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Destinations Tendances

Le tourisme : plus qu’une industrie

Quelle année ! Alors que la plupart des indicateurs touristiques suggèrent un retour à la vitesse de croisière atteinte en 2019, une certaine amertume, un inconfort qui s’apparente à de la culpabilité et de l’impuissance flottent dans l’air. Les événements météorologiques extrêmes de l’été dernier n’y sont pas étrangers. Ils ont contribué à une prise de conscience sur les effets des changements climatiques et sur ce qui nous attend dans les prochaines années. 

Réduire et faire mieux

L’industrie touristique repose sur les déplacements et le transport. Ces derniers font partie des principaux enjeux liés au réchauffement climatique. Les inondations et les feux de forêt nous ont rappelé l’urgence d’agir, l’urgence de réduire nos gaz à effet de serre. Et c’est vrai qu’il faut déployer des efforts colossaux pour limiter les conséquences néfastes du transport, pour diminuer la consommation énergétique et la production de matière résiduelle que peut générer le tourisme. Il faut tout mettre en branle pour guider les voyageurs vers des choix responsables. Il est essentiel de protéger les lieux, les cultures et les populations d’une fréquentation touristique trop intense. 

Des services et des parcs

Et cette transition vers un tourisme durable et responsable doit s’accentuer pour que les retombées positives, bien réelles, captent davantage l’attention et tiennent le haut du pavé. Bien sûr, le tourisme favorise le développement économique, notamment par les emplois qu’il génère. Pensons aussi aux infrastructures qui n’auraient pas vu le jour sans la présence récurrente de visiteurs. L’apport touristique a contribué et parfois même justifié la bonification de réseaux de transport collectifs, de services publics dans certaines destinations isolées, d’installations récréatives qui profitent finalement, et surtout, aux populations locales.  

Le tourisme est intimement lié à la création et à la conservation des parcs nationaux et autres sites naturels grâce aux dépenses des visiteurs qui permettent de financer l’entretien de ces lieux, ainsi que les aménagements pour les fréquenter. Ces sites sont aussi la démonstration d’une volonté de protéger la nature pour que tous puissent en profiter sans en altérer la beauté et la richesse. 

Une vitrine culturelle et des installations colossales

Les grands événements qui rythment la scène culturelle ou sportive à certains moments clés de l’année bénéficient de financement grâce à leur attractivité touristique. Les festivals en dépendent bien souvent. Même à petite échelle, ces événements sont vecteurs de dynamisme dans leur milieu et proposent une vitrine culturelle unique.  

Les legs des Jeux olympiques sont aussi des témoins probants de la valeur du tourisme. Et cet héritage, autrefois mal planifié, se prévoit de plus en plus, surtout dans un souci de maximisation des efforts et des ressources. Londres en témoigne avec son nouveau quartier résidentiel dynamique qui profite de grands espaces verts décontaminés grâce aux JO de 2012. Ceux de Paris à l’été 2024 sont d’ailleurs aussi pensés selon un plan de développement urbain à long terme.   

Des connaissances et de la fierté

Le tourisme est un formidable véhicule de la connaissance et de l’innovation. Il provoque des échanges culturels, des prises de conscience sur ce qu’il faut protéger et valoriser, des réflexions quant à l’identité de la communauté et des mœurs et coutumes qui la distinguent, bref le tourisme contribue à connaître le monde, mais aussi à mieux se connaître, à cerner nos valeurs et à développer notre fierté. Le tourisme, c’est plus qu’une industrie, c’est un phénomène indissociable de la nature humaine et qui a longtemps fait de nous des nomades.   

Votre Cahier Tendances 2024

Ce rappel me semble nécessaire pour amorcer l’année du bon pied. Et pour bien garnir votre coffre à outils, l’équipe de la Chaire de tourisme Transat s’est penchée sur le comportement des voyageurs et les tendances qui en découlent. L’édition 2024 du cahier propose ainsi une myriade de données exclusives collectées par la Chaire en novembre 2023 auprès de plus de 1000 voyageurs québécois. Chaque tendance est aussi documentée par l’exercice de veille réalisé en continu par l’équipe. Voilà un guide à lire et à consulter au besoin, pour stimuler vos réflexions, alimenter les discussions et appuyer vos décisions.  

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Destinations Marketing

Destination : la belle vie

À la recherche du bien-être

Le place branding, qui consiste à positionner un lieu en regard de son identité propre et de le promouvoir comme une marque, est devenue une approche très répandue. Des experts en la matière se sont rassemblés dans la capitale finlandaise, Helsinki, lors de l’édition 2023 du congrès international Nordic Place Branding Conference. Selon l’organisation marketing à l’origine de cette conférence, Future Place Leadership, l’une des tendances qui animent l’attractivité des destinations est justement le déploiement d’un lieu où il fait bon vivre. Peu importe le motif du déplacement — pour travailler, pour visiter ou pour y vivre — l’être humain a tendance à choisir un endroit où il espère se sentir bien, voire se sentir mieux. 

Des représentantes de la Ville d’Helsinki sont d’ailleurs venues présenter leur stratégie en matière d’attractivité territoriale qui mise sur la qualité de vie, le bien-être, la « belle vie ».  

Helsinki : une ville fonctionnelle, mais encore…

Il fallait donc travailler le « côté givré » de la marque, lui donner une âme, procurer des émotions, y mettre un peu de magie.

