Catégories
Tourisme durable

Quand l’étiquette «écotourisme» est utilisée à toutes les sauces

Pour se donner bonne conscience ou pour trouver un argument accrocheur, plusieurs entreprises apposent l’étiquette «écotouristique» sur leurs produits. L’écotourisme est vu par certains comme une approche de développement, comme un produit ou encore comme un segment de clientèle… À ce jour, aucune définition n’est universellement reconnue, mais certains préceptes y sont associés. ++ LE COMMENTAIRE DE JULIANNA PRISKIN ++

Du concept de développement durable à l’écotourisme

Gro Harlem Bruntland, alors première ministre de la Norvège et présidente de la Conférence mondiale de l’UNESCO pour l’environnement et le développement, a déposé en 1987 son fameux rapport Notre avenir à tous (plus tard connu sous le nom de Rapport Bruntland), où elle introduisait le concept de développement durable:

«un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre
la capacité des générations futures de répondre aux leurs.»

Cette notion a fait beaucoup de chemin par la suite. L’écotourisme est issu de l’union du développement durable et de l’engouement croissant pour le tourisme de nature et de plein air. L’échec de plusieurs projets touristiques en milieu naturel a aussi collaboré à l’émergence de cette forme de tourisme qui s’apparente à la philosophie du développement durable et responsable.

Qualifier d’écotourisme le tourisme d’aventure, vert, de nature, écologique, de plein air ou scientifique n’est pas juste. Chacun n’est en fait qu’une composante de l’équation.

Dans un article de la revue Téoros consacré à ce dossier, Maurice Couture souligne que «l’écotourisme constitue un phénomène relativement complexe, en évolution, qui ne s’appuie sur aucune définition universellement reconnue, bien que les mots clés suivants lui soient souvent associés:

  • observation et appréciation de la nature;
  • conservation de l’environnement naturel;
  • respect de l’environnement culturel et humain;
  • éducation et responsabilisation des clientèles;
  • bénéfices pour les milieux d’accueil.»

En fait, tout est une question de perception. Dès que l’on offre une expérience en milieu naturel, la tentation est forte d’y accoler l’étiquette. Alors que les balises sont difficiles à circonscrire, on laisse beaucoup de place à la perception du voyagiste, des responsables du marketing qui veulent donner une belle image de leur produit ou du client qui veut se donner bonne conscience. 

Comment se profile l’écotouriste?

Les chiffres que l’on publie laissent croire que le segment de marché est important, mais ils sont souvent associés au tourisme de nature. Dans un esprit plus conservateur, on estime à moins de 5% le segment des écotouristes expérimentés dans le monde. Cependant, le potentiel se révèle considérable en raison de la forte croissance des diverses formes du tourisme de nature.

Les nationalités présentant un intérêt marqué pour les produits de nature et d’écotourisme sont, dans l’ordre, les Américains, les Anglais, les Allemands, les Canadiens, les Français, les Australiens, les Néerlandais, les Suédois, les Autrichiens, les Néo-Zélandais, les Norvégiens et les Danois. Leur compréhension de la notion d’écotourisme est dans l’ensemble meilleure que celle des clientèles japonaise et asiatiques en général.

Voici le profil type associé à la clientèle expérimentée:

  • Femmes
  • Personnes de 40 à 60 ans
  • Scolarité supérieure à la moyenne
  • Professionnels ou gestionnaires
  • Voyageurs expérimentés
  • Couples ou individuels
  • Utilisateurs d’Internet pour la planification du voyage
  • Aspects recherchés: composantes culturelles, potentiels d’observation, variété des activités, qualité des contenus, compétence des guides, aires protégées
  • Affiliés à des groupes écologiques, environnementaux ou naturalistes

On pourrait aussi subdiviser le profil de l’écotouriste selon sa propension à la rigueur de la pratique et selon son niveau d’expérience.

La montée de la conscientisation liée à la protection de l’environnement et des valeurs sociales autour du globe ne peut que servir ce secteur.

Certaines destinations phares

Les pays en développement (en Afrique, en Asie et en Amérique latine) contribuent fortement à la croissance de ce secteur. Ces destinations se démarquent particulièrement par l’offre d’un mélange de paysages exotiques et d’expériences culturelles: Costa Rica, îles Galapagos, Équateur, Pérou, Népal, etc. Par ailleurs, l’Australie aussi se positionne très bien dans ce domaine.

Dans un contexte nord-américain, le Grand Canyon, les Rocheuses, l’Alaska et les parcs nationaux sont sans conteste des produits d’appel.

On peut toutefois se demander si, dans certaines destinations, l’activité écotouristique respecte réellement les valeurs qui y sont associées.

Nombreux intervenants, nombreux enjeux

Toute la chaîne d’intervenants, de l’organisme de préservation à l’entreprise qui met un produit en marché, doit collaborer pour protéger les ressources, les mettre en valeur et déterminer la façon de les rendre accessibles au public.

Outre la protection et la conservation des milieux, voici certains des enjeux auxquels est confronté ce secteur:

  • contrôle du développement;
  • conflits d’usage entre les intérêts économiques (foresterie, mines, urbanisation, etc.) et touristiques, de même qu’entre les différentes clientèles touristiques (observation de la nature et pratique «motorisée»);
  • pérennité des sentiers (vélo, marche, etc.);
  • établissement de seuils à respecter en ce qui concerne l’achalandage et les activités à pratiquer;
  • accroissement du nombre d’aires naturelles protégées;
  • adoption de cadres de référence, de paramètres et de pratiques afin de partager une vision commune;
  • développement et mise en valeur des composantes naturelles et culturelles;
  • information et formation à tous les paliers afin de susciter l’adhésion aux grands principes de l’écotourisme;
  • instauration de programmes de certification;
  • développement d’une offre diversifiée et de qualité pouvant répondre aux besoins de l’ensemble de la clientèle (du néophyte jusqu’à l’inconditionnel).

L’écoQuébec

Les éléments suivants constituent un potentiel intéressant à exploiter pour positionner le Québec comme destination d’intérêt dans ce secteur d’activité:

  • les nations autochtones;
  • les milieux naturels présentant des caractéristiques distinctives (ex.: îles Mingan, fjord du Saguenay, lac Saint-Pierre, réserve mondiale de la biosphère de l’UNESCO);
  • les phénomènes saisonniers (ex.: migration d’oiseaux, baleines, paysages d’automne);
  • les sentiers et corridors touristiques (ex.: Route verte, Sentier national);
  • la nordicité.

Mais attention! On appose malheureusement trop facilement l’étiquette «écotouristique» ou le préfixe «éco» à de nombreux produits, sans que les valeurs véhiculées par ce concept n’y soient vraiment associées.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’émettre des certifications, mais ce mouvement n’est pas associé à une mode. Le développement durable, principe qui sous-tend l’écotourisme, fait partie de tous les discours actuels, parce que la capacité de la planète à se régénérer et à satisfaire les besoins croissants des êtres humains est de plus en plus compromise.

Il faut désormais développer intelligemment. Tous ont un rôle à jouer, le touriste y compris.

Pour en savoir plus:
Le Sommet mondial de l’écotourisme, tenu à Québec en mai 2002, a donné lieu à la Déclaration de Québec. Vous pouvez la consulter à l’adresse suivante:
http://www.world-tourism.org/sustainable/IYE/quebec/francais/declaration_f.html

On peut consulter le plan d’action de Tourisme Québec en matière d’écotourisme à l’adresse suivante:
Nature et tourisme au Québec – Orientations et plan d’action 2003-2008
 Sources:
– Couture, Maurice. «L’écotourisme en 2002 et après?», Téoros, vol. 21, no 3, automne 2002, p. 3-4.
– Couture, Maurice. «L’écotourisme – un concept en constante évolution», Téoros, vol. 21, no 3, automne 2002, p. 5-13.
– Couture, Maurice. «Nature et tourisme: l’écotourisme au Québec en 2002», Téoros, vol. 21, no 3, automne 2002, p. 43-49.

Commentaires du professeure Julianna Priskin

Expert associé au Réseau de veille en tourisme, Mme Julianna Priskin est professeure en écotourisme et développement régional au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal. Voici ses commentaires au sujet de l’analyse intitulée «Quand l’étiquette écotourisme est utilisée à toutes les sauces».

Dans cet article, on fait bien ressortir l’imprécision qui existe entre les notions d’écotourisme et de tourisme durable. Comment s’en étonner puisque ces deux concepts, qui ne représentent pas la même chose, n’ont pas de définition universellement reconnue. On ne devrait accoler l’étiquette écotouristique à une activité qu’à la condition de respecter un certain nombre de principes.

L’écotourisme est une forme de tourisme qui se déroule dans un environnement naturel. Il s’inscrit donc dans le contexte plus général du tourisme de nature. Mais l’écotourisme se distingue des autres formes de tourisme de nature, en ce qu’il est le seul à contribuer à la conservation de la nature, à la sensibilisation environnementale (volet éducatif) et au bien-être de la population hôte.

Alors, comment faire la distinction, en termes concrets? Si vous passez la journée à faire du kayak sur un lac ou une rivière et que vous rentrez chez vous le soir, vous vous livrez à une simple activité de loisirs ou de plein air. Si vous faites du kayak dans un parc national et passez la nuit dans une auberge ou dans le terrain de camping du parc, vous faites du tourisme de nature. Comme le kayak exige un effort physique et peut faire courir un certain degré de risque (selon le cours d’eau choisi), on peut le considérer comme une forme de tourisme d’aventure «douce». Toutefois, si vous pratiquez le kayak dans un parc national, en compagnie d’un guide formé et expérimenté qui vous renseigne sur votre environnement naturel et les moyens de le conserver, et que votre séjour est organisé par un voyagiste, alors vous vivez probablement une forme d’écotourisme. Dans quelle mesure? Cela dépend d’une foule d’autres facteurs, mais en règle générale, l’écotourisme :

  • contribue directement à la conservation de la nature, par des moyens financiers, par exemple, ou par la participation à des activités de gestion environnementale;
  • sensibilise le touriste à l’environnement, au moyen d’une promenade commentée dans un parc national en compagnie d’un guide professionnel qui fournit un enseignement sur l’écologie du lieu;
  • illustre l’adoption de politiques et de pratiques qui réduisent les impacts biophysiques des activités des clients et de l’entreprise: ainsi, un chalet qui utilise des technologies permettant de réduire la consommation d’énergie ou d’eau, ou dont les occupants prônent des pratiques de recyclage ou de réduction des déchets;
  • contribue favorablement au bien-être de la population hôte en créant de l’emploi et en faisant en sorte que les profits ne soient pas tous drainés hors de l’économie locale; et
  • respecte la culture de la population hôte, par exemple en la faisant participer à la planification de l’activité touristique.

