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Virage vert: certains mythes ont la vie dure

D’abord du papier, pour des centaines, parfois des milliers d’envois postaux, ensuite des tonnes de déplacements en voiture et en avion, puis une grande quantité de vaisselle jetable, d’ustensiles et de bouteilles d’eau en plastique qui rempliront les conteneurs à déchets, d’importants surplus de nourriture intouchée qui seront jetés, des produits dérivés souvent inutiles qui finiront en grande partie à la poubelle… Les réunions et les congrès laissent une lourde empreinte environnementale. Selon le projet «Pour des événements écoresponsables», mis de l’avant par le Réseau québécois des femmes en environnement, chaque participant à une conférence de 3 jours produit 30 kg de déchets, cinq fois plus qu’il ne le fait dans son quotidien. Mais les réunions permettent des contacts privilégiés essentiels et doivent continuer d’offrir des occasions uniques de rassembler des gens autour d’un intérêt commun. Heureusement, on perçoit une volonté de rendre ces événements plus «écoresponsables».

Du 19 au 21 février dernier se déroulait à Vancouver la conférence 2008 Greening the Hospitality Industry. Ce rendez-vous devait permettre aux participants de s’outiller pour prendre le virage vert. Démystifions d’abord cette tendance.

Mythes

De plus en plus d’organisateurs de réunions et de congrès sont interpellés par cette tendance aux événements plus verts, mais il perdure une résistance à une réelle intégration de telles mesures, souvent à cause d’un certain nombre de mythes et d’idées préconçues véhiculés à ce sujet. En voici quelques-uns:

Ça coûte trop cher
Faux: Les réunions vertes ont pour but, entre autres, d’augmenter l’efficacité économique et environnementale en minimisant l’utilisation des ressources et en réduisant les pertes générées par les activités de réunions et de congrès. On peut commencer par intégrer des éléments qui demandent peu d’effort tout en résultant en une diminution automatique des coûts, par exemple le recours à des pichets d’eau et à des verres plutôt qu’à des bouteilles jetables. D’autres mesures, comme la mise en place d’outils écoénergétiques, exigent des investissements qui rapporteront à moyen terme (souvent entre deux et cinq ans).

C’est tout ou rien
Faux: Chaque effort compte! On peut très bien intégrer une seule action pour commencer, la mentionner avant la tenue de l’événement et la rappeler en cours d’activité: «(…) Comme première action pour prendre le virage vert nous avons choisi de réduire les communications papier.»

Ça implique énormément d’efforts
Faux
: Les composantes vertes peuvent remplacer aisément un grand nombre d’activités déjà existantes; il faut simplement garder à l’esprit ce souci d’économie des ressources et de réduction de la consommation et faire des choix en ce sens. Par exemple, on emploie de la vaisselle lavable plutôt que celle en plastique jetable.

C’est pour les environnementalistes
Faux
: un nombre croissant d’organisations provenant de divers domaines prennent le virage vert en incorporant à leurs activités des mesures proenvironnementales. Pensons notamment à:

  • Starbuck, dont la mission même comporte plusieurs mesures vertes, comme s’efforcer à utiliser et à vendre des produits qui sont proenvironnementaux.
  • Toyota avec, entre autres, son Plan d’Action environnemental 2006-2010, qui comprend des mesures spécifiques et des objectifs d’amélioration de sa performance environnementale.
  • Fairmont Hotels & Resorts, en avance sur son temps, qui a mis sur pied en 1990 le Partenariat Vert de Fairmont, un véritable guide de bonnes pratiques vertes pour l’industrie hôtelière.
  • Transat avec, notamment, son programme de soutien pour des projets de tourisme durable.

La qualité du service et de l’expérience en sera réduite
Faux
: La plupart des mesures passent inaperçues aux yeux des clients/participants. De plus, comme ceux-ci bien souvent les ont déjà adoptées dans leur quotidien et qu’ils sont de plus en plus soucieux de leur empreinte environnementale, ils s’attendent à ce qu’on agisse de façon responsable. Une alimentation saine interpelle aussi davantage de gens, les menus réalisés à partir de produits locaux et de qualité seront applaudis. Ceux qui poursuivent leur séjour apprécieront en outre la réduction du nombre de produits dérivés et de documents papier à transporter.

Les réunions vertes permettent notamment de:

  • faire des économies et parfois gagner du temps;
  • réduire l’utilisation des ressources non renouvelables et renouvelables;
  • consommer de façon plus responsable et sensibiliser les participants à l’adoption de bonnes habitudes;
  • s’inscrire dans le processus de développement durable;
  • créer un avantage compétitif et bonifier sa réputation;
  • répondre à une demande grandissante.

Le terme «vert» signifie ici «développement durable» et sous-entend, par le fait même, les considérations économiques, sociales et environnementales. Selon le Green Meeting Industry Council (GMIC), une réunion verte se définit comme suit:

«Incorporate environmental considerations throughout all stages of the meeting process in order to minimize the negative impact on the environment and make a positive impact to host communities in terms of environmental and social legacies.»

Tous les acteurs sont interpellés

Malgré la résistance de certains à adopter ce virage pour les raisons évoquées plus haut, les planificateurs d’événements rechercheront de plus en plus des destinations et des fournisseurs qui se soucient de leur empreinte environnementale et qui adoptent un comportement plus responsable. Il peut s’agir de la volonté du client, de la pression exercée par certains intervenants ou encore du bon vouloir du planificateur. Cette voie, chacun devra la prendre un jour ou l’autre.

À suivre dans un prochain Globe-Veilleur: S’outiller pour organiser des réunions «vertes».

Source:
– Conférence «2008 Greening the Hospitality Industry», Green Meeting Industry Council, 19-21 février 2008, Vancouver.

Sites Internet:
Green Meeting Industry Council
Événement Écoresponsable

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Enjeux Tourisme durable

Consommation verte: votre entreprise a-t-elle une politique d’achats écologiques?

L’achat – ou l’approvisionnement – écologique sert à réduire les effets nocifs de la consommation sur l’environnement. Cela consiste à se renseigner sur ce dont les produits sont faits, d’où ils viennent, comment ils ont été fabriqués et comment ils seront éliminés à la fin de leur cycle de vie. L’achat écologique favorise également la consommation responsable et la création d’une société durable.

La plupart des gouvernements, de grandes entreprises et de plus en plus de petites et moyennes entreprises touristiques se sont dotés d’une politique d’achats ou d’approvisionnement dont les objectifs visent le respect de l’environnement et de la société. Pour l’instant, on ne connaît toutefois pas leur nombre. Le secteur public dépense de 45 à 65% de son budget en approvisionnement, ce qui représente de 13 à 17% du PIB des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). En élaborant des politiques d’achats écologiques, le tourisme peut nettement améliorer son rendement en matière de durabilité, puisque cette industrie consomme des produits et des services de presque tous les secteurs économiques. Par exemple, certaines chaînes hôtelières comme Scandic ainsi que la municipalité de Whistler ont intégré des objectifs d’achats «verts» dans leur politique d’approvisionnement et ont mis sur pied un certain nombre d’outils pour leur permettre de faire de meilleurs choix d’achats.

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Qu’est-ce qu’un produit écologique?

Les produits écologiques doivent satisfaire à l’un des critères suivants : ils doivent être faits à partir de sources abondantes ou renouvelables, fonctionner de façon efficace, être fabriqués ou cultivés localement et être recyclables, biologiques et durables (c’est-à-dire qu’ils doivent avoir un long cycle de vie), ou être réutilisables. Un produit durable efficace répond de façon optimale aux exigences d’une gestion respectueuse de l’environnement à toutes les étapes de son cycle de vie. L’analyse du cycle de vie d’un produit joue un rôle très important dans la consommation responsable et réfère à toutes les étapes liées à sa production et à sa consommation:

  • matériaux utilisés pour la production initiale,produits_bois_logo.jpg
  • consommation d’énergie pour l’extraction de matériaux,
  • production de déchets lors de l’acquisition de matières premières,
  • processus de fabrication,
  • utilisation par les consommateurs,
  • entretien, et
  • élimination finale.

Les produits traditionnels ne reflètent pas le coût réel de leurs impacts social et environnemental. Par exemple, le prix des polluants tels que les produits chimiques ou non biodégradables n’inclut pas les frais de dépollution qu’ils entraînent. Ce sont les communautés touchées qui en paient souvent le prix, généralement par le biais de fonds publics. Il est quasi impossible pour une entreprise touristique ou un consommateur de faire l’analyse du cycle de vie de chaque produit. Pour qu’il soit plus facile d’identifier les produits socialement responsables, un ensemble d’organismes voit à l’élaboration de normes, d’étiquettes et de programmes de certification. Le programme Choix environnemental du gouvernement canadien, entre autres, fournit une liste des produits testés et certifiés écologiques pour toute la durée de leur cycle de vie. Ces produits sont les moins dommageables sur le marché et peuvent afficher l’«Éco-Logo». Différents organismes en Amérique du Nord et ailleurs peuvent certifier une vaste gamme de produits.

Il est difficile d’évaluer des produits qui ne sont pas étiquetés. Il faut également être vigilant avec les étiquettes et les stratégies de commercialisation: le marché est présentement saturé de produits soi-disant écologiques qui ne le sont pas réellement. On peut évaluer un produit en consultant son site Web ou en obtenant des renseignements directement du fournisseur. Si une entreprise n’offre aucune description claire de sa politique de durabilité, il est recommandé de vérifier si elle respecte au moins certaines normes et si elle est listée au Répertoire des entreprises canadiennes socialement responsables (Canadian Business for Social Responsibility).

Pourquoi l’achat écologique?

L’achat écologique influence le marché en incitant les entreprises à offrir des options novatrices et durables aux consommateurs. En plus d’être responsables, les entreprises qui adoptent une politique d’achats «verts» en tirent de nombreux avantages, dont diverses économies – surtout à long terme – et l’amélioration de leur image de marque. Les consommateurs optent en effet de plus en plus pour de bonnes habitudes écologiques; les entreprises qui en font autant peuvent ainsi se différencier de la concurrence. Les autres avantages dont elles bénéficient sont:

  • des frais d’exploitation inférieurs grâce à une utilisation efficace de l’électricité, de l’eau et d’autres ressources;
  • des coûts de gestion des déchets moindres;
  • un respect accru de la réglementation environnementale;
  • l’élimination des risques pour la santé et la sécurité associés à l’utilisation de produits toxiques.

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Notons que plusieurs de ces avantages ne s’acquièrent qu’à moyen ou à long terme. La sensibilisation aux avantages économiques et environnementaux dont peuvent jouir les entreprises qui ont adopté des politiques d’achats écologiques permet à leurs employés d’en tirer une grande fierté.