La ville d’Helsinki semble méconnue auprès de ceux qui n’y sont jamais allés. Bien que l’image perçue soit plutôt positive, les responsables du marketing de la marque d’Helsinki constatent, à la suite des consultations, que c’est son caractère de lieu fonctionnel qui marque les esprits. Lorsque les gens visitent la ville, ils sont agréablement surpris de découvrir les autres aspects, ceux qui lui donnent sa couleur, son énergie. Il fallait donc travailler le « côté givré » de la marque, lui donner une âme, procurer des émotions, y mettre un peu de magie.

Pour ce faire, l’équipe de marketing a identifié les cinq pierres angulaires de la marque en fonction de l’identité de la ville : 

– Fonctionnelle : Ville compacte et intelligente dans laquelle il est facile de se déplacer, où les services sont fiables et fluides. 

– Durable : Persistance à créer des solutions durables reconnues dans le monde. 

– Urbaine en nature : Ville de contrastes où la nature sauvage côtoie le dynamisme urbain. 

– Libre : Milieu ouvert, où chacun peut s’exprimer et bénéficier d’occasions pour s’émanciper.   

– Extraordinaire : Atmosphère unique, parfois excentrique, à travers les saisons.  

Ces cinq aspects révèlent l’identité de la ville. La synergie de ces caractéristiques fait d’Helsinki un endroit où il fait bon vivre (Good Life).  

Source: Nordic Place Branding Conference 2023

Offrir du bonheur aux résidants comme aux visiteurs

Plusieurs projets récents illustrent cette volonté des autorités helsinkiennes à créer un milieu où il fait bon vivre. En voici trois qui expriment bien l’esprit de Good Life promu par la Ville. 

Réaliser les souhaits des citoyens 

Le budget OmaStadi a été mis sur pied dans le but de réaliser des idées proposées par les résidants. Ce sont 8,8 millions d’euros qui y sont attribués. Le processus d’utilisation de ce budget participatif se décline en 4 phases : 

– Brainstorm: Période durant laquelle chacun peut soumettre, en ligne, des idées pour améliorer la ville d’Helsinki. 

– Cocréation : Les idées qui satisfont les critères sont transformées en propositions et des experts de la Ville en estiment les coûts. 

– Vote : Tous les résidants âgés de 12 ans et plus sont invités à voter. 

– Mise en œuvre : La Ville développe les projets comptant le plus grand nombre de votes. 

L’année dernière, le budget OmaStadi a notamment généré cinq nouveaux sites de baignade. 

Source: OmaStadi 

Offrir un lieu de rencontre unique 

En 2018, la ville s’est dotée d’une infrastructure colossale, d’une grande bibliothèque publique avec une impressionnante signature architecturale. Oodi, qui signifie « ode », a été créé dans le but de devenir le « salon des Finlandais » et des visiteurs. Le tiers de cet espace polyvalent est occupé par des livres, alors que le reste est constitué de salles de jeux, de cinémas, de studios de musique, d’aires de cotravail, de cafés, d’ateliers de couture et de cuisine. Bien que certains services soient offerts uniquement aux usagers qui détiennent une carte de bibliothèque, plusieurs sont disponibles pour tous. Les visiteurs peuvent aussi prendre part à une visite avec guide ou découvrir les lieux de façon autoguidée. 

Source: Oodi 

Donner la culture aux enfants 

La Ville invite toutes les personnes nées à Helsinki depuis 2020 à devenir des Enfants de la Culture (Culture Kids). Ce programme incite ainsi les parents à inscrire leur enfant pour qu’il soit parrainé par un intervenant culturel (théâtre, orchestre symphonique, musée, etc.). Chaque année, ce parrain invite son filleul et sa famille à au moins deux événements qui stimulent le développement de l’enfant ou qui contribuent au bien-être de la famille, et ce, gratuitement. Le parrainage se poursuit jusqu’à ce que le jeune débute sa scolarité (sept ans). Voilà qui permet aux familles de s’approprier l’offre culturelle et de devenir de fiers ambassadeurs. 

Essayer la destination ?

Et cette « Good Life », il est même possible pour un étranger de l’essayer grâce au programme 90 Day Finn. Celui-ci a pour but de favoriser les collaborations entre les professionnels de diverses disciplines des quatre coins du monde et les entrepreneurs créatifs et innovants de la capitale finlandaise. Les candidats choisis (15) sont accompagnés lors de leur transfert dans la ville et un espace de cotravail leur est attribué gratuitement. Des activités sociales sont prévues chaque semaine, ainsi que des visites et réunions avec des entreprises qui correspondent au milieu professionnel du candidat. Ce programme permet de promouvoir le style de vie d’Helsinki, de provoquer des occasions d’affaires et de mousser la destination auprès d’une clientèle susceptible de revenir ou même de s’y installer avec sa famille. 

Une affaire d’attractivité territoriale  

Le positionnement d’une destination, son identité ou sa marque, figure depuis maintenant plusieurs années dans les communications marketing pour l’ensemble des clientèles. Selon des experts ayant pris la parole lors du Nordic Place Branding Conference il n’est plus souhaitable de développer séparément une marque touristique, une autre pour attirer les investisseurs et un positionnement pour s’adresser à de futurs résidants. Les agences liées à ces secteurs devront travailler ensemble pour communiquer l’identité et la marque associées à un lieu. Et la qualité de vie occupe une place grandissante dans l’attractivité de chacun de ces segments.  