En principe, il faudrait répondre à tous les facteurs énumérés plus haut pour mériter l’appellation d’écotourisme. Mais en pratique, une entreprise qui répond à un ou deux de ces critères peut souvent qualifier ainsi ses activités. C’est malheureux, car il devient ainsi impossible de distinguer les véritables produits écotouristiques de ceux qui ne le sont que partiellement. Il serait donc utile d’adopter pour chaque critère des indicateurs de performance, quantitatifs et mesurables, grâce auxquels on pourrait situer sur une échelle le «degré d’écotourisme» de chaque activité. C’est d’ailleurs le principe qui sous-tend bon nombre des étiquettes d’accréditation actuelles. Mais, tout comme l’usage de définitions différentes pour représenter un même concept, la multiplication des étiquettes crée en fait beaucoup d’incertitude, ce qui n’est pas du tout souhaitable pour un secteur d’activités aussi répandu que le tourisme.

Pour ajouter au caractère nébuleux des termes vus ici, plusieurs définitions exigent que l’écotourisme soit une forme de développement durable – une notion elle-même encore plus nébuleuse. On peut dire simplement que le développement durable est un cadre de développement qui vise le long terme et qui s’applique à toutes les sociétés et à tous les secteurs économiques. Il s’agit aussi d’une idéologie qui a pour objectif de trouver l’équilibre entre l’économie, la société et les ressources biophysiques dont tout le reste dépend. Il va de soi qu’un tel idéal devrait aussi s’appliquer au tourisme.

Le tourisme durable constitue une forme de tourisme qui se développe et se gère de manière à rester viable, du point de vue social, économique et environnemental, et ce, de génération en génération. Il s’agit aussi d’une forme de tourisme qui ne nuit en rien au développement d’autres activités dans la même région. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le tourisme durable doit :

  • faire un usage optimal des ressources environnementales;
  • respecter l’authenticité socioculturelle des communautés hôtes; et
  • procurer des avantages socioéconomiques à tous les intervenants.

Les règles directrices pour le développement durable du tourisme et les pratiques de gestion qui s’y rapportent s’appliquent à toutes les formes de tourisme, ainsi qu’à toutes les destinations. Un centre de tourisme de masse situé sur une montagne ou sur une plage peut évaluer son degré actuel de durabilité et adopter des mesures qui amélioreront son rendement. Il est vrai que certains secteurs touristiques peuvent plus facilement que d’autres réaliser un tel idéal, mais tous peuvent faire quelque chose. Depuis plus d’une dizaine d’années, on a produit une abondante documentation expliquant comment générer un tourisme durable, mais en pratique, il reste encore de nombreux défis à relever.

À bien des égards, l’écotourisme peut réellement contribuer à la concrétisation d’un idéal de tourisme durable. Et comme l’écotourisme et le développement durable présentent de nombreux avantages pour la société et l’environnement, il serait bon d’évoluer dans ce sens, quelle que soit la difficulté.

Julianna Priskin
Professeure en écotourisme et développement régional
Département d’études urbaines et touristiques
UQAM

Catégories
Ailleurs dans le monde Gestion

Le Réseau de veille en tourisme fait boule de neige

Lancé en janvier 2004, le Réseau de veille en tourisme semble aujourd’hui faire boule de neige. En effet, cette initiative québécoise ayant mené à la création d’un organisme de veille stratégique en tourisme sert d’exemple à la mise sur pied d’autres réseaux, comme en France et au Maroc. Souvent considérée comme le parent pauvre de l’économie, l’industrie du tourisme a décidé de se retrousser les manches!

Au Québec, le Réseau de veille en tourisme (RVT), bien qu’il soit relativement récent, est un projet innovant à bien des égards. Une équipe dédiée de six personnes, dont trois analystes, s’occupe de veille à temps plein. À l’occasion, ils font appel à des collaborateurs et des experts internationaux reconnus dans divers secteurs d’activité.

Cette collaboration, ainsi que la notoriété qui en a rapidement découlé, a fait rayonner le réseau dans plusieurs pays, qui travaillent actuellement à la mise en place de structures similaires. Plusieurs de ces organismes et ministères ont d’ailleurs pris contact avec le RVT afin d’être conseillés dans leurs démarches.

Pas demain la veille!

Il a fallu plusieurs années, ici au Québec, pour que les gouvernements comprennent l’importance cruciale de l’information stratégique dans la gestion d’une entreprise. Et surtout, pour qu’ils acceptent le fait que les PME ne sont pas enclines à payer pour obtenir cette information.

À la fin des années 1990, le gouvernement du Québec a lancé un programme pour soutenir la création de centres de veille dans différents secteurs industriels, comme la construction, le textile, l’industrie chimique, etc. Dans le cadre de ce projet-pilote de trois ans, 14 cellules de veille avaient reçu une aide financière, à condition qu’elles parviennent à s’autofinancer après ce délai.

Malheureusement, la presque totalité de ces centres ont fermé leurs portes et dressent un bilan mitigé de l’expérience, n’ayant pu retenir l’attention des entreprises, ni assurer leur propre financement.

Un vent d’«intelligence économique» souffle sur la France

Afin d’aider la France à rattraper son retard en matière de positionnement et de compétitivité économique, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin nommait, en décembre 2003, Alain Juillet comme haut responsable chargé de l’intelligence économique.

Cette nomination témoigne de la nouvelle et très forte volonté gouvernementale de repositionner la France sur le grand échiquier du renseignement d’affaires. La stratégie récemment définie devrait toucher plusieurs secteurs économiques et industriels, notamment celui du tourisme.

Sous l’impulsion du ministère délégué au Tourisme, la France s’apprête à créer une communauté virtuelle de pratique dans le secteur, dans l’optique de consolider et de maintenir la position du pays à titre de première destination touristique mondiale.

Cette communauté de partage des connaissances permettra de réunir, autour d’un même portail et espace de travail collaboratif:

  • des acteurs professionnels des différents secteurs et métiers du tourisme (voyagistes, transporteurs, fournisseurs d’hébergement, etc.);
  • des acteurs institutionnels, fédérations et syndicats professionnels, des intervenants du secteur associatif, des représentants des différentes administrations intervenant dans le secteur du tourisme, notamment dans l’aménagement du territoire et l’environnement;
  • le secteur de la recherche (sociologie du tourisme, géographie, etc.), des spécialistes du droit du tourisme et des spécialistes de l’e-tourisme;
  • etc.

L’objectif est double:

  • à court terme: ce projet vise à instaurer, au sein du Ministère, des processus de veille stratégique, ainsi que la diffusion, d’ici la fin de l’année 2004, d’un bulletin de veille (Veille Info Tourisme) destiné aux organismes professionnels et institutionnels du tourisme;
  • à plus long terme: la mise en place d’une communauté de pratique associant des experts émanant du secteur de la recherche, du secteur des industries touristiques et du secteur institutionnel national et régional.

En parallèle, Maison de la France (l’organisme de promotion de la France touristique) désire elle aussi mener une veille attentive sur les tendances et les nouveaux comportements des consommateurs. Ceci, afin d’appuyer sa stratégie marketing 2005-2010 sur une analyse approfondie des marchés et des enjeux touristiques à l’horizon de 2010.

Outre la réalisation de nombreuses études (françaises et internationales), Maison de la France compte également sur la création d’un nouvel outil de mesure, Tourismage, afin d’analyser les identités, concepts et offres touristiques mis de l’avant par plus de 400 destinations touristiques internationales.

Cette base de données recense les offres touristiques proposées dans les brochures ou sites Internet par la plupart des pays, régions (départements dans le cas de la France), principales villes et stations touristiques. Conçu par le cabinet français CoManaging, ce baromètre permettra de comparer, en termes de communication (logo, signature, positionnement, etc.), l’offre touristique française à celle de ses principaux concurrents européens.

Partenariat France-Québec

À la fin septembre 2004, le Groupe franco-québécois de coopération économique (GFQCE) a proposé un partenariat entre la Chaire de Tourisme de l’École des sciences de la gestion de l’UQÀM et le ministère délégué au Tourisme de France. Suite à cela, le GFQCE a adopté une série de mesures visant à renforcer et approfondir la coopération économique entre les gouvernements français et québécois.

Cette collaboration se traduira notamment par l’échange et le partage de connaissances à caractère stratégique (porteuses de valeur ajoutée) dans le secteur économique du tourisme. Par ailleurs, le Réseau de veille en tourisme devient membre à part entière de la communauté de veille de la France (et réciproquement) et il interviendra d’une manière active dans l’élaboration du bulletin Veille Info Tourisme.

Une volonté similaire au Maroc

Au Maroc, le secteur du tourisme constitue la deuxième industrie en importance, juste après celle des phosphates. Il n’est donc pas étonnant que la politique de développement touristique, lancée il y a un peu plus de trois ans maintenant, constitue un véritable projet de société. L’objectif pour 2010: accueillir 10 millions de touristes, dont sept millions d’étrangers.

Pour atteindre ces ambitieuses visées, l’industrie prévoit la création de 600 000 emplois au pays et le doublement de la capacité hôtelière en bâtissant 80 000 chambres.

C’est pourquoi le département de géographie de l’École Doctorale Internationale de Tourisme de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech a rencontré l’équipe du RVT cet été, pour les guider dans la mise en place d’une cellule de veille stratégique en tourisme.

Pourquoi la veille?

La veille est un processus visant à rechercher et à analyser de l’information récente sur un marché, un produit, un secteur d’activité, afin d’en dégager les innovations, tant stratégiques que technologiques, ainsi que de surveiller la concurrence. La veille aide les gestionnaires à prendre de «bonnes» décisions, au «bon» moment.

Dans le contexte touristique, la veille permet, tant aux entreprises qu’aux collectivités:

  • de voir émerger de nouvelles tendances, destinations, habitudes de consommation, etc.;
  • d’anticiper certains mouvements de la concurrence;
  • d’adopter des stratégies proactives, plutôt que réactives;
  • de faire des choix rapides et éclairés, en toute connaissance de cause;
  • de mieux s’adapter aux changements;
  • d’être à l’affût de nouvelles technologies;
  • de développer de nouveaux outils marketing mieux adaptés;
  • etc.

Initiative de la Chaire de Tourisme de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, le RVT a été créé le 30 janvier 2004, grâce à la collaboration de l’agence de Développement économique du Canada pour les régions du Québec et de Tourisme Québec.