Mesures pratiques en vue de mettre sur pied une politique d’achats écologiques

1. Reconsidérer chaque achat
Bien des entreprises consomment des produits inutiles. Afin de déterminer l’utilité d’un produit, il faut se poser les questions suivantes:

  • En quoi ce produit sert-il l’entreprise?
  • L’entreprise peut-elle fournir ses services sans l’aide de ce produit?
  • S’il est nécessaire, ce produit a-t-il été utilisé jusqu’au bout de son cycle de vie?

Dans le cas de produits consommables, il est bon d’évaluer la possibilité d’en abaisser le taux de consommation. La réduction des achats inutiles permet de faire des économies qui serviront à acheter des produits durables ou à en favoriser l’essor.

2. Louer ou acheter d’occasion

Il est également possible de louer des produits ou de les partager avec d’autres entreprises : mobilier bureau_logo.jpgde bureau, outils, appareils et ordinateurs, par exemple. En louant, on épargne sur le prix d’achat initial et on évite les risques et les frais liés à l’élimination des déchets de ces produits. Certaines entreprises qui achètent des produits durables sont juridiquement responsables de l’élimination et du recyclage de ces derniers. Par ailleurs, les matériaux recyclés ou d’occasion sont de plus en plus accessibles pour les travaux de rénovation et de construction.

3. Choisir un produit durable ou de longue durée

Il vaut mieux choisir des produits multifonctionnels de longue durée afin de diminuer le taux global de consommation. Pour déterminer s’il y a possibilité d’épargne, il faut comparer le coût par utilisation des produits moins durables ou jetables à celui d’une version durable. Par exemple, des tasses en styromousse jetables peuvent être remplacées par des éléments recyclables, dont le verre. La plupart des produits sur le marché ont des versions de longue durée, les ampoules et les piles notamment. Les produits électroniques et les appareils durent longtemps et peuvent souvent être réparés.

4. Choisir des produits ou des services qui répondent à des critères environnementaux ou sociaux précis

Lorsque possible, choisir de préférence des produits dont l’étiquette certifie qu’ils ont été testés par des organismes fiables. Si de tels produits ne sont pas disponibles, voici quelques suggestions:

  • Vérifier le contenu de tous les produits à base de substances chimiques. Les produits nettoyants, les engrais, les produits d’éclairage et de tuyauterie, la peinture, les produits du bois ont tous fait l’objet d’évaluations particulières pour connaître leur degré de toxicité. Celles-ci sont accessibles au grand public par le biais de pages Web gouvernementales ou autres. Certains produits nettoyants et matériels informatiques contiennent des ingrédients toxiques tels que du formaldéhyde, du mercure, du plomb, du cadmium, du chrome, du phosphate et des composés organiques volatils. Ces produits doivent être remplacés par des éléments moins polluants et moins toxiques (la peinture à base d’huile par son équivalent à base d’eau et ainsi de suite). Certains plastiques et meubles émettent des gaz qui sont nocifs pour l’environnement et la santé humaine.appareils_electros1.jpg
  • Vérifier si les produits non périssables peuvent être recyclés et réutilisés. Ces produits comprennent les cartouches d’encre, les huiles, le verre, les plastiques, le papier, les stylos, les contenants de boisson, les piles, etc.
  • Trouver des produits qui utilisent une quantité moindre d’électricité ou d’eau, qu’il s’agisse des appareils de plomberie, des électroménagers, et même des ampoules.
  • Vérifier si le produit est recyclable ou s’il contient des matières recyclables ou des éléments réutilisables. Certains nouveaux produits sont faits à partir de matières recyclées: l’achat de ces articles favorise la récupération plutôt que l’utilisation de matières neuves. Le pourcentage de matières recyclées qui entre dans la composition d’un produit est indiqué sur son étiquette. Certains produits, dont plusieurs meubles, sont fabriqués à partir de ressources surexploitées qui se font de plus en plus rares.
  • Surtout dans le cas des voitures, vérifier s’il existe des produits qui utilisent des sources d’énergie renouvelable ou plus propre que l’essence, par exemple. Le nombre de voitures à bon rendement énergétique s’accroît rapidement, toutes catégories confondues; au Québec, le gouvernement octroie un crédit d’impôt aux acheteurs de certains véhicules hybrides.
  • Vérifier si les denrées périssables sont de culture biologique ou locale. Les propriétaires de restaurant doivent éviter de servir certaines espèces de poissons qui font l’objet d’une pêche excessive, par exemple. Sustainable Seafood Canada, une coalition d’organismes de conservation, fournit un guide visant à favoriser des habitudes de consommation durable.
  • Vérifier si les produits importés de pays en développement ont été fabriqués dans le respect des principes du commerce équitable.equitable.jpg

5. Choisir des produits locaux autant que possible
En vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, il est très important de s’approvisionner auprès de sources locales.

Comment s’y prendre?

Le processus de mise en place d’une politique d’achats écologiques est long du fait que le personnel du service des achats doit trouver des compromis. Il lui faut soupeser les objectifs environnementaux et composer avec les exigences opérationnelles, la compétitivité des prix, la qualité et la disponibilité des produits. Étant donné le besoin de trouver un équilibre entre ces aspects, l’adoption d’une politique d’achats écologiques ne sera pas facile pour la plupart des entreprises de tourisme. Il vaut donc mieux débuter par un projet simple qui pourra être amélioré constamment. Les entreprises qui ont adopté de telles mesures recommandent:

  1. d’établir un énoncé de politique clair sur la vision et les objectifs de l’entreprise en matière de durabilité, y compris un nouveau plan d’achats aux priorités bien définies;
  2. de faire participer tous les membres de l’entreprise au processus;achats_responsables_logo141.jpg
  3. de se fixer des cibles précises et quantifiables pour l’adoption de la politique;
  4. de faire un contrôle régulier du progrès en vue d’atteindre les objectifs fixés.

L’achat écologique est un outil efficace qui permet aux entreprises d’enrayer la pollution à la source. C’est également une bonne façon d’inciter chacun à devenir responsable. Les achats ont une incidence sur toutes les étapes de la production, de l’extraction des matières premières à la gestion des déchets. Grâce à la consommation responsable, les rendements financier et environnemental peuvent s’améliorer, car chaque décision d’achat a des répercussions sur l’économie, l’environnement et la société. Le fait d’acheter des produits verts permet aux entreprises qui les fournissent de réaliser des économies d’échelle tout en réduisant leurs coûts et en effectuant une plus vaste distribution de leurs produits, à un prix abordable. Présentement, les produits écologiques sont fabriqués à moindre échelle et coûtent plus cher, en partie parce que le marché est encore petit. Cela devrait changer au fur et à mesure que la demande s’accroîtra.

Chaque personne et chaque entreprise se doivent d’être plus responsables et de changer leurs comportements dès aujourd’hui. Consumers cannot shop the planet out of its problems, mais la consommation responsable aidera à atténuer quelques enjeux environnementaux.

Sources :

– Canadian business directory for social responsibility (répertoire des entreprises canadiennes socialement responsables). [www.cbsr.ca], (consulté le 4 février 2008).
-Cleverdon, R. et Kalisch, A. «Faire Trade in Tourism», International Journal of Tourism Research, 2, 2000, pp. 171-187.
-Chen, C. «Incorporating green purchasing into the frame of ISO 14 000», Journal of Cleaner production, 13, 2005, pp. 27-933.
-Environnement Canada [www.ec.gc.ca], (consulté le 4 février 2008).
– Programme de Choix environnemental. [http://www.ecologo.org/fr/certifiedgreenproducts], (consulté le 4 février 2008).
– Greater Vancouver Regional District. «Sustainable Purchasing Guide». Greater Vancouver Regional District, 2007, 44 p.
– Guide relatif à l’importation commerciale. [www.inspection.gc.ca/francais/fssa/imp/guide1f.shtml], (consulté le 4 février 2008).
– Low, W. et Davenport, E. «Postcards from the Edge: Maintaining the ‘Alternative’ Character of Fair Trade», Sustainable Development, 13, 2005, pp. 143-153.
– Perera, O., Chowdhury, N. et Goswami, A. «State of Play in Sustainable Public Procurement», International Institute for Sustainable Development, Winnipeg, 2007, 83 p.
Guide d’achats écologiques de la municipalité de Whistler (anglais). [http://www.whistler2020.ca/whistler/site/genericPage.acds?context=1967998&instanceid=1967999], (consulté le 4 février 2008).
Politique d’achats écologiques de la chaîne hôtelière Scandic (anglais). [http://www.scandic-hotels.com/corporateinfo/913_OurBeliefsAndPractices.jsp], (consulté le 4 février 2008).
– US Environmental Protection Authority (agence de protection environnementale des É.-U.). [http://www.epa.gov], (consulté le 4 février 2008).

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Ailleurs dans le monde Hébergement Tourisme durable

Les hôtels passent au vert!

Beaucoup plus qu’un effet de mode, le virage vert deviendra rapidement un incontournable, si ce n’est déjà fait. Des grandes chaînes comme Fairmont et Accor sont engagées depuis déjà un bon moment dans la réduction, entre autres, de leur consommation énergétique. Les mesures vertes permettent une réduction des coûts d’exploitation et un plus grand pouvoir d’attraction, en plus de marquer des points sur le plan de l’image. Cet article présente une série d’actions concrètes pour améliorer votre performance environnementale.

Pourquoi prendre le virage vert?

Les touristes sont de plus en plus sensibles à la question environnementale. Selon un sondage de l’organisme américain Travel Industry Association (TIA), plus des trois-quarts des voyageurs américains estiment important que leurs visites ne génèrent pas de dommages à l’environnement.

Par ailleurs, plusieurs colloques et congrès majeurs favorisent les établissements «verts» dans le choix d’un site. Aussi, des agences gouvernementales américaines et certaines grandes compagnies encouragent-elles leurs employés en voyage d’affaires à séjourner dans des hôtels qui ont adopté des comportements écologiques.

La certification LEED

La certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) constitue Le label en matière de design, de construction et de performance environnementale. Son rôle: encourager et accélérer l’adoption de pratiques vertes et durables dans le domaine de la construction et du bâtiment. Elle fournit les outils nécessaires pour implanter des mesures à cinq niveaux:

  • développement durable du site,
  • économie d’eau,
  • efficacité énergétique,
  • sélection des matériaux,
  • qualité environnementale intérieure.

Cette certification peut s’appliquer, entre autres, à une nouvelle construction, à un bâtiment existant, au design intérieur, à une habitation ou à un quartier.

Et c’est payant!

Selon le U.S. Green Building Council (USGBC), organisme en charge du programme LEED, un établissement certifié LEED, qui implique grosso modo une hausse des coûts de construction de 1 à 2%, devrait réaliser des économies de:

  • 30 à 50% en utilisation d’énergie,
  • 35% en émissions de carbone,
  • 40% en émissions d’eau,
  • 70% en déchets solides.