Image à la une: Instagram / My Helsinki 

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Destinations Gestion

Berlin fait appel aux résidants

L’implication des résidants dans les stratégies touristiques d’une destination est une démarche connue et de plus en plus répandue. Un rapport publié en 2022 par Skift le confirme ; les communautés locales s’engageront davantage dans l’avenir de leur région. Elles cesseront de n’être que spectatrices du tourisme sur leur territoire pour participer à la mise en œuvre d’une destination qui leur correspond.  

Cela dit, l’engagement citoyen prend un tout autre sens lorsque les résidants ont une voix équivalente à celle des responsables touristiques. Cela leur permet de sortir du cadre plus familier d’ambassadeur (lire aussi : Shawinigan 100 % accueillant). En ce sens, Berlin est précurseur dans le domaine. En effet, les Berlinois peuvent désormais s’exprimer sur le développement touristique de leur ville grâce à l’initiative Citizens’ Advisory Council. Deux membres de la communauté sont sélectionnés dans chacun des 12 districts de Berlin pour former un conseil indépendant qui se réunira quelques fois par année. Leur mandat est de conseiller l’organisation de gestion de la destination (OGD) pour assurer un développement qui soit durable, qui les respecte et qui protège le caractère unique de l’endroit.  

Le conseil accompagnera également l’OGD dans l’orientation des futurs plans marketing. Les représentants peuvent aussi donner leur avis sur les segments de clientèles à cibler et ont leur mot à dire sur la façon dont les quartiers sont présentés dans les communications.  

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Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

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Tendances

S’élever grâce à la synergie

En gestion, la synergie signifie un rendement supérieur résultant de la mise en commun de plusieurs actions. En développement durable, elle renvoie à un réseau dorganisations et de collectivités engagées dans une dynamique déchange inspirée du fonctionnement des écosystèmes.  

Les notions de collaboration et de coopétition telles qu’on les connaît doivent être mises au service d’une économie qui tend vers la circularité, la résilience et la profitabilité des partenaires, de la collectivité et de la planète.

Accélérer la cadence, ensemble

Certains grands défis ne peuvent être relevés seuls. Des occasions d’affaires gagnent aussi à être saisies en équipe. Il faut savoir s’entourer et s’allier de compétences et de talents complémentaires pour être plus fort, plus agile. Les intervenants d’un même, voire de plusieurs secteurs d’activités, doivent se mobiliser et collaborer à la mise en commun de leur expertise. Les occasions de partenariats et de maillage sont diversifiées : activités promotionnelles ciblées, expérience client bonifiée, initiatives écoresponsables ou en économie circulaire, partage de données pour augmenter sa connaissance client, structuration de l’offre, optimisation des pratiques de gestion et des processus, etc.  

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Un effort commun pour le climat 

La transition climatique s’avère un enjeu global qui mobilise tous les secteurs. Il est primordial d’éviter le clivage qui pourrait se creuser entre les entreprises qui passent à l’action et celles qui stagnent devant les changements à effectuer pour mener à bien cette transition. Les grands joueurs de l’industrie assument de plus en plus leur rôle de leader pour que tous accélèrent ensemble, maintenant et pour les années à venir.  

Partager pour s’élever comme industrie

Apprendre des succès et des échecs de ses pairs permet d’avancer comme industrie et de déployer des solutions significatives face aux enjeux. Par exemple, le mentorat, qu’il soit entre organisations ou entre individus, permet de hausser le niveau de qualité globale d’un secteur, contribue à améliorer les façons de faire d’une industrie connexe ou encore à assurer la transmission des savoirs. Des approches plus traditionnelles comme la coopétition nécessitent également un partage de connaissances et une certaine transparence pour assurer la réussite d’un tel partenariat. Des destinations ont déjà réussi ce pari en matière de promotion en mutualisant des actifs et des ressources marketing.  

De nouvelles approches sont à prévoir pour accélérer le transfert de bonnes pratiques, le partage de ressources, d’expertises et d’outils. 

Faire des résidants des alliés 

Selon un sondage mené par la Chaire de tourisme Transat, le tiers des voyageurs québécois ont fait un voyage d’au moins une nuitée dans leur région respective de mai à novembre 2022. Le résidant constitue ainsi une clientèle qui gagne à être reconnue et incluse dans les stratégies marketing. Porte-parole de la culture et des valeurs locales, tant chéries par les visiteurs, ambassadeur du territoire et protecteur de sa qualité de vie ; il occupe aussi un rôle important dans l’écosystème touristique. Développer une approche pour l’impliquer et entendre sa voix devient une pratique gagnante pour construire une offre touristique durable. Les destinations en particulier doivent tendre vers un leadership collaboratif et inclusif. 

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Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat. 

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Tendances

L’heure est à la responsabilisation !

La société est aujourd’hui plus informée que jamais. Avec l’étendue de ces connaissances viennent des obligations, tant pour les consommateurs que pour les organisations. Dans ce contexte, endosser des comportements ou mécanismes qui vont à l’encontre de ce qui est acceptable, d’un point de vue social comme environnemental, tend à être révolu.   