Voir aussi

Maison de la France
Ministère délégué au Tourisme (France) 
www.veille.com (Veille.com: la communauté de l’intelligence économique) www.rqsi.ulaval.ca (RIN: le réseau de veille sur les pratiques ingénieuses d’innovation) www.cefrio.qc.ca (Centre francophone d’informatisation des entreprises (CEFRIO))
www.portail-rhri.com (Vigie-RHRI: l’actualité du monde du travail en continu)

Sources:
– Simier, Paul. «Le Maroc fait du tourisme un véritable projet de société», Journal de Montréal, 2 mars 2004.
– Le Figaro. «Un plan d’action sur 2005-2010 – La France n’a pas vu venir la révolution du tourisme», 27 septembre 2004, p. 3.
– Le Progrès (Lyon). «Un secteur en plein essor – Le secteur de l’intelligence économique ne cesse de se développer au sein des grandes entreprises…», 28 septembre 2004.
– Pautrat, Rémy et Éric Delbecque. «L’intelligence territoriale, une idée neuve», Le Figaro, 7 septembre 2004.
– La Tribune (Desfossés). «Sensibiliser les PME à l’importance de l’information stratégique», 1er septembre 2004.
– Lemaître, Frédéric (propos recueillis par). «La France vit une révolution silencieuse dans l’intelligence économique», Le Monde, 21 avril 2004.
– Arseneault, Paul. «Un réseau de veille en tourisme», Téoros, été 2003, p. 67 à 68.

Catégories
Gestion

Structures de gouvernance et financement du tourisme

Dans notre dossier sur la gouvernance, nous avons constaté que le gouvernement et, plus exactement la taxe sur les chambres d’hôtel, constitue pour la majorité des pays étudiés la principale source de financement. Malgré les difficultés rencontrées par plusieurs destinations touristiques pour faire accepter cette taxe, l’Alberta et la Ville de Vancouver ont réussi – avec le soutien de l’industrie – à élargir cette taxation à l’ensemble de l’industrie touristique sous la forme d’une taxe sur le tourisme.

À Vancouver, cette nouvelle forme de taxation, réclamée par Tourisme Vancouver – une association regroupant plus de 1000 intervenants privés – vise à procurer des fonds additionnels pour réaliser les actions marketing de la destination. La législation mentionne que cette taxe «volontaire» devra être perçue par toutes les entreprises touristiques. On dit d’elle qu’il s’agit d’une taxe volontaire, car elle sera adoptée par un secteur touristique uniquement si les membres de ce secteur se prononcent démocratiquement en sa faveur. Les mécanismes de consultation prévus pour chaque secteur demeurent à négocier avec Tourisme Vancouver.

À l’été 2004, le gouvernement albertain annonçait l’abolition de la taxe de 5% sur l’hébergement pour la remplacer au 1er avril 2005 par une taxe de 4% sur le tourisme. Cette nouvelle taxe s’appliquera à tous les secteurs de l’industrie touristique qui y auront adhéré de façon volontaire et démocratique, un peu comme dans le cas de Vancouver.

Voici maintenant, en mots et en chiffres, un survol des principales sources de financement de quelques-unes des destinations étudiées.

En Colombie-Britannique

Les revenus provenant de la taxe sur les chambres d’hôtel constituent la principale source de financement, alors que les sommes provenant des programmes de partenariat avec l’industrie ne cessent de décroître depuis les trois dernières années. Les prévisions pour les trois ans à venir ne montrent pas d’amélioration dans les revenus provenant des programmes – 24 500$, 25 700$, 26 900$ – et seulement de très légères augmentations en ce qui a trait aux revenus attribuables à la taxe sur les chambres – 7837$, 8205$, 8546$.

Tableau 1 – Tourism British Colombia Budget d’exploitation des cinq dernières années


Source: Tourism British Columbia. «Annual Report 2003-2004».

En Alberta

De 1999 à 2003, le budget de marketing et de développement touristique n’a cessé de croître, passant de 16,4 M$ à 23,2 M$, soit une augmentation de près de 41% en quatre ans. À la suite d’une légère diminution de son budget en 2003-2004 (-4,3%), l’Alberta prévoit de substantielles augmentations de revenus avec l’implantation de sa nouvelle taxe de 4% sur le tourisme. Les fonds ainsi recueillis – on prévoit des revenus de 42,4 M$ pour 2005-2006 et de 48 M$ pour 2006-2007 – serviront en entier à la promotion et au développement du tourisme.

Le tableau suivant présente la répartition budgétaire de Travel Alberta pour l’année 2004-2005. On y remarque que la promotion de la destination sur les marchés étrangers occupe la plus large part du budget.

Tableau 2 – Travel Alberta Répartition budgétaire pour 2004-2005


Source: Travel Alberta. «Strategic Tourism Marketing Plan 2004-2007».

En Ontario

Le Programme de tourisme
Le Programme de tourisme vise la revitalisation de l’industrie touristique de l’Ontario grâce à la mise en place d’une stratégie touristique. Ses activités consistent notamment:

  • à offrir à l’industrie des services d’information et d’analyse stratégiques;
  • à encourager les partenariats pour accroître la compétitivité et améliorer la qualité des services;
  • à travailler avec les intervenants de l’industrie et d’autres ministères pour trouver des débouchés touristiques et en faire la promotion;
  • à exploiter les centres d’information touristique;
  • à administrer les attractions touristiques appartenant à l’Ontario.

Le budget du ministère du Tourisme et des Loisirs prévoit un investissement de 106,7 millions $ en 2004-2005 pour son programme de tourisme, soit 40 millions de plus qu’en 2003-2004. De ce montant, 71 millions échoient à la Société de partenariat ontarien de marketing touristique et 3,7 millions au développement des investissements touristiques.
Voici les données préparées par le gouvernement ontarien pour son programme du tourisme.

Tableau 3 – Ministère du Tourisme et des Loisirs de l’Ontario, dépenses réelles et prévisions


Source: Ministère du Tourisme et des Loisirs de l’Ontario. «Budget des dépenses 2004-2005».

Au Québec

Au cours des trois derniers exercices financiers, les dépenses de Tourisme Québec s’élevaient en moyenne à 102,4 M$, la promotion et la commercialisation monopolisant la plus grande part des dépenses, soit 39% pour l’exercice 2002-2003. Quant à lui, le développement des produits représente 36% des dépenses de Tourisme Québec et les frais d’exploitation et d’administration s’élèvent à 26% en moyenne. Le tableau suivant présente les différentes catégories de dépenses de Tourisme Québec pour les trois dernières années.

Tableau 4 – Tourisme Québec
Fonds de partenariat touristique: principales dépenses entre 2000 et 2003

Source: Couture, Maurice.
«Vers une nouvelle politique touristique du Québec.
Portrait, tendances et pratiques en matière de gouvernance en tourisme:
les enjeux et défis pour un modèle adapté au Québec».

En France

Les crédits accordés au titre du tourisme pour 2004 sont en diminution pour la première fois depuis 1998, s’établissant à 74,1 millions d’euros, soit une baisse de plus de 5% par rapport à 2003. De plus, selon certains observateurs, ce sont surtout les crédits d’intervention (programmes) qui tendent à baisser alors que les dépenses de fonctionnement de l’administration nationale continuent de croître.
Le budget du ministère délégué au Tourisme de la France permet de financer trois grandes catégories d’actions:

  • assurer la promotion de l’image touristique de la France à la fois en France et à l’étranger;
  • élaborer la réglementation du secteur et sa normalisation et adapter la qualité de l’offre touristique;
  • encourager le départ en vacances de tous les publics, et notamment des handicapés et des personnes démunies. En 2004, cette action mobilisait 6% des crédits du ministère délégué au Tourisme (hors dépenses de personnel) comparativement à plus de 12% l’année précédente.

Maison de la France, l’organisme chargé de la promotion de la France à l’étranger, reçoit 34 millions d’euros de financement de l’État et autant de la part des professionnels qui s’associent à ses campagnes. Malgré tout, le budget «communication» de la France reste très inférieur à celui de l’Espagne, deuxième destination dans le classement mondial, qui a consacré 95 millions d’euros pour inciter les touristes à séjourner sur son territoire.

Tableau 5 – Ministère délégué au Tourisme de la France Dépenses en 2004


Source: Direction du Tourisme. «Le budget du tourisme 2004».

En Australie

Afin de réaliser sa nouvelle politique du tourisme publiée en 2003, le gouvernement australien accroîtra le financement de l’industrie touristique de 235 M$, soit 52,2 millions par année, s’échelonnant du premier trimestre 2004 au 30 juin 2008. Déjà, au cours de l’année fiscale 2003-2004, l’Australian Tourist Commission recevait un budget additionnel de 12 M$, dont 10 millions pour mettre sur pied sa nouvelle campagne de marketing international. Le budget des prochaines années se structure de la façon suivante:

Tableau 6 – Australian Tourist Commission
Budget de 2003-2004 à 2007-2008


Source: Tourism Australia. «Tourism Funding profile».

Aux États-Unis

En février 2003, Georges Bush signait l’Omnibus Appropriation Act for Fiscal Year 2003 dans lequel le gouvernement allouait 50 millions $US pour la réalisation d’une campagne promotionnelle s’adressant aux touristes en provenance des cinq marchés prioritaires pour les États-Unis, soit le Canada, le Mexique, le Royaume-Uni, le Japon et l’Allemagne. Le gouvernement vise également l’implication financière des organisations régionales de tourisme, dont les membres représentent divers secteurs de l’industrie, incluant les offices de tourisme des États, les bureaux de congrès et les intervenants privés.

Tableau 7 – États-Unis Budget prévu des offices de tourisme en 2002-2003


Source: Travel Industry Association of America. «2002-2003 Survey of U.S. State & Territory Tourism Office Budgets».

Au Royaume-Uni

Le budget total du Royaume-Uni a augmenté de 9,5% en 2003 par rapport à 2002, comme nous le constatons dans la figure 1. La promotion internationale équivaut à 65% du total de la subvention gouvernementale, alors que le marketing domestique en représente un peu plus du quart (26,2%). Les agences de développement régional dépensent en moyenne annuellement 14 millions de livres pour le développement et la promotion du tourisme et les autorités locales en déboursent 116 millions.

Figure 1 – VisitBritain
Évolution des revenus touristiques en 2002-2003 et 2003-2004


Source: VisitBritain. «Annual Report 2003-2004».

Nouvelle-Zélande

Au fil des ans, la contribution financière du gouvernement néo-zélandais au tourisme n’a cessé de décroître. Ainsi, entre 2000 et 2004, les subventions gouvernementales ont diminué en moyenne de 5,6%. Malgré cela, au cours de la dernière année, Tourism New Zealand a considérablement accru son budget de publicité afin d’orchestrer sa toute nouvelle campagne publicitaire, 100% Pure New Zealand, qui soulignons-le, a gagné de nombreux prix, entre autres:

  • deux médailles d’or de la Hospitality Sales and Marketing Association International, une association sise aux États-Unis
  • le Grand Award for Marketing remis par la Pacific Asia Travel Association (PATA)

Ces dépenses publicitaires ont effectivement enregistré une croissance de 40,6% en 2004 par rapport à l’année précédente, alors que celles liées à l’ensemble des autres activités marketing telles que la participation à des événements, les relations publiques, la formation des intervenants, etc., ont subi une baisse de 24,8% au cours de la même période.

