de celui paru dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

Catégories
Tendances

Expérimenter pour trouver les meilleures solutions

Alors que le monde semble reprendre son souffle, l’heure est à l’expérimentation pour les entreprises et les territoires. Chacun cherche à comprendre si certaines solutions mises de l’avant durant la pandémie devraient être maintenues à plus long terme et si certains comportements observés depuis 2020 deviendront la norme chez les consommateurs de demain. Dans une société qui évolue rapidement, l’expérimentation s’intensifie et s’impose dans tous les champs d’activités. 

Plusieurs concepts devront être éprouvés pour qu’on songe ensuite à les consolider, mais jusqu’à quel point les solutions demeureront en place ou nécessiteront des compromis ? Mèneront-elles à d’autres solutions ? Par exemple, est-il concevable d’exiger le retour des employés au bureau ou préférable d’opter pour des modèles hybrides et flexibles ? Est-ce que les organisations miseront sur les échanges commerciaux virtuels ou retourneront-elles sur la route comme dans le passé ? Les choix retenus seront guidés par les valeurs et priorités post-covid des décideurs et l’adoption de la clientèle. Les entreprises résilientes et innovantes devront se donner encore le droit à l’erreur et à une période d’ajustements. 

L’exploration au profit de l’expérience humaine

Les entreprises qui incluront leurs employés dans cette expérimentation en les considérant comme de véritables partenaires de réussite s’engagent vers la voie du succès dans les années à venir.

Le travailleur a changé. La pandémie l’a fait réfléchir et a provoqué une transformation de son mode de vie. Il s’interroge sur l’utilisation de son temps et l’importance qu’il accorde à son emploi, évalue ses conditions de travail et dans certains cas, revoit son choix de carrière. Cette remise en question engendre de grands bouleversements organisationnels, particulièrement en cette période de pénurie de main-d’œuvre, où les entreprises n’ont d’autre choix que de remettre l’humain au centre de leurs priorités.  

Les organisations s’adaptent en testant de nouvelles approches liées notamment aux modalités de travail, au style de leadership et aux processus (équipes autonomes, ludification et agilité). Elles cherchent à offrir une meilleure expérience en mettant en place des politiques internes revisitées, plus inclusives qui visent le bien-être de chacun. La manière de recruter fait place à la créativité en plaçant l’expérience candidat au premier plan et en innovant pour attirer la relève. Enfin, les entreprises sont prêtes à essayer diverses technologies numériques pour soulager leurs effectifs.  

Les entreprises qui incluront leurs employés dans cette expérimentation en les considérant comme de véritables partenaires de réussite s’engagent vers la voie du succès dans les années à venir.

La ville comme laboratoire vivant

Le tourisme urbain deviendra la locomotive de la reprise des voyages pour la prochaine décennie. 

La ville est constamment en mouvement, elle se redessine au rythme des crises et des nouveaux comportements. Cet écosystème complexe et fragilisé cherche à retrouver son équilibre en testant de nouvelles propositions qui s’arriment aux besoins de ses usagers et à sa vocation de lieu social et de rencontres.  

Pour améliorer la qualité de vie des résidants, on assiste à de nombreux projets-pilotes teintés d’idées créatives et innovantes, notamment en lien avec la mobilité active ou encore avec la transformation des espaces publics. Certains projets s’avèrent concluants et s’insèrent de façon permanente dans le paysage urbain, pour le bien-être et la santé des utilisateurs. Toutefois, la vocation de certains lieux est remise en question. 

Source : Pexels 

L’avenir semble encourageant pour les milieux urbains. D’après le dernier rapport du World Travel & Tourism Council, le tourisme urbain devrait croître plus rapidement que tous les autres secteurs, il deviendrait ainsi la locomotive de la reprise des voyages pour la prochaine décennie. Les acteurs des centres urbains devront donc tester de nouvelles façons de tirer leur épingle du jeu en proposant des expériences et des célébrations inoubliables.  