La crise climatique actuelle force chaque partie prenante à accélérer la mise en place de mesures concrètes et efficaces à long terme. Les inégalités sociales et économiques placent sous les projecteurs les autres dimensions du développement durable ; jamais n’a-t-on autant parlé d’équité, de diversité et d’inclusion. Acteurs touristiques et voyageurs doivent regarder dans la même direction et prendre part à un tourisme plus conscientisé et respectueux 

Des consommateurs peu actifs, mais informés

Les voyageurs québécois souhaitent voyager de façon plus responsable. Cependant, peu d’entre eux choisissent un hébergement ou un attrait en raison de leur orientation durable (22 %) ou payent pour compenser les émissions de gaz à effet de serre émises lors de leurs déplacements (10 %).  

Cette situation est similaire au niveau international. Selon une étude menée par Booking, un peu plus de 70 % des voyageurs interrogés désirent faire plus d’efforts pour voyager de manière responsable en 2023. Il existe encore toutefois des écarts importants entre leurs intentions et leurs comportements. Par exemple, une minorité d’entre eux recherchent activement des hébergements durables ou des transports moins polluants lors de leur planification de voyage.  

Cela dit, les clientèles qui souhaitent réellement modifier leurs habitudes pour adopter des comportements plus responsables sont de plus en plus outillées pour le faire. De nombreuses organisations facilitent les démarches des consommateurs, que ce soit à l’étape de l’inspiration, de la planification ou de la réservation. Maintenant qu’elles pavent la voie, il devient de plus en plus facile pour les clients de passer à l’action et de faire preuve de responsabilisation, même s’il reste encore beaucoup à accomplir. 

Des organisations multiresponsables

Un peu plus de 90 % des entreprises touristiques québécoises qui s’intéressent au développement durable ont implanté des pratiques responsables au sein de leur organisation par conviction personnelle. 

La responsabilité sociale et environnementale des entreprises est de plus en plus importante ; les gestionnaires perçoivent un intérêt clair de leur clientèle envers des produits et des services durables. Ces dernières s’attendent ainsi à ce que les organisations offrent des options durables, fassent preuve de transparence, soient inclusives, proposent une expérience candidat et employé irréprochable, tout cela, en conservant un service à la clientèle impeccable. En somme, les attentes des consommateurs n’ont jamais été aussi élevées. 

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En ce sens, la bienveillance, le respect et l’accueil de la différence font partie des valeurs clés véhiculées par les organisations responsables. La pénurie de main-d’œuvre incite les employeurs à adopter un style de gestion qui place l’humain au cœur des décisions. De plus, nombreuses sont les entreprises qui accordent la priorité à des campagnes marketing inclusives et qui proposent des expériences adaptées à une clientèle élargie. Pour d’autres, cela se traduit par l’adoption d’initiatives responsables au sein des opérations, à travers la sensibilisation de la clientèle ou par l’adaptation des orientations de l’organisation, par exemple.  

Bien que le développement durable fasse partie intégrante des priorités opérationnelles des organisations québécoises, son intégration n’est pas encore clairement définie. Les plans d’action demeurent abstraits, voire absents. Le secteur continue ainsi de faire face à des défis de structuration importants. 

La destination de l’avenir : informée, mobilisatrice et responsable

Le rôle des organisations de gestion de la destination (OGD) évolue de manière à redonner à la communauté et à l’environnement naturel, qui constitue d’ailleurs bien souvent l’une des principales motivations de voyage. Réelle plaque tournante de la connaissance, l’OGD acquiert et fait circuler l’information pertinente aux visiteurs, comme aux entreprises. Elle devient experte dans l’utilisation de données au service de la clientèle, par exemple en personnalisant des offres basées sur des profils dominants ou en suggérant des activités alternatives. Elle se sert également des données pour guider les membres vers un développement plus durable (meilleure gestion des flux touristiques, protection des milieux sensibles) et créer un réel avantage concurrentiel.  

Les OGD, en plus d’assumer leur rôle marketing, assurent un développement conscient du territoire qu’elles représentent. Les fonctions de ces organisations tendent à se diversifier et le touriste n’y tient plus le premier rôle. Désormais, les enjeux de durabilité, de changements climatiques, d’inclusion ou de la place des communautés s’invitent dans les entreprises et interpellent un grand nombre d’acteurs qui gravitent autour de la sphère touristique. Les indicateurs de succès d’une destination se diversifient pour inclure ces nouveaux facteurs. Visionnaire, facilitatrice, collaboratrice, coordonnatrice ; l’OGD assume tous ces chapeaux de concert avec les acteurs publics, privés et les résidants. La flexibilité et l’innovation sont de mise. Avec ces nouveaux enjeux et responsabilités, il faut s’attendre à voir émerger de nouveaux modèles d’affaires et de financement afin que les destinations deviennent de réels catalyseurs de changements dans leur milieu. 

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Cet article se retrouve dans le Cahier Tendances 2023 réalisé par l’équipe de la Chaire de tourisme Transat.   

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Destinations Tourisme durable

Fiskars : de village en déclin à destination culturelle durable

Le village de Fiskars s’est vu décerner plusieurs distinctions au fil des années. Il a notamment remporté le titre de la destination de l’année dans son pays en 2019, s’est taillé une place dans la liste des Global Top 100 Sustainable Destinations en 2020 et s’est mérité le Green Destination Award — Gold — en 2021. Voici l’histoire inspirante de Fiskars, véritable pôle culturel créatif. 

Une histoire classique

La naissance du village remonte au 17e siècle, en 1649 précisément, quand l’entreprise Fiskars (aujourd’hui Fiskars Group) s’implante dans une petite localité située à une heure de route d’Helsinki pour y établir une fonderie et fabriquer des outils. Plus tard, elle se spécialisera dans les scies, les outils de jardinage et les ciseaux. Ces derniers avec leurs anneaux orange au design ergonomique ont fait la renommée de l’entreprise. Vers la fin du 20e siècle (1980), la compagnie a besoin de plus d’espace et relocalise ses opérations ailleurs en Finlande et aux États-Unis. 