À titre indicatif, le programme écoénergétique américain «Energy Star» adapte ces données au langage hôtelier. Il estime qu’une réduction de 30 à 50% en consommation énergétique équivaut à une hausse du tarif quotidien de 1,80 à 3,00 USD pour un hôtel limited service et de 4,00 à 6,75 USD pour un hotel full service.

Sans nécessairement prendre un virage radical, un établissement hôtelier peut cependant effectuer plusieurs petits changements qui lui permettront de faire des économies et d’améliorer sa performance environnementale. En général, les hôtels qui adoptent des mesures écologiques retirent des bénéfices de trois façons:

  • Par la réduction des coûts d’exploitation: en ayant recours à des moyens pour réduire la consommation d’énergie, le gaspillage, l’utilisation de l’eau, etc.
  • Par une image rafraîchie et une réputation favorable: se doter d’une image plus «verte» constitue aujourd’hui plus la norme que l’exception.
  • Par une augmentation des revenus: en réinvestissant les économies réalisées grâce aux mesures vertes dans l’amélioration des services offerts ou pour rehausser l’expérience d’hébergement. Ce qui se traduit finalement par une hausse des tarifs ou du taux d’occupation.

Exemples d’hôtels verts

Le magazine Travel and Leisure, en partenariat avec l’organisme environnemental Conservation International, identifiait récemment leurs 20 hôtels verts préférés. Mentionnons les deux suivants:


CB_2007-11_htl_verts_img2Strattons Hotel Norfolk, Royaume-Uni. Les propriétaires du Strattons Hotel Norfolk ont développé une politique environnementale qu’ils réévaluent chaque année. Les employés doivent y adhérer, l’appliquer et sont invités à émettre leurs idées. Cette politique favorise, entre autres, les produits locaux, la réduction significative des déchets (de 2001 à 2006 ils ont diminué de moitié) et le recours à des outils permettant une gestion écoénergétique du bâtiment.

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Spice Island Beach Resort, Grenade. Dans ce luxueux resort de 64 chambres, l’eau est chauffée grâce à l’énergie solaire, les ampoules électriques sont écoénergétiques (fluocompactes), l’eau de la piscine est traitée à l’eau salée plutôt qu’au chlore. Le compostage et le recyclage font partie des mœurs de l’endroit: on composte tous les déchets de table, on réutilise les restes de savon pour en faire du détergent pour laver les uniformes de l’hôtel.

Un autre exemple de l’intérêt pour des projets verts… La célèbre et extravagante destination touristique de Dubaï, dont les préoccupations environnementales peuvent sembler bien loin, caresse le projet d’un édifice commercial de 322 mètres qui ne produira, selon son architecte, aucune émission de CO². Pour y arriver, on aura notamment recours aux énergies renouvelables générées par le soleil, le vent et l’eau.

Plus près de nous, la chaîne Fairmont agit à titre de pionnière dans le domaine puisque, en 1990, elle mettait sur pied le «Partenariat Vert de Fairmont» (document qui fait office de guide de bonnes pratiques hôtelières), c’est-à-dire qu’elle s’engageait à minimiser l’impact de l’exploitation des hôtels sur l’environnement. Ce faisant, la chaîne a remporté en 2006 le prix du Best Corporate Social Responsibility Program.

Au Québec

Cette tendance interpelle aussi les hôteliers québécois. Plusieurs établissements ont développé des comportements responsables pour une meilleure utilisation des ressources, notamment par la récupération, le recours aux produits locaux ou l’installation d’outils écoénergétiques. Parmi les nouveaux projets, le groupe Germain annonçait au printemps 2007 le lancement d’une chaîne d’hôtels, ALT, dont la conception intègre la technologie par géothermie. Ces hôtels comprendront aussi d’autres caractéristiques pro-environnementales tels la récupération de la chaleur de drainage des laveuses commerciales, un système d’éclairage économe d’énergie et des capteurs de qualité d’air dans les salles de réunion, pour ne nommer que celles-là.
Intrawest aussi voit vert. Le promoteur aspire à ce que le développement immobilier du Versant Soleil de la station Mont-Tremblant soit certifié LEED. On fait référence, entre autres, à l’eau de pluie récupérée et à l’utilisation de la matière excavée pour la construction.

Quelques actions simples à envisager dès maintenant

Pour améliorer votre performance environnementale, réduire le gaspillage et, par le fait même, vos coûts d’exploitation, voici quelques solutions vertes applicables au milieu hôtelier.

  • Choisissez des ampoules électriques fluocompactes.
  • Utilisez des compteurs ou des minuteries pour les lieux moins fréquentés.
  • Installez un double mécanisme de chasse d’eau (3 ou 6 litres) dans les toilettes.
  • Sensibilisez vos employés à la cause environnementale et incitez-les à fermer les lumières et à baisser le chauffage ou l’air climatisé (et à fermer les rideaux) dans les chambres inoccupées.
  • Installez des contenants pour le recyclage dans les chambres ainsi que dans les zones communes.
    Achetez les produits biologiques, équitables et si possible locaux.
  • Choisissez des produits de nettoyage, des désinfectants, des peintures et des pesticides non toxiques, ou moins toxiques.
  • Optez pour des items réutilisables comme des serviettes de table en tissu. Évitez les verres en plastique ou, pire, en styromousse.
  • Récupérez les nappes tachées et faites-en des serviettes de table ou encore des tabliers pour les employés de la cuisine.
  • Offrez les surplus de nourriture à un organisme local de charité (genre soupe populaire).
  • Compostez les déchets de cuisine.
  • Choisissez des produits faits à partir de matériaux recyclés pour le matériel de bureau.
  • Utilisez du papier recyclé non blanchi ou encore blanchi à l’aide d’un procédé sans chlore.
  • Minimisez la quantité de papier utilisé pour les clients en réduisant, notamment, la taille des feuilles, ou en favorisant les communications par courriels.
  • Choisissez un système de chauffage à énergie solaire pour la piscine et recouvrez-la d’une toile lorsqu’elle est fermée.

Sources:
– Butler, Jim. «The ‘Real Economics’ Behind GREEN Hotel Development, Conversion and Operation», [www.hotelonline.com], 29 octobre 2007.

– Crous, Yolanda. «Our 20 Favorite Green Hotels», [www.travelandleisure.com], novembre 2007.
– Dubuc, André. «Une place pour l’environnement dans les centres de villégiature», [www.visiondurable.com], octobre 2007.
– Fletcher, Kevin A. «Fitting Greening Efforts Into Your Hotel Operations & Marketing Strategies», HSMAI Marketing Review, hiver 2006-2007.
– Kriscenski, Ali. «Burj Al-Taqa: Zero-Energy Tower for the Middle East», [www.inhabitat.com], 18 octobre 2007.
– Namovich, Richard. «Will a Hotel’s Sustainable Green Program Generate New Revenue and Increased Profits?», [www.hotelonline.com], 2 novembre 2007.
– Globalstewards.org. «Sustainable Solutions for Green Hotels», consulté le 6 novembre 2007.Sites Web:

ACCOR
ALT Hotels
Energy Star
Fairmont
LEED
Spice Island Beach Resort
Strattons Hotel Norfolk

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Tourisme durable

Compenser vos émissions de gaz à effet de serre par la plantation d’arbres? Les pour et les contre. Quoi faire et ne pas faire.

Les voyages à bilan de carbone neutre connaissent actuellement un engouement auprès des voyageurs. Toutefois, des données fiables sur la taille de ce marché ne sont pas encore disponibles. Pour faire des voyages ou des affaires à bilan «carbone neutre», il existe des mesures de compensation des émissions de gaz à effet de serre(1) volontaires et axées sur le marché. (Lire aussi: Pour mieux comprendre la dynamique qui régit l’achat de crédits de carbone lors de voyages à bilan «carbone neutre».) Au moyen d’une calculatrice Internet, on peut facilement estimer la quantité d’émissions produites et ainsi acheter quelques crédits offerts par une entreprise qui s’engage à planter des arbres qui absorberont, au cours de leur vie, l’équivalent des émissions polluantes. À titre d’exemple, Air Canada propose à sa clientèle ce type de service, en collaboration avec l’organisme sans but lucratif Zerofootprint. Depuis le lancement de ce programme en mai 2007, les passagers d’Air Canada ont compensé un total de 2224 tonnes d’émissions de CO2 grâce à 445 arbres plantés dans le cadre d’un projet forestier de restauration situé à Maple Ridge en Colombie-Britannique. Cette mesure équivaut à retirer 727 voitures de la circulation pendant une année.

La popularité des programmes d’achat de crédits de carbone par la plantation d’arbres s’explique par leur simplicité et par l’image verte et propre qu’ils projettent. Du point de vue commercial, les coûts de mise en œuvre de puits de carbone forestier sont 90% moins élevés que la mise au point et l’implantation de technologies écoénergétiques. Si la plantation d’arbres est un pas dans la bonne direction, il faut néanmoins prendre conscience des enjeux entourant les projets de séquestration du carbone.

Enjeux

On se rend compte que les arbres ont un rôle à jouer dans la réduction des émissions atmosphériques de gaz à effet de serre. Bien gérés, les programmes de plantation d’arbres peuvent aider à résoudre d’autres problèmes environnementaux et à générer des revenus. Ils peuvent également être une source de problèmes.

  1. Les projets de foresterie emmagasinent le carbone seulement durant la vie des arbres. Quand ceux-ci meurent, sont coupés ou détruits par la nature ou par d’autres processus (le feu par exemple), le carbone est alors relâché dans l’atmosphère. Dans un tel cas, le client n’a pas été en mesure de compenser les émissions de carbone.
  2. Une fois la forêt implantée, la quantité de carbone emmagasinée pendant la durée entière du projet est complexe à mesurer. Cette question fait présentement l’objet d’un débat scientifique.
  3. La superficie de l’espace terrestre est insuffisante pour emmagasiner l’ensemble des émissions excédentaires déjà présentes dans l’atmosphère. Compte tenu, entre autres, de facteurs biogéographiques, les terrains disponibles aujourd’hui ne peuvent pas tous accueillir un projet de puits de carbone forestier.
  4. Le degré d’efficacité d’un projet forestier varie selon les espèces arborescentes sélectionnées. Les agroforêts composées d’une multitude d’espèces offrent une plus grande capacité de stockage du carbone, une biodiversité plus élevée et, potentiellement, de nombreux avantages pour l’économie locale. Les plantations en monoculture (par exemple les essences non indigènes comme les eucalyptus ou les pins) ne mettent pas en valeur la biodiversité, se prêtent mal à l’établissement d’habitats, perturbent le cycle hydrologique, accroissent l’utilisation de produits chimiques et de pesticides, et peuvent contribuer à l’augmentation de l’acidité du sol. Il est désolant de constater que de nombreuses personnes achètent des crédits de carbone qui seront ensuite investis dans des projets de monoculture semblables.
  5. Des projets de puits de carbone forestier exécutés par des pays développés et implantés dans des pays en voie de développement suscitent de nombreuses critiques, car ils constituent une menace pour les collectivités locales qui risquent d’être déplacées, de voir leur accès aux terres ancestrales interdit ou, le cas échéant, d’obtenir une compensation dérisoire.
  6. L’absence de réglementation concernant les projets de séquestration ouvre la porte aux entreprises motivées par l’opportunisme et celles-ci peuvent exagérer ou gonfler les bénéfices escomptés du projet.
  7. Le reboisement ne se traduit pas directement par une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles. Les végétaux permettent de compenser les émissions de dioxyde de carbone plutôt que de réduire la pollution à sa source. C’est pourquoi certaines organisations ne vendent pas de crédits de carbone séquestré, mais préfèrent mettre l’accent sur des projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique, lesquels visent à appuyer une transition de la situation de dépendance actuelle aux combustibles fossiles.