Le tourisme urbain deviendra la locomotive de la reprise des voyages pour la prochaine décennie. 

L’agilité, gage de résilience

La crise sanitaire a forcé les organisations à penser autrement et à mettre en pratique de nouvelles façons de faire. Elles ont dû s’adapter, s’ajuster et se réinventer.  

Une entreprise agile effectue le développement et la livraison de sa solution en mode itératif. Les startups sont des championnes de l’expérimentation, puisqu’elles testent bien souvent de nouveaux types de solutions. Les entreprises de toutes tailles gagnent à s’inspirer de cet état d’esprit, d’ouverture et d’exploration où l’erreur est permise. 

Les données jouent un rôle crucial dans les organisations. Elles permettent d’appuyer ou d’infirmer certaines intuitions et ainsi de mesurer le succès des expérimentations ou des projets-pilotes. Une fois validés, ces tests améliorent l’offre et l’expérience client. Cet aspect est d’autant plus important dans un contexte où les consommateurs développent de nouvelles habitudes et recherchent une plus grande personnalisation des expériences. 

Les entreprises agiles qui prennent des décisions basées sur les données auront tous les atouts en main pour incarner un tourisme intelligent dans les années à venir. Dans le contexte d’incertitude économique et géopolitique actuel, cela leur permettra certainement de mieux faire face aux futurs défis.  

Le Web 3.0  

La 3e génération d’Internet, le Web 3.0, a la particularité d’interconnecter les données entre elles de manière décentralisée. Grâce aux technologies comme la blockchain et l’intelligence artificielle, elle offre aux utilisateurs une expérience plus rapide, personnalisée et sécurisée. Les consommateurs comme les organisations y font leurs premiers pas en expérimentant les nouvelles opportunités. Si certains ont une longueur d’avance résultant de leur adhésion précoce, d’autres les observent pour analyser et comprendre leur utilisation. 

Source : Pexels 

Le métavers peut transporter les voyageurs dans de nouveaux espaces et a le potentiel de devenir un outil marketing pour de nombreux secteurs, dont le tourisme de réunion et de congrès. Certaines entreprises touristiques offrent la possibilité de payer en crypto-monnaies aux clients qui en possèdent. De leur côté, les NFT poussent plus loin l’exclusivité et les privilèges dans les secteurs de la culture, du plein air et du luxe. Ces technologies resteront-elles des produits de niche ou seront-elles adoptées par une forte proportion de consommateurs et d’entreprises ?  

Est-ce que les expérimentations actuelles dans le domaine du Web 3.0 sont une prémisse au voyage de demain ? Les prochaines années détermineront si le retour sur investissement pour les entreprises est concluant et si le jeu en valait la chandelle.  

Image à la une : Unsplash

Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat.  

Catégories
Produits et activités Tendances

Créer des lieux de rencontre polyvalents

Recoudre le tissu social

De tous les ménages canadiens, ceux composés d’une seule personne sont les plus répandus (30 %) depuis quelques années. Pour certains pays européens (Allemagne, Finlande, Norvège), cette proportion est supérieure à 40 %. Que l’on vive en solo ou pas, les périodes de confinement et la progression du télétravail durant la pandémie ont provoqué de la solitude dans bien des milieux de vie, mettant en lumière l’importance que revêt la socialisation. Pour sortir de l’isolement, il faut recoudre le tissu social, favoriser les rencontres pour générer des échanges, de la création et du bonheur. 

Entre la maison et le travail : le tiers-lieu

C’est notamment dans cet esprit qu’un grand nombre de tiers-lieux ont vu le jour. Très répandu en France, ce type d’infrastructures à caractère social bourgeonne depuis quelques années au Québec. À la base, il tire ses origines du concept de third place, énoncé dans les années 1980 par le sociologue américain Ray Oldenburg. Il désigne un endroit entre le domicile et le milieu de travail permettant de socialiser de façon informelle, d’aller à la rencontre des autres. Il peut s’agir d’un café, d’un bar, de l’église, etc.  