Tableau 8 – Tourism New Zealand Sommaire du budget: 2000 à 2004


Source: Tourism New Zealand. «Annual Report 2003-2004».

Les subventions gouvernementales comprennent un budget de base de 54 382 millions $ pour 2004 de même que des montants additionnels pour des activités spécifiques, soit:

Quelques conclusions

Les modalités de financement des organismes nationaux, régionaux et locaux sont peu diversifiées. Malgré une ferme volonté gouvernementale d’investir dans l’industrie touristique, le financement ne va souvent pas de pair, comme ont pu le remarquer les intervenants touristiques français qui ont subi une diminution des investissements pour l’année 2004, et ce, malgré une toute nouvelle politique du tourisme.

D’autre part, dans un contexte économique mondial particulièrement difficile pour le tourisme depuis les dernières années – guerre en Irak, menaces terroristes, SRAS, vache folle – la capacité à investir des entreprises touristiques ne va certainement pas en s’accroissant. On doit se demander si les gouvernements sont prêts à investir encore plus en tourisme tout en laissant de plus en plus de place aux initiatives privées et régionales ou locales.

Avec l’avènement de cette prometteuse taxe sur le tourisme, plutôt qu’uniquement sur l’hébergement, le gouvernement albertain et l’administration de Vancouver espèrent disposer de sommes suffisantes pour mener à bien leurs diverses activités de marketing. Cependant, le processus «démocratique» et «volontaire» d’adhésion à cette nouvelle taxe sur le tourisme semble très loin de faire l’unanimité dans les divers secteurs de l’industrie touristique. De plus, aucune modalité de fonctionnement n’a pu être négociée jusqu’à maintenant.

On peut dès lors se questionner sur la viabilité de cette forme de taxation. Sera-t-elle vouée à l’échec avant même d’avoir réellement vu le jour? Rappelons qu’au Québec, les modalités de fonctionnement liées à la taxe sur l’hébergement n’avaient également pas été établies, pas plus que l’emploi qu’on ferait des sommes amassées. Tout cela ayant comme conséquence que, dix ans plus tard, la taxe n’est toujours pas adoptée dans la moitié des régions touristiques.

L’ensemble des partenaires de l’industrie touristique doivent donc faire preuve d’imagination pour «étirer» leurs dollars. Ce que l’on pourrait traduire par: «Comment faire plus avec moins?» D’où la nécessité, on y revient sans cesse, d’actions concertées, de partage des tâches et des responsabilités, de partenariats, d’évaluation, etc.

Le succès appartient aux destinations qui possèdent une vision et des objectifs clairs, partagés par tous leurs partenaires et qui sauront faire fructifier leurs investissements, quels qu’ils soient, en démontrant un leadership et une originalité exceptionnels.

Voir aussi:

Qu’est-ce que la gouvernance?
Les mécanismes généraux de coordination et de concertation avec l’industrie
La coordination entre le gouvernement et l’industrie touristique
Les structures de gouvernance à l’étranger: définitions, rôles et responsabilités
Centraliser ou décentraliser, voilà la question

Sources:
– Couture, Maurice. «Vers une nouvelle politique touristique du Québec. Portrait, tendances et pratiques en matière de gouvernance en tourisme: les enjeux et défis pour un modèle adapté au Québec», juin 2004.
– Ministère délégué au Tourisme de la France. Direction du Tourisme. «Le budget du tourisme 2004». [http://www.tourisme.gouv.fr/fr/z1/ministere_delegue/budg_tourisme/]
– Ministère du Tourisme et des Loisirs de l’Ontario. «Budget des dépenses 2004-2005».
– Tourism Australia. «Tourism Funding profile».
[http://www.tourismaustralia.com/content/About%20Us/twp_fundingprofile.pdf]
– Tourism British Columbia. «Annual Report 2003-2004».
– Tourism New Zealand. «Tourism New Zealand Annual Report 2003-2004.
[http://www.tourisminfo.govt.nz/tourism_info/publications/annual-report/annual-report_home.cfm]
– Travel Alberta. «Strategic Tourism Marketing Plan 2004-2007».
– Travel Industry Association of America. «2002-2003, Survey of U.S. State and Territory Tourism Offices Budgets», mai 2003.
– VisitBritain. «Annual Report 2003-2004».

Catégories
Ailleurs dans le monde Gestion

Processus de décentralisation en France

Jusqu’en 1982, la France représentait un État relativement centralisé, jusqu’à ce qu’elle amorce un processus de décentralisation qui a atteint son point culminant avec l’instauration de la loi Mouly, le 23 décembre 1992. Depuis, le tourisme constitue une compétence partagée entre État, régions, départements et communes.

À chaque palier territorial correspondent des instances compétentes qui oeuvrent dans le tourisme et qui sont rattachées, soit aux instances nationales, en l’occurrence le Ministère délégué au tourisme, soit aux instances régionales (conseils généraux), départementales (conseils régionaux) ou municipales (communes). Chaque instance touristique décentralisée est instituée par la Loi et ses compétences, de même que son champ d’action, sont clairement définis par voie législative.

Ces nouvelles orientations nationales se sont concrétisées par la naissance des conseils régionaux (organes dont les membres sont élus au suffrage universel), dont les compétences s’exercent sur le plan de la planification et, dans le domaine du tourisme, par la création des comités régionaux du tourisme (CRT). Les CRT relèvent des conseils régionaux et assurent la promotion de la région en France et à l’étranger. Très souvent, les CRT disposent d’un statut d’association. Ils tentent de développer des synergies avec les départements de leur région par l’entremise des comités départementaux du tourisme (CDT).

Ainsi, au niveau départemental, les CDT préparent et mettent en oeuvre la politique touristique du département. Ils contribuent à assurer l’élaboration, la promotion et la commercialisation de produits touristiques en collaboration avec les professionnels et les organismes. Ils se coordonnent avec le CRT pour la promotion à l’étranger.

Par ailleurs, les CDT tentent de développer des synergies avec les communes de leur département par l’entremise des offices de tourisme et syndicats d’initiative (OTSI). Ces derniers sont des associations de leur commune et assurent l’accueil et l’information des touristes, de même que la promotion touristique de la commune, en cohérence avec les CRT et les CDT. Car le législateur n’a pas dévolu de compétences particulières à la commune et aux OTSI, contrairement aux autres entités territoriales.

Grâce à ce cadre législatif, chacun des échelons des collectivités territoriales a pu développer des initiatives et des projets touristiques concertés, notamment grâce aux contrats de plans en région et aux politiques et plans d’action élaborés au niveau national. Toutefois, ce partage n’a pas toujours facilité la bonne compréhension des actions de tous les acteurs et a occasionné parfois un manque de cohésion ou de cohérence, voire des frictions entre les divers paliers d’intervention.

Voilà pourquoi, aujourd’hui, une nouvelle phase de décentralisation est engagée. Elle vise à reconnaître aux régions une compétence principale en matière de tourisme et précise que dans ce domaine, la région anime et coordonne les initiatives publiques et privées.

La réorganisation territoriale

Pour faciliter la coordination et la concertation entre l’État et les collectivités territoriales, on a choisi de désigner des correspondants du tourisme au plan régional en métropole. Ceux-ci sont chargés de veiller à l’application de la politique de l’État dans le domaine du tourisme, notamment en contribuant à la mise en oeuvre des actions décidées par le ministre chargé du tourisme, d’en assurer le suivi et d’en effectuer l’évaluation.

Ils jouent le rôle d’«experts» en ce qui a trait aux projets touristiques interrégionaux et transfrontaliers en contribuant, de concert avec l’Agence française de l’ingénierie touristique (AFIT), à la diffusion des expériences et du savoir-faire (qualité, ingénierie, innovation). Leurs fonctions les amènent également à participer à toutes les procédures et décisions relatives à la mise en oeuvre des réglementations touristiques demeurant de la compétence de l’État.

La réforme de l’État dans le secteur du tourisme

D’autre part, afin de mieux répondre aux attentes des acteurs et aux évolutions du secteur, la France entreprend une réforme de l’État dans le domaine du tourisme qui vise à rendre le fonctionnement des services de l’administration du tourisme plus efficace. Les principales mesures de simplification administrative sont présentées ci-dessous.

1- La fusion de l’Agence française de l’ingénierie touristique (AFIT), de l’Observatoire national du tourisme (ONT) et du Service d’études et d’aménagement de la montagne (SEATM).

Actuellement, ces trois structures qui relèvent du ministère délégué au Tourisme exercent des missions de conseil et d’expertise. Cette fusion, effective au 1er janvier 2005, donnera naissance à une nouvelle structure dédiée aux études et aux conseils, qui permettra d’améliorer la compétitivité de l’offre touristique française et son adaptation aux exigences du tourisme international. Pour ce faire, les structures décisionnelles sont élargies aux collectivités locales pour tenir compte de la décentralisation et comprennent des partenaires privés dont le poids est très important.

2- La réforme du Conseil national du Tourisme.

La simplification du fonctionnement du Conseil national du Tourisme, organisme consultatif regroupant des acteurs économiques et sociaux du tourisme, lui permettra de mieux remplir ses missions de réflexion, de conseil et de concertation auprès du ministre délégué au Tourisme. Le Conseil est actuellement composé de 440 membres: 215 membres dits «de droit», 203 conseillers techniques et 22 personnalités qualifiées. Ces membres sont organisés en six sections, un conseil d’administration, un bureau et une commission permanente. La réforme de l’État prévoit de:

  • Limiter le nombre de ses membres de droit à 200. 
  • Réduire le nombre de sections à quatre. Ces sections, sous la responsabilité d’un secrétariat général et d’un comité d’orientation, auront pour thèmes: l’économie touristique et la veille stratégique, les solidarités et politiques sociales, l’aménagement du territoire et le développement durable, les politiques européennes et internationales dans un cadre éthique.
  • Instaurer un comité d’orientation composé de huit personnalités qualifiées désignées par le ministre, soit les quatre présidents de section et deux représentants élus au sein de chaque section. Ce comité donnerait un avis sur les projets de textes législatifs et réglementaires ayant une incidence sur le tourisme ou sur toute autre demande du ministre.

3- La création d’une Maison du Tourisme.

À l’instar de l’Espagne et de l’Italie – deux grands concurrents directs sur le plan touristique -, il est proposé de regrouper dans une Maison du Tourisme, à Paris, l’ensemble des services et organismes de l’État: la direction du Tourisme (DT), le Conseil national du Tourisme (CNT), l’inspection générale du Tourisme (IGT), l’Agence française de l’ingénierie touristique (AFIT), l’Observatoire national du Tourisme (ONT), la Maison de la France (MDF) et le Conseil national des villes et villages fleuris (CNVVF).