Ce qu’il faut faire

  1. Essayez, dans vos déplacements et dans la vie quotidienne, de réduire vos émissions.
  2. Si réduire n’est pas possible, envisagez toutes les meilleures solutions de rechange disponibles.
  3. Si ces deux approches ne conviennent pas et que vous désirez réaliser vos voyages et vos affaires avec un bilan «carbone neutre», examinez soigneusement les projets forestiers disponibles avant d’y adhérer.

Si vous décidez d’acheter des crédits de carbone dans les projets forestiers, vous devriez rechercher les points suivants:

  • Des plantations permanentes (>100 ans) ou des projets protégés.
  • Des espèces indigènes et variées.
  • Une plantation d’espèces feuillues et d’une longue durée de vie (ou d’espèces indigènes et adaptées au milieu).
  • Des projets disposant de moyens pour gérer les plantations et assurer leur survie à long terme.
  • La complémentarité (des projets qui n’auraient jamais été réalisés sans votre contribution).
  • Une assurance de projet stipulant que l’entreprise remplacera les arbres endommagés (par exemple par le feu ou en raison d’une sécheresse).
  • Une organisation transparente et des coûts de gestion faibles.
  • Des avantages environnementaux supplémentaires (tel l’établissement d’habitats).
  • Des projets qui offrent une véritable aide aux collectivités locales en matière de développement durable.
  • Des projets dont le crédit de carbone que vous achetez est retiré du marché et ne peut pas faire l’objet d’une revente.
  • Des projets qui tiennent compte des besoins et des connaissances des populations locales.
  • Une certification et une vérification des projets par un tiers parti indépendant.

La solution aux changements climatiques passe par des changements sociaux – et une progression vers des sources énergétiques écologiques dans tous les secteurs. Plus on dépend des puits de carbone pour compenser les gaz à effet de serre à court terme, plus la transition vers des énergies alternatives est retardée et plus les objectifs de réduction des émissions atmosphériques seront difficiles à atteindre. Les puits de carbone devraient soutenir une telle révolution en matière d’énergie alternative et non la remplacer ou la freiner.

Pour terminer, les voyageurs peuvent prendre les choses en main au lieu de compter sur des fournisseurs de crédits de carbone. Par exemple, quand vous prévoyez prendre des vacances, vous pouvez estimer avec une calculatrice Internet la quantité d’émissions que vous aurez à compenser. Ensuite, pour combler cette différence, vous devez, avant et après le voyage, acheter des produits ménagers efficaces sur le plan énergétique et vous abstenir de conduire votre voiture. À l’heure actuelle, les individus et les entreprises ont la possibilité d’agir en vue de réduire l’empreinte carbonique liée aux déplacements.

Note:
1: Dans le présent article, les gaz à effet de serre réfèrent à ceux définis dans le Protocole de Kyoto, soit le dioxyde de carbone, le méthane, l’oxyde nitreux, les hydrofluorocarbones, les perfluorocarbones et l’hexafluorure de soufre.

Sources:
– Priskin, J. et R.N. Stenhouse. «Des végétaux pour voyager: les avantages et les inconvénients des contreparties de la fixation du carbone par la séquestration dans les forêts». Téoros, 2007, vol. 26, no 3, p. 68-71.
– Programme de compensation des émissions de dioxyde de carbone d’Air Canada, [http://www.aircanada.com/fr/
travelinfo/traveller/zfp.html
], dernière consultation 20 novembre 2007.
– Zerofootprint, [http://www.zerofootprint.net], dernière consultation 20 novembre 2007.

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Enjeux Tourisme durable

Le tourisme actuel est-t-il une espèce en voie de disparition?

L’industrie touristique obtient bien mauvaise presse. Au banc des accusés d’une multitude de problèmes environnementaux et sociaux, le tourisme semble parvenu à un point tournant, partagé entre développement durable, croissance et impératifs économiques. Voici un état des lieux qui incite à prendre action, à virer au vert rapidement et à redorer le blason du tourisme. L’Organisation mondiale du tourisme souligne, à ce titre, qu’il est désormais temps de joindre le geste à la parole, ce qui nous amène à nous demander de quoi sera fait le tourisme de demain. La discussion est ouverte!

«Les vacances salissent. Dégradent. Perturbent.»

Les journalistes Marion Festraëts et Julien Le Bot brossent un bien sombre portrait du tourisme dans un article intitulé «La planète malade du tourisme», publié dans LExpress.fr. En voici quelques grandes lignes.

Près de un milliard de gens se déplacent annuellement et sont responsables d’émissions globales de gaz à effet de serre (GES), pollution qui n’épargne aucun recoin de la planète, des déserts à la banquise, des fosses marines aux plus hauts sommets.

Au banc des accusés, tant le tourisme de masse que d’aventure extrême au bout du monde (près de 30 000 visiteurs par an en Antarctique), lesquels font souvent rimer excursion et dégradation quand ils ne signent pas carrément l’arrêt de mort des lieux qu’ils prétendent faire admirer. Les déchets s’accumulent. Les espèces locales disparaissent ou sont concurrencées par l’introduction anarchique d’espèces exogènes. S’ajoutent la pollution visuelle sur certains sites et le mépris manifesté à l’égard des cultures locales.

Le problème majeur, l’eau! Qu’elle soit polluée, qu’elle fasse défaut ou que les eaux usées s’écoulent de n’importe quelle manière. Le touriste est un grand consommateur d’eau. Il en est de même des golfs et des piscines qui surgissent des sols. Il y a une mer de détritus (canettes, sacs en plastique, ballons crevés…) qui voguent au fil de l’eau, jetés du pont d’un bateau, du quai d’un port ou abandonnés sur une plage. Le ratissage des plages pour obtenir un sable parfait perturbe les écosystèmes du littoral, quand ce ne sont pas les vagues qui finissent par les emporter.

Dix-neuf îles Galapagos (Équateur) viennent de quitter la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO pour allonger celle, plus triste, des sites menacés. Les animaux, dérangés, changent de comportement et tout l’équilibre écologique est en danger. L’instauration d’une écotaxe dans un archipel du Brésil n’a pas réussi à faire diminuer le nombre de vacanciers, résultant en de graves conséquences pour l’environnement, et les autorités locales ont décidé de limiter le nombre de personnes autorisées à y séjourner. La Machu Picchu (Pérou) pourrait bien intégrer, elle aussi, l’inventaire des chefs-d’oeuvre en péril, surtout depuis son récent classement parmi les sept nouvelles merveilles du monde par une fondation suisse.

On abat une partie de la forêt tropicale pour faire place à des routes, des hôtels, des boutiques, et cette déforestation entraîne l’érosion des sols et provoque des glissements de terrain.

Les «safaris cétacés» se multiplient en Méditerranée, pourtant on veut éviter de voir le comportement des mammifères marins se «détraquer», comme dans l’embouchure du Saint-Laurent où le bruit incessant des moteurs de navires contraint ces derniers à chanter de plus en plus fort pour communiquer.

Les cimes ne sont pas épargnées et l’Everest, déjà strictement réglementé, est devenu la plus haute décharge du monde. Les environnementalistes réclament qu’on en ferme l’accès. Un maire de la région de la Haute-Savoie souhaite l’instauration d’un permis pour l’ascension du mont Blanc en raison du passage d’un trop grand nombre de personnes.

S’ajoutent les souvenirs «défendus» et les végétaux rapportés dans les valises qui contribueraient à la dégradation de l’environnement.

Et ce n’est pas terminé car, en 2020, on estime que 1,6 milliard de touristes arpenteront la planète.

Alarmistes ou réalistes?

Les journalistes se posent la question: «Faut-il, alors, se priver de vacances pour épargner la planète?» Ils y répondent par un «Pas forcément» et citent certaines initiatives de développement durable: regroupement d’une quinzaine de professionnels français au sein d’une association Agir pour un tourisme responsable, mise à niveau des bâtiments aux normes environnementales, sensibilisation des clients, incitation des voyageurs à compenser les gaz à effet de serre émis lors de leurs déplacements, etc. Ils soulignent que les professionnels du voyage commencent à prendre conscience de la fragilité de leur outil de travail et multiplient les propositions en vue de développer une autre idée du voyage. Du côté des voyageurs, une sensibilisation se développe.

Et vous? Afin de joindre le geste à la parole, quelles pistes d’actions suggérez-vous?

On peut tout de même se demander: «De quoi sera fait le tourisme en 2020?»

Les avancées technologiques se succédant à un rythme effarant…
Assisterons-nous à l’avènement du Web 10.0? Les complexes hôteliers seront-ils de véritables «usines», modèles écologiques de compostage, de récupération de l’eau de pluie, de traitement des eaux usées, etc.? Les avions bruyants, énergivores et pollueurs seront-ils interdits de vol? L’avenir est-il aux gros-porteurs comme le A380 qui permettent de transporter un grand nombre de personnes?

Gestion de la capacité de charge des sites, écotaxe et limite des accès étant déjà à l’ordre du jour…
Y aura-t-il de plus en plus de reproductions de sites célèbres comme c’est le cas actuellement des grottes de Lascaux? L’accès aux sites renommés mais fragiles sera-t-il contingenté et faudra-t-il réserver des années à l’avance pour les visiter, et ce, à prix fort?

Après le 11 septembre 2001, le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et bien d’autres…
Des catastrophes d’ordre climatique, sanitaire, politique ou terroriste viendront-elles régulièrement assombrir notre industrie et réussiront-elles à créer un grand climat d’insécurité?

Destinations et produits étant déjà confrontés à une vive concurrence…
De quelle façon les destinations arriveront-elles à tirer leur épingle du jeu? Surenchère, démesure, originalité seront-elles l’avenir pour se démarquer? Le tourisme de masse cédera-t-il le pas au tourisme de niche pour satisfaire le fanatique du golf, l’amateur d’ornithologie, l’amoureux du grand art, le dingue du vélo, le voyageur en quête de spiritualité, de sensations fortes, de farniente?