Tel que l’illustre l’image ci-dessous, le village de Fiskars est situé en milieu rural, le long d’une rivière, et compte plusieurs bâtiments historiques. Il fait partie de la commune de Raseborg qui regroupe plusieurs districts et villages. 

Source : Visit Raseborg 

Attirer les artistes

Témoin de la désertion du village par sa population, Ingmar Lindberg, alors vice-président de Fiskars Group et responsable du parc immobilier de l’entreprise, élabore un plan pour maintenir la communauté en vie. Il souhaite poursuivre la tradition d’une collectivité créative, manuelle, artisane. Comme la moitié des bâtiments du village appartient à Fiskars Group, ce dernier possède un grand contrôle sur leur utilisation. La direction procède d’abord à la rénovation des installations pour en faire des ateliers, des studios et des appartements. 

M. Lindberg lance ensuite des invitations à des membres influents de la communauté créative d’Helsinki à venir s’installer à Fiskars, à très bon prix. Les artistes et designers sont ciblés pour leurs compétences, leur créativité et leur renommée. Il ne suffira que d’une vingtaine de personnes qui répondent à l’appel pour que l’effet domino s’enclenche et que d’autres artisans se joignent au mouvement. 

Géré pour et par la communauté

Quelques années plus tard, en 1994, une première exposition d’art est organisée. La qualité des collections présentées, le charme rural des lieux, la beauté des bâtiments historiques et de la nature environnante séduisent les visiteurs. Le bouche-à-oreille opère très rapidement. Suivra ensuite la création de la coopérative Onoma, formée par les artisans, artistes et designers de Fiskars. Aujourd’hui, la gestion du village est assurée par la communauté locale, la coopérative et d’autres intervenants clés de la région.  

Plusieurs événements animent Fiskars et mettent en valeur les produits qui y sont fabriqués comme l’Antiques Fair, le Slow Food Festival, ou encore la Fiskars Village Art & Design Biennale. Chaque événement est organisé en collaboration avec l’organisme de gestion de la destination Raseborg (la commune dont fait partie Fiskars). La Fiskars Village Association est aussi interpellée pour certains aspects. Celle-ci représente tous ceux qui travaillent et vivent dans le village. Elle tient aussi des rencontres entre les anciens et les nouveaux résidents de la communauté créative. 

La vidéo suivante, conçue à la suite de l’obtention du prix Green Destinations Communities & Culture Award, résume bien l’histoire et le type d’offre touristique de Fiskars Village.    

Une approche durable

Cette gouvernance concertée a mis Fiskars Village dans le giron des communautés culturelles durables. Par ailleurs, la préservation et la valorisation de la culture locale, des paysages naturels et bâtis, et aussi des savoir-faire et du bien-être de la communauté font partie des valeurs partagées par les organismes impliqués dans la gestion de Fiskars. Les entreprises qui bénéficient de l’activité touristique mettent en vedette les ressources locales. À titre d’exemple : 

-La brasserie Fiskarsin Panimo, la cidrerie Kuura et la distillerie Ägräs utilisent des herbes sauvages et des baies qui poussent aux alentours pour la fabrication de leurs boissons décorées de diverses distinctions. 

-La scierie fournit les ébénistes avec du bois coupé dans la forêt avoisinante. 

-Le musée Fiskars a recours à un troupeau de moutons pour brouter l’herbe du pâturage sur lequel il se trouve. 

Source: Fiskars Village/Facebook 

Une offre touristique étoffée

Quelque 200 000 visiteurs foulent les rues du petit village chaque année. Ils y découvrent notamment :  

-Un dynamisme de quartier urbain dans un paysage rural féérique et des bâtiments historiques bien restaurés ; 

-Une architecture où l’ancien et le moderne s’harmonisent grâce à des règles de design bien définies pour les nouveaux bâtiments ;  

-Des événements culturels de qualité à différents moments de l’année ; 

-Des activités de plein air pour profiter des beautés naturelles des lieux comme des sentiers de randonnée et de vélo de montagne ; 

-Une offre culturelle très dense — exposition, spectacles, ateliers d’artisans, etc. ; 

-De nombreuses boutiques de fabrication locale et design ; 

-Une offre agrotouristique diversifiée ;  

-De bonnes tables qui valorisent les produits locaux, mais aussi des cafés ; 

-De l’hébergement d’expérience : mini maisons d’architecte, tentes suspendues, cabine au bord du lac. 

Un modèle qui fait des envieux

Aujourd’hui, les entreprises qui souhaitent s’établir à Fiskars s’engagent à respecter les principes du développement durable. Il en est de même pour les artistes qui rejoignent la coopérative Onoma. Cette dernière regroupe un peu plus d’une centaine de membres pour une communauté d’environ 600 habitants. Le succès de Fiskars rayonne et de nombreuses délégations internationales s’y rendent chaque année pour tenter d’importer ce modèle afin de vivifier les municipalités en manque de dynamisme.  

Des facteurs de succès ?

