Près du quart (23,5%) des Québécois d’âge adulte parlent une autre langue que le français à la maison. Il s’agit sans conteste d’un marché non négligeable pour l’industrie touristique. Évidemment, qui dit profil linguistique différent dit aussi profil média distinct et, surtout, habitudes de voyages diverses. Alors, qui sont ces gens et que font-ils? S’intéresse-t-on suffisamment à eux comme marché par rapport aux efforts consacrés au marché francophone des Québécois (5,2 millions de personnes)?
Ça se passe dans le 514
Selon les données recueillies auprès du Print Measurement Bureau (PMB) en 2008, on recense quelque 1,08 million d’anglophones en plus de 521 000 allophones au Québec. Pourtant, ces importants groupes démographiques sont très peu visibles dans la majorité des régions touristiques du Québec. Grâce à un traitement spécial obtenu du PMB, nous avons compilé quelques données pour mieux cerner le comportement touristique de chacun des trois profils linguistiques de la population adulte du Québec.
D’entrée de jeu, voici quelques éléments qui caractérisent chacun des profils linguistiques:
- Seulement 16% des francophones habitent sur l’île de Montréal, comparativement à 58% des anglophones et à 64% des allophones.
- Les valeurs familiales sont très présentes chez les allophones alors que 73% vivent avec des enfants de 18 ans ou moins au foyer (57% chez les anglophones et 63% chez les francophones).
- Les anglophones et les allophones sont plus instruits que les francophones.
- Environ 20% des anglophones disposent d’un revenu familial de plus de 100 000$ (9% pour les allophones et 17% pour les francophones).
- Plus de 69% des francophones sont propriétaires, comparativement à 61% des anglophones et à 53% des allophones.
L’Ontario séduit les non-francophones
Certaines associations touristiques régionales comme l’Office de tourisme de la ville de Québec ont tenté par le passé des offensives publicitaires à l’endroit du marché anglophone québécois, sans obtenir de résultats satisfaisants. Ce sont pourtant les anglophones qui sont les plus susceptibles de voyager au Canada par agrément. Selon le PMB (2008), plus de la moitié (53%) ont déclaré avoir effectué un voyage de vacances dans la dernière année, comparativement à 47% chez les francophones et à 41% chez les allophones (tableau 1).

Les non-francophones viennent-ils en grand nombre au Québec? La réponse est non. Au contraire, ils sont un peu plus nombreux à choisir l’Ontario comme destination de vacances (28% d’anglophones et 22% d’allophones) que le Québec (27% et 21%). Quant aux francophones, ils sont quatre fois plus nombreux à privilégier le Québec avant l’Ontario.
L’importance des visites de parents et d’amis
La visite de parents et d’amis (35%) s’avère une source de motivation importante pour les anglophones dans leurs voyages de vacances au Canada (tableau 2). Les francophones se tournent davantage vers le sight-seeing (22%), les plages (12%), les randonnées pédestres ou d’aventure (10%) et les parcs thématiques ou les jardins zoologiques (7%). Précisons que ces pourcentages s’expriment par rapport à la population totale de chacun des segments linguistiques et non sur la base des voyageurs.

Les anglophones nombreux à traverser au Sud
Le comportement de voyages des non-francophones se démarque de façon encore plus significative pour les voyages internationaux. Environ 42% des anglophones et 33% des allophones ont voyagé a l’étranger au cours de la dernière année, contre seulement 25% des francophones (tableau 3).

On voit clairement que, en plus de l’Ontario, le nord-est des États-Unis et la Floride constituent de fortes destinations concurrentes au Québec, particulièrement pour le marché anglophone. Du côté des allophones, le Mexique et la France récoltent un intérêt élevé.
Les anglophones plus actifs
Pour les allophones, la visite de parents et d’amis s’inscrit comme une source de motivation primaire des voyages internationaux (tableau 4). Tant pour les francophones que les anglophones, on cherche d’abord à faire du sight-seeing et de la plage. On remarque aussi que les anglophones se démarquent des francophones pour certaines activités comme le golf, la visite de clubs de nuits, la visite de parcs et le magasinage. Les allophones sont, pour leur part, un peu moins actifs en voyage.

Maintenant que faisons-nous?
Plusieurs questionnements émergent quant à l’enjeu d’améliorer notre performance sur le marché des non-francophones. Les avis sont partagés, particulièrement à l’endroit du segment des anglophones. Même si ce dernier présente le plus intéressant profil touristique, il semble qu’il soit particulièrement difficile à attirer dans les régions francophones du Québec. Seules les régions des Cantons-de-l’Est et de Tremblant ont traditionnellement obtenu un certain succès.
Mais une réalité demeure: le comportement touristique et les exigences des Québécois anglophones diffèrent de ceux des Américains. Notre histoire politico-linguistique a certainement façonné leurs mœurs, y compris leurs habitudes de voyages. Pour plusieurs, la période des vacances constitue un exutoire du quotidien qui débute par la recherche d’un environnement familier au chapitre de la langue. Ils n’ont pas, non plus, ce même attrait pour l’exotisme du fait français comme peuvent le ressentir d’autres clientèles. Quant à la minorité d’anglophones qui optent pour le Québec, ils s’avèrent plus exigeants que la moyenne et attachent une grande importance à la qualité de l’expérience, à commencer par un accueil dans leur langue.
En dépit du défi que représente la clientèle québécoise non francophone, il ne faut certainement pas ignorer son important potentiel. Nous ne maîtrisons pas encore très bien les différents facteurs qui les motivent à prioriser d’autres destinations de vacances que le Québec.
Il s’agit d’un marché que nous devons travailler sur le long terme et nous devons sans cesse nous questionner sur nos actions et nos performances. Par exemple:
- Si la crainte linguistique s’avère un facteur réel, qu’en est-il sur le terrain?
- Le service à la clientèle est-il bien adapté à leurs attentes?
- Effectuons-nous un bon travail d’un point de vue marketing?
- Est-ce que nous leur livrons le bon message pour leur vendre le Québec?
Si l’on fait exception des voyages dans le but de visiter la famille ou les amis, le Québec a tout le potentiel pour rivaliser avec l’Ontario comme destination de choix. Il faut trouver la bonne façon de raviver la flamme des anglophones et d’aviver celle des allophones.
Sources:
– English, Doug. «Anglos Find Quebec Hospitable», Sun Media, 18 juillet 2006.
– Johnston, David. «Where Are the Anglos?», The Gazette, 21 mars 2008.
– Mordret, Michel. «Signalisation problématique pour nos visiteurs anglophones…? Oui, mais surtout perception d’un manque de délicatesse envers eux qui viennent dépenser leur argent chez nous…!», Blogue Vocation: tourisme… [mmordret.blogspot.com], 31 juillet 2007.
– Print Measurement Bureau, 2008.









