La sensibilisation croissante des gens à l’égard de l’environnement étant indéniable…
De quelle façon, cela se traduira-t-il dans le comportement du voyageur? Le boycott de l’avion par souci environnemental restera-t-il un phénomène marginal ou prendra-t-il de l’ampleur? Le poids des lobbys environnementaux changera-t-il le cours des choses (ex. bloquer le projet d’expansion d’un aéroport)? Existera-t-il des labels gouvernementaux ou même internationaux certifiant le comportement responsable d’une entreprise?

Selon vous, de quoi sera fait le tourisme en 2020? La discussion est ouverte! Entrez dans l’ère du Web 2.0 et réagissez en utilisant la fonctionnalité «Commentaires» de notre site.

Source:
– Festraëts, Marion et Julien Le Bot. «La planète malade du tourisme», LEXPRESS.fr, [www.lexpress.fr/mag/sports/dossier/tourisme/dossier.asp], 26 juillet 2007.

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Enjeux Produits et activités Tourisme durable

La forêt, un enjeu majeur pour l’industrie touristique – (Compte rendu de conférence)

Multiplicité des acteurs et des intérêts, harmonisation des usages, protection et conservation du territoire, développement durable, gouvernance et représentativité du volet récréatif occupent l’avant-plan des enjeux liés au territoire forestier québécois. L’intérêt grandissant pour la forêt suscite de nombreux débats où vision commune et dialogue s’imposent. Nous ne sommes pas sortis du bois!

Au 75e congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir) en mai 2007, le colloque intitulé «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur» analysait, entre autres, les multiples enjeux de ce secteur. En voici quelques grandes lignes…

Quand tout le monde s’en mêle et s’emmêle

Plusieurs voix se font entendre: industrie forestière, villégiature, conservation et restauration, activités agricoles, minières, hydroélectriques, récréatives et de plein air. Tous, industriels, intervenants et adeptes, revendiquent leur droit à la forêt et chacun y joue du coude. En outre, l’industrie forestière vit une période très difficile et les intérêts divergents pour la ressource viennent compliquer la situation.

Voici quelques chiffres issus de la présentation du colloque:

  • forêts québécoises: 90% du domaine public;
  • secteur forestier: 150 000 emplois directs et indirects;
  • activités récréatives liées à la faune et à la flore: 15 600 emplois;
  • pratique d’activités de plein air dans la nature: 2,4 millions de Québécois;
  • baux de villégiature: 40 000 détenteurs;
  • conservation et restauration de sites naturels forestiers: 40 000 personnes.

Trop souvent, les usages économiques, sociaux et environnementaux cohabitent difficilement sur le même territoire. Et qui veut s’aventurer dans le dédale de la gouvernance du milieu forestier doit s’armer de patience et d’une bonne dose de compréhension pour remonter la filière.

Dans ce contexte, l’adoption d’une vision commune et l’harmonisation des usages ne peuvent que mener à un terrain d’entente. À ce titre, certaines pourvoiries à droits exclusifs localisées en territoire sous contrat d’aménagement et d’approvisionnement forestier (CAFF) constituent un exemple où tourisme en milieu naturel et exploitation forestière s’avèrent conciliables.

La petite histoire des activités de plein air

Bien que la pratique des activités de plein air en forêt soit en pleine croissance, la confusion règne toujours.

  • Instabilité du loisir de plein air au sein de la structure gouvernementale. À chaque changement de gouvernement, on se demande quel ministère en obtiendra la responsabilité.
  • Diversité des activités et manque de concertation. De façon éclatée, chacun (associations touristiques régionales [ATR], milieu associatif [camps de vacances, marche, canoë-kayak, motoneige, etc.], unités régionales de loisir et de sport [URLS], etc.) revendique ses besoins auprès des différents paliers gouvernementaux.
  • Secteur constitué d’un important contingent de bénévoles. Ces derniers démontrent des signes d’essoufflement.
  • Études quasi inexistantes sur la pratique des activités de plein air au Québec.
  • Manque de reconnaissance des retombées sociales et économiques.

L’intérêt pour les volets récréatif et touristique de la forêt croît constamment:

  • La forêt devient un antidote à l’activité urbaine et une réponse à la recherche d’authenticité;
  • les paysages constituent un des principaux critères dans le choix d’une destination;
  • la diversité des activités pratiquées en forêt s’accroît: véhicules tout terrain (VTT), vélo de montagne, traîneau à chiens, parcs d’hébertisme aérien, observation du ciel avec télescopes;
  • la clientèle familiale augmente dans les pourvoiries.

Au sein même des activités de plein air, il existe des conflits de cohabitation, notamment entre les motoneigistes et les adeptes du ski de fond. De plus, on remet souvent en question les activités motorisées (VTT, motoneige, embarcation à moteur) en territoire forestier.

L’accessibilité au territoire, la protection des paysages et la qualité du milieu naturel, ressource première des activités de plein air, constituent des enjeux fondamentaux. Malgré le nombre croissant d’adeptes et d’activités, l’absence de pouvoir central, de leadership et d’actions concertées affaiblit le poids de la représentativité de ce secteur ainsi que son impact dans les dossiers de la forêt.

Le développement durable et l’augmentation des aires protégées

Voulant combler son retard en matière d’aires protégées, le gouvernement québécois étudie présentement la création de plusieurs nouveaux parcs, presque tous situés dans le Nord du Québec.

D’un point de vue touristique, cette réalité nordique complique l’accessibilité, le déploiement des services, le financement des aménagements, de même que le positionnement international. En effet, le coût des prestations pourra difficilement concurrencer les destinations plus facilement accessibles et déjà engagées dans ce créneau. La participation des communautés autochtones et la rencontre des différentes cultures représentent d’autres défis à relever.

Évidemment, lorsqu’on parle de territoire forestier, le développement durable devient un impératif. Cependant, on soulignait que l’écotourisme devient trop souvent une panacée pour réhabiliter le développement durable en milieu forestier. De ce fait, il obtient une trop grande visibilité pour ce qu’il est réellement: un marché de niche avec une participation limitée du public et peu de retombées économiques. On constate une absence de gestion, de planification et de recherche dans ce secteur, de même qu’un manque de personnel qualifié.

L’éducation du public constitue un élément essentiel pour assurer la pérennité de la ressource.

Vers une gestion intégrée de la forêt

Depuis le dépôt du rapport Coulombe (rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise – 2004), le gouvernement du Québec s’affaire à moderniser l’ensemble de sa gestion forestière et à mettre en place des commissions régionales (CRRNT – Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire) dans le but de favoriser la gestion intégrée des ressources du territoire.

Voir la forêt comme un tout et adopter une vision commune du territoire deviennent des prémisses à la gestion de la multifonctionnalité du territoire forestier et à l’harmonisation des usages sous le chapeau du développement durable. Tout en tenant compte des particularités du territoire, il faut viser l’équilibre entre les fonctions économique, écologique et sociale. À ce chapitre, le secteur des activités de plein air doit faire le poids.

Sources:

– Téoros. «Dossier forêt», vol. 25, no 3, automne 2006.
– 75e Congrès de l’Acfas. Colloque «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur», 8 et 9 mai 2007, Trois-Rivières.

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Tourisme durable

Je me certifie, tu te labellises, il s’accrédite… ils sont classifiés

Bienvenue dans la jungle des labels et des programmes de certification! On peut s’en donner à coeur joie, ce n’est pas le choix qui manque. Gage de qualité, gage de succès, instrument marketing? Les voyageurs s’y retrouvent-ils ou s’en soucient-ils vraiment? Beaucoup de questions et quelques éléments de réponse.

Tous veulent s’enorgueillir d’un signe de reconnaissance ou de distinction

Parmi les grands à l’échelle internationale: les sites reconnus «Patrimoine mondial de l’Unesco». Récemment, l’Union européenne entendait se doter d’un label s’inspirant de ce modèle dans le but de développer le tourisme culturel et patrimonial, de lui donner un poids et une valeur pédagogiques.

En Europe, les écolabels de toutes sortes foisonnent. Tourism Australia a instauré un programme de certification en écotourisme. Le secteur du tourisme d’aventure et d’écotourisme au Québec possède un programme de qualité géré par le Bureau de normalisation du Québec.

Le ministère du Tourisme du Québec relance son programme Démarche Qualité Tourisme.

Sous l’égide de l’Organisation mondiale du tourisme et financé par des fonds canadiens et québécois, le Centre mondial d’Excellence des Destinations, basé à Montréal, vient de voir le jour. Il en est à élaborer ses critères de mesure de l’excellence d’une destination.

Aux États-Unis, cinq hôtels s’enorgueillissent de leur certification obtenue du US Green Building Council.

Le Word Travel & Tourism Council (WTTC) décerne annuellement son Tourism for Tomorrow Award et étudie présentement la possibilité d’établir une accréditation répondant à des standards de développement durable. À l’échelle québécoise, les récipiendaires des Grands prix du tourisme affichent fièrement leur prix dans leurs campagnes promotionnelles.

Même s’il s’agit principalement d’un regroupement de commercialisation, n’adhère pas qui veut à la chaîne hôtelière Relais & Châteaux, synonyme de prestige auprès de la clientèle touristique.

Et la liste pourrait s’allonger. Classifications, certifications, labels sociaux, labels de qualité, labels d’origine, écolabels, prix importants, bannières de prestige… lorsqu’il s’agit d’obtenir une reconnaissance,ce n’est pas le choix qui manque!

Inutile de dire qu’avec la sensibilisation croissante de la clientèle à l’égard de l’environnement et des impacts négatifs qu’engendre le tourisme, la remise en question des pratiques touristiques devient inéluctable. La certification constitue une façon de montrer son engagement, d’offrir une garantie. Dès lors, les principes de développement durable prennent de plus en plus de place dans l’établissement des critères, de même que dans la création de nouveaux labels.

Les avantages pour l’entreprise

S’engager dans un programme de certification ou dans une démarche qualité n’est pas de tout repos. Cela exige beaucoup de temps et peut même entraîner la révision complète des processus de travail.

Dans un contexte où la clientèle est exigeante et où elle n’a bien souvent que l’embarras du choix, de plus en plus d’entreprises misent sur un sceau de qualité, de reconnaissance ou de distinction pour:

  • améliorer ses services et la qualité de son produit,
  • assurer une garantie au consommateur et lui donner confiance,
  • se démarquer de la concurrence,
  • accroître sa visibilité et sa notoriété,
  • accéder à de nouveaux marchés,
  • améliorer ses façons de faire et augmenter sa productivité,
  • et même, dans une certaine mesure, réduire les impacts négatifs du tourisme.