Bien sûr, le fait que l’entreprise à l’origine de ce projet soit propriétaire d’une grande part des bâtiments principaux compte pour beaucoup dans la réussite du projet. Les moyens financiers et la volonté de Fiskars Group de créer une communauté dynamique y ont aussi largement contribué. Mais il y a plusieurs autres leçons à tirer, comme de considérer :   

-Le bien-être de la communauté d’abord ; 

-L’importance que revêt la créativité, l’art, la culture et le design dans qualité de vie de la collectivité ; 

-Le développement local et durable intégré dans la gestion au quotidien ; 

-Les événements et la qualité des installations pour animer les lieux et créer des échanges ; 

-La gouvernance collaborative avec la participation des citoyens. 

Tant que le village de Fiskars sera un lieu où il fait bon vivre et travailler, il demeurera une destination convoitée, tant pour les nouveaux résidents que pour les voyageurs. Il s’agit d’un équilibre indispensable à préserver. 

Image à la une : Fiskars Village/Facebook 

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Destinations Marketing

Les résidents, des acteurs qui participent au rayonnement de leur région

Un récent cahier publié par Skift présente les mégatendances qui façonneront le secteur du voyage en 2022. L’une d’entre elles concerne la mobilisation citoyenne. Le rapport anticipe que les communautés locales s’impliqueront de plus en plus dans l’avenir de leur région dans les prochaines années. Elles cesseront de n’être que spectatrices du tourisme sur leur territoire pour participer à la mise en œuvre d’une destination qui leur correspond et qui soit également attrayante pour les touristes. 

Les communautés locales cesseront de n’être que spectatrices du tourisme sur leur territoire pour participer à la mise en œuvre d’une destination qui leur correspond et qui soit également attrayante pour les touristes. 

Des modèles d’implication exemplaires

Les destinations considèrent de plus en plus les résidents comme de réels ambassadeurs de leur région (lire aussi : Shawinigan 100 % accueillant). Elles accordent également de l’importance à leur opinion lors des démarches menant vers la création de plans de développement touristique. La région de Lanaudière et le Colorado ont tous les deux sondé leurs habitants pour prendre le pouls de ce qu’ils pensent du tourisme dans leur région ; son impact sur l’économie, l’environnement et leur qualité de vie. En participant, les communautés locales aident à la création d’un plan qui reflète leurs idées. 

Les citoyens contribuent ainsi de plus en plus au rayonnement de leur région. Certaines destinations se distinguent en les consultant et en les impliquant dans la promotion du territoire. 

Le cas des Îles de la Madeleine 

Le Bon goût frais des Îles de la Madeleine (BGFIM), une association bioalimentaire, a récemment mis au monde le projet Bouilli d’histoires salées. Ce dernier s’inscrit dans une démarche de valorisation de l’identité culinaire madelinienne. En entretien avec la Chaire de tourisme Transat, Alissa Brunetti, chargée de projets pour Le Bon goût frais des Îles de la Madeleine, explique qu’avant le lancement du projet, on ne ressentait pas une grande fierté autour des plats traditionnels de la région ; les mets préparés dans les maisonnées ne reflètent pas nécessairement ce qui est servi aux touristes dans les restaurants.  

Dans un souci de transmettre les savoirs de cette cuisine du terroir, pour permettre aux Madelinots de prendre conscience de la richesse de cette culture culinaire et pour plaire aux touristes qui sont toujours à la recherche d’expériences authentiques, un abécédaire gourmand a été créé.  

Source de l’image: Le Bon goût frais des Îles de la Madeleine 

Pour l’association, cet abécédaire se devait d’être représentatif de l’histoire des gens du coin; c’est ainsi qu’une longue démarche de consultation a été mise en branle. Ce nest pas moins de 100 Madelinots et Madeliniennes qui ont été sollicités pour participer au projet. Appels téléphoniques, rencontres virtuelles ou en personne, chroniques à la radio, questionnaires sur les réseaux sociaux, création d’un comité d’experts… tous les moyens étaient bons pour donner une voix aux résidents. De ce travail résulte une plateforme en ligne qui met de l’avant les diverses traditions culinaires, les entreprises porteuses de ces plats, produits ou pratiques identitaires et des recettes phares. Sur le territoire, l’abécédaire se présente sous la forme de grands panneaux d’interprétation installés chez 22 entrepreneurs régionaux. En suivant cet affichage, les touristes comme les citoyens ont la possibilité de participer à un rallye leur faisant (re)découvrir l’identité culinaire madelinienne.  

Source de l’image: Le Bon goût frais des Îles de la Madeleine 

Mais ce n’est pas tout. Le Bon goût frais des Îles de la Madeleine avait également l’ambition de faire la promotion du secteur bioalimentaire par le biais d’un vidéoclip qui se distingue des publicités traditionnelles des îles. De là est né «Mets d’la bagosse dans l’juke-box!» qui présente les visages d’une vingtaine d’entrepreneurs de la région; quelques résidents ont aussi eu la chance d’y participer. Derrière la caméra, l’équipe de l’Île Imagin’air s’est occupée de la réalisation. De plus, la chanson est le fruit du travail de plusieurs artistes du secteur culturel madelinot, dont Yoanis Menge à qui l’on doit les paroles et la musique originale du vidéoclip. 