Un tel regroupement vise à créer des synergies en ce qui concerne l’activité quotidienne des services et des économies d’échelle sur les fonctions logistiques (accueil, gardiennage, entretien, gestion des véhicules, etc.). Il conduit à privilégier des immeubles dont le ministère délégué au Tourisme pourrait être le seul ou principal occupant.

4- Le développement d’un réseau national de recherche en tourisme.

La structuration et le renforcement de la recherche dans le secteur du tourisme, au travers du soutien aux programmes de recherche des réseaux régionaux et de la constitution d’un réseau national de chercheurs sur le tourisme, contribueront à répondre aux exigences d’innovation et d’adaptation auxquelles est confrontée l’offre touristique française. 

Où se situe le Québec touristique?

L’analyse des relations entre les multiples organismes régionaux démontre clairement l’accroissement du pouvoir des régions depuis le milieu des années 1990, lequel s’effectue principalement par l’entremise du ministère des Régions, des conseils régionaux de développement et des centres locaux de développement. Précisons toutefois que des représentants de Tourisme Québec et des ATR siègent aux principaux comités oeuvrant en région.

Au fil des ans, le gouvernement a investi dans plusieurs programmes qui ont favorisé le développement touristique régional. Pensons, entre autres, au fonds de développement régional, géré par les conseils régionaux de développement, et aux programmes d’emplois. Dans certaines régions, ces fonds sont parfois supérieurs à ceux des ATR, ce qui pose la question du partage des responsabilités entre les organisations pour assurer pleinement la mise en valeur du tourisme au Québec.

Ce modèle québécois soulève certaines interrogations sur la croissance du tourisme. Tous ces intervenants régionaux possèdent-ils une vision cohérente des objectifs de promotion et de développement touristiques? Visent-ils une démarche conjointe? Les intervenants privés peuvent-ils trouver leur compte à l’intérieur de ces structures qui parfois se chevauchent et se dédoublent?

Les représentants de l’industrie doivent-ils continuer de s’exprimer par l’entremise d’un conseil consultatif officiel (Forum permanent), dont les pouvoirs ne dépendent que des décisions ministérielles? Ou devraient-ils plutôt être représentés par un organisme officiel (peut-être le même Forum permanent) institué par la Loi, comme c’est le cas des instances touristiques régionales en France?

L’exemple de la France démontre à l’ensemble des destinations touristiques désireuses de se tailler une place enviable sur le marché international qu’il s’avère nécessaire de bien définir et de clarifier les rôles et responsabilités de tous les paliers territoriaux intervenant dans le secteur touristique et ce, de façon officielle, c’est-à-dire par voie législative afin de leur remettre tous les pouvoirs décisionnels liés à leurs responsabilités.

Face à une décroissance de ses parts du marché international des voyages, la France a compris la nécessité de réorganiser la gestion territoriale tout en centralisant certaines fonctions de gestion gouvernementales, afin d’éviter le gaspillage et d’assurer l’efficacité de ses services pour relancer le tourisme dans son pays. Un exemple à suivre?

Source:
-Ministère délégué au Tourisme, «Comité interministériel sur le tourisme»,  [www.tourisme.gouv.fr/fr/actu/att00004324/dossier.pdf], juillet 2004

Catégories
Ailleurs dans le monde Gestion

La coordination interministérielle

Bien qu’elle détienne la responsabilité première en tourisme, l’administration nationale (ministère, direction, département du tourisme) doit oeuvrer de concert avec de nombreux autres organismes qui s’impliquent d’une façon ou d’une autre dans cette industrie. Dès lors, la nécessité de coordonner les actions avec celles des autres ministères ou organismes gouvernementaux dans l’atteinte d’objectifs communs s’avère primordiale. Cependant, toutes les destinations ne s’y prennent pas de la même manière.

La coordination interministérielle et régionale à l’étranger

L’approche «tout-le-gouvernement»

Dans l’approche tout-le-gouvernement, l’administration nationale du tourisme (ANT) oeuvre avec tous les ministères et agences gouvernementaux – nationaux, régionaux ou locaux – susceptibles de jouer un rôle dans le développement de l’industrie. De nombreuses destinations – Ontario, Queensland, Australie, Nouvelle-Zélande – ont adopté cette nouvelle approche afin de s’assurer que le gouvernement en place accorde toute l’importance nécessaire à l’industrie touristique. Les défenseurs de cette approche soutiennent qu’elle favorise la circulation de l’information et le développement de partenariats et qu’elle diminue les dédoublements d’actions tout en maintenant une meilleure cohésion.

Certains, comme la Nouvelle-Zélande, privilégient la nomination d’un «bureau responsable du tourisme» à l’intérieur de chaque ministère concerné par des interventions dans ce domaine. Cependant, souvent il reste à élaborer les mécanismes qui permettront à l’ANT de parvenir à ses fins. Certaines exceptions méritent toutefois d’être soulignées, puisqu’elles constituent des exemples de bonnes pratiques. C’est le cas notamment du Queensland en Australie qui a créé divers comités interministériels en fonction des objectifs principaux de sa stratégie touristique, soit:

  • le forum sur le tourisme, dont les rôles consistent à surveiller l’implantation des stratégies de développement et de promotion, et à s’assurer d’une vision stratégique à long terme. La présidence du forum est assurée par le représentant du gouvernement provincial et ses membres appartiennent à certains départements et agences gouvernementaux engagés d’une façon ou d’une autre dans le développement et la croissance du tourisme (éducation, environnement, transport, etc.);
  • le comité sénior de pilotage sur la croissance du tourisme, visant à faciliter l’identification des objectifs stratégiques en tourisme. Il est composé des directeurs exécutifs des agences gouvernementales membres du forum, ainsi que d’autres agences gouvernementales qui viennent parfois s’y greffer;
  • le groupe de travail sur les régions protégées, réunissant les agences gouvernementales concernées;
  • le groupe de pilotage sur les routes touristiques, formé des agences gouvernementales (groupe restreint) susceptibles de fournir des avis stratégiques sur le développement des artères principales.

Les comités interministériels sur le tourisme

Première étape dans la création de véritables mécanismes de concertation interministérielle, l’élaboration de dispositions jette les principes de base de la collaboration entre l’ANT et les gouvernements provincial et régionaux sur toute question reliée au tourisme. Toutefois, il ne s’agit pas d’un règlement législatif, mais plutôt d’une entente de coopération.

Dans le cas de la coordination et de la coopération interministérielles, nous avons remarqué qu’elles s’effectuaient principalement par l’entremise de comités interministériels – comités permanents sur le tourisme, par exemple – qui se réunissent deux fois par année, dans le cas de l’Australie, pour discuter de toute question susceptible de produire un impact sur l’industrie touristique. Ces comités peuvent être conseillés par d’autres instances regroupant des experts nationaux, provinciaux et régionaux. La présidence du comité varie chaque année et c’est l’ANT qui joue le rôle de secrétaire.

L’Australie, tout comme le Canada, a récemment mis en place un mécanisme de consultation regroupant les ministres éventuellement appelés à intervenir au niveau de l’industrie touristique: le conseil des ministres sur le tourisme. Ce dernier se réunit annuellement.

En France, depuis la loi du 23 décembre 1992 qui définissait les règles de base de la décentralisation du tourisme de l’État vers les régions, le comité interministériel sur le tourisme s’est réuni pour la première fois le 9 septembre 2003 afin de réaffirmer le rôle de l’État dans le nouveau contexte de mondialisation. Il s’agissait de poser les axes de la stratégie touristique de la France pour les prochaines années et de définir la nouvelle répartition des compétences. Ce comité se compose de représentants de 16 départements ministériels et est présidé par le premier ministre.

À la suite de ce premier comité interministériel du tourisme, on a créé la fonction de correspondant du tourisme au plan régional en métropole, afin de faciliter la coordination et la concertation entre l’État et les collectivités territoriales.

Le correspondant du tourisme au plan régional

Ce correspondant régional est chargé de:

  • veiller à l’application de la politique de l’État dans le domaine du tourisme, d’en assurer le suivi et d’en effectuer l’évaluation;
  • rassembler toute l’information sur les questions d’intérêt touristique et de la transmettre au ministre chargé du tourisme.

Ses fonctions devraient également comporter trois aspects principaux, soit l’expertise, le budget et la réglementation.

  • L’expertise

Il assure une mission d’expertise auprès du préfet de région et des préfets de département sur les projets touristiques, notamment interrégionaux et transfrontaliers (politique de massif et de façade maritime, tourisme fluvial, croisières, etc.). Avec l’Agence française d’ingénierie touristique (AFIT) et au bénéfice des intervenants touristiques publics et privés, il contribue à la diffusion des expériences et du savoir-faire (qualité, ingénierie, innovation).

  • Le budget

Le correspondant collabore à la mise en oeuvre des politiques contractuelles et du financement qui les accompagne (contrats de plan État-Régions et crédits européens) ainsi qu’à la gestion des «situations de crise» (ex. dispositif tempête, marée noire, inondation, etc.).

  • La réglementation

Il participe à toutes les procédures et décisions relatives à la mise en oeuvre des réglementations touristiques demeurant de la compétence de l’État. Cela concerne notamment les réglementations qui résultent de l’application de la loi du 13 juillet 1992 fixant les conditions d’exercice des activités relatives à l’organisation et à la vente de voyages ou de séjours. À ce titre, les correspondants siègent dans différentes commissions administratives (commissions départementales de l’action touristique, commissions départementales des sites perspectives et paysages, commissions départementales d’équipement commercial).

La coordination interministérielle et régionale au Québec

La coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces et territoires s’effectuait, jusqu’à tout récemment – automne 2003 – par des rencontres annuelles des ministres responsables du tourisme des provinces et territoires. Ce mécanisme a été remplacé par un conseil des ministres du tourisme, où le gouvernement fédéral est également représenté. La mise en oeuvre de la stratégie canadienne en tourisme constitue l’un des sujets à l’ordre du jour.

Au Québec, on observe l’existence de divers comités ou tables de concertation impliquant deux ou plusieurs ministères tels que:

  • tables de concertation portant sur des produits touristiques (écotourisme, nautisme, croisières-excursions, pourvoirie, tourisme hivernal);
  • comités de gestion des ententes spécifiques avec les régions ressources afin de développer et de promouvoir leur industrie touristique;
  • comités interministériels créés par d’autres ministères (Route verte, biodiversité, développement durable);
  • comité directeur Transports – Tourisme, chargé de la coordination des dossiers liés à la signalisation touristique, aux haltes routières, aux cartes routières, à la publicité le long des routes, etc.;
  • conférence administrative régionale (CAR). Il s’agit d’une structure de concertation et d’harmonisation interministérielle de l’activité gouvernementale au niveau régional. On retrouve une CAR dans chacune des régions administratives du Québec.

