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Les eSports : le tourisme est-il de la partie?

League of Legends, Fortnite, Overwatch ou Counter-Strike vous sont-ils des termes familiers? Il s’agit de jeux vidéo très populaires et de nombreux tournois à travers le monde y sont consacrés. D’ailleurs, l’équipe ayant remporté la finale de Dota 2, en août 2019 à Shanghai, a gagné plus de 15 millions de dollars devant des milliers de partisans.

L’univers des sports électroniques (eSports) est un secteur en pleine effervescence. Selon PwC, il s’agit des sports ayant le plus grand potentiel de croissance dans les prochaines années, devançant le soccer et le basketball. D’ici 2022, les revenus devraient dépasser le cap du milliard de dollars, d’après la firme spécialisée Newzoo. Est-ce que l’industrie touristique saura profiter de cet engouement?

Les eSports, plus complexes qu’il n’y paraît

Les sports électroniques sont des compétitions de jeux vidéo. Les joueurs affrontent seuls ou en équipe d’autres personnes sur une console ou un ordinateur. Ils se déclinent en plusieurs catégories : arènes de combat (League of Legends), stratégie en temps réel (Starcraft), etc. Si plusieurs individus participent à un niveau amateur, certains sont considérés comme des joueurs professionnels. Ceux-ci signent des contrats et s’entraînent de nombreuses heures par semaine. Des entraîneurs et des médecins veillent à leur performance. Les grandes compétitions se déroulent en public et des millions de partisans les suivent en ligne. L’audience est telle que les tournois se multiplient ainsi que la valeur des prix pour les gagnants.

Pour comprendre le phénomène des eSports, il existe plusieurs éléments à considérer, notamment :

Les partisans : majoritairement des millénariaux d’après la firme Deloitte, ils s’avèrent très actifs et réactifs sur les réseaux sociaux. Beaucoup de spectateurs des tournois ou des vidéos en direct sont également des joueurs. Selon une étude Vivintel, 4,4 millions de Canadiens ont suivi ce type de sport au moins une fois au cours de l’année 2018.

La diffusion : la retransmission en direct en ligne sur des plateformes telles que Twitch et YouTube fait partie du quotidien des eSports. Que ce soit pour regarder une seule partie ou un tournoi, cela touche une large audience à travers le monde. Voyant l’engouement pour les sports électroniques, de grandes chaînes comme ESPN et RDS y consacrent désormais une section de leur contenu.

Les compétitions : les développeurs de jeux lancent constamment des ligues et des tournois. Parfois, certains s’arrêtent et d’autres fusionnent pour créer de nouvelles compétitions. Plus de 737 événements majeurs ont été organisés en 2018, générant plus de 54 millions de dollars américains selon la firme Newzoo. De grands arénas tels que Staples Center, à Los Angeles, ou le Madison Square Garden, à New York, accueillent des événements. L’un des plus populaires est celui de League of Legends. Voici la vidéo de la cérémonie d’ouverture du championnat de 2019, à Paris.

Source : YouTube

Une occasion à saisir

Pour une marque ou une destination, il s’agit d’une nouvelle voie de distribution permettant de joindre les gens de la génération du millénaire, qui boudent de plus en plus les médias traditionnels. Les équipes et les ligues sportives l’ont bien compris. La NBA 2K League, au basketball, la FIFA eWorld Cup et la eMLS, au soccer, et le Canadien de Montréal, avec le jeu NHL, organisent des tournois. En plus, c’est une occasion de développer un nouveau type de spectacle de compétition.

Les eSports deviennent également une occasion d’affaires pour le secteur de l’événementiel. Le nombre de tournois augmente et les promoteurs recherchent des lieux pour les accueillir. Certains tournois se déroulent parfois sur quelques jours et même dans plusieurs villes. D’autres y jumellent des festivals, des foires, des ateliers, etc. Toutefois, ce secteur doit s’adapter à la manière dont les participants engagent les discussions en ligne. L’utilisation de différents canaux de communication et une interaction efficace seront les clés du succès pour maintenir de leur part un engagement solide envers un événement.

Rob Brown, vice-président mondial et directeur général d’Online Business Group, chez Travelport, estime qu’il est nécessaire pour l’industrie touristique de s’intéresser davantage aux partisans et de mieux connaître les eSports afin de développer une offre personnalisée et de profiter de l’engouement pour ce phénomène.

Entrez dans la compétition

Que ce soit des villes, des entreprises ou même des pays, plusieurs tentent de percer dans l’univers des eSports. Voici quelques exemples.