Rien n’est parfait au royaume de la certification

Les «étoiles» dans l’industrie hôtelière représentent sans doute le système de classification le plus connu des voyageurs. Mais qui les attribue? Le voyagiste, l’hôtel lui-même, des organismes reconnus qui ont des critères bien différents d’une région à l’autre et même l’internaute avec l’avènement Web 2.0. (Lire aussi: Web 2.0, vous n’avez pas fini d’en entendre parler!).

Combien de fois a-t-on dénoncé l’inégalité des évaluations entre les régions et le manque d’homogénéité entre les différents programmes qui confondent le voyageur? En fait, plusieurs organismes souhaitent établir des certifications à l’échelle mondiale, mais cela relève-t-il de l’utopie?

  • Comment des normes internationales peuvent-elles prendre en compte les réalités régionales?
  • Comment tourisme de masse et tourisme de niche peuvent-ils répondre aux mêmes standards?
  • Comment une communauté peut-elle exercer sa voix dans le processus décisionnel?
  • Comment une petite entreprise peut-elle avoir les moyens techniques, financiers et humains de s’engager dans des processus lourds et coûteux?

Ces mêmes questions se posent aussi à l’échelle nationale. Certifier signifie: assurer qu’une chose est vraie, donner la garantie de… Mais de quoi au juste? Plusieurs entreprises, ayant compris l’avantage marketing que cela procure, vont jusqu’à s’«autoproclamer», sans même détenir une certification, ce qui est souvent le cas des produits «éco» de toutes sortes.

Sondages aux résultats ambigus et débat «idéauxlogique»

On se demande si…

  • …un «sceau» quelconque influence vraiment le choix du consommateur;
  • …le voyageur se soucie des critères d’évaluation lorsqu’il opte pour une entreprise certifiée ou s’il accorde simplement sa pleine confiance au «sceau»;
  • …le voyageur est en mesure de déterminer quels critères différencient un hôtel 4 étoiles d’un hôtel 2 étoiles et s’il sait que les systèmes d’évaluation ne sont pas identiques d’un pays à l’autre.

Voici quelques résultats de sondages qui apportent des réponses ou soulèvent des contradictions.

  • Les programmes «verts» ont définitivement la cote!

Un sondage de l’Association des hôtels du Canada révèle que 60% des Canadiens considèrent l’adhésion à un programme environnemental comme un facteur important dans leur choix d’hôtel. Au Québec, ce taux atteint 72% et représente le pourcentage le plus élevé des provinces canadiennes. Plusieurs autres sondages indiquent la popularité des programmes environnementaux, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde.

  • S’il y a une étiquette «verte», c’est que ça doit être bon!

Des enquêtes indiquent qu’il y a encore un haut taux de confusion et un manque de compréhension face aux écolabels. Le consommateur appuie les certifications et les labels, mais il est rare qu’il soit en mesure de les reconnaître ou de comprendre leur portée.

  • Quand le voyageur est en vacances, les beaux principes le sont aussi!

D’un côté, il y a un sondage d’Orbitz qui rapporte que 63% des gens paieraient davantage pour rester dans un hôtel «vert» et que 67% accordent de l’importance à l’«eco-friendliness» d’une destination. De l’autre, un sondage de Starwood souligne que la plupart des Américains laissent leurs bonnes habitudes environnementales à la porte de l’hôtel, car 70% des gens qui voyagent fréquemment affirment ne pas gaspiller l’eau à la maison alors qu’à l’hôtel ce pourcentage baisse à 18. D’un côté, le respect de l’environnement fait maintenant partie des représentations contemporaines et, de l’autre, on associe les vacances à liberté et absence de contraintes et, par conséquent, les beaux principes et les bonnes habitudes prennent eux aussi le chemin des vacances.

On observe l’ouverture et l’engagement du consommateur envers les conditions environnementales. Cependant, l’attitude positive du touriste envers les écolabels n’est pas garante d’un comportement environnemental responsable.

«Les certifications ont le potentiel de contribuer de manière modeste à relever un défi de taille, celui de changer les pratiques des organisations et les habitudes de consommation des touristes.» (Marie-France Turcotte – voir source ci-dessous.) Alors, le débat est-il de savoir si le voyageur achète un produit sous prétexte qu’il est certifié ou s’il faut se responsabiliser en tant que voyageur, qu’entreprise et qu’acteurs sociaux? Les deux assurément.

Avec la croissance des certifications, on finira probablement par se poser la même question que pour les canaux de distribution: à laquelle doit-on adhérer pour améliorer son positionnement dans le merveilleux monde de la concurrence, pour obtenir davantage de visibilité et devenir l’heureux élu du consommateur? Stratèges, à vos marques!

Sources:

– Boyd, Christopher. «Green Hotels Are Cleaning Up – Embracing an Eco-friendly Philosophy Resonates with Tourists», The Orlando Sentinel, 9 juillet 2007.
– Breaking Travel News. «Survey: US Travelers Stress Eco-friendly Travel», 12 avril 2007.
– Delisle, Marie-Andrée et Louis Jolin. «Un autre tourisme est-il possible?», Presses de l’Université du Québec, 2007, 144 pages.
– ehotelier.com. «Survey: Most Americans Drop their Green Habits when They Check-in to Hotels», 10 juillet 2007.
– Le Figaro.fr. «Vers une liste du «Patrimoine de l’Europe»», 22 mai 2006.
– Hotel News Resource. «As Hotels Focus on Environmentally Friendly Programs, Awareness among Hotel Guests Lags», 24 juillet, 2007.
– Hotel News Resource. «Leaving Home often Means Leaving Green Routines behind according to New Survey from Element Hotels», 10 juillet 2007.
– HSMAI. «Asian Hospitality Leaders at HSMAI Rountable Call for Standardization of Ratings System for Asian Hotels», 17 juillet 2007.
– Karantzavelou, Vicky. «Six out of 10 Canadians Want To Stay at Green Hotels», [www.traveldailynew.com], 10 juin 2005.
– Parnières, Émilie. «Le tourisme responsable: Convergence de deux démarches de labellisation», Veille info tourisme, mai 2005.
– Salerno, Neil. «Stars & Diamonds – Do They really Matter any more?», Hotel News Resource, 31 janvier 2007.
– Turcotte, Marie-France. L’écotourisme entre l’arbre et l’écorce – Labels et certifications d’écotourisme et de tourisme. Le contexte et la portée», Presses de l’Université du Québec, 2006, p. 348-369.
– World Travel & Tourism Council. «Big Companies Must Show how Green They Are», 24 novembre 2006.

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Tourisme durable

Vers l’instauration d’un «autre tourisme»

Dans l’analyse «Un autre tourisme est-il possible?», nous avons abordé le volet éthique du tourisme, ses contradictions et les diverses formes de tourisme alternatif. Dans celle-ci, nous tenterons de résumer, dans une perspective de développement durable, les contraintes à surmonter et les bonnes pratiques touristiques proposées par Marie-Andrée Delisle, directrice d’une entreprise spécialisée en développement touristique, et Louis Jolin, professeur en tourisme à l’UQAM, dans leur livre intitulé «Un autre tourisme est-il possible?».

Des conséquences positives, mais aussi négatives

Le tourisme apporte son lot de conséquences positives: facteur de rencontre, de dialogue, de rapprochement entre les pays, mise en valeur de la diversité culturelle, occasion de détente et d’amélioration de la qualité de vie, vecteur de développement social, culturel et économique des communautés d’accueil. En contrepartie, le tourisme s’expose aussi aux excès et aux risques de dérapage, au déséquilibre entre les visiteurs et les visités, aux iniquités et aux dérives…

Delisle et Jolin font état d’un certain nombre de contraintes auxquelles se heurte le développement d’un «autre tourisme». Ils suggèrent des avenues pour en atténuer les effets négatifs et citent aussi des exemples.

  • L’industrialisation du tourisme de masse

Le tourisme est devenu un «produit» accessible à une grande partie de la population, les destinations veulent accroître le volume des visiteurs, les produits se standardisent et les grands conglomérats font trop souvent fi des politiques d’équité, du développement durable ou des capacités d’accueil d’une destination.

On voit apparaître des voyagistes qui se dotent de nouvelles règles de fonctionnement plus respectueuses de l’environnement physique et social et, depuis quelques années, des séminaires sur le tourisme durable s’inscrivent à l’ordre du jour des grandes foires commerciales du tourisme.

  • Les impératifs de la rentabilité

Guerre de prix, contrôle de coûts, marge de profit… les entreprises carburent au volume et recherchent la rentabilité à tout prix.

À l’opposé, le marché du tourisme alternatif s’articule autour de groupes de petite taille. Par conséquent, les faibles volumes, la volonté d’assurer localement des retombées financières et le marketing à mettre en place engendrent souvent des coûts élevés et une faible marge bénéficiaire.

  • La qualité inégale des infrastructures de certaines destination

La qualité des infrastructures se révèle souvent inégale entre les différentes destinations ou elle ne répond pas adéquatement aux exigences des voyageurs: site difficile d’accès, niveaux de confort et d’hygiène rudimentaires, etc.

L’accueil de touristes ne s’improvise pas; cela requiert de la préparation et un minimum d’infrastructures, en plus de l’orchestration du développement en fonction du type de clientèle que l’on veut recevoir. De son côté, le voyageur a aussi la responsabilité de s’informer sur le type d’équipements offert dans le coin de pays qu’il désire visiter.

  • Les exigences des marchés difficilement conciliables avec une recherche réelle d’authenticité

Concilier les exigences des marchés avec une recherche réelle d’authenticité devient une équation difficile à résoudre alors que l’accueil d’étrangers modifie d’emblée le mode de vie de la population visitée (lieux très fréquentés, bruit, etc.) et que l’on se demande jusqu’où il faudra aller pour combler les besoins des visiteurs.

Pour faciliter la rencontre entre les visiteurs et la population locale, Delisle et Jolin suggèrent trois pistes: l’implication de la communauté d’accueil dans le processus de développement du projet touristique, un guide local qui sert de catalyseur de l’expérience touristique et, finalement, un code de conduite à l’égard du visiteur.

  • Les carences dans la formation et la maîtrise du processus de développement chez les hôtes locaux

Un manque d’expérience et d’expertise entraîne une improvisation dans le développement de l’offre et de sa commercialisation.

La mise en place de support aux organisations touristiques et la formation constituent deux moyens pour bien structurer l’offre touristique.

  • Les règles du jeu de la commercialisation avec les intermédiaires

Il est difficile de connaître les rouages du réseau de distribution et d’en tirer sa juste part.

Il importe de faire converger les intérêts des intermédiaires et de la communauté d’accueil et d’établir un partenariat solide et équitable.

  • Le contexte politique et la quête de sécurité

Les lois, les règlements, le manque de soutien financier, de même que le climat d’insécurité et les conditions sanitaires, peuvent devenir une entrave au développement touristique.

