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Segments de clientèles Tourisme durable

Guider les visiteurs vers un tourisme plus responsable

L’équipe de la Chaire de tourisme Transat documente depuis trois ans des indicateurs liés au tourisme durable. Principal constat: aucun changement n’est observé quant à la proportion de voyageurs québécois qui adoptent certains comportements écoresponsables.  

Voici quelques résultats relatifs à ces indicateurs qui font l’objet de stagnation depuis les trois dernières années. Ces données proviennent de la plus récente enquête réalisée par la Chaire auprès des voyageurs québécois. 

Aucun changement n’est observé quant à la proportion de voyageurs québécois qui adoptent certains comportements écoresponsables.  

D’autres actions ont été ajoutées à l’édition 2023 de l’enquête. À cet égard, 18 % des répondants disent avoir volontairement limité le nombre de leurs voyages par année pour des raisons environnementales. Également, 9 % des voyageurs qui ont visité le Québec à l’été 2023 rapportent avoir utilisé une voiture 100 % électrique comme mode de transport principal lors d’un séjour. 

Comment accélérer le virage responsable des voyageurs ?

Le nombre de voyageurs responsables atteignant un plateau, les énergies doivent être concentrées sur l’accompagnement des consommateurs et aussi des entreprises de l’industrie afin de multiplier et de promouvoir les offres durables. 

Guider la clientèle vers des choix durables

Plusieurs actions peuvent être mises en place par les entrepreneurs touristiques ou les destinations afin de faciliter et favoriser l’achat ou la réservation de produits touristiques responsables et durables. Il peut s’agir par exemple d’inclure des incitatifs ou de reconnaître les efforts des clients. Cela peut être fait sous forme de programme de récompenses. Simplifier l’expérience d’achat et offrir un bon service à la clientèle est une autre solution. Pour les destinations, il peut s’agir de mettre de l’avant les entreprises certifiées par un organisme reconnu par le GSTC 

La Suède possède des forfaits de vacances durables nommés « Climate-Smart Holidays ». Cinq hébergements de l’ouest du pays participent au projet. Ces établissements en nature affichent une transparence totale en matière de gaz à effet de serre émis par nuit. Ils détiennent des panneaux solaires, ont été construits avec des matériaux recyclés et sont équipés pour permettre le compostage des déchets. Les repas sont inclus dans les forfaits et sont approvisionnés directement d’une exploitation agricole voisine. Dépendamment de l’hébergement choisi, les forfaits comprennent des activités de plein air à pratiquer à proximité et/ou le transport pour s’y rendre. Les options de déplacements offertes sont diversifiées, mais le choix durable demeure la priorité. Par exemple, une prise en charge en voiture électrique à la station de train la plus proche des sites est proposée. 

Source de l’image: Adobe Stock 

Accompagner les visiteurs dans l’adoption de comportements responsables 

L’office de Tourisme Gorges de l’Ardèche – Pont d’arc, en partenariat avec d’autres organisations, a lancé l’Académie des Gorges de l’Ardèche. Classées Réserve Naturelle Nationale Protégée, les Gorges sont les seules en France à permettre aux visiteurs d’y passer la nuit. Or, la région se trouve dans un écosystème fragile. C’est donc pour préserver ce site naturel que l’Académie diffuse une série de vidéos instructives dans lesquelles plusieurs conseils et informations sont partagés. 

Des séjours sans voiture sont également proposés afin que les visiteurs puissent vivre des vacances plus relaxantes, responsables et enrichissantes. Les offres comprennent un itinéraire à vélo, en randonnée pédestre et un itinéraire sur le thème du tourisme lent (slow tourism) 

Intégrer la communauté dans le développement touristique

Selon l’Organisation mondiale du tourisme, tout développement touristique doit s’appuyer sur les principes durables suivants : 

  • Développer de nouvelles attractions, activités et expériences en se basant sur les ressources, atouts naturels (montagne, forêt, etc.) et culturels (technique artisanale, conception architecturale typique, etc.) intrinsèques au milieu local ; 
  • Obtenir le soutien de la communauté d’accueil, et encore mieux, collaborer avec cette dernière (incluant les résidants) ; 
  • Respecter les valeurs du territoire d’implantation et s’intégrer dans la stratégie touristique de la destination. Dans cette optique, il peut être avantageux de créer des produits à plus grande valeur ajoutée et à moindre impact. 

Des destinations appliquent déjà ces préceptes. En Australie, l’État de la Tasmanie a co-conçu un plan pour l’avenir du tourisme avec et pour la communauté de l’île Flinders de septembre 2021 à septembre 2023. S’appuyant sur les principes du tourisme régénératif, l’objectif de l’initiative The Islander Way est de s’assurer que les visiteurs génèrent des bénéfices positifs pour l’île, ses résidants, son environnement et l’économie locale. Cette collaboration a permis de proposer des projets touristiques ancrés dans la communauté, mais également d’autres initiatives qui permettront une régénérescence en lien avec l’économie circulaire, la gestion des matières résiduelles, la sécurité alimentaire et des actions communautaires. Les initiateurs veillent actuellement à poursuivre cet élan en s’assurant de soutenir les propositions malgré la fin de l’accompagnement à l’automne 2023.  