Au niveau régional, les relations entre Tourisme Québec et les ATR font l’objet d’un protocole d’entente d’une durée de trois ans qui pose les bases de leur partenariat. Ce protocole:

  • précise le rôle et les mandats des ATR;
  • vise à harmoniser les plans de marketing des ATR avec celui de Tourisme Québec;
  • définit la concertation portant sur les dossiers d’intérêt commun à Tourisme Québec et aux ATR: accueil, information, signalisation et promotion touristiques, Grands Prix du tourisme québécois.

Malgré l’intervention importante de plusieurs ministères et organismes gouvernementaux en tourisme, il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’entité interministérielle formelle qui regrouperait autour d’une même table l’ensemble des intervenants gouvernementaux impliqués dans le développement touristique du Québec. La situation prévalant dans les pays analysés précédemment laisse pourtant croire que la coordination interministérielle favorise la création de partenariats, permet d’éviter les dédoublements et assure une meilleure cohésion des actions de tous les ministères.

Voir aussi:

Les mécanismes généraux de coordination et de concertation avec l’industrie
Qu’est-ce que la gouvernance?

Sources:
– Chaire de Tourisme. Structure de l’industrie touristique québécoise et ses mécanismes de concertation, décembre 2001.
– Gouvernement de France. [www.premier-ministre.gouv.fr/].
– Ministère du tourisme et des loisirs de l’Ontario. [www.tourism.gov.on.ca/french/].
– Queensland Department of Tourism, Fair Trading and Wine Industry Development. [www.dtftwid.qld.gov.au/tourism].

Catégories
Enjeux Produits et activités

La relève des skieurs et planchistes est-elle au rendez-vous?

Bien que le vieillissement de la population représente un véritable défi pour l’ensemble des entreprises de services, cette réalité touche particulièrement les stations de ski. La courbe démographique du Québec permettra-t-elle à l’industrie du ski de maintenir ses bonnes performances dans les années à venir? À la suite, voir L’AVIS DU PDG DE L’ASSQ.

Le Québec et les États-Unis: deux réalités différentes

Au Québec, la proportion de skieurs et planchistes de 50 ans et plus a doublé entre 1989 et 2002, passant de 6,1% à 12,7% (graphique 1), selon le Print Measurement Bureau. Elle représente cependant le segment le moins important, alors que les jeunes de 12-24 ans comptent pour près de 35% de cette clientèle. Notons aussi la forte progression du segment des 35-49 ans. Précisons que 78% des jours-ski (visites) proviennent du marché québécois.

Aux États-Unis, la situation s’avère plus problématique. Selon une étude menée par Leisure Trends Group auprès de 250 000 skieurs et planchistes américains de 16 ans et plus, les baby-boomers (nés entre 1946 et 1964) constituent désormais plus de 60% des skieurs, comparativement à 50% en 1992-1993. Durant cette même période, la part des 25-34 ans déclinait de 27% à 22% et celle des 16-24 ans de 23% à 19%.

Chez nos voisins du Sud, le nombre de nouveaux adeptes n’est pas aussi élevé que par le passé. La proportion des planchistes débutants est passée de 41% en 1996-1997 à 9% en 2002-2003, et de 9% à 2% du côté des skieurs. Évidemment, l’effet nouveauté de la planche à neige a créé un fort engouement dans les années 1990. Le marché américain représente environ 6% de l’ensemble des jours-ski du Québec.

Afin d’assurer un bon niveau d’achalandage dans les stations de ski, on doit continuer à miser sur un renouvellement constant des clientèles. La courbe démographique rend cette tâche d’autant plus primordiale. Heureusement, le modèle de croissance établi à la suite d’une enquête démographique du Conseil canadien du ski (CCS) confirme que les Canadiens de la génération Y, les 9-27 ans (28% de la population), skient beaucoup et constituent un excellent noyau de relève, avec 46% des skieurs et planchistes. Il s’agit d’une bonne nouvelle quand on constate que le taux de pratique diminue considérablement avec l’âge (graphique 2).

Au Québec, un adepte sur quatre fait partie de la relève, ce qui est de bon augure. Le programme Iniski & Inisurf à l’école, instauré en 1987 par l’Association des stations de ski du Québec, n’est certes pas étranger à ce succès. L’étude du CCS indique d’ailleurs que le Québec réussit mieux que les autres provinces en ce qui a trait à la conversion des débutants en skieurs et planchistes réguliers.

Un autre défi se pose pour les gestionnaires de stations: maintenir la clientèle actuelle sur les pentes, alors que la moyenne d’âge des skieurs augmente rapidement (graphique 1). Plusieurs raisons conditionnent les aînés à délaisser les sports de glisse. La détérioration de leur condition physique, et surtout les conséquences plus importantes d’un accident sur leur santé, viennent en tête de liste. On note également une résistance moindre au froid, qui en décourage plusieurs.

Des implications et des solutions pour les dirigeants

En dépit de la perspective d’une bonne relève, le déséquilibre dans la pyramide des âges permet de prévoir certains changements quant aux habitudes de consommation des skieurs. Voici quelques observations caractérisant la clientèle plus âgée:

  • La pratique se fait de manière moins intense. Les aînés skieront à leur rythme, vraisemblablement moins d’heures par jour. Une offre modulée sur une base quotidienne, avec des forfaits adaptés, leur convient davantage qu’un tarif unique.
  • Leurs exigences quant à la qualité du service et au confort des installations sont plus élevées. Les aires de repos de même que les lieux de contemplation et de quiétude s’avèrent particulièrement prisés.
  • La présence de services ou d’activités complémentaires sur place (ex. : un spa ou une bonne table) intéresse une clientèle qui se contente de moins de cinq heures de glisse par jour. Les baby-boomers sont davantage enclins à apprécier l’offre de sport de glisse comme une expérience touristique globale.
  • Cette clientèle est plus sensible aux prix des équipements qu’à la dernière trouvaille technologique.
  • Un environnement sécuritaire du domaine skiable (élimination des obstacles potentiels) rassurera les aînés, qui craignent de plus en plus les accidents en vieillissant.
  • Au Québec, la demande se concentre essentiellement du vendredi au dimanche, période comptant pour 92% de l’achalandage. Afin d’aplanir les périodes de pointe, les stations pourraient offrir des forfaits aux aînés afin de les attirer sur les pentes en semaine.

Perspectives encourageantes

En dépit du vieillissement de la population, l’avenir des stations de ski au Québec demeure fort prometteur. Plusieurs éléments structurants jouent en faveur de ce secteur:

  • Selon une étude de la Compagnie des Alpes, plus les skieurs commencent jeunes à s’adonner à ce sport, plus ils sont susceptibles de le pratiquer longtemps.
  • Les baby-boomers demeurent plus actifs que la génération précédente et disposent de plusieurs années additionnelles de ski.
  • Les baby-boomers qui demeureront adeptes jouiront de plus de temps libre et effectueront davantage de jours-ski. Ils présentent d’ailleurs des niveaux de participation supérieurs à ceux de la génération X (28-39 ans) ou de la génération Y (9-27 ans).
  • De plus en plus de parents skient avec leurs enfants: (57% en 1993-1994) aux États-Unis comparativement à 76% en 2002-2003.
  • L’apport du tourisme continuera à être salutaire pour de nombreuses stations.

Claude Péloquin

Sources:
– Spring, Jim. «Keeping the Boom Going», Ski Area Management, vol.43, no 3, mai 2004.
– Maine News. «Ski industry wants to keep aging skiers on the slopes», 29 février 2004.
– Serriere, Frédéric. «Sports d’hiver: challenge pour les seniors… et les stations!», Tourmag [www.tourmag.com], 2 mars 2004.
– Neville, Tim. «A Downhill Skier’s Uphill Climb», Business Week, 15 mars 2004.
– Reynier, Véronique, Kévin Vermeir et Bastien Soulé. «Les nouvelles glisses se banalisent», Espaces, no 214, avril 2004.
– Pointon, Nicole. «Hot New Ski Travel Trends for 2003/04 Season», Commission canadienne du tourisme, 21 octobre 2003.
– Conseil canadien du ski. «Modèles de croissance Québec et Ontario», 2004.

L’avis du président-directeur général de l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ)

En réaction au texte publié en juillet dernier, je me permets de saluer la justesse de vos propos à l’égard du défi du renouvellement des clientèles. Cet enjeu est au coeur des préoccupations de l’Association des stations de ski du Québec et dicte une série d’actions visant à pallier les changements démographiques observés au Québec.

Nos programmes visant la relève s’adressent aux jeunes de 5 à 10 ans en diminuant au maximum les barrières à l’entrée. Nous anticipons ainsi augmenter le taux de participation de ce segment de clientèle à près de 40%. En atteignant ce résultat, et considérant un taux de conversion constant, nous croyons possible de convaincre et d’atteindre 20% de la population active du Québec d’ici 2010, comparativement à près de 17% actuellement.

Saisir les opportunités

De leur côté, les stations de ski s’adaptent en comprenant mieux les différents segments de clientèles, en offrant:

  • un accès tôt en saison, le défi étant de permettre l’accès maximal au domaine skiable pour la période des Fêtes, grâce aux systèmes de fabrication de neige plus performants;
  • un produit diversifié (ski de fond, raquette, sentier de patin sur glace, etc.);
  • une structure plus abordable du prix des abonnements, ciblant les périodes creuses;
  • une plus grande variété de billets de saison (abonnements);
  • un accès plus facile pour les débutants;
  • un environnement plus sécuritaire.

En réponse à votre question initiale, nous prenons tous les moyens pour que la relève soit au rendez-vous, tout en sachant que des obstacles importants se dressent. La compétition féroce pour le temps et l’argent disponibles pour les loisirs, les communautés ethniques pour qui l’hiver ne fait pas partie de leur culture, la sédentarité et la mauvaise condition physique des Québécois constituent des facteurs sur lesquels nous planchons actuellement (sans vouloir faire de jeu de mots…).

Depuis près de 10 ans, de nombreux experts, chercheurs, démographes et climatologues prévoient par ailleurs une importante diminution du marché du ski en Amérique du Nord. Pourtant, les cinq dernières saisons semblent démontrer un raffermissement de l’achalandage, et ce, malgré des conditions climatiques difficiles dans certains cas. Il faut croire que l’industrie prend les experts au sérieux en rivalisant d’imagination pour les faire mentir!

Catégories
Ailleurs dans le monde Transport

Reconvertir d’anciennes aérogares en terminal «low cost»

L’arrivée en force des transporteurs à rabais («low cost») force les administrateurs d’aéroports à revoir leurs politiques de gestion.