Le développement d’infrastructures

De nombreuses villes consacrent désormais des espaces aux jeux électroniques. L’hôtel Luxor, à Las Vegas, propose une arène de plus 2700 m2, avec une centaine de stations de jeux et des aires pour les tournois (voir la vidéo). Montréal n’est pas en reste avec le plus grand centre au Canada, le Esports Central, qui a ouvert ses portes en juin 2019.

Source : YouTube

Les équipes commanditées

L’organisation responsable des congrès et événements à Washington, Events DC, a décidé de cibler de nouveaux segments de marché, tels que les partisans des eSports, et de faire de la région une destination de choix pour les joueurs. Parmi ses initiatives, l’organisation commanditera la nouvelle équipe professionnelle de jeux électroniques de la ville.

La compagnie ferroviaire française OUI.sncf a créé Team Loco, en 2017. Les responsables expliquent qu’il était naturel de développer des liens avec le monde des eSports, puisque l’entreprise est très impliquée sur le plan des technologies et de l’innovation. Avec une équipe se composant uniquement de travailleurs de l’entreprise, OUI.sncf en profite pour prolonger ses efforts dans le développement du personnel.

Développer une stratégie nationale

Certains pays commencent à se positionner comme une destination pour les jeux électroniques. En France, le ministère du Sport et le secrétariat d’État chargé du numérique ont dévoilé la nouvelle stratégie nationale eSports 2020-2025, qui vise à faire du pays le leader européen de ce secteur d’ici 2025. L’un des objectifs est de mettre en valeur les attraits de la France, de ses territoires et de son écosystème eSports.

 

Bien que plusieurs remettent en question le côté sportif des eSports, personne ne peut nier le potentiel touristique de ce type d’activité.

 

Êtes-vous prêt à vous lancer dans l’arène?

 

Source de l’image à la une : Unsplash

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Marketing

Les événements sportifs, un atout pour la destination

André Richelieu, chercheur et professeur au département de marketing de l’ESG UQAM, a démontré, dans son article A sport-oriented place branding strategy for cities, regions and countries, l’importance d’intégrer les événements sportifs dans la stratégie d’image de marque d’une destination (place branding). Grâce à une vaste revue de la littérature et une collecte de données secondaires, le chercheur a identifié les priorités des gestionnaires de territoires (organismes publics, organismes de gestion de la destination, etc.) pour mener à bien une telle démarche.

Définir l’image de marque d’une destination à travers le sport

Il s’agit de développer une marque pour un territoire en utilisant des techniques marketing, dans le but de transformer positivement son image. Différents vecteurs peuvent être utilisés, comme l’histoire, l’architecture, la gastronomie, la géographie ou encore le sport. Ce dernier représente un effet de levier important pour les gestionnaires de territoires en raison de son aspect émotionnel, de sa capacité à engager un large public et à créer un lien de confiance entre le lieu et ses clientèles cibles (touristes, entrepreneurs, investisseurs et résidents).

Selon monsieur Richelieu, il existe quatre façons d’utiliser le sport dans l’image de marque de la destination :

  1. Les événements sportifs majeurs (ex. : les Jeux olympiques) ou secondaires (ex. : course cycliste dans le périmètre d’une ville) ;
  2. Les équipes sportives privées (ex. : équipe de soccer de Manchester United) ou nationales (ex. : équipe de rugby les All Blacks de la Nouvelle-Zélande) ;
  3. Les participations sportives (ex. : courir un marathon) ;
  4. Les lieux sportifs (ex. : stades sportifs d’équipes populaires, anciens sites des Jeux olympiques).

Le chercheur s’intéresse plus particulièrement aux événements sportifs et à leurs impacts potentiels sur un territoire.

Un rayonnement fort pour une destination

Les événements sportifs peuvent offrir un rayonnement qui dépasse les limites du territoire et s’étend à l’international dans le cas de ceux de grande envergure. Ils sont d’autant plus attractifs et efficaces qu’ils évoquent des symboles forts et déclenchent de vives réactions émotionnelles de la part des spectateurs. Le sport peut être un grand catalyseur de l’image de marque d’une destination.

Retombées sociales des événements sportifs

Monsieur Richelieu relate cinq impacts sociaux potentiels de la mise en place d’une stratégie de marque d’un territoire misant sur les événements sportifs. Ces impacts ont également été identifiés par d’autres chercheurs :

Capital social : Les petits événements ont une moins grande portée que les manifestations majeures, mais peuvent produire davantage d’impacts intangibles. Ils bénéficient à une large part de la population locale en renforçant le sentiment d’appartenance à la communauté  suscité par son implication dans l’organisation. Leurs effets sont plus durables et il y a de grandes chances que ces événements laissent un legs socioéconomique pour le territoire.