Vers une démocratisation du voyage responsable  

Le nombre de voyageurs québécois ayant porté des actions dites responsables stagne.  Bien qu’un segment de ces voyageurs soit bel et bien tourné vers le tourisme durable, dans ses valeurs et dans ses choix, il reste que pour la majorité, le passage à l’action n’est pas entamé. 

L’intérêt global envers un tourisme responsable est plus important que jamais, non seulement au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde. Selon l’enquête 2023 de Booking.com, 76 % des voyageurs internationaux indiquent vouloir voyager de façon plus responsable au cours des 12 prochains mois. Or, l’aspect économique constitue un frein pour plusieurs. Selon ce dernier sondage de Booking.com, la perception que les options durables sont trop dispendieuses est belle et bien présente pour la moitié de la clientèle internationale.  

Afin que l’augmentation de ce type de voyageurs ne demeure pas une utopie, il faut réellement démocratiser les voyages responsables. L’objectif est d’augmenter la capacité des clientèles à faire des choix durables. Il s’agit donc ici de faire de ces décisions, des décisions par défaut et de libérer les voyageurs de la pression qu’ils subissent pour rechercher et sélectionner des expériences durables. Plus le nombre de produits offerts sera grand, plus les prix diminueront et cette offre deviendra graduellement la norme.  

 

Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2024 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

Source de l’image à la une: Pexels

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Technologies Transport

La mobilité comme service, les bénéfices pour l’industrie touristique

Maillon essentiel de l’expérience touristique, le transport est un secteur d’activité important pour favoriser la transition durable. Le virage numérique de l’industrie et la numérisation des services liés aux différents modes de transport pourraient marquer un tournant positif dans l’expérience du voyageur. Une occasion de bonifier les services aux visiteurs d’une destination.  

Les orientations durables de l’industrie touristique du Québec impliquent une stratégie de transport concertée entre les professionnels de la mobilité et du tourisme. Faciliter la vie du voyageur par une planification simple de son transport et par des déplacements fluides sur le territoire, voilà des éléments essentiels à une expérience de voyage positive. Le MaaS propose de centraliser les informations de mobilité d’un territoire, dans un seul et même outil technologique, une opportunité de déployer une offre de services adaptée aux besoins des visiteurs. 

Le MaaS

Le MaaS désigne la mise en place d’un outil numérique dont l’objectif est de faciliter l’usage des services de mobilité d’un territoire.

Le MaaS se traduit par la « Mobilité comme service », la « Mobilité Améliorée par Association de Services » ou, en anglais, « Mobility as a Service ». Le terme désigne la mise en place d’un outil numérique dont l’objectif est de faciliter l’usage des services de mobilité d’un territoire. La stratégie vise à harmoniser les dispositifs de transports et à favoriser une mobilité variée et adaptée à tous, par exemple : le transport en commun, le vélo-partage, l’autocar, le train, la location de voitures en libre-service, etc.   

Implanté dans des pays comme la Finlande, le Japon, la Chine, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Suède, les Pays-Bas, l’Australie et la Belgique, le MaaS peut se décliner de différentes façons, selon les enjeux de mobilité des lieux. Essentiellement, la plateforme numérique, présentée à l’utilisateur sous forme d’application mobile, intègre diverses formes de services de transport accessibles aux voyageurs. Elle peut regrouper autant des moyens de transports collectifs que partagés. Il existe donc différents modèles de MaaS. Principalement, la technologie en place permet la réservation, le paiement et/ou la planification d’itinéraire dans un contexte multimodal. Dans tous les cas, la plateforme chapeaute des partenariats permettant d’offrir un éventail de services par l’intermédiaire d’une seule interface. 

Les partenariats, éléments essentiels du MaaS  

La force du MaaS réside dans les partenariats sous-jacents à l’outil technologique. La mobilisation des intervenants en transports est un élément central à la réussite d’une telle implantation. C’est une façon de mieux gérer les flux touristiques et de créer des opportunités pour inciter à la fréquentation des lieux moins connus. 

En France, un observatoire des MaaS permet de répertorier les initiatives à travers le pays. Résultat d’un ensemble de partenariats, le projet vise à rassembler et partager des connaissances en matière de MaaS. L’observatoire propose des démarches et publications en lien avec les défis du territoire. Il soutient tant les dispositifs déjà en place, afin de les rendre plus performants, par exemple, que les nouveaux projets. Les cas présentés sont divers et proposent de suivre l’implantation et la gestion afin d’inspirer d’autres villes à se doter de meilleurs outils pour la gestion de l’ensemble de la mobilité d’un espace donné. 