Les compagnies à bas prix nécessitent des infrastructures efficaces mais sans chichis, dotées de services et conforts minimaux, et leur permettant des rotations rapides. L’objectif visé étant d’attirer un maximum de voyageurs, pourquoi alors ne pas leur dédier des espaces et prestations aéroportuaires à leur image?

À ce sujet, trois exemples majeurs de reconversion nous viennent d’Europe, aux aéroports de Genève, de Marseille et de Beauvais. Ces nouveaux projets, jugés à l’avant-garde, s’insèrent parfaitement dans les mutations actuelles du transport aérien.

Genève

Fin avril 2004, l’Aéroport international de Genève (AIG) a annoncé qu’il projetait de remettre en service, le 1er novembre 2005, l’ancienne aérogare construite il y a plus de cinquante ans. Cette dernière serait affectée principalement aux compagnies à bas prix, qui représentaient 25% des passagers de l’AIG en 2003 et exigerait un investissement de 150 millions de francs suisses.

En appel d’offres actuellement, ce projet devrait rapidement être mis en consultation auprès des intéressés car son entrée en vigueur est prévue pour le 1er août 2004. Ce second terminal offrira un service minimum (libre-service pour l’enregistrement des bagages, aucun tapis roulant ni passerelle télescopique).

Marseille

Quelques jours plus tard, c’est au tour de l’aéroport Marseille-Provence (dans le sud de la France) de songer à reconvertir une aérogare de fret (de 3000 mètres carrés, désertée en juin par son dernier locataire) en terminal entièrement dédié aux compagnies à bas prix. Celui-ci acceptera uniquement des A320 ou des B737 et pas plus de six appareils simultanément (soit une capacité annuelle de 3,5 millions de passagers). Cette aérogare sera prolongée par une salle d’embarquement où les avions seront «au contact», sans passerelle ni bus.

À Marseille (4e plus gros aéroport français), les transporteurs à rabais ne représentent encore que 5,6% du trafic total. Mais ce segment n’en est pas moins très prometteur.

Les objectifs visés sont:

  • d’attirer un million de voyageurs supplémentaires d’ici deux ans;
  • de permettre une réduction de 20 à 40% des coûts d’escale;
  • d’arriver à un abaissement à 1 euro de la redevance passager (contre 2,75 euros pour un vol national et 5,96 euros sur les lignes internationales).

Financé pour la moitié par le Conseil général des Bouches-du-Rhône, ce projet nécessitera un investissement de 14,5 millions d’euros. Un appel à candidature a été lancé le 16 avril dernier auprès des compagnies aériennes qui devront, au terme d’une convention de trois ans, s’engager sur des chiffres de trafic. La sélection des opérateurs s’effectuera à l’automne 2004, pour commencer les travaux vers la fin de l’année. La mise en service est prévue pour la mi-2006.

Beauvais

L’aéroport de Beauvais (dans l’Oise), au 12e rang des aéroports français, mais qui souhaite devenir le 8e d’ici deux à trois ans, voit également la nécessité de moderniser ses installations.

Les travaux de rénovation (un investissement de 15 millions d’euros) pourraient également permettre d’abriter une base opérationnelle pour la compagnie irlandaise low cost Ryanair, qui représente aujourd’hui 75% du trafic de l’aéroport.

Une idée pour Saint-Hubert?

Selon certains articles de presse, Singapour serait dans la même phase de réflexion. Mais qu’en est-il, plus près de chez nous, de l’idée de reconvertir l’aéroport de Saint-Hubert?

Actuellement, les principales activités de l’aéroport de Saint-Hubert sont reliées aux écoles de pilotage, à l’aviation privée et aux vols nolisés:

  • les vols de formation constituent le gros du trafic aérien: ils contribuent au fait que l’aéroport se classe 5e au Canada, avec environ 170 000 décollages et atterrissages annuels;
  • l’aéroport compte également une activité importante attribuable à l’aviation privée;
  • il accueille aussi un transporteur commercial qui effectue neuf liaisons québécoises. En effet, Pascan Aviation offre deux vols aller-retour quotidiens (jours ouvrables) vers Québec (Jean-Lesage), Rouyn, Bagotville, Alma, Val-d’Or, Mont-Joli et, bien entendu, Saint-Hubert.

L’aéroport plaît aux gens d’affaires pour sa facilité d’accès, son stationnement gratuit, ses délais d’attente plus courts et sa grande proximité du centre-ville. Le seul hic, c’est la traversée des ponts de la rive sud en heures de pointe.

Enfin, selon certains, la réfection des pistes afin d’accueillir de plus gros avions coûterait plusieurs millions de dollars (le chiffre de 10 M $ a été avancé).

Sources :
– Lomazzi, Marc. «Marseille veut mettre en service la première aérogare « low cost » de France», La Tribune (Desfossés), 7 mai 2004, p. TR14.
– Challiol, Brigitte. «Marseille-Provence veut lancer le concept d’aérogare bas tarif», Les Echos, no 19154, 7 mai 2004, p. 5.
– Mutter, François. «L’Aéroport de Genève baissera ses taxes pour récompenser les compagnies fidèles», Le Temps, no 1925, 23 avril 2004.
– Dumont, Marc-André. «Saint-Hubert mise sur les vols de formation», Les Affaires, 25 octobre 2003, p. A8.

Catégories
Ailleurs dans le monde Marketing Produits et activités

Cyclotourisme : exemples de bonnes pratiques de promotion des voies vertes

Route verte, voie verte, vía verde, greenway, axe vert, qu’importe son nom, dans le monde entier celui-ci désigne des infrastructures destinées au trafic doux non motorisé, comme le vélo, les promenades à cheval ou le patin à roues alignées. Il en existe de diverses formes, avec des concepts différents, influencées par l’histoire et la culture locale. Mais encore faut-il savoir comment en faire la promotion.

De l’importance du cyclotourisme

L’aménagement de ces voies vertes constitue un atout touristique non négligeable, favorisant la création de commerces, l’implantation d’établissements hôteliers de différents types (hôtels, bed & breakfast, gîtes ruraux, campings, etc.) et de services axés sur les activités de loisirs (location de vélos, de patins, d’équipements pour chevaux et cavaliers, etc.).

Des pays européens comme l’Espagne, la Belgique ou la France ont su amplement tirer parti de cette nouvelle ressource pour promouvoir un tourisme actif respectueux de l’environnement. Sans oublier les Pays-Bas, véritable royaume du vélo en Europe.

Au Québec aussi, la pratique du vélo est en hausse. Celle qu’on appelle La Route Verte constitue un vaste itinéraire cyclable. Née en 1995, elle a fait l’objet de l’annonce de deux nouveaux investissements de la part du Ministère des Transports qui injectera 2,5 millions $ en 2004 et 2,9 millions $ en 2005 pour la aider à la construction des derniers tronçons manquants. Il reste encore un quart du parcours à aménager sur un total de plus de 4 000 km de voies cyclables qui relieront le Québec d’Est en Ouest.

Projet d’autant plus essentiel pour Vélo Québec et les représentants d’associations touristiques que le cyclotourisme et la Route verte sont des investissements économiquement rentables. Selon une étude réalisée en 2003 par la Chaire de Tourisme de l’UQAM, un cyclotouriste dépense le double dans une journée qu’un touriste moyen (soit 105 $ versus 52 $).

Balisage directionnel et un logo unique

Parmi quelques réalisations de voies vertes réussies en Europe, les efforts déployés par l’Espagne fournissent de bons exemples d’actions de promotion pouvant être appliqués ailleurs.

En Espagne, l’existence des voies vertes est née en 1993 d’une volonté politique. Comme nous l’apprend le Guide de bonnes pratiques des voies vertes en Europe édité par la Communauté européenne, ce programme a adopté un logo qui l’identifie et une désignation commune (Vías Verdes ou Voies Vertes) à tous les itinéraires développés sur d’anciens tracés ferroviaires.

Cette image, identique sur l’ensemble du territoire espagnol, est un des grands atouts de ce programme et contribue à sa promotion. Le concept de Vías Verdes est ainsi vite devenu synonyme d’accessibilité, de sécurité, de confort mais aussi de charme. Outre sa fonction de balisage directionnel, le logo est une représentation des traverses ferroviaires, rappelant ainsi l’origine du programme.

Pour faire le rappel avec l’historique du programme, les anciennes traverses ferroviaires en bois ont été récupérées comme support des signaux directionnels et comme bornes kilométriques. Elles sont également utilisées en tant que barrière ou clôtures.

En plus d’une image identique nationale, chacune des voies vertes se distingue des autres par une appellation différente, en rappel, par exemple, de son unicité culturelle, historique, ou géographique.

Plus tard, ces logos ont été repris sur des objets de promotion, comme des tee-shirts, des casquettes, de la vaisselle, etc.

Une maison d’édition nationale

Pour ce qui est de la réalisation, la promotion et la distribution d’un guide format papier reprenant les différents itinéraires, ils mentionnent également l’importance du choix d’une maison d’édition nationale. Dans l’exemple espagnol, le premier volume avait été tiré à 13 000 exemplaires, un peu plus pour le second.

Et un bon plan de communication

En ce qui concerne la politique de communication, là aussi il importe que le message permette de découvrir l’existence de ces voies mais aussi d’encourager l’aménagement de nouveaux itinéraires.

Ainsi, une inauguration officielle a eu lieu en présence des différents organismes administrateurs, sous forme de marches familiales jumelées à des fêtes populaires locales. Dix circuits répartis sur tout le territoire avaient alors participé à cette Journée Nationale des Voies vertes. Les villages avaient participé en organisant diverses activités connexes, comme un marché artisanal, un petit train régional et des promenades en mongolfières.

L’événement a été largement diffusé grâce aux médias : journaux, chaînes de télévision et stations de radio, tant au niveau national que local, et même une chaîne d’informations internationale (Euronews). Des affiches et quelques 4000 fanions commémoratifs, des tee-shirts, des brochures, des casquettes, ont été distribués aux participants.

Le bilan de cette journée nationale du cyclotourisme s’est avéré très positif. Quelques politiciens amateurs de vélo et des groupes de cyclistes professionnels ont alors manifesté le souhait de collaborer à tous types d’initiatives correspondantes. Et depuis lors, cette manifestation a lieu chaque année à même époque, soit le 2ième dimanche de mai. 

Voir aussi

La Route verte du Québec
Vias verdes

Sources :
– Commission Européenne. « Guide de bonnes pratiques des voies vertes en Europe : Exemples de réalisations urbaines et périurbaines », DG Environnement.
– Lemieux, Julie. « Une route à finir », Le Soleil, 4 août 2003, p. A15.
– Chaire de Tourisme de l’UQAM. « Les retombées économiques de la Route verte », [www.routeverte.com/fr/projet/RetEconRV2003.pdf], mars 2003.
– Lefebvre, Sylvain et Maryse Trudeau. « La Route verte, un circuit touristique ? », Téoros, vol. 22, no 2, été 2003.

Catégories
Produits et activités

Le golfeur, un touriste sélectif

Le golf demeure, malgré une faible croissance de l’offre, une activité recherchée. Plusieurs segments de clientèle, particulièrement les baby-boomers et les touristes, en sont friands.

Le golf « fore » le tourisme?

Une question demeure : le Québec représente-t-il une destination touristique pour les golfeurs ? Sur environ 330 parcours, le Québec n’en compte que 16 recommandés par le Golf Digest. Et seulement trois obtiennent une évaluation de quatre ou plus sur cinq!

La demande touristique s’accentue pour cette activité, particulièrement grâce aux touristes baby-boomers. Le voyage d’affaires et le golf font également bon ménage, une proportion importante des rondes étant jouées dans un contexte professionnel.

Le golfeur, qui est-il?

Les golfeurs réguliers aiment jouer au golf au cours de leurs vacances. Une enquête de Lang Research indique que c’est le cas pour 69% d’entre eux. Mais qui combine golf et voyage ? On estime que 4 % des Québécois qui voyagent peuvent être considérés comme de réels golfeurs touristiques, c’est-à-dire qu’ils prennent leurs vacances spécifiquement pour jouer au golf.

Une étude de Zins Beauchesne et associés décrit le comportement du golfeur québécois lors de voyages de quatre nuits ou plus au Québec :

  • Désire se reposer et se détendre (34%).
  • Préfère une restauration familiale ou traditionnelle (47%), ou une cuisine régionale (36%).
  • Effectue la visite d’attraits touristiques (37%).
  • Choisit ses vacances en fonction du golf dans 22% des cas.
  • Visite principalement les Laurentides (18%), les Cantons-de-l’Est (15%) et la Montérégie comme destinations de golf au Québec.

La partie est loin d’être gagnée…

Si le Québec jouit d’un potentiel intéressant, se positionner comme destination internationale de golf demeure un défi de taille.

D’une part, la durée de la saison est problématique. De ce fait, plusieurs golfeurs canadiens profitent de l’hiver et des saisons intermédiaires pour se rendre sur des parcours à l’étranger. Selon le Conference Board, plus de deux millions de Canadiens ont effectué au moins un voyage de golf au cours des cinq dernières années.

La revue Golf Digest propose une sélection de parcours publics et semi-privés à ses lecteurs (tableau 1). À titre de comparaison, l’Île-du-Prince-Édouard – qui ne compte que 25 parcours au total – récolte des résultats comparables à ceux du Québec.

Au Canada, la région de Whistler se démarque, ayant été choisie parmi les 20 meilleures destinations par Golf Digest. La Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard représentent des sources d’inspiration sur les efforts à consentir pour faire du golf un produit d’appel au plan touristique. Selon Tourism PEI, le golf constitue une des principales activités pour 17% des visiteurs de l’île.

Pour parvenir à des résultats similaires, le Québec devra investir davantage dans des parcours haut de gamme. C’est la présence de tels clubs qui attire le golfeur vacancier. Selon l’Institut canadien de recherche sur le tourisme, la localisation du parcours (30%) et la qualité de l’expérience (29 %) influencent davantage la planification des vacances de golf que le prix de la partie qui ne compte que pour 8%.

Certaines régions du Québec performent davantage pour attirer les golfeurs touristiques dans leur milieu. Citons la région de Tremblant qui a vu son offre de parcours, en quantité et en qualité, considérablement s’enrichir au cours des récentes années.

Un maillon complémentaire d’intérêt

Le golf est une composante de l’offre de plusieurs centres de villégiature (Intrawest, Fairmont Hotels & Resorts, Gray Rocks, Château Bromont, etc.) pour courtiser les touristes. Tremblant utilise d’ailleurs certains de ses parcours renommés pour offrir des forfaits exclusifs à sa clientèle de séjour.

Ce n’est pas tant la multiplication du nombre de parcours disponibles qui crée l’engouement touristique pour le golf, mais bien la présence d’un réseau de parcours haut de gamme recherchés par les mordus. Ce n’est pas non plus la possibilité d’y jouer à bon prix, mais plutôt une expérience de golf supérieure qui intéressera ce touriste sélectif.

Dans un contexte où plusieurs régions du Québec désirent bonifier leur offre auprès de diverses clientèles (plein air, santé, ornithologie, nautisme, etc.) afin de créer une masse critique d’activités, le golf représente certainement une avenue à explorer.

Sources :
– Commission canadienne du tourisme. « Canadian Golf Vacations Market Exploding », 5 mars 2004.
– Lang Research. « Interest in golf – Profile Report », Travel Attitudes & Motivation Survey, avril 2001.
– Zins Beauchesne et associés. « La pratique du golf au Canada et au Québec », mars 2002.
– Hébert, Claude. « Les gens d’affaires, une manne pour les terrains de golf », Les Affaires, Dossier spécial Réunions et congrès, 7 février 2004, p. 62.
– Prince Edward Island Tourism. « Economic Impact – Tourism 2003 », [www.gov.pe.ca], décembre 2003.
– The Conference Board of Canada. « Key Trends for the Travel Industry », Travel Exclusive – Institut canadien de recherche sur le tourisme, avril-mai 2004.

Catégories
Produits et activités

Tourisme nautique : la carte cachée des régions

La navigation de plaisance figure parmi les produits touristiques en croissance au Québec. L’accessibilité et la beauté naturelle du fleuve Saint-Laurent confèrent au Québec une place de choix pour attirer les amateurs de loisirs nautiques. De plus, le réseau nautique du Québec maritime représente un passage incontournable pour pénétrer à l’intérieur du pays par l’Atlantique.

Une activité touristique «naturelle»

À titre de fenêtre sur la mer, les marinas constituent le point de rencontre naturel où convergent les plaisanciers, les visiteurs et la population locale. Les havres de plaisance permettent également de jouer un rôle de levier sur le plan du développement économique et touristique d’une région. C’est en tant que lieux potentiels d’animation que plusieurs havres de plaisance peuvent exercer un pouvoir d’attraction et compléter judicieusement l’offre touristique.

Une mer de plaisanciers

La majorité des plaisanciers qui fréquentent nos voies navigables proviennent du Québec. Selon la firme de sondage Print Measurement Bureau, on compte plus de 118 000 adeptes de la voile au Québec seulement. On dénombre 11 400 embarcations (à voile et à moteur) de 30 pieds et plus au Québec, comparativement à 16 750 en Ontario.

Sur le marché américain, 12,8 millions d’embarcations de plaisance sont enregistrées, dont 1,6 million proviennent de la côte Est. Il existe approximativement 23 000 voiliers, dont la taille varie entre 31 et 65 pieds et 24 000 autres de 26 à 30 pieds, localisés dans les dix États côtiers allant du Maine au District de Columbia dans la baie de Chesapeake. La durée moyenne de leur plus long voyage annuel s’échelonne sur trois à six semaines. Selon Market Research Associates, les principales sources d’information consultées pour la planification de leurs voyages de plaisance sont les magazines (55%), le bouche-à-oreille (48%) et Internet (25%).

Le marché français est pour sa part constitué d’environ 4 millions de plaisanciers et on dénombre quelque 172 000 voiliers. Sur la base d’un sondage réalisé auprès des participants d’un salon nautique à Saint-Malo, on note qu’environ 12% des plaisanciers ont déjà entrepris un voyage de navigation transatlantique au cours des cinq dernières années. Bien que la plupart n’aient jamais navigué au Québec, 92% se montrent intéressés à y effectuer un voyage de nautisme. Ils se montrent davantage enclins à louer une embarcation sur place qu’à effectuer la traversée transatlantique.

Une clientèle de mordus

Fortement composée de baby-boomers, de préretraités et de retraités ayant des revenus supérieurs, les plaisanciers sont souvent des passionnés de leur passe-temps. Ceux qui naviguent au Québec effectuent en moyenne 27 sorties annuellement. La majorité de ces sorties (71%) durent une journée (graphique 1). Sur les plans d’eau du Québec, on observe une mixité d’embarcations à moteur et de voiliers jusqu’à Québec ou Tadoussac et une forte majorité de voiliers dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Le tronçon de navigation entre Montréal et Sorel demeure le plus populaire auprès des plaisanciers fréquentant les eaux québécoises (graphique 2).

Lors d’un sondage mené par la Chaire de Tourisme auprès de plaisanciers visitant la région de la Gaspésie, on a établi que les dépenses totales par embarcation s’élevaient à 1430 dollars, soit 114 $ par jour. Les visiteurs séjournaient en moyenne 13 jours dans la région, soit des retombées annuelles d’environ un million de dollars.

La qualité des infrastructures (profondeur d’eau, quais, types de pontons, protection contre les vents et les vagues, etc.), les commodités sur place (épicerie, douche, eau courante, téléphone, toilettes, etc.) et la présence de services techniques (carburant, diesel, vidange de réservoirs septiques, etc.) représentent les critères les plus importants dans le choix d’une marina. La distance à parcourir, le manque d’information et l’absence de destinations de plaisance renommées constituent les principaux obstacles expliquant le faible taux de pénétration auprès des marchés extérieurs.

Quelques pistes d’actions

La notoriété du Québec en tant que destination nautique demeure faible sur les marchés extérieurs et beaucoup reste à faire pour capitaliser sur cette clientèle potentielle. Voici quelques pistes d’actions pouvant être envisagées pour améliorer l’offre du tourisme nautique au Québec:

  • Accroître les investissements et soutenir les actions promotionnelles avec de nouveaux partenaires tels que les parcs, clubs de golf, hôtels, etc.
  • Consolider et développer l’offre autour de pôles de destination et prioriser les havres ayant déjà une masse critique d’activités touristiques et une infrastructure d’accueil.
  • Développer des bases de location (charter) permettant de cibler de nouvelles clientèles.
  • Améliorer la qualité des structures d’accueil, incluant la formation du personnel de première ligne et favoriser l’intégration du nautisme dans l’offre touristique existante.
  • Instaurer des mécanismes de collecte d’information sur les plaisanciers afin d’en dresser un profil plus précis et de mieux cibler les stratégies marketing.

Sources :
– Chaire de Tourisme de l’UQAM. «Plan stratégique de développement et de marketing du réseau nautique de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine – Rapport final», juillet 2003.
– Le Groupe DBSF. «Plan stratégique du développement et de marketing du tourisme nautique – Région de l’Est du Québec, Présentation du rapport final», mars 2004.
– Market Research Associates. «Cape Breton Marina Study», mars 2002.