Le tourisme durable passe par la reconnaissance d’un tourisme issu d’un milieu communautaire et rural et tous les paliers d’intervention doivent favoriser son essor.

De bonnes pratiques touristiques

Par ailleurs, Delisle et Jolin font ressortir quelques bonnes pratiques qui permettent de s’engager dans la voie qui mène vers un «autre tourisme».

  • L’unicité de l’expérience

Le contexte: une forte compétition entre les destinations. Le défi: offrir une expérience distinctive en mettant en valeur ses ressources naturelles et culturelles, en misant sur des avenues alternatives aux autres produits, en faisant en sorte que le voyageur brise sa routine et que l’expérience lui apporte une forme de bien-être, en établissant des liens qui favorisent les échanges entre visiteur et visité. Le mode d’emploi: épier la concurrence car elle change constamment, bien connaître sa clientèle cible, remettre régulièrement son produit au goût du jour, établir des partenariats équitables.

  • Une gouvernance participative

La clé du succès du développement d’un projet touristique durable consiste à établir une complicité avec la communauté locale, c’est-à-dire à consulter les gens et à les impliquer afin de susciter leur adhésion au projet et d’en assurer la viabilité à long terme.

  • L’éducation des visiteurs

Il incombe aux intermédiaires de bien informer les voyageurs des conditions de vie du pays qu’ils visitent: rareté de l’eau, coût exorbitant de certains produits, marchandage, relation au temps (respect des horaires, retards), température, permission de photographier, etc. Par ailleurs, des voyagistes, des organisations non gouvernementales (ONG) et certains pays proposent des codes du voyageur visant à encourager des comportements et des attitudes convenables et à respecter les gens et les lieux visités.

  • La formation des visités

La qualité de l’offre touristique passe par une bonne formation. Que ce soit pour l’accueil des visiteurs, pour négocier efficacement avec un voyagiste, pour effectuer un circuit guidé, pour commercialiser un produit, à tous les niveaux, une bonne formation s’avère essentielle.

  • L’engagement des pouvoirs publics

Les divers paliers de gouvernement doivent soutenir la démarche de développement touristique des populations locales en élaborant des politiques et une planification et en s’assurant que les actions sont orchestrées de façon efficace. S’ajoutent à cela l’aide à la commercialisation et à la structuration de l’offre, la formation des ressources humaines de même que la création d’un fonds de développement ou de financement pour supporter les petites organisations et contribuer à la consolidation de l’offre.

  • Le marketing éthique

Le marketing éthique signifie transparence dans le discours, honnêteté dans la promesse et conscientisation du consommateur. Il éduque le consommateur en misant sur les préoccupations de ce dernier face à l’environnement, à la sécurité, etc. Il fait aussi connaître les conditions dans lesquelles le produit a été développé et sera consommé. Certains voyagistes indiquent le pourcentage de la valeur du voyage qui reviendra à la communauté, d’autres invitent les clients à contribuer à des projets communautaires par des dons.

  • La certification

Être certifié ou ne pas être certifié, voilà la question qui soulève bien des débats. Dans le coin gauche: la difficulté de standardiser les critères à l’échelle de la planète et le manque d’ouverture du client qui n’est pas prêt à payer un surplus pour un produit certifié. Dans le coin droit: les avantages que comporte la certification – amélioration de la qualité d’un produit, réduction des impacts négatifs générés par le produit, outil marketing intéressant, justification d’un prix supérieur. Cette question est loin d’être résolue!

En conclusion, Marie-Andrée Delisle et Louis Jolin soulignent qu’«il ne suffit pas de dire, mais de faire et de bien faire, en n’oubliant surtout pas que des personnes, des entreprises et des collectivités y sont engagées.»

Source:

– Delisle, Marie-Andrée et Louis Jolin. «Un autre tourisme est-il possible?», Presses de l’Université du Québec, 2007, 144 pages.

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Tourisme durable Transport

Pour mieux comprendre la dynamique qui régit l’achat de crédits de carbone lors de voyages à bilan «carbone neutre»

La compensation volontaire de carbone peut s’appliquer à toutes les activités qui génèrent des gaz à effet de serre (GES). Il s’agit essentiellement de payer des frais supplémentaires pour acheter des crédits de carbone qui seront investis dans des projets de compensation. Pour respecter un bilan «carbone neutre», la quantité de crédits de carbone achetée doit égaler la quantité d’émissions produites.

Avoir un bilan carbone neutre en tourisme est principalement associé au secteur des transports. Toutefois, de plus en plus, les hôtels, les événements et même les compagnies de location de voitures proposent de neutraliser leur empreinte écologique. Même si le principe du «carbone neutre» n’est pas encore appliqué par tous, il est en croissance. Par exemple, en 2005, 0,5 % des passagers de British Airways ont effectué des voyages «carbone neutre» alors que ce nombre est présentement estimé à 1%. Certains rapports révèlent que le marché de la compensation volontaire des émissions de carbone a augmenté de 1000% de 2002 à 2005. Comme ce marché n’est pas réglementé, il faut prendre conscience d’un certain nombre d’enjeux qui en résultent.

Mise en contexte du système de compensation des émissions de carbone

L’achat volontaire de crédits de carbone fonctionne en dehors des mécanismes prévus au Protocole de Kyoto. Pour les particuliers comme pour les entreprises, ce système contribue de manière importante à l’atténuation des changements climatiques; il s’agit aussi d’un bon exemple d’application volontaire du principe pollueur-payeur.

Le Protocole de Kyoto, un cadre obligatoire pour les pays signataires, inclut trois principaux mécanismes:

  • les «échanges» de permis d’émission de carbone,
  • les projets du mécanisme de développement propre (MDP),
  • les projets de mise en œuvre conjointe (MOC).

L’échange de permis d’émission de carbone est une mesure d’allocation qui fixe la limite de pollution que les pays signataires du Protocole de Kyoto peuvent émettre. Ceux qui émettent plus qu’il ne leur est permis doivent acheter des crédits de ceux qui se situent sous leur limite, par le biais du marché du carbone, par exemple le marché européen des permis d’émission. Actuellement, cette mesure touche principalement les compagnies d’électricité et le secteur manufacturier. Elle ne concerne pas encore l’industrie touristique ni les compagnies aériennes, bien que ces dernières subissent d’importantes pressions.

D’autres mesures incluent des projets spécifiques qui permettront de réduire les GES. Ces projets de compensation créent de nouveaux crédits de carbone et comprennent, à titre d’exemple, la production d’énergie renouvelable, le développement de technologies liées à l’efficacité énergétique et le stockage du carbone. Les projets de compensation adoptés en lien avec le Protocole de Kyoto sont gérés par les gouvernements signataires. Tel que mentionné précédemment, il en existe deux types: les projets du «mécanisme de développement propre» permettent aux pays industrialisés d’investir dans des projets localisés dans des pays en développement afin de contribuer au développement durable de ces pays, alors que les projets de «mise en œuvre conjointe» concernent les investissements entre pays développés. En général, l’achat de crédits par les voyageurs pour compenser ou neutraliser leurs activités ne s’inscrit pas dans ce genre de projets, mais il y a des exceptions, dont «Atmosfair», un organisme de compensation.

L’achat volontaire de crédits de carbone n’équivaut pas, en termes absolus, à la réduction des émissions puisque la pollution subsiste. Il est donc essentiel que tout le monde participe aux efforts de réduction. Quelques chercheurs suggèrent que, pour réduire la contribution de GES du secteur de l’aviation de 10%, l’achat volontaire de crédits de carbone devrait se multiplier au moins par 400.

Dix choses à savoir avant de choisir d’avoir un bilan «carbone neutre»

  1. Différents types d’organisations qui vendent des crédits de carbone

Environ 40 organismes vendent des crédits de carbone et l’augmentation de leur nombre entraîne des problèmes de transparence. Parmi ces compagnies, certaines sont à but lucratif, d’autres non, mais elles sont toutes situées dans des pays industrialisés. Elles versent de 25% à 90% de leurs revenus à des projets de compensation. Certaines gardent donc un montant important pour payer leurs frais d’exploitation.

  1. Variations dans le calcul des émissions

Il existe d’énormes différences (jusqu’à 3 fois plus) entre les systèmes de mesure des émissions de carbone utilisés par les organisations qui vendent des crédits de carbone. Il importe de standardiser ces modes de calcul pour augmenter leur crédibilité. Les systèmes doivent êtres à la fois informatifs et précis. En général, plus le nombre de paramètres utilisés est élevé, plus le calcul des émissions de carbone devrait être précis. En ce qui concerne le calcul des émissions provenant des avions, un bon système de mesure prend en compte la distance exacte des déplacements, le forçage radiatif (radiative forcing) à différentes altitudes selon la longueur du vol, le taux d’occupation, l’altitude de vol ainsi que le type d’avion.

  1. Coût des crédits de carbone

Comme le marché volontaire des crédits de carbone évolue à l’extérieur des mécanismes de Kyoto et qu’il n’est ni réglementé ni standardisé, le prix d’une tonne de carbone varie selon les organisations, allant de 3 $ à 43 $ la tonne

  1. Types et qualité des projets soutenus

Parmi les trois principaux types de projets de compensation du carbone, les plus favorables incluent la production d’énergie «sans émission» (éolienne, biomasse, solaire, géothermique, etc.) et le développement de nouvelles technologies (qui utilisent moins d’énergie, telles les voitures hybrides).

Lorsqu’on investit dans ces projets, le principal problème rencontré est lié à l’«additionnalité», un terme qui fait l’objet de discussions dans la comptabilité du carbone. Avant d’acheter des crédits de carbone, il importe de savoir si les projets soutenus contribuent véritablement à la réduction des GES. La question à se poser est la suivante: si je n’avais pas financé ce projet, existerait-il? Si la réponse est oui, ce n’est pas un réel projet de réduction parce que son financement n’est pas venu d’un achat de crédits de carbone.

  1. Gare aux plantations d’arbres

Les voyageurs qui ont l’intention de voyager avec un bilan «carbone neutre» doivent être bien informés sur les crédits de carbone qui financent la plantation d’arbres. Les indices montrent qu’il existe beaucoup trop de problèmes et de controverses à cet effet et c’est pourquoi certaines organisations n’offrent aucun crédit de carbone pour ce genre de projet. Planter des arbres ne résoudra pas seul les problèmes de changements climatiques, car cela ne mène pas à une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles (analyse à lire dans un prochain Globe-Veilleur).

  1. Acheter des crédits de carbone de haute qualité

Les compagnies qui vendent des crédits de carbone peuvent oeuvrer ou non à l’intérieur du cadre du Protocole de Kyoto. L’avantage, pour celles qui y adhèrent, est que la réduction des émissions est vérifiée à l’aide d’un cadre réglementé, géré par les gouvernements qui sont partie prenante du Protocole.