La transition durable 

L’application Whim illustre bien l’idée du Maas. Elle est utilisée par plusieurs villes telles que Tokyo, Vienne, Turku et Helsinki, ainsi que des pays comme la Suisse et la Belgique. La structuration de l’offre de transports par l’intermédiaire de la plateforme démontre qu’opter pour une valorisation mutuelle de la mobilité et du tourisme est un atout important pour encourager la transition durable d’une destination. Devant les objectifs ambitieux de réduction de gaz à effet de serre (GES) de certaines villes et régions, faciliter les transports en commun, la mobilité partagée et la mobilité active s’avère une solution fort pertinente. La plateforme numérique du MaaS permet de rendre les transports publics plus efficaces, plus économiques et plus accessibles. La structuration des services de mobilité dédiés aux touristes s’avère un atout pour connaître les options à faible empreintes disponibles pour un itinéraire.  

Une occasion de compiler des données utiles à la planification des transports

Plusieurs villes se sont dotées du MaaS dans le but de faciliter les déplacements certes, mais aussi de compiler de précieuses données sur les habitudes des usagers. Une occasion de mieux comprendre les mouvements urbains. Pour les gestionnaires des villes, l’outil permet d’observer de quelles façons les trajets s’exécutent sur le territoire, grâce à l’intelligence artificielle et aux données recueillies à même l’application. Ces informations s’avèrent essentielles pour brosser un meilleur portrait des usagers et mieux cerner leurs besoins. Conséquemment, il est possible de mettre en place les mobilités utiles et adaptées aux résidants et visiteurs des espaces. 

Source : Pexel

Un outil d’aide à la décision : le cas du People Moving Count de Copenhague 

Le MaaS s’inscrit comme une opportunité de connaissance. Il offre des informations concrètes d’aide à la décision. Le People Moving Count calcule le nombre de personnes qui se déplacent dans un espace et par quels moyens. Ces informations donnent un aperçu de l’occupation d’un lieu selon le moment de la journée, et de son accessibilité par les différents modes de transport. Le modèle s’avère utile pour observer l’achalandage à plusieurs échelles, notamment d’un parc, d’une place publique, d’une rue, d’un arrêt de bus, d’un quartier ou d’une ville. La méthodologie peut être intégrée dans le MaaS.

La ville de Copenhague, au Danemark, applique cette méthode pour calculer les déplacements et habitudes de la population. Par exemple, un décompte des enfants et adultes cyclistes est fait de façon constante. À cela s’ajoutent des sondages qualitatifs pour obtenir l’avis de la population résidante sur les transports. Les chiffres représentent un atout pour les différents niveaux de gouvernance impliqués dans la planification des transports et la gestion des flux touristiques. 

Faciliter le choix des modes de transport en contexte touristique

Devant l’abondance de moyen de transport en milieu urbain ou pour certaines régions, le choix peut s’avérer complexe pour les touristes. L’optimisation du temps, le recours à des informations claires, la facilité d’achat des titres, la qualité de l’offre et des informations en temps réel ainsi qu’une dénomination commune de la signalétique physique et numérique sont tous des facteurs pouvant créer un écosystème rassurant pour les visiteurs. Le MaaS ne propose pas une recette applicable à toutes les destinations et requiert une réflexion sur les enjeux de mobilités des lieux. Plusieurs cas de figure inspirants peuvent aider à la mise en place d’un MaaS qui intègre le tourisme.  

Le cas de la Finlande

La Finlande est considérée comme une pionnière en matière de MaaS. Grâce à la législation du pays, les opérateurs de transport partagent les données d’achalandage des transports. Cela permet une cohésion dans l’offre de transports du territoire. La collaboration entre les parties prenantes du transport a permis de créer la plateforme Ylläs qui a évolué selon les besoins des acteurs. 

  • 2016-2017 : Ylläs Around: le projet pilote a permis d’offrir une plateforme de services de mobilité pour les stations de ski de la région de Ylläs ainsi que ses principaux hubs de transport (par exemple, l’aéroport de Kittilä et la gare de Kolari). Les coûts d’exploitation élevés ont toutefois mis un terme à la plateforme sous ce modèle. 
  • 2017 à 2019 : Ylläs Tiketti (qui signifie « billets ») : cette phase a permis d’améliorer l’expérience utilisateur et d’élargir les services touristiques. Les billets et réservations de transport ont été intégrés à l’application. De plus, l’achat de droit d’accès pour des attraits touristiques de la région a été ajouté à l’offre. 
  • 2019 à aujourd’hui : Reitit ja Liput (qui signifie « voyages et billets ») proposée par Matkahuolto fournit des informations en temps réel et des services de billetterie pour les principaux autobus de la région d’Ylläs. Cependant, Reitit ja Liput ne dispose plus des services touristiques fournis par Ylläs Tiketti.  

Les stations de ski de la région proposent toutefois l’option ski bus. L’achat permet d’avoir un billet de remontée avec le trajet d’autobus. Une option qui gagnerait à être ajoutée à la plateforme actuelle. 

Les bénéfices d’unir les efforts de l’industrie touristique et de la mobilité pour faciliter les déplacements sont nombreux. Le MaaS, s’il est réfléchi dans une vision concertée, peut offrir une expérience particulièrement intéressante pour les visiteurs. Une réflexion d’intérêt pour combler l’enjeu du « dernier kilomètre » au Québec !  

Image à la une: Pixabay