Bien-être et identité collective : Le sport procure un effet de bien-être pour ceux qui le pratiquent. Ce bienfait se manifeste aussi chez les personnes assistant aux événements et celles qui s’y sont impliquées en tant que bénévoles. Les prouesses sportives des athlètes, qu’ils évoluent à l’échelle locale, nationale ou internationale, suscitent un sentiment de fierté pour la population et permettent de forger une identité collective autour du sport.

Participation sportive : La tenue d’un événement stimule la participation sportive de la population. Celle-ci, inspirée par la performance des athlètes, décide de pratiquer un nouveau sport ou d’accroître ses activités physiques. Néanmoins, il s’avère que cet effet est surtout visible à court terme et plusieurs études ne revèlent aucun changement significatif parmi les populations observées.

Capital humain : Les événements sportifs, grâce aux possibilités de bénévolat qu’elles offrent, encouragent les interactions sociales, le partage de connaissances, l’entraide et le développement des compétences de leadership. Ces effets touchent plus la population locale dans le cas des petits événements, où elle est davantage mise à contribution. Dans le cas de manifestations majeures, une grande part des bénévoles proviennent de l’extérieur du territoire.

Régénération urbaine : D’ambitieux plans de développement d’infrastructures sont mis en place pour accueillir des événements internationaux. Bien souvent, ces installations ne répondent qu’à un besoin ponctuel et n’ont plus d’utilité une fois la manifestation achevée. Mais certains exemples prouvent qu’il est possible, avec une bonne planification, de régénérer une zone urbaine durablement. C’est le cas de la Pologne, lors du Championnat d’Europe de football en 2012. Le pays a choisi d’investir davantage dans le transport local et national que dans la construction ou la rénovation de stades, ce qui aurait stimulé l’économie du pays, tout en améliorant son attractivité touristique.

Approche holistique de l’image de marque d’une destination à travers le sport

Afin de définir une image de marque liée aux événements sportifs qui se distingue de celles des destinations concurrentes, les gestionnaires du territoire doivent adopter une approche holistique articulée autour de quatre dimensions :

  • Sportive : L’objectif des gestionnaires est d’organiser un événement mémorable unissant sport et divertissement (« sportainment »). Cela peut générer une image positive et des partenariats avec des marques.
  • Économique : Les gestionnaires s’assurent que l’événement soit financièrement viable, doté d’infrastructures durables qui seront réutilisées par la communauté.
  • Commerciale : Les revenus provenant des commanditaires et des produits dérivés sont maximisés.
  • Sociale : Les gestionnaires, mais aussi les politiciens, sont transparents afin d’obtenir le support de la communauté locale. La communication, la collaboration et le consensus sont les clés du succès. Cette dimension implique également de porter une attention au legs de l’événement. Pour cela, une méthode de calcul fiable est utilisée pour mesurer les impacts économiques et sociaux.

Cette approche holistique présente le potentiel de laisser un legs et de créer de la valeur pour le territoire et sa population. Pour résumer, voici les trois priorités des organismes publics et de gestion de la destination lors de l’organisation d’un événement sportif.

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Source : André Richelieu

Le tourisme sportif, un marché de grande importance

Au sein de l’industrie du sport, le tourisme sportif est le segment qui croît le plus rapidement. Selon l’Alliance canadienne du tourisme sportif et Statistique Canada, le pays a enregistré 19,8 millions de touristes sportifs en 2017, dont une grande majorité de Canadiens (90 %). Le Québec est la deuxième province d’importance après l’Ontario, en termes de volume. En 2017, 4,89 millions de visiteurs s’y sont déplacés et ont dépensé 1,27 milliard de dollars canadiens.

Montréal a accueilli 55 événements sportifs en 2017, comparativement à 35 en 2012, l’année où la Ville a instauré un programme pour encourager la tenue de ce type de manifestation. L’administration finance les événements de petite et moyenne envergure à hauteur de 500 000 $ par année et souhaite qu’ils génèrent non seulement des retombées économiques, mais aussi sociales.

C’est donc un marché d’importance pour Montréal, mais aussi pour l’ensemble du Québec. Afin de s’assurer que les événements accueillis sur leur territoire génèrent des impacts sociaux, les gestionnaires québécois peuvent s’appuyer sur l’approche holistique de monsieur Richelieu.

 

Source de l’image à la une : © pexels.com