Le cas de Porto Rico 

Surnommée Live Boricua, la plus récente campagne de promotion touristique de Porto Rico vise à encourager les voyageurs à prendre part à des expériences qui reflètent le mode de vie des Portoricains. Boricua est un mot utilisé pour décrire une personne originaire ou ascendante de l’île des Caraïbes. La publicité met naturellement l’accent sur l’histoire des gens, plutôt que sur le territoire en tant que destination touristique. Il était donc essentiel pour l’équipe de Discover Puerto Rico que la campagne soit inspirée et soutenue par les habitants, les personnalités influentes locales et la communauté de la diaspora. Ainsi chaque étape, de l’idéation à la création, a inclus la participation de nombreux acteurs. 

Source de l’image: Skift 

L’OGD a d’abord testé différents concepts créatifs avec des groupes de discussion aux États-Unis et à San Juan, la capitale de Porto Rico, afin de recueillir les avis des voyageurs potentiels et des Portoricains eux-mêmes. Elle a également invité des influenceurs portoricains et des partenaires de l’industrie du tourisme et de l’hôtellerie à une table ronde de pré-production. Ces derniers avaient alors l’occasion de partager leurs idées. 

Outre son engagement envers les Portoricains devant et derrière la caméra, la production a embauché trois entreprises locales pour donner vie à la marque Live Boricua. Ce sont également deux femmes de la région qui ont réalisé tous les éléments visuels de la campagne de promotion ; une première pour Porto Rico. En investissant dans des organisations, des acteurs, des équipes, des lieux et des accessoires du coin, la publicité a ainsi contribué à l’économie locale. Les coûts de production s’élèvent à 750 000 $. 

Les résidents sont porteurs d’une identité culturelle qui leur est propre. En leur donnant la parole, ils ont l’occasion de réfléchir à un développement touristique qui leur correspond et peuvent participer au rayonnement de leur région avec cœur et sincérité. Saurez-vous leur accorder cette place?  

Image à la une : Unsplash

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Produits et activités

Quelqu’un a dit apéro ?

Vaud Promotion ainsi que l’Office des Vins Vaudois ont récemment décidé de collaborer pour simplifier l’heure de l’apéro. VPERO est une solution tout-en-un disponible en ligne ; les intéressés n’ont qu’à choisir leur coffret de produits vaudois prêts à être dégustés, spécifier leur emplacement et le tout sera livré gratuitement à vélo. En une heure, le tour est joué ; voilà une option écologique pour faire face aux géants de la livraison.  

Trois ensembles sont disponibles. Pour 25 francs suisses (environ 32 dollars canadiens), chaque coffret contient une bouteille de vin blanc ou rosé de la région, des cubes de Gruyère d’appellation d’origine protégée (AOP), des flûtes au beurre — des bâtonnets croustillants à saveur de beurre —, quatre verres à vin, un bec versoir ainsi qu’un sac réutilisable en tissu portant le logo de VPERO.  

Pour les amateurs de rouge, le coût du coffret s’élève à 30 francs suisses (environ 38 dollars canadiens) et comprend des cubes de Gruyère d’appellation d’origine protégée (AOP), un sac de pop-corn aux herbes, un limonadier, quatre verres à vin, un bec versoir ainsi qu’un sac réutilisable en tissu portant le logo VPERO.  

Source de l’image: VPERO 

Vélocité, une société de livraison suisse, est partenaire du projet. Le service se limite à la ville de Lausanne, mais le périmètre couvert est assez vaste et demeure accessible à vélo. Il est possible de profiter de VPERO du lundi au samedi, de 10h à 18 h 30.  

Source de l’image: VPERO 

Ce type d’initiative peut aider à désengorger les files d’attente des restaurants lors des 5@7 en plus de faciliter le maillage de diverses entreprises agrotouristiques. C’est également une offre originale pour les visiteurs qui souhaitent découvrir les produits d’une région différemment.  

Avec la pandémie, les boîtes repas, les coffrets gourmands ou les ensembles prêts-à-manger ont connu un essor impressionnant. Il va sans dire que les possibilités de jumelage sont infinies. Pourquoi ne pas s’allier avec le secteur des arts et de la culture, un bon livre accompagne à merveille un verre de vin !  

Image à la une : Unsplash 

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Tendances

Les tendances touristiques racontées

Cette année, l’équipe de la Chaire a collaboré avec le bédéiste Cyril Doisneau pour mettre en scène certaines tendances décortiquées dans le cahier Perspectives touristiques2022. Nous vous invitons à les découvrir à travers l’histoire de nos deux voyageurs afin de déceler des opportunités ou des défis qui pourraient se présenter au cours des prochains mois. Bonne lecture! 

Image à la une : Cyril Doisneau

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Segments de clientèles Tendances

L’évolution des milieux de travail : une tendance qui bouscule l’écosystème urbain

En réponse aux contraintes sanitaires, les entreprises ont dû rapidement intégrer des solutions technologiques efficaces pour maintenir leurs opérations. Ainsi, l’usage d’outils numériques s’est imposé et le télétravail s’est normalisé. Cette nouvelle réalité accélère des changements majeurs au sein des organisations, notamment en termes : 

  • de modalités de travail (hybride, flexible…) ;  
  • de leadership et de processus de travail (équipes autonomes, collaboration, agilité…) ;  
  • d’expérience employé (inclusion, bienveillance, équilibre travail et vie personnelle…) ;  
  • de compétences recherchées (savoir-faire et savoir-être).  

Et ce n’est pas tout. Les lieux de travail se retrouvent fragmentés entre le bureau, la maison et parfois d’autres lieux, selon les envies des télétravailleurs. 

Les défis des centres-villes

La transformation des milieux de travail engendre de nombreuses répercussions pour les organisations, mais aussi pour tout l’écosystème dans lequel elles gravitent. Les centres-villes vivent aux premières loges les contrecoups de cette réorganisation. Une forte concentration d’emplois s’effectuant habituellement à partir des tours de bureaux peut désormais se faire en télétravail, ce qui explique en partie l’importante baisse d’achalandage. Le recours au commerce en ligne est lui aussi pointé du doigt. 

D’après un rapport présenté le 25 février 2022 par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), la majorité des entreprises qui ont expérimenté le télétravail durant la pandémie compte aujourd’hui offrir des modèles hybrides de travail. L’adoption de cette pratique pourrait contribuer à une baisse de 19 % à 25 % de l’achalandage des travailleurs au centre-ville (par rapport à février 2020) et représenter une diminution de dépenses de l’ordre de 14 %. 

De nouveaux besoins et des occasions à saisir

Aujourd’hui, les villes doivent demeurer attractives, mais aussi s’adapter aux nouveaux comportements qu’engendre cette transformation organisationnelle. D’après un article publié dans la revue Gestion, le déplacement des travailleurs doit se justifier par des occasions de socialiser et collaborer, et aussi être bénéfique pour leur bien-être et leur santé mentale. Pour demeurer concurrentielles face aux autres entreprises, particulièrement dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les organisations cherchent à offrir une expérience employé renouvelée.  

L’écosystème d’un centre-ville peut tirer profit de cette nouvelle ère en créant et en structurant une offre de propositions qui s’arrime avec les besoins des organisations et des employés. Des collaborations avec des restaurants, des commerces, des installations culturelles ou autres lieux pourraient être bénéfiques, tant pour les employeurs que pour les partenaires choisis.  

Une approche visionnaire

Les travailleurs qui se déplacent vers les centres-villes doivent être perçus comme des « voyageurs d’affaires » locaux.

Les travailleurs qui se déplacent vers les centres-villes doivent être perçus différemment que par le passé. Considérant qu’un bon nombre d’individus s’y rendront à temps partiel, le rapport de la CCMM suggère de les considérer comme des « voyageurs d’affaires » locaux. Cette approche s’explique par le fait que ce segment de travailleurs pourrait être tenté de concentrer ses habitudes de consommation sur deux ou trois jours au lieu de les étaler sur la semaine, comme auparavant. Ainsi, lors d’un déplacement, il ne serait pas surprenant que des collègues en profitent pour se réunir après le travail (5 à 7), pour participer à la vie culturelle, pour organiser des dîners d’affaires avec des clients ou encore pour se rendre dans des commerces identitaires du centre-ville. Ce changement de paradigme maintiendrait un certain niveau d’achalandage qui contribuerait à la vitalité de la destination urbaine.   

L’hôtellerie fonce

En France, la société Adagio cherche à répondre aux besoins occasionnels d’hébergement des télétravailleurs avec son programme Commuters. Celui-ci cible les travailleurs urbains qui résident en région éloignée, mais qui doivent se rendre sur leur lieu de travail deux ou trois jours par semaine. Les appartements-hôtels offrent plusieurs commodités, dont celle de laisser quelques affaires sur place d’un séjour à l’autre. Le groupe Accord propose lui aussi un programme (Commute and Stay) pour les télétravailleurs qui désirent rester au centre-ville. D’ailleurs, d’après un article publié dans le New York Times, de nombreux hôteliers notent une augmentation de fréquentation en milieu de semaine par des « voyageurs d’affaires » locaux. 

Le secteur de l’hôtellerie s’adapte non seulement aux besoins des télétravailleurs locaux, en modifiant leurs espaces et leurs fonctions, mais aussi à ceux provenant de tout horizon qui pourraient être tentés de s’installer pour une période un peu plus longue afin de joindre le travail et les vacances. C’est ce qu’on appelle des séjours de workation.  

Les destinations s’organisent

Tout au long de la pandémie, plusieurs destinations ont voulu se positionner auprès des télétravailleurs. C’est le cas de Venise avec sa plateforme Venywhere. Lancé en décembre 2021 par l’Université Ca’ Foscari et la Fondation internationale de Venise, le projet consiste à attirer les travailleurs qui jouissent d’une grande mobilité afin qu’ils occupent temporairement des espaces inhabités du centre-ville. La plateforme offre un service clé en main pour faciliter l’organisation du séjour. 

Source : venywhere.it 

La firme WorkMotion, qui offre des solutions de ressources humaines à l’international, a réalisé un index des villes qui facilitent le mieux le travail à distance et qui sont les plus accessibles et les plus attrayantes pour les télétravailleurs. Sur 80 villes analysées, Montréal se classe au deuxième rang, derrière Melbourne. Les quatre principaux facteurs étudiés pour établir ce classement étaient : 

1.La conformité aux cadres législatifs pour le télétravail ; 

2.La possibilité de visa de télétravailleur ; 

3.Les infrastructures publiques ; 

4.La qualité de vie. 

Avec la réouverture des frontières et la fin (ou mise sur pause) de plusieurs restrictions sanitaires, les milieux urbains chercheront à attirer de nouveaux segments de clientèle pour dynamiser leur centre-ville. En créant des offres et en adaptant des services qui visent à mieux répondre aux nouvelles réalités des travailleurs d’ici, la destination sera aussi attractive pour les télétravailleurs d’ailleurs ! 

Image à la une : Helena Lopes de Pexels