  1. Acheter de futurs crédits de carbone

Les voyageurs doivent également savoir que certaines organisations vendent des crédits de carbone pour des projets existants ou des projets futurs. Étant donné qu’un projet peut ne jamais se réaliser ou être moins performant que prévu, il est risqué d’acheter des crédits pour des projets éventuels. Il est toutefois important d’investir dans des projets en démarrage pour donner le coup d’envoi aux nouveaux projets de compensation.

  1. Labels de conformité des projets

Bien qu’elles commencent à se développer, il n’existe actuellement aucune norme pour évaluer la performance des projets de compensation volontaire. Cependant, la Gold Standard Foundation offre un label de qualité – actuellement le plus fiable – aux projets associés au Protocole de Kyoto ainsi qu’à certains autres projets à base volontaire. Des tierces parties évaluent rigoureusement la qualité environnementale des projets. La Gold Standard vise exclusivement les projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique.

  1. Emplacement des projets de compensation

Certains projets de compensation sont situés dans des pays en développement et plusieurs d’entre eux ont créé des problèmes d’ordre environnemental et social (tels que la délocalisation des populations, la perte d’accès aux ressources vitales, etc.); c’est pourquoi les voyageurs qui achètent des crédits de carbone doivent s’assurer que les projets répondent aux normes et aux standards de manière à apporter aux pays concernés des bénéfices à long terme.

  1. Organisations de compensation les plus compétentes

Deux récentes études qui ont évalué les organisations de compensation recommandent les suivantes: Atmosfair, Climate Friendly, Myclimate et NativeEnergy.

Et ensuite?

Pour s’assurer que les dépenses supplémentaires des voyageurs et de l’industrie touristique correspondent aux attentes, il est indispensable de répondre aux questions soulevées précédemment.

Le changement climatique est un problème global qui nécessite des solutions globales. Si l’industrie touristique veut garder confiance dans les projets de compensation des émissions de carbone, la méthode de calcul doit être standardisée et les projets doivent être certifiés et accrédités par une organisation compétente.

Entre-temps, il importe de réduire les émissions et de chercher des solutions de rechange à l’utilisation d’énergies fossiles qui contribuent aux changements climatiques. Si nous voulons obtenir un bilan «carbone neutre», nous devons nous assurer que l’argent des crédits soit investi dans des projets de qualité.

1 Le carbone réfère au dioxyde de carbone. Les projets de compensation du carbone incluent parfois la compensation d’autres gaz à effet de serre. Le Protocole de Kyoto reconnaît six responsables du réchauffement: le dioxyde de carbone (gaz carbonique), le méthane, l’oxyde nitreux, les hydrofluorocarbones, les perfluorocarbones et l’hexafluorure de soufre.

Sources:

– Anonymous. The Economist. Carbon Offsets: Ripping Off Would-be greens? The Economist, vol. 382, no 8520, 2007, p. 61.
– Anonymous. The New Internationalist. Special Report on Carbon-related Issues. The New Internationalist, juillet 2006, no 391.
Site Internet d’Atmosfair. [www.atmosfair.de] (dernière consultation le 4 juillet 2007).
Site Internet de Climate Friendly. [www.climatefriendly.com] (dernière consultation le 4 juillet 2007).
– Heughebaert, A. Étude comparative des programmes de compensation volontaire des émissions de C02 par les passagers d’avions. Institut de Gestion de l’environnement et de l’aménagement du territoire, Université Libre de Bruxelles, 2006, 98 p.
– International Civil Aviation Organization. Presentations and Statements. ICAO Colloquium on Aviation Emissions with Exhibition, tenu à Montréal, Canada 14-16 mai 2007.
Site Internet de Gold Standard Foundation. [www.goldstandard.org] (dernière consultation le 11 juin 2007).
– Gössling, S., J. Broderick, P. Upham, J. Ceron, G. Dubois, P. Peeters et W. Strasdas. Voluntary Carbon Offsetting Schemes for Aviation: Efficiency, Credibility and Sustainable Tourism. Journal of Sustainable Tourism, vol. 15, no 3, 2007, p. 223-248.
– Kollmuss, A. et B. Bowell. Voluntary Offsets for Air-travel Carbon Emissions. Evaluations and Recommendations of Voluntary Offset Companies. Tufts Climate Initiative, 2007, 53 p.
-Luzadder, K. Agent Issues: Carbon-offset Programs: a Reality Check. [www.travelweekly.com], 14 juin 2007, 5 p.
Site Internet de Myclimate.[www.myclimate.org] (dernière consultation le 4 juillet 2007.)
Site Internet de NativeEnergy. [www.nativeenergy.com] (dernière consultation le 4 juillet 2007.)
-Tufts Climate Initiative. A Consumer Handout. Flying Green. How to protect the Climate and Travel Responsibility. Tufts Climate Initiative, 2006, 5 p.
Site Internet de United Nations Framework on Climate Change. [http://unfccc.int/2860.php] (dernière consultation le 28 juin 2007).

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Tourisme durable

Un autre tourisme est-il possible?

Marie-Andrée Delisle, directrice d’une entreprise spécialisée en développement touristique, et Louis Jolin, professeur en tourisme à l’UQAM, se sont posé la question: «Un autre tourisme est-il possible?», ce qui a donné lieu à la publication d’un livre du même titre. Le tourisme passe lui aussi dans le collimateur de la responsabilité sociale, de la protection des droits humains et de l’environnement et l’on dénonce de plus en plus ses impacts négatifs. Et si un «autre tourisme» c’était de contrer les effets négatifs du tourisme et d’en maximiser les effets positifs? C’est un ouvrage qui aide à mieux comprendre le tourisme et l’univers dans lequel il évolue.

Cette publication interpelle tant les acteurs du développement touristique que les voyageurs eux-mêmes et les communautés locales qui les accueillent. Elle traite des questions éthiques touchant le tourisme, propose un «autre tourisme», explique, dans un contexte de développement durable, les contraintes à surmonter et, finalement, propose de bonnes pratiques touristiques.

Une question éthique

L’activité économique est souvent exempte de «principes» et est plutôt régie par la loi du profit et l’enrichissement des actionnaires. Toutefois, les pressions venant des différentes valeurs des dirigeants, des employés, des clients, de la communauté et de certains lobbys imposent à l’entreprise de faire un choix éthique. C’est dans cet esprit que l’économie sociale a émergé, voulant aller au-delà du rendement financier et voulant servir ses membres et la collectivité. L’éthique du tourisme se base sur des principes, des règles de conduite qui servent à guider les acteurs (organisations, entreprises, voyageurs et communautés visitées) dans leurs actions et à susciter les bonnes pratiques.

Les activités touristiques doivent:

  • être conduites en harmonie avec les spécificités et les traditions des régions et des pays d’accueil, et dans l’observation de leurs lois, de leurs us et coutumes;
  • permettre la survie, l’épanouissement et la mise en valeur de la culture locale et non provoquer sa standardisation et son appauvrissement;
  • faciliter l’accès du visiteur sans formalité exagérée ni discrimination.

Les entreprises touristiques doivent:

  • fournir une information objective au voyageur, assurer une prestation de qualité et la confidentialité des renseignements personnels;
  • instaurer des relations de confiance avec leurs collaborateurs et promouvoir des comportements éthiques auprès d’eux;
  • respecter leurs employés et offrir des conditions d’emploi équitables (formation, rémunération, horaire, avantages sociaux, etc.);
  • assumer leurs responsabilités sociales (obligations légales, respect de l’environnement, création d’emplois locaux, intégration harmonieuse dans les milieux physique et social, études d’impacts, transparence, dialogue avec la population locale, amélioration de la qualité de vie, etc.).

Les touristes doivent :

  • éviter tout comportement pouvant choquer ou blesser les populations locales.

Les communautés d’accueil doivent :

  • respecter les touristes qui les visitent et comprendre leurs modes de vie, leurs besoins et leurs attentes.

Un monde de contradictions

Diverses enquêtes révèlent que le touriste est sensible aux facteurs sociaux et environnementaux, mais qu’il ne s’engage pas encore fermement à changer les choses:

  • il est sensible aux problèmes environnementaux, mais ne veut pas s’encombrer de contraintes à l’étranger si les autorités locales ne l’exigent pas;
  • il rejette la responsabilité de certaines situations en alléguant qu’elles peuvent être contrôlées par les gouvernements en place ou accuse les multinationales (ex. dégradation des côtes, tourisme sexuel, pauvreté, etc.);
  • il a entendu parler du tourisme responsable, mais il ne le met pas nécessairement en pratique;
  • il recycle, il fait des dons à des organismes de charité ou encore il veut connaître les conséquences sociales, culturelles et environnementales de son voyage, mais il se préoccupe peu des politiques environnementales dans le choix d’une entreprise touristique;
  • il est peu disposé à payer davantage pour des vacances éthiques;
  • il est rarement prêt à modifier ses plans de voyage pour favoriser une approche responsable;
  • il appuie les certifications et les labels, mais il est rare qu’il soit en mesure de les reconnaître ou de comprendre leur portée.

Du côté de la communauté d’accueil, on trouve la même ambivalence:

  • elle veut la manne, elle veut bénéficier des retombées économiques des touristes, mais elle juge néfastes leurs influences;
  • elle dénonce les ravages du tourisme de masse, mais elle en profite souvent pour exploiter les touristes et les arnaquer;
  • elle devrait accueillir les visiteurs avec convivialité et jouer son rôle d’hôte, mais elle dénonce son état de servilité envers eux.

L’équilibre passe donc par l’éthique de la responsabilisation.

Un «autre tourisme»

Le tourisme revêt plusieurs formes allant du tourisme de masse au tourisme alternatif. À un bout du spectre se situe le tourisme enclavé où le visiteur évolue à l’intérieur d’un complexe touristique sans contacts avec la population locale outre les employés; à l’autre, le tourisme intégré où le voyageur vit avec et au rythme de la communauté visitée.

Un chapitre complet est consacré à définir ces formes de tourisme (responsable, social, équitable, culturel, etc.) qui font tantôt référence à des valeurs, à des façons de voyager ou à des façons de développer et font ressortir une dimension des pratiques touristiques comme la dimension politique de l’action, la redistribution des bénéfices, le droit aux vacances et l’accessibilité au tourisme, la solidarité avec la population visitée ou encore la responsabilité de son comportement.

Au-delà de la sémantique…, si un «autre tourisme», voulait dire contrer les effets négatifs du tourisme, en maximiser les effets positifs et adopter de bonnes pratiques?

Ce volet sera abordé dans un prochain texte: «Vers l’instauration d’un ‘autre tourisme’».

    Source:
    – Delisle, Marie-Andrée et Louis Jolin. «Un autre tourisme est-il possible?», Presses de l’Université du Québec, 2007, 144 pages.