Catégories
Tourisme durable

Quelques réflexions pour les décideurs sur le tourisme durable

À l’heure actuelle, l’économie mondiale vit de grands bouleversements. Le poids économique de l’Asie qui devient prédominant, la croissance des écarts entre les riches et les pauvres, le rythme accéléré du changement, l’accroissement de la population, l’augmentation de la consommation et la rareté des ressources en sont quelques exemples. Le World Tourism Forum tenu à Lucerne en avril dernier a levé le voile sur les nouvelles réalités qui poussent l’industrie touristique à innover pour gagner en efficacité, tout en préservant la qualité des richesses naturelles. Que nous réserve le futur et quels sont les obstacles et les défis qui guettent nos entrepreneurs?

Que nous réserve l’avenir?

Le tourisme joue un rôle essentiel dans l’économie mondiale. Le World Travel & Tourism Council (WTTC) et Oxford Economics projettent qu’en 2011, l’industrie représentera 6 billions de dollars américains, c’est-à-dire 9,5% du produit intérieur brut mondial, et emploiera près de 260 millions de personnes. Dans 10 ans, on estime que ces chiffres seront respectivement de 9,2 billions de dollars américains pour 324 millions d’emplois.

Par ailleurs, la demande mondiale de pétrole devrait croître d’environ 22% au cours des 20 prochaines années, surtout en Chine, en Inde et dans d’autres économies émergentes. Les transports représenteront 97% de cette augmentation. Ces prévisions signifient que la dépendance des économies du monde par rapport à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sera grandissante, que les processus de forages seront plus coûteux et que les prix seront plus volatils.

À l’avenir, l’industrie touristique aura crucialement besoin de solutions énergétiques efficaces qui lui permettront de soutenir sa croissance, tout en continuant d’offrir des produits et services rentables et abordables.

Les pratiques durables sont essentielles

On observe un désir croissant des consommateurs pour la responsabilité sociale et environnementale, l’interaction et les expériences de voyage authentiques ainsi que les pratiques commerciales équitables. Les entreprises qui s’adaptent à ces nouvelles réalités et qui les intègrent à leur philosophie sont les mieux outillées pour les années à venir. Pourquoi est-ce si crucial?

  • Sans la préservation des ressources naturelles (plages, déserts, montagnes, récifs coralliens, forêts et jungles) et des richesses culturelles (traditions, us et coutumes), l’essence même du produit touristique est compromise.
  • Les pratiques durables peuvent donner de meilleures marges de profits, grâce à des coûts d’exploitation réduits et à un meilleur positionnement auprès des consommateurs.

Bien que la volonté des professionnels touristiques soit au rendez-vous, plusieurs d’entre eux témoignent des défis que représente l’intégration du concept de durabilité dans cette industrie.

Les défis du tourisme durable

Malgré les quelques micro-solutions déployées par les professionnels du milieu, sur une grande échelle, l’industrie touristique continue de faire face à certains défis.

  • La durabilité ne doit pas être exclusive. L’écotourisme ne peut pas, à lui seul, résoudre le problème de la durabilité dans l’industrie touristique. Ce type de voyage s’adresse à un petit marché et n’atteint pas la masse critique nécessaire pour constituer une solution pour les grandes destinations. «It is a micro- solution for a micro problem, it can not be a destination game.» Professeur Ernst A. Brugger.
  • L’industrie touristique est diversifiée. Plus de 80% de l’activité mondiale du voyage est représentée par des petites et moyennes entreprises (PME), dont beaucoup sont situées dans des pays en voie de développement. Or ces PME ont souvent un accès limité à la connaissance, aux ressources et à l’efficacité énergétique. Par conséquent, une partie du défi consiste à tenir compte de la localisation, de la diversité et de la taille des entreprises touristiques.
  • Un investissement à long terme. Au-delà de l’investissement technologique, les investissements éducationnel et institutionnel nécessitent du temps. En effet, la sensibilisation et la formation adéquate de la main-d’œuvre s’étalent sur plusieurs années. De plus, pour qu’un appareil législatif et régulateur atteigne une maturité d’exécution, il faut que le processus soit testé et peaufiné des années durant, voire des décennies.
  • Une perception non fondée. De nouvelles surtaxes environnementales basées sur une perception erronée imposent un fardeau à l’industrie touristique. Celle-ci doit largement communiquer sa grande valeur économique ainsi que ses progrès continus déployés en matière de durabilité, surtout que le voyage contribue relativement peu aux émissions mondiales de carbone. Il est primordial de changer l’image de l’industrie.

Pour réussir à dépasser ces contraintes, certaines conditions telles que l’innovation technologique, la coordination entre les intervenants et la mise en place d’un cadre législatif s’avèrent importantes. Voici des facteurs clés de succès nécessaires pour une transition durable de l’industrie.

  • Favoriser la technologie et l’innovation. L’innovation technologique joue un rôle crucial dans le développement durable. L’organisation mondiale du tourisme estime que plus d’un tiers du potentiel d’atténuation d’émissions de CO2 au cours des 20 prochaines années peut être réalisé grâce à l’innovation, notamment en facilitant les transferts de connaissance des pays développés vers les pays en développement. L’industrie doit se concentrer sur l’expérimentation de nouvelles technologies pour réduire les émissions de carbone, accroître l’efficacité énergétique et recourir à des solutions renouvelables, limitant ainsi les déchets et l’utilisation excessives des ressources naturelles.
  • Coordonner l’implication des intervenants sur tous les plans. La durabilité exige une collaboration entre le gouvernement, les intervenants du secteur privé, les Organisations Non Gouvernementales et les communautés d’accueil. Ces partenariats doivent être menés tant sur le plan micro-économique (hôtels, restaurants, attractions, associations, fédérations et regroupements) que sur le plan macro-économique (transport, routes, infrastructures, sécurité, éducation, etc.). En outre, un leadership et une vision claire doivent guider l’industrie globalement.
  • Investir dans la sensibilisation. Une meilleure compréhension des répercussions des changements climatiques influera sur le choix de consommation des générations futures. Même si le coût et la commodité demeureront des facteurs clés dans les décisions de voyage, les conséquences sur l’environnement deviendront le troisième facteur important pour les entreprises et les particuliers.

Pour soutenir sa croissance économique, l’industrie touristique doit se mobiliser pour trouver des solutions énergétiques efficaces, accessibles et rentables, capables de préserver les ressources naturelles et d’améliorer les expériences de voyage.

 

Source:

– Conférence du World Tourism Forum Lucerne – Avril 2011

Catégories
Gestion Tourisme durable

L’écotourisme, de la théorie à la pratique

Une réflexion sur l’élaboration de nouvelles stratégies de développement touristique mieux adaptées aux milieux et aux sociétés d’accueil s’impose, comme en témoignent les cas suivants (et plusieurs autres) présentés dans le livre L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché. Apprendre des échecs, s’inspirer des bonnes pratiques… pays différents, mêmes enjeux.

Le rôle traditionnel de la population dans le tourisme de masse se résume bien souvent à une simple présence exotique. Lors de la mise en place de projets écotouristiques, un consensus semble se former autour de l’importance des démarches participatives. Faire converger les multiples intérêts des différents acteurs vers un projet rassembleur et construire de véritables rapports équitables avec la communauté locale constituent des enjeux de taille.

Parc national du Mont-Orford au Québec

Christiane Gagnon, professeure au Département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi et codirectrice du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT).

Nathalie Lahaye, maître de conférences à l’Université de Toulouse, Institut universitaire de technologie de Tarbes en France.

L’adoption d’une loi controversée modifiant les limites et les fonctions du Parc national – dans le but de rentabiliser le centre de ski et le terrain de golf par la construction de condominiums et de logements luxueux – illustre la dialectique entre conservation de l’environnement et activités économiques rentables.

Ayant occupé l’actualité pendant près d’une décennie, la saga du Mont-Orford révèle les liens et les sources de conflits entre acteurs, communautés locales, fonctions, développement touristique et aménagement régional. Si l’écotourisme peut être, en théorie, considéré comme une des réponses à la pression touristique qui s’exerce dans un espace protégé et autour de celui-ci, ce mode de valorisation environnementale et économique n’apporte pas toujours les résultats attendus.

On a pu constater la difficulté des parties prenantes à s’accorder sur la valeur des ressources environnementales et des fonctions sociales. La nature très souvent conflictuelle du processus de valorisation d’un territoire – divergences d’intérêts, de valeurs et de représentations entre les acteurs territoriaux, d’une part, et entre l’État et ces acteurs, d’autre part – mène le processus de coordination à un état d’enlisement et de polarisation du conflit et freine la mise en œuvre de solutions écotouristiques innovantes.

L’intégration des communautés locales dans le processus de décision et de gestion du projet constitue un facteur clé qui facilite l’application des principes vertueux de l’écotourisme. La gouvernance participative fait consensus, mais concernant les questions de conservation, on hésite entre la concertation, la consultation, l’arbitrage et la régulation autoritaire.

Lire le cas détaillé du Mont-Orford.

Projet écotouristique Taonaba en Guadeloupe

Nathalie Lahaye, maître de conférences à l’université de Toulouse, Institut universitaire de technologie de Tarbes en France.

Les objectifs socioéconomiques de l’écotourisme ne seront atteints que si les communautés hôtes ont la possibilité de participer activement à la réalisation des projets, de décider et ainsi de contribuer à leur propre développement.

Lancé en 1997, le projet Taonaba consiste à créer une plateforme écotouristique en milieu rural, par une mise en valeur des milieux humides et de la plaine agricole environnante. Après dix ans, le projet stagne car il a été élaboré en dehors de toute interaction avec la population qui, pourtant, vit sur le domaine, y développe une activité agricole et l’utilise à des fins récréatives. Le modèle de gestion adopté par la Ville pour ce projet a reposé pendant de nombreuses années sur la centralité du planificateur, négligeant ainsi toute participation de la communauté hôte. Un sentiment d’éviction et de dépossession, d’un espace vécu et approprié, se développe peu à peu. Des actes de vandalisme et des vols se produisent sur le site. La population ironise sur le projet, qui ne semble pas aboutir, et s’oppose à la poursuite des travaux destinés à l’aménagement des abords du canal.

Face aux échecs de la démarche initiale, la Ville donne une nouvelle impulsion au projet en 2007. Elle reconnaît que la population devrait être impliquée de façon systématique dans la planification, le développement et l’exploitation des activités. S’ensuivent la nomination d’un nouveau responsable du projet, la création d’un comité de pilotage, la tenue de réunions publiques et de discussions autour de l’avenir du projet, la réalisation d’un diagnostic territorial visant à connaître la communauté locale et à identifier les futurs interlocuteurs, l’organisation d’un séminaire de redynamisation du projet autour des thèmes environnemental, touristique et économique, etc.

Trois conditions s’avèrent essentielles pour une participation significative:

  • L’engagement de la communauté – elle doit être déterminée à s’exprimer, à participer et à décider.
  • Une volonté politique de partage du pouvoir décisionnel entre l’État, les collectivités territoriales et les citoyens à toutes les étapes du projet et d’accompagnement de la démarche.
  • Une organisation en réseau – la communication est l’instrument privilégié de cette approche, d’où l’importance de se doter d’une structure qui favorise la coordination des actions, un système d’information efficace et la réunion de compétences diverses.

Un tel processus réclame du temps, de la volonté et de l’organisation. C’est pourquoi le cheminement vers une participation authentique et fonctionnelle commence lentement. Toutefois, les acteurs du projet perçoivent de plus en plus le besoin d’une telle démarche pour garantir l’aboutissement et le succès du projet écotouristique, respectant leurs valeurs et leur culture.

Observation des tortues marines à Trinité-et-Tobago

Dominique Augier, université des Antilles et de la Guyane.

Matura Beach est mondialement reconnu comme un site de nidification des tortues luths. Le développement de l’expérience écotouristique vise à assurer la conservation des tortues marines et à générer des retombées pour la communauté locale avoisinante. Cependant, la protection des lieux cause une inquiétude dans la population quant à la perte de revenus – la viande, les œufs et les carapaces constituent une source de revenus non négligeables – et à la jouissance des lieux pour leurs loisirs. En outre, il s’avère impossible de protéger les sept milles de plage sans la participation des membres du village.

La formation du groupe Nature Seekers en 1990 est issue d’une série de rencontres menées par la Division des forêts pour sensibiliser la communauté à l’importance de l’environnement naturel. Ce groupe, composé des membres de la communauté et soutenu par le gouvernement, a permis de contrer le braconnage en intégrant les anciens braconniers à titre de guides touristiques.

Au fil des années, la structure de gouvernance a évolué et Nature Seekers a diversifié ses activités touristiques en lien avec ses nouvelles missions, notamment la protection et la valorisation des forêts. Cette association à but non lucratif œuvre aujourd’hui dans trois domaines d’intervention: conservation et protection des ressources marines et forestières, appui à l’entrepreneuriat et développement social et communautaire. En 2008, l’équipe était constituée de 38 personnes.

L’État a pour rôle de définir les sanctions et les règles, d’aider à l’application de ces dernières et de fournir l’assistance technique permettant à la communauté d’acquérir les compétences et les connaissances nécessaires à la mise en œuvre de l’activité écotouristique. Il n’existe pas d’accord de gestion entre l’État et la communauté; les deux partis ont plutôt opté pour une gestion adaptative, qu’ils revoient chaque année. Des organisations non gouvernementales assurent une partie de son financement et l’aident à développer des programmes scientifiques.

Ce cas démontre que la réussite d’un projet écotouristique dépend de l’adhésion de la collectivité et que les méthodes communautaires sont plus susceptibles de conduire à un changement que la menace de sanctions.

Selon Christiane Gagnon, faire de l’écotourisme un créneau, dégageant des profits pour ses exploitants, en conjuguant la conservation de l’environnement avec la satisfaction des usagers et des écotouristes, tout en poursuivant des objectifs de développement territorial viable pour les populations locales, constitue l’enjeu même de l’écotourisme.

Source:

– Gagnon, Christiane et al. «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché», sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, collection «Tourisme», Québec, 2010, 259 p.

Catégories
Gestion Tourisme durable

Le cas du Parc national du Mont-Orford

L’analyse du cas du Parc national du Mont-Orford illustre la dynamique des différents acteurs partagés entre les fonctions de conservation et de développement touristique dans l’aménagement d’une aire protégée, les tensions qui en résultent et les enseignements à en tirer. Ce cas est présenté dans L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché par Christiane Gagnon, professeure au Département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi et codirectrice du Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT), et Nathalie Lahaye, maître de conférences à l’Université de Toulouse, Institut universitaire de technologie de Tarbes en France.

Les caractéristiques du Parc national

  • Une aire protégée de 58 km2 abritant les monts Orford, Chauve et Alfred-DesRochers.
  • L’un des plus petits parcs nationaux au Québec, mais dont le taux de fréquentation est parmi les plus élevés du réseau.
  • Situé en territoire urbanisé dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Memphrémagog, à proximité du bassin montréalais et du nord-est des États-Unis.
  • Créé en 1938 à des fins récréatives; à l’époque, des donateurs privés et 27 municipalités ayant souscrit à l’achat de terrains les cèdent au gouvernement.
  • Un des principaux attraits touristiques et un important moteur économique de la région favorisant la villégiature et le récréotourisme.
  • Les principales activités du parc sont le ski, le golf et le camping. Il compte aussi une base de plein air, un centre culturel et musical, des sentiers de randonnées ainsi qu’une grande diversité biologique floristique et faunique.

Le contexte institutionnel et politique

  • 2001 – Modification de la Loi sur les parcs pour ne retenir qu’une seule catégorie de parc, soit celle de parc national, ce qui met côté à côte conservation et récréation extensive. Toute modification aux limites territoriales peut être soumise à une consultation publique.
  • 2002 – Consultation sur la modification du zonage du parc et des orientations de développement à la suite du dépôt par Intermont inc. (compagnie gestionnaire des infrastructures de ski et de golf) d’un plan de développement visant à assurer la relance du centre de ski alpin et du terrain de golf. Divergence au sujet de l’échange de terrains prévu.
  • 2004 – Mandat de consultation par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) à la suite du dépôt du Plan directeur de développement de la station touristique (265 mémoires déposés). Conclusion : examiner d’autres options qui permettent la coexistence des activités dans les territoires sous bail sans porter atteinte à l’intégrité du parc national.
  • 2006 – Adoption du projet de loi 23 modifiant les limites du parc et autorisant la vente de terrains dézonés au secteur privé pour la construction immobilière, et ce, malgré les recommandations du BAPE. Ce projet de loi soulève la colère de la communauté, suscite des hostilités et crée une polarisation dans le conflit.

Les objets du conflit

  • Modifications des limites du parc conduisant à des échanges de terrains pour soustraire du parc des terrains nécessaires à la construction du complexe immobilier visant à rentabiliser le centre de ski.
  • Modalités de valorisation économique du parc et de la rentabilisation du centre de ski.

Les enjeux

  • Intégrité écologique et territoriale quant aux limites.
  • Équité quant à l’accessibilité du parc et de ses infrastructures.
  • Plan de développement visant à relancer la montagne dotée d’installations vétustes et dont les activités sont de plus en plus menacées par les effets des changements climatiques, d’où l’importance du projet immobilier privé et luxueux pour attirer des touristes qui sont de plus en plus exigeants.
  • Projet et échanges de terrains jugés inéquitables par les opposants à la fois écologiquement (diversité moins grande) et socialement (privilèges du promoteur et des propriétaires de condominiums limitant l’accès au patrimoine naturel du domaine public).

La dynamique des acteurs

  • Mobilisation de nombreux protagonistes: promoteur privé soutenu par le gouvernement du Québec et conforté par une loi, acteurs économiques locaux et régionaux qui anticipent de profiter des retombées économiques liées au tourisme et à la construction du complexe récréotouristique, acteurs territoriaux (Ville, MRC, Conseil régional des élus, associations professionnelles) qui défendent souvent une position ambigüe, associations et usagers du parc.
  • Formation d’une coalition d’acteurs, SOS Mont-Orford, qui accuse le gouvernement de privatiser la montagne et de favoriser les amis du parti, voire de créer un précédent mettant en jeu l’intégrité du parc et, potentiellement, celle de l’ensemble des 22 parcs nationaux du réseau québécois.
  • Dégagement d’un consensus hybride, à savoir l’importance du parc pour la qualité de vie de la communauté et des multiples usagers et comme moteur de l’activité touristique.
  • Mobilisation qui s’étend peu à peu à l’ensemble de la population québécoise contre la vente de terrains, la modification des limites du parc et le projet de développement immobilier.
  • Dénonciation de la nature même du projet de développement touristique, bien loin du modèle écotouristique.

L’issue du conflit

En 2007, le gouvernement, devant l’ampleur du conflit, fait volte-face: les terres publiques ne seront pas vendues. Pour se sortir de ce conflit, il confie à la MRC de Memphrémagog le mandat de trouver un projet d’aménagement réconciliateur capable d’allier préservation et développement, par le biais d’un projet écotouristique plus compatible avec la vocation d’un parc national.

En 2008, Québec entreprend un programme de travaux de réhabilitation des composantes naturelles du domaine skiable et du terrain de golf.

En 2009, le dépôt du rapport au gouvernement ne fait pas l’unanimité. Les deux centres d’hébergement de moindre ampleur que le premier, sur des terres privées, sont destinés à garantir la pérennité du centre de ski. Ils sont reliés au domaine skiable par des remontées qui doivent bénéficier d’un droit de passage sur les terres publiques. Pour les opposants, le projet de liaison par télécabine signifie la porte ouverte à tout autre type d’aménagement de la montagne.

L’intensité de la crise a créé «un avant et après Orford».

Les enseignements

Ce conflit illustre:

la difficulté à trouver une voie d’intégration collectivement admise où s’opposent deux grands types de valeurs: la conservation par l’intégrité écologique et territoriale, et la mise en valeur par le développement d’une offre touristique plus moderne;

le manque de compréhension du poids social et historique associé à la montagne en tant que symbole de la beauté des paysages estriens et de la valeur de préservation par l’action des donateurs;

la nature très souvent conflictuelle du processus de valorisation d’un territoire et les divergences d’intérêts, de valeurs et de représentations entre les différents acteurs;

la juxtaposition des mécanismes de décision et de gestion, les limites de la gouvernance non ancrée territorialement, le manque d’articulation entre les échelles territoriales dans un projet initié par l’État;

la force d’une société civile qui s’impose comme acteur incontournable et des groupes de pression obligeant le gouvernement à reculer et à trouver de nouvelles solutions;

le poids du mouvement traduisant la volonté de redéfinir la conservation de la nature dans une forme plus participative;

la défense d’un bien public et de l’équité à l’accès, la détermination populaire de protéger les parcs;

l’insuffisante intégration des communautés locales dans le processus de décision et de gestion du projet;

les nombreux enjeux relatifs au développement durable, soit l’équilibre entre les différentes fonctions éducative, récréative, culturelle et historique, économique, sociale, de préservation et de protection;

le besoin d’une gouvernance territoriale et participative sans polarisation du principe dominant de la rentabilité économique ou celui de l’intégrité écologique;

la fragilité du réseau des parcs québécois, le fait que la protection des parcs nationaux n’est pas totalement acquise, que les limites territoriales peuvent être révisées, et la permanence de protection, remise en cause.

La suite

En mars 2010, le gouvernement du Québec dépose le projet de loi 90 visant d’une part la vente par appel d’offres des équipements de la station de ski et du terrain de golf et, d’autre part, l’intégration des terres publiques au Parc national du Mont-Orford. Ce projet de loi prévoit aussi la fermeture et le démantèlement des installations du centre de ski et du terrain de golf si l’option d’acquisition et de gestion par une entreprise, autre que le gouvernement, n’est pas possible ou non viable. Les 459 hectares du centre de ski et du terrain de golf seront intégrés dans les limites du Parc national du Mont-Orford.

L’appel d’offres consiste en la cession du centre de ski et du terrain de golf pour la somme symbolique de 1$ et en un investissement gouvernemental de 2 MCAD pour moderniser le système d’enneigement des pistes. En contrepartie, l’acquéreur s’engage à exploiter les installations durant au moins cinq ans et à payer une caution de 4 MCAD (exigée par le gouvernement pour s’assurer de la solvabilité des acheteurs).

En octobre 2010, faute d’avoir amassé les quatre millions de dollars exigés en garantie avant la date limite du 30 septembre 2010, le gouvernement du Québec rejette la seule offre déposée à l’intérieur du processus d’appel d’offres, soit celle du groupe Fortune Resort, déjà propriétaire de trois centres de ski au Québec et en Alberta. La balle retourne dans le camp de la MRC de Memphrémagog.

En janvier 2011, le comité administratif mandaté par la MRC de Memphrémagog a déposé au conseil un projet de résolution visant à fonder une société d’économie mixte (SÉM), qui assumera la responsabilité de l’exploitation du centre de ski et du terrain de golf du Parc national du Mont-Orford.

Sources:

– Gagnon, Christiane et Nathalie Lahaye. «Tensions entre conservation et développement touristique – Le cas du Parc national du Mont-Orford (Québec, Canada)», dans L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché, sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, collection «Tourisme», Québec, 2010, p. 11-30.

– Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. Communiqué de presse, 23 mars 2010.

– MRC de Memphrémagog. Communiqué, 19 janvier 2011.

Projet de loi no 90 (2010, chapitre 9). Loi concernant le parc national du Mont-Orford, Éditeur officiel du Québec, 2010.

– Radio-Canada. «Québec dit non au seul acheteur potentiel», 2 octobre 2010.

Catégories
Tourisme durable

L’écotourisme, trois décennies plus tard

Terme galvaudé, concept dénué de son essence même qu’est le milieu naturel, phénomène difficile à quantifier, acteurs multiples aux horizons divers… Au fil des expériences, les approches participatives favorisent un développement plus harmonieux et orientent les projets sur la voie de la réussite. Dans le livre «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», universitaires, chercheurs et spécialistes, sous la direction de Christiane Gagnon, analysent l’évolution du concept de l’écotourisme en plus d’y présenter une dizaine d’études de cas.

La sensibilisation de la population et la protection de l’environnement inscrite à l’agenda de nombreux gouvernements multiplient les projets de conservation et contribuent à l’essor de l’écotourisme.

Les aires protégées servent de produits d’appel et sont perçues aujourd’hui comme des destinations de grande qualité environnementale. L’écotourisme semble la forme de tourisme la plus appropriée aux parcs nationaux.

Remettre les pendules à l’heure

Il s’avère difficile de quantifier les activités écotouristiques. Selon Christiane Gagnon, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi et codirectrice du Centre multiuniversitaire de recherche sur le développement territorial, le préfixe éco est galvaudé et utilisé à toutes les sauces. Étiqueter un projet de cette dénomination exige d’aller voir à l’arrière-scène quelles sont les politiques et les pratiques exercées. Pour Bernard Schéou, maître de conférences à l’Université de Perpignan Via Domitia et chercheur au Centre d’études sur la mondialisation, les conflits, les territoires et les vulnérabilités à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, l’écotourisme est devenu incontournable avant tout parce qu’il est vendeur plus pour les hommes politiques, les experts, les institutions internationales, les journalistes et les universitaires que pour ceux qui le mettent en œuvre dans les destinations.

Avec l’évolution de ce tourisme aux pratiques alternatives et responsables, il semble que ce concept a quelque peu délaissé la base même, qui est le milieu naturel, pour se concentrer essentiellement sur le développement durable. Bernard Schéou souhaite «débarrasser le concept d’écotourisme de toutes les projections qu’il véhicule»:

  • l’emploi du mot, parce qu’il est vendeur, est vidé de sa signification;
  • l’espace naturel est le lieu de l’activité écotouristique;
  • l’écotourisme n’est pas un synonyme de tourisme durable;
  • la composante éducative fait partie intégrante du concept de l’écotourisme.

Pour Christiane Gagnon, l’écotourisme, c’est la conservation et la mise en valeur de l’environnement naturel par le biais du développement durable; au milieu naturel se jouxtent les dimensions environnementales, éducatives, sociales, culturelles et économiques.

L’objectif écologique de l’écotourisme étant la conservation de la ressource à long terme, Bernard Schéou soutient qu’ouvrir des sites, même sensibles à la pression touristique, pourrait être une façon de sensibiliser les touristes et les populations à la protection de l’environnement. Idéalement, l’écotourisme devrait être bénéfique aux aires protégées de deux façons: d’une part, en générant de l’argent pouvant servir à gérer et à préserver les habitats naturels et les espèces; d’autre part, en offrant un moyen permettant d’accroître l’intérêt des usagers pour la conservation tout en distribuant les revenus aux communautés locales.

Multiples intervenants, horizons divers

On ne peut réduire l’écotourisme à la seule dimension de la protection de l’environnement. La question de la gouvernance et de la participation des communautés locales est au cœur de l’écotourisme. Les acteurs territoriaux (opérateurs privés, publics ou associatifs, communautés d’accueil, organisations internationales, gouvernements, autorités locales, touristes) ne parlent pas tous d’une même voix, ni autour d’une même table. Ils ont des attentes et des objectifs tantôt divergents, tantôt convergents. Les divers intervenants souhaitent autant atteindre des objectifs de conservation et de développement durable que faire des bonnes affaires. Les parties reconnaissent la nécessité de partager non seulement les bénéfices, mais aussi les responsabilités.

Hector Ceballos-Lascuráin, architecte environnemental, consultant international en écotourisme et directeur général du Programme international de consultation sur l’écotourisme (PICE), estime que les destinations qui savent assurer une coordination efficace des différents intervenants concernés affichent la meilleure performance dans le domaine écotouristique (p. ex. Costa Rica, Équateur, Afrique du Sud, Kenya, Australie et Nouvelle-Zélande).

L’écotourisme, un créneau favorisant le développement viable des communautés locales

La participation ou gouvernance participative constitue l’une des caractéristiques de l’écotourisme. Elle devrait structurer l’offre. Pour Bernard Schéou, cette démarche, qu’il qualifie de nouvelle religion du monde du développement, est en passe d’acquérir le même statut magique que l’écotourisme. Cependant, même si les approches participatives ne sont pas gagnées d’avance, elles sont tout de même un net progrès par rapport aux approches précédentes qui imposaient un développement à des populations qui n’en voulaient pas. Leur succès repose sur la manière d’envisager la participation, non pas comme un moyen d’atteindre un objectif de développement préalablement déterminé, mais plutôt comme un exercice de liberté, un moyen de maîtriser collectivement son destin. La perspective d’une participation éthique correspondrait à la mise en place de rapports équitables tant sur le plan économique que décisionnel.

Quatre métaprincipes caractérisent ce modèle:

  • la prise en compte et la réponse aux besoins des communautés hôtes;
  • la valorisation de la conservation de l’environnement;
  • la contribution équitable au développement économique local;
  • la génération d’une expérience touristique nouvelle, authentique et responsable, intégrant la dimension éducative de celle-ci.

Les conditions pour que les projets contribuent au développement équitable et viable des territoires peuvent se résumer ainsi: la croissance de l’écotourisme doit être limitée et encadrée; les profits qu’il génère doivent viser à améliorer la qualité des ressources naturelles, culturelles et sociales des communautés locales et des groupes sociaux fragilisés; et les projets d’écotourisme doivent être réalisés par les acteurs territoriaux.

Un prochain texte présentera quelques cas pratiques publiés dans ce livre.

Source:

– Gagnon, Christiane et al. «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, Collection tourisme, Québec, 2010, 259 p.

Catégories
Gestion Tourisme durable

Le développement touristique en milieu rural? Si on en parlait aux principaux intéressés…

Plusieurs études soulignent l’importance de susciter l’adhésion de la population pour ériger les bases d’un développement touristique en harmonie avec le milieu rural. En effet, le tourisme en région est fortement teinté par la «couleur» de la communauté locale, ses habitants faisant partie intégrante de l’expérience touristique. Certains facteurs permettent d’établir un pont avec la communauté, et la viabilité d’un projet repose autant sur sa contribution économique que sociale.

Tout n’est pas «touristique»

Secteurs manufacturiers en difficulté, foresterie en déclin, agriculture en déroute, ressources naturelles épuisées, plusieurs régions se tournent vers le tourisme pour se sortir du marasme économique ou diversifier leurs activités.

Il existe un marché croissant pour les différents produits touristiques en milieu rural: aventure, nature, sport, agrotourisme, ressourcement dans un milieu naturel, rythme au ralenti, contact avec la population, authenticité, gîte chez l’habitant, produits du terroir, patrimoine, apprentissage, artisanat, etc.

Même si le milieu rural a beaucoup à offrir, le tourisme n’est pas une panacée aux difficultés économiques. De plus, ce ne sont pas toutes les régions qui possèdent le potentiel nécessaire pour développer une industrie touristique florissante. Trop souvent, le manque de compréhension de cette industrie permet de croire qu’elle transformera la région en eldorado et fait miroiter des retombées économiques substantielles.

Pour ceux qui se lancent dans cette aventure

Il importe de développer des liens harmonieux avec la population, car elle possède un certain poids décisionnel quant à la viabilité d’un projet et à la qualité de la prestation. En effet, la population locale est beaucoup plus qu’une communauté hôte ou un bassin de main-d’œuvre: elle fait partie de l’expérience touristique et elle peut contribuer à enrichir l’offre. Pourvu qu’elle ait une bonne compréhension des enjeux, qu’elle participe aux processus de planification et de décision, qu’elle ait un certain droit de regard sur le produit. Fédérer la communauté autour d’un projet, c’est lui permettre de devenir acteur plutôt qu’observateur ou dénonciateur.

Louis Jolin, professeur titulaire au Département d’études urbaines et touristiques à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, soulignait lors du Symposium sur le développement durable en mars 2009 que l’adhésion du milieu d’accueil repose sur trois éléments importants:

  • le respect de la communauté, de son identité, de son authenticité;
  • les bénéfices tant économiques que sociaux;
  • la participation du milieu aux décisions.

Pour que la population approuve un projet, il faut aller au-delà des processus d’information et de consultation. Les promoteurs doivent s’ouvrir à une gestion participative avec la communauté et collaborer avec elle à l’organisation de l’activité touristique.

L’acceptabilité sociale découle des principes suivants:

  • le sens de l’éthique (avantages pour toutes les parties concernées);
  • la transparence;
  • une bonne communication (compréhension du projet);
  • la clarté (ne pas susciter des attentes irréalistes);
  • une compatibilité avec l’environnement et les besoins de la population;
  • une viabilité appuyée par une vision à long terme.

Comment y parvient-on?

  • En écoutant la population: elle présente une communauté hétérogène aux intérêts divergents.
  • En comprenant ses valeurs et en les respectant.
  • En préservant les ressources naturelles.
  • En expliquant le tourisme, en expliquant le projet.
  • En établissant une proximité avec le milieu et un lien de confiance.
  • En mettant à contribution les citoyens au début de la démarche de planification.
  • En créant une relation de partenariat.
  • En réduisant les tensions, en amenant les différents partis à travailler ensemble.
  • En utilisant un langage positif.

C’est aussi respecter le principe démocratique, prévenir les conflits, s’assurer de la disponibilité des ressources – car un manque de ressources complique parfois la viabilité d’un projet–, profiter d’une expertise locale pour enrichir l’offre et l’expérience touristique.

Pour que chacun y trouve son compte…

Dans le discours, on met généralement l’accent sur l’apport économique du tourisme et les bénéfices directs générés tels que la création d’emplois et les retombées financières. Or, les facteurs sociaux, trop souvent éludés, ne peuvent être ignorés, car ils représentent des arguments de poids dans les échanges avec la communauté. En effet, tous ne bénéficient pas des retombées directes du tourisme et une attitude positive de la part des exclus résulte des bénéfices sociaux qu’ils peuvent en retirer. En voici des exemples:

  • l’accessibilité aux infrastructures et aux ressources touristiques (transport, loisirs, restauration, etc.);
  • la revitalisation d’un milieu;
  • la mise en valeur des patrimoines culturel et naturel;
  • les services supplémentaires à la communauté;
  • l’amélioration de la qualité de vie et l’épanouissement;
  • le renforcement de l’identité collective, du sentiment de fierté et de la cohésion sociale;
  • la notoriété de la région;
  • la distribution équitable des bénéfices;
  • la maîtrise des répercussions négatives;
  • le frein à l’exil des jeunes et la croissance démographique;
  • les événements et les activités.

Un tourisme responsable

Comme le souligne la définition du tourisme durable dans la Politique touristique du Québec: «Le tourisme durable est un tourisme qui exploite de façon optimum les ressources de l’environnement; respecte l’authenticité socioculturelle des communautés; offre à toutes les parties prenantes les avantages socioéconomiques.»

Sources:

– Briedenhann, Jenny. «Socio-cultural criteria for the evaluation of rural tourism projects – a Delphi consultation», Current Issues in Tourism, vol. 12, no 4, juillet 2009, p. 379-396.

– Hashimotoa, Atsuko et David J. Telfera. «Developing sustainable partnerships in rural tourism: the case of Oita, Japan», Journal of Policy Research in Tourism, Leisure and Events, vol. 2, no 2, juillet 2010, p. 165-183.

– Jolin, Louis. «L’importance de l’adhésion du milieu local et communautaire au produit touristique de la destination», Atelier: communautés, Symposium international sur le développement durable du tourisme, Québec, 17 au 19 mars 2009.

– Koster, Rhonda L. P. et Raynald H. Lemelin. «Appreciative Inquiry and Rural Tourism: A Case Study from Canada», Tourism Geographies, vol. 11, no 2, mai 2009, p. 256-269.

– Tourisme Québec. «Vers un tourisme durable – Politique touristique du Québec», Tourisme.gouv.qc.ca, 2005.

– Tuulentie, Seija. «Tourism Development, Sustainability And Local Communities: Case studies from Finnish Lapland», Atelier: communautés, Symposium international sur le développement durable du tourisme, Québec, 17 au 19 mars 2009.

– Wang, Yasong (Alex) et Robert E. Pfister. «Residents’ Attitudes Toward Tourism and Perceived Personal Benefits in a Rural Community», Journal of Travel Research, vol. 47, no 1, août 2008, p. 84-93.

Catégories
Hébergement Tourisme durable

Tirer des leçons du concept d’écolodge

Il n’est pas nécessaire de prétendre au statut d’écolodge pour se laisser inspirer par sa philosophie, que ce soit pour l’harmonie avec l’environnement, l’ancrage dans la communauté ou l’éducation des clientèles. Comprendre le concept constitue la première étape d’un cheminement vers l’écohébergement, repenser sa façon de faire, la deuxième et, qui sait, en récolter fierté et bénéfices par la suite.

En quoi consiste le concept d’écolodge ?

La construction d’écolodges un peu partout à travers le monde vient du fait que les communautés autochtones considèrent l’écotourisme comme une façon durable de promouvoir leur mode de vie et de préserver leur culture ainsi que la biodiversité. Il s’agit d’un concept plutôt récent (environ dix ans), mais bien défini, même s’il n’existe pas encore de certification reconnue pour ce type d’établissement. Une définition généralement acceptée est celle de Hitesh Mehta, auteur du livre International Ecolodge Guidelines:

«Un écolodge est une infrastructure d’accueil, de 5 à 75 chambres, financièrement durable, construite dans un souci d’harmonie avec la nature et dont l’impact sur l’environnement est par conséquent minime. Il contribue à protéger les espaces environnants fragiles, implique les communautés locales et leur permet de générer des bénéfices, offre aux touristes une expérience interprétative et interactive, et s’avère propice à une communion spirituelle entre nature et culture. L’écolodge est pensé, conçu, construit et exploité en accord avec des principes environnementaux et sociaux responsables.»

Atout France cite encore cet auteur, selon qui l’écolodge doit respecter trois principes fondamentaux:

  • la conservation patrimoniale;
  • les retombées positives pour les communautés locales;
  • l’interconnaissance entre le visiteur et la population d’accueil.

Voici d’autres critères de reconnaissance d’un écolodge qui peuvent être applicables à n’importe quel lieu touristique:

  • la participation à la conservation de la faune et de la flore;
  • la collaboration avec la communauté locale;
  • les programmes d’interprétation éducatifs pour les employés et les touristes liés à la richesse naturelle et culturelle de l’environnement;
  • l’utilisation de solutions de rechange pour la consommation économique de l’eau;
  • les dispositifs de réduction et de recyclage des déchets;
  • l’utilisation de ressources renouvelables en énergie;
  • la construction privilégiant matériaux et techniques traditionnels ou leur contrepartie contemporaine;
  • la réduction maximale des répercussions sur l’environnement pendant la construction;
  • l’immersion dans l’environnement physique et culturel et le respect de l’architecture traditionnelle;
  • la contribution au développement durable des communautés locales à travers des programmes d’éducation et de recherche.

En fait, l’objectif dans plusieurs cas est que le site soit en meilleur état après la construction. Pour ce, on procède de plusieurs manières: on reboise, on améliore la qualité de l’eau, on enrichit les sols, on protège la faune, on instaure des programmes de restauration, etc.

Puisque la construction des écolodges est en lien avec les contextes économique et touristique du pays, les enjeux ne sont pas les mêmes s’ils se trouvent au Canada ou en Amazonie, par exemple. Pour les pays en voie de développement, l’écolodge permet une valorisation et le développement des communautés locales. Alors que pour les pays comme le Canada, les États-Unis et l’Australie, il représente davantage un mode de séjour «alternatif» respectueux de l’environnement.

Deux concepts aux antipodes, deux clientèles distinctes

Hector Ceballos-Lascuráin, un réputé auteur sur le sujet, consacre une section sur le concept d’écolodge dans son avant-propos du livre L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché. L’hébergement à forfait peut prendre diverses formes et le tableau suivant présente les principales différences entre un établissement de villégiature traditionnel et un écolodge.

Concept_ecolodge_tableau1

Source: Hector Ceballos-Lascuráin, «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», p. XIII – adapté de Hawkins et al. «The Ecolodge Sourcebook for Planners and Developers», 1995.

Le concept d’écolodge est plus répandu dans d’autres régions du monde comme le Costa Rica ou l’Australie. Plus près d’ici, deux établissements mettent ces principes en valeur.

– Le Cree Village Ecolodge reflète les valeurs culturelles et morales de la nation crie de l’Eeyou; il est situé sur l’île de Moose Factory, en Ontario, et est géré par des membres de la communauté.

Concept_ecolodge_image1

Source: Cree Village Ecolodge

L’ÉCOlodge Matagami est situé près du 50e parallèle; il offre un hébergement conçu selon des normes environnementales élevées, tout en misant sur le confort et la qualité des infrastructures.

Les principaux attraits de l’écolodge résident dans la qualité de l’environnement immédiat, son emplacement naturel, la possibilité de pratiquer des activités dans la nature et d’établir un contact rapproché avec la culture locale. Son intégration comporte un minimum d’effets négatifs sur le milieu. À l’inverse, l’hébergement traditionnel présente principalement des aménagements et des activités artificiels. Ce dernier ne devrait-il pas s’inspirer davantage des principes de l’écolodge?

Sources:

  • Atout France – Grand Angle. «L’hébergement en espace sensible: les écolodges», numéro 18, janvier 2010.
  • Blangy, Sylvie et Mehta, Hitesh. «Ecotourism and ecological restoration», Journal for Nature Conservation, volume 14, mai 2008.
  • Collectif. «L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux: entre conservation, participation et marché», sous la direction de Christiane Gagnon, Presses de l’Université du Québec, Collection tourisme, Québec, 2010, 259 p.

Sites Web:

Catégories
Ressources humaines Tourisme durable

Faites de vos employés des acteurs du développement durable local

On n’insistera jamais assez sur l’importance de l’engagement des employés. C’est un enjeu d’actualité pour les établissements hôteliers québécois, pour qui les difficultés de recrutement ne feront que s’accentuer au cours des prochaines années. Il en a d’ailleurs été question lors du Congrès annuel de l’Association des hôteliers du Québec (AHQ), qui s’est déroulé les 7 et 8 février dernier à Québec.

Il y a 6 ans, Gallup Consulting réalisait un sondage auprès de 1,5 million d’employés, révélant que 54% d’entre eux n’étaient pas attachés à leur entreprise et 17% étaient activement désengagés. Est-ce vraiment différent aujourd’hui?

Selon Christine Maassen, vice-présidente senior ressources humaines, à SilverBirch Hotels & Resorts, l’engagement des employés constitue l’un des défis majeurs des hôteliers québécois, en prévision de la pénurie de main-d’œuvre à l’horizon 2025. Rappelons que l’engagement ou la mobilisation se traduit par un lien émotif et intellectuel qu’un employé développe pour son emploi. Les avantages sociaux contribuent grandement à la fidélisation des employés. Cependant, il existe d’autres moyens favorisant la rétention. L’un d’eux consiste à intégrer le personnel dans des actions sociales et environnementales au sein de leur communauté.

Favoriser la mobilisation par des actions locales de développement durable

Des démarches durables semblent appropriées; Hervé Houdré, directeur général de l’hôtel Intercontinental Barclay à New York, l’a très bien compris. Pionnier en la matière, il a présenté lors du dernier congrès de l’AHQ de nombreux projets qu’il a entrepris avec ses employés. C’est surtout à l’Intercontinental Willard à Washington, son ancien employeur, qu’il a pu mener à bien ses initiatives. En plus de financer des projets dans les pays sous-développés, il s’est engagé avec son équipe à soutenir des initiatives locales: nettoyage de la rivière Anacostia à Washington, financement de puits d’eau pour des familles démunies à l’extérieur de la ville, adoption de trois écoles locales et plantation d’arbres autour de l’hôtel. Grâce à ces actions, les employés se sont sentis plus concernés et ont développé un sentiment de fierté.

Source: «Sustainable Development in the Hotel Industry », Cornell University.

Agir pour le bien-être des communautés contribue à rallier les employés à leur entreprise. Nicolas Dominguez, directeur de l’hôtel boutique Esencia Estate sur la côte du Yucatán, fait participer ses employés, pour la plupart indigènes, à des cérémonies autochtones organisées dans son établissement. Ils peuvent alors faire connaître leur culture et traditions aux touristes, permettant de les conserver et de les perpétuer. Dominguez explique qu’ils en retirent beaucoup de fierté.

Source: Lodge Magazine.

À ses débuts, la démarche de Dominguez visait à inciter la clientèle à visiter les communautés indigènes. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit. Il utilise le terme culturally green pour définir «l’intégration de la culture locale dans les opérations d’un établissement».

Des actions simples et des résultats éloquents pour les petites entreprises

Un hôtel indépendant ou de petite taille peut entreprendre des actions très simples et peu coûteuses. Un cabinet américain de consultants en développement durable, The Natural Strategies Group, a fait appel à Wheelabrator Technologies, qui reprend gratuitement ses sacs de café vides pour les brûler afin de produire de l’électricité pour les habitations du New Hampshire. Cette action peut être reproduite dans n’importe quel établissement, pour le café servi aux clients ainsi que pour celui des employés.

Un sondage de Brighter Planet en février 2010, mené auprès de 1055 répondants, révèle que les employés accordent plus d’importance aux actions de développement durable de leur entreprise lorsque celle-ci est petite. Ils ont aussi davantage tendance à être heureux et productifs quand leur employeur les intègre dans la démarche.

Des initiatives déjà existantes au Québec

Pour le compte de l’AHQ, la firme GPS Tourisme a réalisé une étude sur la compétitivité du parc hôtelier québécois. Parmi les facteurs favorables à la compétitivité figurent «les grands potentiels de mobilisation du personnel à travers les initiatives de développement durable».

Des hôteliers québécois ont intégré une démarche participative dans leur politique de développement durable. Le tiers des employés de l’hôtel Val-des-Neiges ont participé en 2010 au programme Défi Climat en changeant leurs habitudes au travail et à la maison. Ils ont organisé des collectes de vêtements, priorisé le compost à leur domicile, évité de faire tourner le moteur de leur voiture inutilement et arrêté de surconsommer et d’acheter des produits suremballés ou emballés avec des matières non recyclables. Ces simples gestes ont permis de réduire les émissions de CO2 équivalant à la consommation de onze voitures par année. Ils ont aussi nettoyé bénévolement le terrain des loisirs de Beaupré. Selon la directrice de l’établissement, «le but était bel et bien de motiver les employés».

Source: L’Autre Voix.

Pour la Journée mondiale de l’eau en 2009, le personnel de Vacances Transat a participé au nettoyage des berges du fleuve Saint-Laurent. En 2010, il a collaboré au nettoyage du parc Mont-Royal et planté des espèces d’arbres indigènes afin de restaurer des secteurs dégradés de la montagne.

Une participation «responsable» synonyme de mobilisation

Pour Hervé Houdré, il est important d’impliquer tous les employés dans ces projets. De plus, en raison de la rotation du personnel, il est crucial de s’assurer que la stratégie soit implantée dans la culture de l’hôtel. La manière la plus efficace de faire participer tout le personnel est de montrer que les projets initiaux ont été couronnés de succès. Au-delà de cet objectif, chacun doit apporter sa propre contribution et être convaincu par ce qu’il accomplit.

L’employé qui collabore au bien-être de sa communauté à travers son emploi est inévitablement fier et susceptible d’adhérer pleinement à la culture de l’entreprise. De plus, si de par sa participation découle un sentiment d’utilité, il se mobilisera davantage et deviendra un employé fidèle!

Sources

– Association des hôteliers du Québec, «Compétitivité du parc hôtelier québécois : État de situation», GPS Tourisme, janvier 2011.
– Cochrane Marc, «Des employés verts à l’hôtel Val-des-Neiges», L’Autre Voix, mai 2010.
– Cooney Scott, «Employee Engagement Around Sustainability–Survey Results from Brighter Planet», février 2010.
– Courtland Matthew, «Sustainability Programs Must Engage Employees», novembre 2010.
– Henning Jeffrey, «Employee Engagement Survey: The Gallup Q12», juin 2009.
– Houdré Hervé, «Le développement durable», conférence lors du congrès de l’Association des hôteliers du Québec, Québec, 7 février 2011.
– Houdré Hervé, «Sustainable Development in the Hotel Industry», The Center for Hospitality Research, Cornell University, août 2008, 24 pages.
– Maassen Christine, «Les ressources humaines», conférence lors du congrès de l’Association des hôteliers du Québec, Québec, 7 février 2011.
– Parkinson John, «Incorporating « Cultural Greening »», décembre 2010.
– Vacances Transat, «Rapport 2010 de responsabilité d’entreprise de Transat», 2010.

Catégories
Hébergement Tourisme durable

Des hôtels qui ont pris le virage durable

La responsabilité environnementale et sociale d’une entreprise n’est pas une mode; malgré les fluctuations économiques, les clients sont sensibilisés au développement local et durable des organisations. Des hôtels l’ont compris et redoublent d’astuces pour verdir leurs services et soutenir la communauté. Voici quelques exemples de bonnes pratiques observées dans le secteur de l’hôtellerie.

L’offre verte s’organise

La U.S. General Services Administration (GSA) a annoncé en septembre 2010 un plan pour réduire de 25% les émissions de gaz à effet de serre provenant de la permutation de ses employés et des voyages d’affaires. Les agences fédérales planifient également faire séjourner leurs employés uniquement dans les établissements certifiés LEED.

Des agences de voyages en ligne commercialisent les hôtels engagés dans une démarche environnementale. Par exemple, Orbitz met de l’avant les hôtels adhérents à Energy Star aux États-Unis en plus de critères ecofriendly, tels que l’utilisation d’énergie renouvelable, de produits non toxiques, et l’appui à des organisations environnementales. En outre, elle indique sur son site Eco les hôtels certifiés LEED. Travelocity affiche plus de 1900 hôtels sous sa bannière écoresponsable et travaille conjointement avec plusieurs programmes de certification.

De petites et grandes actions en hôtellerie

Les initiatives ponctuelles se multiplient et les programmes plus englobants aussi. Le projet pilote «Hotel Energy Solutions», soutenu entre autres par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Association internationale des hôtels et restaurants (IH&RA) en est un exemple. Il a comme objectif d’accroître la compétitivité du secteur de l’hébergement en Europe en misant sur l’efficacité énergétique. Quatre destinations figurent dans ce projet: Palma de Mallorca (Espagne), Bonn (Allemagne), Strandja (Bulgarie) et la « destination montagne » de Haute-Savoie. Un service-conseil, du soutien technique et des outils sont proposés aux participants.

Plusieurs établissements d’hébergement montrent la voie au secteur en instaurant un programme environnemental complet tandis que d’autres cumulent les initiatives pour s’engager dans une démarche responsable. Voici des exemples de bonnes pratiques d’ici et d’ailleurs.

  • La Tablée des Chefs mobilise des chefs, cuisiniers et traiteurs du Québec dans des causes sociales et environnementales. L’organisme offre un service de courtage en alimentation durable pour les organismes communautaires locaux accrédités par les Banques alimentaires Québec. Concrètement, il récolte les surplus alimentaires dans les hôtels et les restaurants ou lors d’événements. Il les redistribue ensuite, de façon ponctuelle ou sur une base régulière, aux personnes dans le besoin.
  • Le Bristol, à Paris, traite les déchets des cuisines à l’aide d’un déshydrateur thermique afin d’obtenir de l’eau (lavage des planchers) et de la matière sèche (engrais).
  • Le site Internet Echo de Vail Resort, au Colorado, présente les efforts environnementaux de l’entreprise, ses actions de charité et le bénévolat des employés sur le centre de villégiature et dans la communauté. Une section dédiée aux employés les informe des possibilités de bénévolat et sert de plate-forme collaborative sur le sujet.

Hotels_durables_image1

Source: Vailresortsecho.com

  • Grâce à l’instauration d’un programme de gestion de l’eau, chaque chambre de l’hôtel Andaluzau Nouveau-Mexique consomme seulement 93 gallons d’eau par jour comparativement à 200 gallons, soit la moyenne par chambre selon la Florida Department of Environmental Protection.
  • Le centre de villégiature Equinoxe au Vermont s’est engagé dans une voie marginale d’énergie de remplacement en s’associant avec le programme « Cow Power », un regroupement de six fermes à travers le Vermont qui produit du biogaz à partir de fumier. Le centre de villégiature subvient ainsi partiellement à ses besoins énergétiques en alimentant deux de ses établissements.
  • Le Meurice, un hôtel de luxe parisien, a découvert grâce à son premier bilan carbone (outil pour comptabiliser les émissions de gaz à effet de serre) que 40% de sa consommation énergétique était liée à ses achats de produits rares et importés en cuisine. Ainsi, les propriétaires devront réfléchir à une façon de garder les mêmes standards en réduisant leur impact environnemental.
  • Au Solar Hôtel à Paris, le bilan carbone est effectué annuellement en même temps que le bilan financier. Parmi les actions entreprises, on compte l’installation de panneaux solaires photovoltaïques sur la façade, de trois récupérateurs d’eau de pluie pour arroser les jardins et le trottoir ainsi que pour alimenter quelques toilettes, le prêt de vélos, l’offre de déjeuners 100% biologiques, l’affichage de cartes explicatives dans les chambres des clients, l’utilisation de réducteurs de débit d’eau, la collecte sélective des déchets dans les corridors et la mise sur pied d’un programme de soutien aux jeunes et aux artistes.

Hotels_durables_image2

Source: Solarhotel.fr

  • Le Comfort Inn and Suites à Boston a entamé un processus écologique qui consiste à recycler des débris de construction, à remplacer des bouteilles en distributeurs de savon, à sensibiliser la clientèle au compostage en les incitant à trier eux-mêmes leurs déchets, à installer un système de nettoyage ionisé dans la piscine, à choisir des plantes indigènes pour réduire l’apport d’eau et à fournir une navette fonctionnant au gaz naturel pour transporter les clients de l’aéroport à l’hôtel.
  • L’hôtel boutique Stadthalle à Vienne s’alimente exclusivement en énergies renouvelables et offre un rabais vert de 10% aux clients arrivant en vélo ou en train ainsi qu’aux clients fidèles.

Hotels_durables_image3

Source : Hotelstadthalle.at

Un changement opérationnel se produit grâce à un changement comportemental. Les dirigeants qui croient aux innovations durables apporteront des modifications opérationnelles structurantes, transmettront leur vision aux employés qui les transmettront à leur tour aux clients. Plusieurs hôteliers québécois affichent une longueur d’avance dans ce domaine, mais on constate que les actions liées à la responsabilité environnementale ne sont pas systématiquement mises en œuvre dans l’ensemble du secteur.

Sources:

A. Mc Neill, Laura. «A Green Transformation», Lodging Magazine, juillet 2010.

Hôtel boutique Stadthalle. «Le premier hôtel urbain au monde avec une consommation énergétique nulle» Hotelstadthalle, 2010.

Chevalley, Sarah. «Labels et certifications vertes, le nouvel engagement», L’Écho touristique Hors-série, juin 2010, p.18.

Good Planet, «Du Palace au gîte, l’hôtellerie se met au vert», GoodPlanet.info, 3 juillet 2010.

Eco Green Hotel «Hotel Cuts Water Use Nearly 80%», EcoGreenHotel.com, 2010.

Echo Vail Resorts

Environmental Leader. «Vermont Resort Cuts Carbon Footprint with “Cow Power”», Environmentalleader.com, 28 juillet 2010.

Hotel Energy Solutions

La Tablée des Chefs

Rufus, Anneli, «Cash-Crunched Resorts and Hotels Find That Going Green is a Good Way to Scrimp on Money», AlterNet, 12 août 2010.

Solar Hotel

Catégories
Gestion Tourisme durable

Les pratiques environnementales dans les hôtels

Un sondage récent montre que 44% des hôteliers américains sont membres d’un programme de certification environnementale ou sont en voie de l’obtenir. De plus en plus d’hôtels adoptent des pratiques environnementales, allant d’actions simples jusqu’à la certification, pour réduire les coûts, améliorer leur service, innover, acquérir de la notoriété et contribuer au bien-être de la société.

L’American Hotel & Lodging Association (AHLA) a publié les résultats de son sondage 2010, effectué auprès de 9000 établissements hôteliers aux États-Unis. Le tableau ci-dessous présente quelques statistiques portant sur les pratiques environnementales les plus répandues.

Évolution des pratiques environnementales dans les établissements hôteliers américains¹

 

Pratiques_environnementales_hotels_tabl1

¹9000 établissements hôteliers ont été sondés en 2010 (18% du secteur hôtelier des États-Unis), par rapport à 10 350 établissements en 2008 (23% du secteur).

L’augmentation de chacune des pratiques est indéniable, exception faite du système de gestion énergétique dans les chambres, qui affiche une légère baisse. Aussi, seulement 6% des répondants disposaient de distributeurs automatiques de savon liquide dans les salles de bain, soit le même résultat qu’en 2004, comparativement à 22% en 2008. Le secteur ne s’est donc visiblement pas approprié cette pratique pour réduire le nombre de bouteilles de plastique individuelles.

Le rapport soutient aussi que 44% des répondants sont en voie d’obtenir ou sont membres d’un programme de certification. La proportion d’adhérents pour certains segments hôteliers se décline comme suit:

  • 71% des hôtels de luxe;
  • 59% des resorts;
  • 40% des propriétés indépendantes.

La popularité des certifications environnementales

Le programme de certification tourisme vert, bien implanté au Royaume-Uni auprès de 3500 entreprises (Green Tourism Business Scheme), a inspiré plusieurs destinations. Récemment, la société ETHOS «BC Partnership for Sustainable Tourism Society» a obtenu un permis lui donnant le droit de piloter ce projet auprès de 24 entreprises dans l’Ouest canadien. Ce programme vise la certification de tous les secteurs touristiques. Des indicateurs de performance spécifiques au Canada sont en développement, entre autres sur l’énergie, la préservation de la nature, l’implication de la communauté et l’utilisation de produits locaux. Plusieurs certifications environnementales existent au Canada. Pour obtenir plus de détails, lire: Les tendances en matière d’adhésion à des labels écologiques dans les hôtels canadiens.

Aux États-Unis, 18 États offrent un programme environnemental pour les hôtels. Les participants au programme de certification des hébergements verts du Maine (Green Lodging Certification Program), dont la moyenne de chambres se situe à 33, économisent chaque année 10 600 USD en électricité.

À ce jour, près de 50 hôtels de la chaîne hôtelière Marriott International sont enregistrés ou certifiés LEED, et la chaîne projette que 300 autres hôtels seront certifiés d’ici cinq ans. Cette dernière fait office de pionnière avec son prototype hôtelier LEED, en partenariat avec le U.S. Green Building Council (USGBC).

Pratiques_environnementales_hotels_image1

Source: news.marriott.com

La certification environnementale assure une meilleure crédibilité à l’entreprise et offre aux membres la reconnaissance, des outils, des étapes à suivre et souvent, une évaluation de site agréée par une organisation indépendante.

La consommation énergétique du secteur

Pratiques_environnementales_hotels_image2Le secteur de l’hébergement s’avère la deuxième plus grande source d’émissions de carbone de l’industrie touristique après le transport. Selon des données de l’Office de l’efficacité énergétique (OEE) de Ressources naturelles Canada, le secteur de l’hébergement et de la restauration constitue la branche ayant le plus haut taux d’intensité énergétique dans le secteur commercial et institutionnel (2,64 GJ/m² d’énergie en 2007). Un virage environnemental s’avère un avantage compétitif présentement, mais tend à devenir un standard pour le secteur en entier.

Source: Gamlao.se/daniel

Mesurer ses impacts

Dès le départ, il est impératif de mesurer sa consommation d’énergie. La quantification de chacune des actions posées permettra de cibler les postes de dépenses majeurs: scruter les factures mensuelles d’électricité ou encore faire appel à un expert pour qu’il effectue des vérifications. Selon l’OEE, des rénovations énergétiques et des modes d’opération optimaux dans les bâtiments existants peuvent faire économiser 20% d’énergie en moyenne. L’Office indique les étapes à suivre pour faire diminuer la consommation énergétique des bâtiments. Le graphique suivant présente la déclinaison des postes de dépenses énergétiques dans les hôtels américains.

Graphique 1. Utilisation de l’énergie dans les hôtels américains

 Pratiques_environnementales_hotels_graph1

Sources: Hotel-online.com/News

La mise sur pied d’une équipe de vérification pour améliorer les comportements et les procédures mis en place dans chacun des départements peut s’avérer une solution de départ. Pour obtenir des idées d’actions simples à effectuer pour réduire votre consommation d’énergie, lire: Les hôtels passent au vert.

Quels sont les volets à travailler?

Les chaînes hôtelières assument de plus en plus leurs responsabilités face à l’environnement. Les petits et moyens établissements suivent en adoptant des pratiques usuelles: gestion de l’énergie, de l’eau et des déchets. Par ailleurs, plusieurs se démarquent au-delà de ces pratiques de base. Toutefois, ces derniers affrontent certaines barrières, selon plusieurs experts: contraintes budgétaires, manque de connaissances, confusion au sujet de la pertinence d’un virage opérationnel durable, absence de coordination et de soutien.

Voici quelques volets à considérer pour l’entreprise qui veut redéfinir ses orientations vers une durabilité économique, sociale et environnementale:

  • eau: système de buanderie à l’ozone, récupération d’eau de pluie, choix de plantes indigènes;
  • déchets: réduction de la consommation matérielle, réutilisation, recyclage et compostage;
  • énergie: système de contrôle dans les chambres, appareil informatique, énergies renouvelables;
  • éducation/sensibilisation: formation, bénévolat et engagement des employés, sensibilisation et implication des clients, formation des gestionnaires par des séminaires;
  • qualité de l’air: produits nettoyants non toxiques;
  • biodiversité: protection de la faune et de la flore;
  • patrimoine: préservation de l’héritage patrimonial;
  • transport: navette, transport en commun;
  • gestion: vision intégrée, mise sur pied d’un comité environnemental et d’un plan de gestion d’opérationnalisation durable des activités, procédures et politiques;
  • communauté: soutien de la vision de la communauté, achat de produits locaux, fournisseurs, main-d’œuvre et partenaires d’affaires régionaux.

Une prochaine analyse présentera des établissements hôteliers qui se démarquent sur le plan environnemental.

Sites Internet de programmes de certification:

Audubon Green Leaf Eco-Rating Program

Conseil du bâtiment durable du Canada (LEED)

Energy Star au Canada

Programme d’évaluation écologique Clé verte

RéserVert

Incitatifs financiers et sites portant sur les énergies renouvelables:

Association canadienne de l’énergie éolienne

Association canadienne de l’énergie solaire

Incitatif écoÉNERGIE Rénovation pour les bâtiments

Projet d’innovations IDÉE (Hydro-Québec)

Sources:

Association de l’industrie touristique du Canada, Commission canadienne du tourisme et Parcs Canada. «Pour une entreprise écosensible: Trousses à outils pour les entreprises touristiques», 2008.

Deloitte. «The staying power of sustainability: Balancing opportunity and risk in the hospitality industry», Tourism, Hospitality and Leisure, 2008.

Hasek, Glenn. «AH&LA’s 2010 Lodging Survey Covers Many Green Subject Areas», Greenlodgingnews, 2 septembre 2010.

Hasek, Glenn. «One Word to Describe Peter Cooke’s Impact on State Green Certification Programs: “Measurable”», Greenlodgingnews, 9 août 2010.

J. Cordero, Marcos. «10 Green Business Practices That Will Save Your Hotel $8,021 Per Employee», septembre 2010.

Jonas, David. «GSA Targets 25 Percent Cut In Business Travel Emissions», Travel Management, 10 septembre 2010.

Marriott News Center. «Marriott Leads the Industry with the First LEED Green Hotel Prototype», Marriott, 23 juillet 2010.

Office de l’efficacité énergétique. «Évolution de l’efficacité énergétique au Canada de 1990 à 2007», Ressources naturelles Canada.

Tjolle, Valere. «Green tourism model for Canada, 17 juillet 2010», 17 juillet 2010.

Van Haaster, Merel et Danuta de Grosbois. «Environmental Initiatives in Bed and Breakfast Establishments in Canada: Scope and Major Challenges with Implementation», Tourism and Hospitality Planning & Development, vol. 7, no 2, p.179-193, mai 2010.

Catégories
Tendances Tourisme durable

Écotourisme urbain: des villes se réapproprient leur héritage naturel

Souvent contesté et encore peu mis en pratique, l’écotourisme urbain offre de nouveaux modes de gestion et de développement de l’activité touristique en ville. C’est une manière de verdir son image en utilisant et en préservant les richesses environnementales et humaines des destinations. Quelques villes explorent déjà cette voie et peuvent en inciter d’autres à créer et améliorer leur offre touristique. L’expansion des villes a chassé la nature, il est peut-être temps de la réintégrer!

Écotourisme urbain: émergence d’une nouvelle offre touristique

L’OMT considère l’écotourisme comme un segment de marché du «tourisme durable» favorisant l’observation, l’appréciation, l’interprétation, l’éducation et l’étude du milieu naturel, de ses paysages, de sa faune, de sa flore et de ses habitants. Or, cette définition limite la portée de l’écotourisme ainsi:

  • La superficie des sites non habités est restreinte.
  • L’aspect éducatif est limité à une population qui est déjà «convertie» aux principes du développement durable, puisqu’elle entreprend déjà ce genre de voyage.
  • D’un point de vue puriste, l’écotourisme doit protéger les espaces naturels. Or, il les rend accessibles et ne garantit en rien l’absence totale d’impacts écologiques ou sociétaux. Sa venue provoque même parfois le développement d’infrastructures d’hébergement et de transport aux alentours de ces zones fragiles.
  • La viabilité économique du modèle de gestion peut être menacée, car la croissance est limitée par un volume qui se veut de petite échelle.

Convaincus que ce sont davantage les pratiques plutôt que le milieu visité qui influent le plus sur la «durabilité» des ressources, plusieurs experts proposent une forme plus élargie de l’écotourisme: l’écotourisme urbain.

Selon eux, ce concept présente certains avantages si on le compare à l’écotourisme traditionnel, tels que l’utilisation d’une infrastructure déjà existante, le potentiel d’éduquer et de sensibiliser un plus grand nombre de visiteurs ainsi que les résidants aux pratiques durables. Il offre aussi une structure financière plus viable, vu qu’il dépend moins de la saisonnalité dont souffrent souvent les sites naturels et qu’il permet d’atteindre une plus grande capacité d’accueil.

Exemples de développement de l’écotourisme dans un contexte urbain

Source: penguins.co.nz

Oamaru est une ville située sur la côte est de la Nouvelle-Zélande qui a développé un projet écotouristique urbain basé sur la conservation et l’observation des pingouins «The Oamaru Blue Penguin Colony». La colonie de pingouins a vu le jour lorsque certains de ceux-ci ont utilisé une ancienne carrière comme lieu de nidification. Des volontaires ont alors décidé de nettoyer la zone et de l’ériger comme habitat de reproduction des pingouins. Aujourd’hui, le site est l’attraction touristique la plus importante d’Oamaru et est visitée par plus de 75 000 personnes par an.

Le site offre deux types de visites: un tour de jour pour observer les nids des pingouins et une visite nocturne commentée pour assister à leur retour sur la plage au coucher du soleil. Cette dernière est importante pour la région, car elle génère des nuitées supplémentaires, les visiteurs dormant très souvent en ville après l’activité.

Les pingouins font l’objet d’un suivi quotidien et une deuxième colonie située à proximité, mais non accessible au public, permet de comparer et de mesurer les impacts du tourisme sur le développement de la colonie.

Source: sanctuary.org.nz

En 1995, la «Karori Reservoir Wildlife Reserve» a vu le jour dans une vallée boisée à Karori, à 10 minutes du centre-ville de Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande. La réserve est un sanctuaire pour plusieurs espèces animales rares et menacées d’extinction, dont certaines ont été déménagées et réintroduites sur le site. Le programme de cette restructuration écologique s’étend sur 500 ans et a pour ambition de rendre le site aussi près que possible de ce qu’il était avant l’arrivée des humains.

La réserve est une OBNL gérée par un groupement communautaire et a ouvert ses portes aux visiteurs en 2001. Des tours guidés y sont organisés, incluant des visites nocturnes et à l’aube. Le Visitor Centre renseigne les touristes sur la géologie ainsi que sur l’histoire naturelle et humaine de la réserve. Ces derniers peuvent même participer au projet en devenant membre de la réserve ou en effectuant du bénévolat. La réserve, également désignée Zealandia, est devenue une attraction touristique importante pour Wellington et a inspiré d’autres projets à travers le pays tel  que l’écoattraction «Maungatautari Restoration Project».

Des idées urbaines qui flirtent avec l’écotourisme

Certaines destinations ont osé mettre sur pied des projets qui pourraient, dans une certaine mesure, être assimilés à l’écotourisme. La créativité, l’originalité et la vocation de ces initiatives sont très inspirantes.

Source: jardindart.com

À titre d’exemple, dans le but de varier son offre écotouristique et de sensibiliser le public à la conservation de la nature, le Maroc s’est doté d’un Festival de l’art du jardin: le Jardin’Art. Cette manifestation culturelle, scientifique et éducative est dédiée à l’univers du jardin et aux différents métiers du jardinage. L’évènement consacre une large place à l’éducation environnementale et à l’écotourisme, aux activités pédagogiques et ludiques, ainsi qu’à des ateliers artistiques destinés aux enfants. Conférences, tables rondes et projection de films sont au programme pour sensibiliser le public et les visiteurs à la richesse et à la valeur patrimoniale, historique et écologique des espaces verts. L’évènement se décrit comme une œuvre éphémère qui vise un impact durable. L’édition 2009 était une réflexion stratégique sur la thématique «jardins et écotourisme».

Source: inhabitat.com

Cette fois, cap sur la Suisse où un musée des arbres vient d’ouvrir ses portes sur le terrain d’un monastère datant du 14e siècle dans Rapperswil-Jona, la ville des roses sur le lac de Zurich.

Le moins qu’on puisse dire est que la nature y est à l’honneur en pleine ville. Le musée est en fait une exposition en plein air d’environ 2000 arbres disséminés sur deux acres et demie de terrain. L’édifice du musée se veut également vert et a été construit selon des principes écologiques limitant au minimum la production d’effets négatifs sur l’environnement. Plusieurs variétés d’arbres provenant de plusieurs endroits différents s’y dressent fièrement pour le bonheur des visiteurs.

À Montréal, au cœur même du Jardin botanique se trouvent l’Arboretum, qui compte 7000 spécimens d’arbres ainsi que la Maison de l’arbre, qui est un centre d’exposition et d’interprétation ayant pour mission de sensibiliser le public aux rôles prépondérants des arbres et des forêts.

Toujours au Québec, le parc de la Rivière-des-Mille-Îles, à Laval, est un autre exemple d’attraction écotouristique urbaine. Celui-ci abrite un refuge faunique, un centre d’interprétation et mène des actions de protection et de conservation des richesses naturelles du site.

Bien qu’il soit difficile d’associer l’écotourisme aux villes, il n’en demeure pas moins que cette réflexion ouvre de nouveaux horizons. Que savons-nous de nos écosystèmes urbains? Pouvons-nous les valoriser, conserver leurs richesses, les rendre accessibles sans nuire à leur pérennité et informer les visiteurs de leur existence et de leur fonctionnement? Pouvons-nous réintroduire la nature en ville et verdir nos expériences urbaines?

Sources:

  • Benchaâb, Abderrazzak. «Écotourisme urbain: les jardins en passe de devenir de nouveaux pôles attractifs pour les touristes ? Le Maroc y croit». Le Journal de l’écotourisme, Le Monde, 11 octobre 2009.
  • Higham, James et Lüvk Michael. «Urban ecotourism: A contradiction in terms?», Journal of Ecotourism, 29 mars 2010.
  • Justa, Aditi. «Switzerland welcomes world’s first tree museum with open arms», ecofriend.org, 11 Juin 2010.
  • N. Okech, Roselyne. «Developing urban ecotourism in Kenyan cities: A sustainable approach.» Journa of ecology and Natural Environment, vol 1, avril 2009.