Aujourd’hui, le terme tiers-lieu évoque des endroits multifonctionnels qui proposent des espaces de rencontre, de plus en plus pour le cotravail, mais aussi pour d’autres usages très variés. Souvent issus de projets citoyens, ils sont parfois aménagés dans des bâtiments sous-utilisés cédés par la municipalité. On s’y rend pour participer à des ateliers, prendre part à des laboratoires d’innovation sociale, assister à des spectacles, à des expositions, faire ses emplettes à des marchés fermiers, etc. 

Des lieux de socialisation

Comme l’indique l’organisme France Tiers-lieu, qui rassemble quelque 3500 sites, ces endroits sont des vecteurs de transition écologique, de fabrication locale, de liens sociaux, d’alimentation durable et de participation citoyenne.  

C’est le cas de Maison Mère, un tiers-lieu inauguré en 2017 à Baie-Saint-Paul, dans l’ancien couvent des Petites Franciscaines de Marie. La réhabilitation de ce complexe patrimonial, dont la gestion est attribuée à un OBNL, permet aujourd’hui d’accueillir les gens qui souhaitent profiter des lieux pour faire du cotravail (grille tarifaire selon la durée) ou pour développer un projet et se connecter aux autres entrepreneurs sur place. Les télétravailleurs peuvent se procurer le forfait Gîte et cogite pour une retraite de travail, en demeurant à l’Auberge des Balcons, qui occupe une section de l’ancien couvent. Le site dispose aussi d’un parcours muséal. 

Source: Maison Mère 

Des églises polyvalentes

Mais cette approche hybride des espaces n’est pas l’exclusivité du tiers-lieu. Certaines églises du Québec retrouvent leur caractère rassembleur par une adaptation de leur vocation. La transformation de celle de la communauté de Saint-Camille, dans les Cantons-de-l’Est, en est un exemple probant. Elle se veut le cœur du projet Destination Saint-Camille qui consiste en un centre de congrès « éclaté » en milieu rural. Une coopérative formée des acteurs touristiques des environs a ainsi repris la gestion de l’ancienne église du village pour en faire un lieu multifonctionnel qui accueille congrès, formations, spectacles et autres événements culturels. 

La communauté de Sainte-Clotilde-de-Horton, dans le Centre-du-Québec, est aussi mobilisée autour d’un projet où l’église constitue un véritable levier de dynamisation. La Coop du Cœur de Sainte-Clotilde vient d’acquérir l’établissement qui permettra de développer une scène culturelle riche, mais aussi, un espace citoyen où les gens peuvent travailler, discuter de leurs projets autour d’un café, créer un effet de synergie par le partage des idées et des compétences (voir la vidéo). 

Des super bibliothèques

Le milieu des bibliothèques est en transformation. Selon le professeur en aménagement urbain Richard Florida, la bibliothèque pourrait devenir une pièce maîtresse de l’infrastructure sociale au cours des prochaines années. Plus qu’un immeuble regroupant des collections de livres, elle devient un véritable carrefour de partage et d’innovation.  

La bibliothèque centrale d’Helsinki — nommée Oodi — en est le parfait exemple. Ce « salon de la nation » a été inauguré en décembre 2018. Le tiers de sa superficie est attribué aux livres. Le reste est occupé par des aires de jeux, des studios de musique, des zones de cotravail, des cafés, des salles pour apprendre la couture, la cuisine, pour expérimenter l’impression 3D, bref, par une foule d’activités et de possibilités d’échange et de création. Cette bibliothèque qui se veut le point de rencontre des Finlandais suscite beaucoup de curiosité de la part des touristes. 

Source: Oodi: Bibliothèque centrale d’Helsinki Facebook  

Vers une transition écologique et sociale 

L’hybridation des lieux permet de maximiser l’utilisation des ressources et des infrastructures. Les tiers-lieux et autres espaces de rencontre à vocation multiple font certainement partie des solutions pour une transition socioécologique des noyaux urbains.  

Image à la une : Unsplash

Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat.