Catégories
Enjeux Tourisme durable

En quoi consiste la surfréquentation touristique et comment la contrôler?

La croissance constante du nombre de touristes à travers le monde soulève la problématique de la surfréquentation de certains lieux. Les conséquences qui en découlent sont nombreuses: dégradation des environnements naturel et culturel, problèmes sociaux, diminution de la qualité de l’offre touristique, etc. À l’heure où le développement durable d’une destination est perçu comme une priorité, certains acteurs adoptent des mesures afin de contrôler les flux de voyageurs. Même si elles déplaisent le plus souvent à l’industrie touristique, elles sont essentielles pour assurer la pérennité de la destination.

Qu’est-ce qu’une destination surfréquentée?

L’atteinte ou le dépassement du seuil de capacité d’accueil d’un territoire est le signal d’une surfréquentation. Le nombre de touristes est utilisé comme mesure pour évaluer le niveau de fréquentation temporelle ou spatiale. Les destinations de tourisme de masse sont les premières touchées par ce phénomène. Selon Philipp Namberger, de l’Université Ludwig-Maximilians de Munich, qui a participé à une conférence sur le sujet lors du Congrès ITB Berlin 2012, il est important de considérer le type de destination, car les effets de la surfréquentation sont bien différents selon qu’il s’agit d’un musée, d’une plage ou encore d’une ville.

Source: Coolgeography.co.uk

Les conséquences d’une surfréquentation

Lorsque sa capacité d’accueil est dépassée, la destination risque de subir des dommages environnementaux:

  • difficultés pour un milieu naturel à se régénérer, entraînant son éventuelle destruction;
  • surutilisation des ressources en eau et en énergie;
  • pollution d’un milieu;
  • dégradation visuelle des paysages due aux infrastructures touristiques;
  • etc.

Les conséquences peuvent porter sur la dimension socioculturelle et se faire sentir de différentes manières:

  • perte de la qualité de vie pour les résidents;
  • pénurie de logements;
  • problèmes de prostitution et de violence;
  • perte d’identité des résidents;
  • altération de la qualité du séjour des touristes;
  • détérioration des sites historiques;
  • etc.

Enfin, la surexploitation d’un lieu peut aussi avoir des effets sur le plan politico-économique:

  • inflation des prix;
  • hausse des taxes;
  • manque de main-d’œuvre dans les autres secteurs;
  • éviction des activités non touristiques (p. ex.: rachat de champs de cultivateurs pour la construction d’infrastructures, rachat de commerces pour y établir des hôtels et des restaurants);
  • etc.

À qui revient la responsabilité de réguler ce problème?

Un cadre juridique est nécessaire. C’est au gouvernement et aux autorités locales que reviennent le pouvoir et la responsabilité de réguler le tourisme, par la création de lois et de réglementations. Ils se doivent de créer un environnement qui favorise et encourage le secteur privé, les touristes et les autres parties prenantes à mener des actions durables. Cela peut être réalisé en établissant et en appliquant un ensemble de politiques pour le développement durable du tourisme et de sa gestion.

De plus, certaines entreprises touristiques mènent des actions indépendantes, en s’aidant par exemple des outils (calculs, études de planification) servant à l’estimation de la capacité de charge touristique, mis en place depuis de nombreuses années. En effet, le défi est d’établir un niveau de tolérance au-delà duquel des mesures s’imposent.

Matthias Leisinger, directeur de la responsabilité sociale de Kuoni, explique que les commentaires de leurs clients et des responsables à destination leur permettent d’évaluer le niveau acceptable de fréquentation et d’être proactifs. Selon lui, l’instauration d’un processus de dialogue est cruciale, de même que la collaboration avec les acteurs sur place, mais aussi avec les autres voyagistes présents sur le lieu de destination.

Quelques exemples d’actions prises par les destinations pour résoudre cette problématique

Une restriction du nombre de touristes

De nombreux milieux naturels sont balisés et aménagés avec des passerelles et des escaliers, servant au contrôle du passage des visiteurs et donc à la réduction du piétinement des sols. Des sites fragiles ne sont ouverts au public qu’une partie de l’année ou uniquement lors de visites guidées. Aux États-Unis et au Canada, certains parcs nationaux limitent ainsi le nombre de visiteurs par jour, comme au parc Gwaii Haanas, en Colombie-Britannique. À Hawaii, le parc Hanauma Bay Nature Preserve est fermé tous les mardis.

Source: SNAV, Les professionnels du voyage. «Le livre vert du tourisme responsable», 2010

Les Bermudes, qui comptent un peu plus de 65 000 habitants, ont accueilli près de 350 000 croisiéristes en 2010. Afin que les effets néfastes de cette affluence soient réduits, seuls deux bateaux peuvent accoster au port en même temps. De plus, le gouvernement envisage de limiter le nombre de croisiéristes à bord des bus publics, afin de laisser des places pour la population locale. En Norvège, le village d’Eidfjord, d’une population de 960 personnes, restreint le nombre de passagers débarquant au port à 4 000 par jour.

Des lois pour contrôler l’urbanisation touristique

En France, la loi Littoral, instaurée en 1986, a pour but de contrôler l’urbanisation des côtes et des grands lacs, et interdit toute nouvelle construction à moins de 100 mètres du rivage. La loi Montagne a été créée en 1985 pour réguler l’aménagement et l’urbanisme, afin que ces espaces soient protégés.

En mars dernier, les Suisses ont voté majoritairement une loi pour restreindre à 20% la proportion de résidences secondaires dans toutes les communes suisses. Ses objectifs sont la limitation du nombre de maisons inoccupées, l’augmentation de la population des villages touristiques et la prévention de la spéculation immobilière.

Des politiques de transport

Venise est en train de mettre un plan en place pour que les bateaux de croisière soient directement dirigés vers le terminal maritime, sans passer par le centre-ville, grâce à un nouveau canal. Cette décision a pour but de protéger le site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO d’éventuels accidents comme le naufrage du Costa Concordia.

En France, la station de ski des Gets a pu désengorger les lieux les plus fréquentés en instaurant une politique de transport: navettes et stationnements gratuits, aménagement d’une «voie blanche» l’hiver, qui permet aux touristes de traverser le village en ski, et expérimentation de vélos électriques l’été.

 

De nombreuses autres solutions ont été adoptées, telles que le repositionnement de la destination en misant sur un nouveau produit vedette, une meilleure répartition des activités dans l’espace, ou encore une montée en gamme. Au Québec, cette problématique est loin d’être généralisée, mais il est toutefois important que les capacités d’accueil de chaque destination soient respectées, si l’on veut éviter d’en arriver à une situation d’urgence.

 

 

Sources:

– Atout France. «La croisière dans le monde», septembre 2011.

– Coccossis, Harry, Alexandra Mexa et Anna Collovini. «Defining, Measuring and Evaluating Carrying Capacity in European Tourism Destinations», Environmental Planning Laboratory, University of the Aegean, Grèce, décembre 2011.

– Cruise Europe. «Hardangerjord sets limits», cruiseeurope.com, 29 février 2012.

– Maurisse, Marie. «Les Suisses limitent le nombre de résidences secondaires», blog.lefigaro.fr, 13 mars 2012.

– Namberger, Philipp et Matthias Leisinger. «The Over-Exploitation of Destinations: A Luxury Issue or the Beginning of the End?», panel lors du Congrès ITB Berlin, 8 mars 2012.

– Tunney, Donna. «Venice plan would reroute cruise ships away from city center», travelweekly.com, 13 février 2012.

Sites Web:

sololiya.fr

Surfréquentation sur wikipedia.org

Le droit de protection de la nature en France

Parks Canada

Catégories
Tourisme durable

Gestion responsable d’événements: un véritable effet domino

Le virage vert dans le domaine événementiel engendre de nouvelles pratiques novatrices. Bien plus qu’une simple tendance, l’évaluation des retombées et la diffusion des résultats constituent désormais une priorité pour les organisateurs d’événements écoresponsables. Un festival précurseur au Royaume-Uni, le Croissant Neuf Summer Party, parvient même à prouver que les participants à la dernière édition ont émis en moyenne 50% moins de CO2 que s’ils étaient restés à la maison cette même fin de semaine!

État des lieux

Depuis juin 2010, la mise sur pied de la norme BNQ 9700-253 en gestion responsable d’événements a permis de consolider l’expertise québécoise en matière de développement durable.

État des lieux

  • Après plus d’un an d’application de la norme BNQ, 10 organisateurs sont maintenant certifiés et environ 35 événements ont été classifiés.
  • Le Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER), en collaboration avec Loto-Québec, lance cette année la première édition du concours Les Vivats: plus de 160 candidatures en provenance de 15 régions administratives ont été déposées.
  • En date du 21 juin 2011, la Charte d’engagement envers le développement durable des commanditaires et partenaires majeurs d’événements comptait quant à elle déjà 13 signataires.

Certains commanditaires ont été à l’avant-garde de ce courant. En guise d’exemple, mentionnons le cas du festival de jazz le plus important de la planète. C’est grâce à l’achat de crédits compensatoires pour les 2000 tonnes de carbone émises par les activités du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) chaque année que Rio Tinto Alcan a fait du FIJM le premier événement carboneutre au Canada en 2008.

À l’international, la norme ISO 20121, visant à promouvoir le développement durable dans les critères de l’organisation d’événements, est en cours d’élaboration. Quelque 30 pays se sont déjà engagés en qualité de membres participants ou de membres observateurs du comité de projet. Le lancement officiel de la norme ISO devrait concorder avec la tenue des Jeux olympiques de Londres cet été.

Principales tendances

On constate une toute nouvelle approche de gestion chez les organisateurs d’événements. Les principales tendances s’articulent notamment autour d’une planification plus rigoureuse des mesures écoresponsables et d’une utilisation accrue des nouvelles technologies.

Les gestionnaires d’événements ont de plus en plus tendance à:

  • planifier, mesurer et certifier le volet responsable des événements;
  • évaluer les retombées relatives à la mise en place de pratiques écoresponsables, comme le retour sur investissement, ainsi que les répercussions sociales et environnementales. Selon un sondage international de KPMG réalisé en 2011, 95% des 250 plus grandes entreprises au monde produisent maintenant des bilans témoignant de leur responsabilité sociale, une augmentation de 14% par rapport à 2008;
  • miser sur l’atteinte d’objectifs de qualité en se concentrant sur deux ou trois mesures à la fois;
  • exiger des fournisseurs écoresponsables (par exemple pour le choix du lieu où se tiendra l’événement, l’achat de produits promotionnels et alimentaires, etc.);
  • utiliser les technologies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Contrairement à ce que certains promoteurs ont encore tendance à croire, la présence virtuelle de certains invités ou participants – à l’occasion d’un congrès ou d’une réunion d’affaires par exemple – ne compromet généralement pas le taux de participation. Il s’agit plutôt d’un complément qui contribue à réduire le nombre de déplacements et à diminuer les coûts, tout en bonifiant la programmation et en étendant la portée d’un événement.

Deux exemples de bonnes pratiques

Croissant Neuf Summer Party

Lors du Greener Festival Award en octobre 2011, un gala récompensant les initiatives de festivals en matière de développement durable, Croissant Neuf Summer Party a été proclamé événement le plus écoresponsable du Royaume-Uni. Depuis sa création, le respect de l’environnement a toujours constitué une valeur primordiale pour ses organisateurs.

L’énergie requise lors de la tenue de cet événement est générée exclusivement par des panneaux solaires et des éoliennes. Tout ce qui peut être recyclé l’est. La nourriture et les boissons servies sur le site sont des produits aussi biologiques, locaux et équitables que possible. Pour chaque voiture qui se déplace jusqu’au site, trois arbres sont plantés aux alentours. Un bel exemple qui prouve qu’au fil des années, un pas à la fois, les promoteurs d’événements atteignent des résultats impressionnants.

 

Lightning in a Bottle

Lightning in a Bottle, un festival ayant lieu annuellement au Oak Canyon Ranch à Silverado, en Californie, est reconnu comme un chef de file en ce qui a trait à l’écoresponsabilité. Sur le site Internet de l’événement, on trouve notamment des informations à propos du programme Leave No Trace – Sans Trace en français –, déjà bien implanté au Canada et aux États-Unis.

  

Source: Lightning in a Bottle

Parmi leurs initiatives, les organisateurs offrent gratuitement de l’eau filtrée sur le site, ils utilisent des matériaux recyclés et réutilisables pour la conception des divers éléments de décor, tels que du bambou, du rotin et même certains déchets!

Grâce à l’achat de crédits compensatoires, l’événement est également carboneutre. En 2011, cette contribution a été versée à la protection de Big River/Salmon Creek Forests dans le comté de Mendocino, en Californie. Lors de l’achat d’un laissez-passer, on offre aux festivaliers qui le désirent de débourser un montant optionnel de 3$ pour l’achat de crédits carbone. En échange, ils reçoivent un rabais applicable à l’achat d’une bouteille d’eau réutilisable à l’effigie du festival, des semences, etc.

Des mesures innovatrices à la portée de tous

Bien qu’elle puisse être fort bénéfique pour la notoriété de certaines organisations, l’obtention d’une certification ne constitue donc pas un prérequis pour emboîter le pas. L’objectif du développement durable étant de réduire les effets négatifs et d’augmenter les répercussions positives des événements, tant sur le plan environnemental que social, de multiples mesures sont à la portée de tous les organisateurs d’événements. Bref, il faut continuer à faire preuve d’audace et à innover pour que le Québec devienne une référence en matière d’organisation d’événements écoresponsables!

 Analyse réalisée grâce à un partenariat avec Tourisme Montréal sur le tourisme urbain durable.

Sources :

Bigwood, Guy. «Will Sustainability Reporting go Mainstream ?», Less Conversation More Action, 16 janvier 2012.

Luehrs, Michael. «Predictions for sustainable meetings and events, 2012: part 1-2-3», Less Conversation More Action, 30 décembre 2011, 2 et 3 janvier 2012.

Organisation internationale de normalisation, communiqué de presse. «Avec les Jeux olympiques 2012 en ligne de mire, évènementiel et développement durable s’inscrivent au programme de l’ISO », iso.org, 5 janvier 2010.

 

Sites Internet:

Conseil québécois des événements écoresponsables

Takt-etik

Festival international de jazz de Montréal

Greener Festival Award

Croissant Neuf Summer Party

Lightning in a Bottle Festival

Sans Trace Canada

Catégories
Tourisme durable

Que signifie le tourisme durable pour le client?

Dans un sondage mené en 2011 par l’Institut de tourisme de la Lucerne University of Applied Sciences and Arts, en Suisse, auprès de voyageurs de huit pays, les deux tiers des répondants ignoraient quels étaient les produits de tourisme durable. M. Roger Wehrli, responsable de la recherche, a commenté les résultats de cette étude au Congrès ITB Berlin, le 8 mars dernier. Les auteurs de l’étude ont défini cinq profils de touristes selon leur vision du tourisme durable, afin d’évaluer l’importance qu’ils accordent à ces produits.

Quels sont les aspects essentiels du tourisme durable?

Le sondage a été réalisé conjointement avec IPK International auprès de voyageurs de huit pays: le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse, la Suède, la Russie, les États-Unis, le Brésil et l’Inde. Dans chaque pays, environ 750 répondants (pour un total de 6 113 voyageurs) ont exprimé leur vision du tourisme durable. Les répondants étaient invités à évaluer les caractéristiques qui décrivent le tourisme durable sur une échelle de 1 à 5, où 1 signifie «fortement en désaccord» et 5 «fortement d’accord».

L’aspect local est le principal élément du tourisme durable qui est ressorti du sondage. Plus de 60% des répondants sont d’accord ou fortement d’accord pour affirmer que les offres à caractère «local» (produit, communauté et culture) sont celles qui se rapprochent le plus de ce type de tourisme.

Voici les autres composantes importantes, selon les touristes.

Dimension environnementale:

  • efficacité énergétique;
  • gestion des déchets.

Dimension sociale:

  • conservation des paysages et du patrimoine culturel;
  • implication de la communauté locale;
  • prise en considération des répercussions des activités touristiques pour la population locale.

Dimension économique:

  • utilisation de produits et de services locaux;
  • recours à la main-d’œuvre locale;
  • santé économique de la région à long terme.

Les différents profils de touristes et la manière de les approcher

Les cinq profils de touristes établis pour les répondants en fonction de leur vision du tourisme durable ont permis de déterminer les aspects du développement durable qui y sont liés.

L’équilibré (33%)

Il est le plus intéressé par le tourisme durable et celui qui réalise le plus de voyages de ce type (26% d’entre eux). Il accorde de l’importance aux trois dimensions, même s’il est conscient qu’il ne pourra peut-être pas les respecter tout au long de son voyage. Il cherche alors un compromis, un équilibre entre les trois. Ce profil est celui qui rassemble le plus de personnes âgées et les touristes les plus scolarisés. Les Brésiliens et les Indiens dominent dans cette catégorie.

Comment l’approcher?

Le produit doit englober les trois dimensions du développement durable.

Le sceptique (25%)

Il a une attitude critique et est sceptique par rapport aux caractéristiques du tourisme durable. Les explications possibles sont qu’il trouve que cette forme de tourisme est trop compliquée ou trop sophistiquée, que les conséquences liées par exemple aux changements climatiques ne sont pas si dangereuses ou qu’il ne peut rien faire contre ces problèmes mondiaux. Ce profil rassemble une grande part d’Allemands et de Britanniques. Ils sont 16% à avoir réservé un voyage en lien avec le tourisme durable.

Comment l’approcher?

L’information sur l’aspect durable du produit doit être dense, claire et transparente.

L’écolo (15%)

L’écologie lui tient à cœur. Les deux autres dimensions du tourisme durable sont jugées moins pertinentes. Plus de 16% d’entre eux ont réalisé ce type de voyage. Une grande portion est en accord avec le principe des crédits compensatoires de carbone. Selon ce touriste, la préservation de l’environnement et l’efficacité dans la gestion des ressources sont cruciales. Ce profil rassemble une majorité de femmes, de Brésiliens et de Suisses, ainsi que des personnes ayant de hauts revenus.

Comment l’approcher?

Le produit doit inclure la compensation de CO2, des énergies renouvelables, une gestion des déchets et une offre de biodiversité.

Le local (15%)

Il donne la priorité aux aspects local et culturel dans sa vision du tourisme durable. Il recherche une expérience authentique qui lui permet de mieux connaître la culture locale. Il adhère au principe «donner pour recevoir». Les femmes sont surreprésentées dans ce profil, ainsi que les Russes. Ils sont 23% à avoir déjà effectué ce type de voyage.

Comment l’approcher?

L’offre doit impliquer une expérience authentique, mobilisant la communauté de la région et incluant des produits locaux, un apprentissage de la culture et l’utilisation des transports publics.

Le socio-économique (12%)

Tourné vers les dimensions sociale et économique du développement durable, ce touriste accorde de l’importance aux relations durables et égalitaires entre les personnes. Il est celui qui achète le moins ces produits touristiques (15%). Ce profil rassemble une grande part de répondants d’origine britannique, et les personnes de moins de 44 ans y sont plus représentées.

Comment l’approcher?

Il est important que les conditions de travail des employés sur place soient équitables et qu’il n’y ait pas de discrimination. Les produits à vendre doivent être de la région.

Quelle place occupe le développement durable dans leurs voyages?

Lors du choix d’une destination, l’importance du développement durable se place en septième position. Cependant, 22% des touristes le classent parmi les trois facteurs les plus influents lors de la réservation.

Les deux tiers des répondants ignorent quels sont les produits de tourisme durable, mais 55% de ceux qui en connaissent ont déjà réservé un de ces voyages. Cela démontre qu’à partir du moment où une personne sait que ce type d’offres existe, elle est très souvent prête à en acheter.

Au regard des résultats de cette étude, les entreprises doivent concentrer leurs efforts sur l’aspect local et l’expérience vécue par le touriste. Seule une partie des répondants possède des connaissances sur le tourisme durable, il est donc important d’accroître leur sensibilisation si l’on veut augmenter la taille de ce marché. Selon M. Wehrli, il est primordial de viser l’un de ces cinq profils de touristes lors de la conception d’un produit. Cela indiquera la taille du marché potentiel, mais permettra aussi d’adapter le produit et de communiquer de manière efficace avec cette clientèle.

 

Sources:

– Wehrli, Roger. «Sustainability: What Does it Mean for the Customer?», Lucerne University of Applied Sciences and Arts, 8 mars 2012. [Présentation effectuée lors du Congrès ITB Berlin, du 7 au 11 mars 2012, Berlin, Allemagne].

– Wehrli, Roger, Hannes Egli, Martin Lutzenberger et Dieter Pfister. «Is there Demand for Sustainable Tourism? – Preliminary results of the first empirical phase of the WTFL-study: Understanding sustainable tourism», Lucerne University of Applied Sciences and Arts, 2011.

Catégories
Tourisme durable

Pour des stations de ski plus vertes

Pistes de ski de différents calibres et pour tous les goûts, conditions d’enneigement optimales, remontées mécaniques efficaces, etc.: les stations de ski doivent répondre aux exigences élevées d’une clientèle sollicitée de toutes parts. Ces aménagements exercent une pression sur les milieux montagneux, qui constituent déjà des environnements fragiles. Alors, comment relever ces défis tout en adoptant une approche de développement durable? Certaines stations diversifient leurs ressources énergétiques, d’autres choisissent des zones moins sensibles en forêt pour créer de nouvelles pistes. Voici un survol des répercussions du ski sur les milieux d’accueil ainsi que quelques exemples de pratiques vertes.

À l’occasion de la première conférence sur le ski responsable, qui se déroulait à Londres en octobre 2011, Veronica Tonge, fondatrice de l’organisme Responsible Skiing, présentait les principales composantes d’une démarche de développement durable.

Les pistes de ski

En premier lieu, madame Tonge a exposé sommairement les répercussions de certaines infrastructures sur la montagne. L’aménagement de pistes de ski peut entraîner des effets néfastes sur le milieu, comme la réduction de la diversification des habitats de la faune, qui conduit à l’appauvrissement de la biodiversité du secteur.

Pour atténuer ces conséquences négatives, certaines mesures peuvent être prises. Naturellement, avant la création d’une piste de ski, il est fortement conseillé d’en évaluer l’impact environnemental sur le site envisagé. Il existe aussi des méthodes de préservation de la qualité du sol au moment de l’aménagement, qui maximiseront ensuite les chances de réussite du réensemencement des espèces locales. On peut aussi se questionner sur la nécessité de damer toutes les pistes. Les skieurs avancés recherchent les défis, ils sauront donc apprécier ces pentes plus «authentiques».

La créativité et l’innovation permettent aussi de développer des pistes plus respectueuses de l’environnement et qui attireront une plus large clientèle. C’est le cas à Avoriaz, dans les Alpes françaises, où un parc à neige géant écologique a été créé. Le concept de The Stash est importé de la station californienne North Star. Il consiste en un parcours de 1,3 kilomètre en forêt et à travers lequel sont dissimulés des obstacles de bois, tels un mur végétal, un toboggan et des sculptures pour effectuer sauts et figures. Les pistes de ce domaine sont situées dans un grand espace de neige non damée. À mi-chemin, les freeriders se rejoignent dans une cabane de bois, où ils peuvent lire des messages instructifs sur la protection de l’environnement.

Ski_vert_image1

Source: Avoriaz 1800

La fabrication de neige

L’équipement de fabrication de neige est très énergivore et nécessite de grandes quantités d’eau. Puiser cette eau à même une rivière peut en modifier le courant. Le recours à des additifs chimiques dans le procédé peut de plus entraîner l’infiltration de contaminants dans le sol et dans les cours d’eau, lors de la fonte des neiges.

Au domaine de ski de l’Alpe d’Huez, on déploie de nombreux efforts pour améliorer la performance environnementale de la station. Pour la fabrication de neige, seuls de l’eau et de l’air sont utilisés. Les canons ne fonctionnent que lorsque la température est inférieure à -2°C. L’eau des réservoirs n’est conservée que quelques mois, puis est réacheminée dans la nature, au printemps. Environ 15% des canons à neige sont remplacés chaque année par de nouvelles générations, plus performantes et moins énergivores.

Le Québec n’est pas en reste en matière de fabrication de neige; il s’agit même d’un chef de file. La station Ski Saint-Bruno, reconnue dans ce domaine pour sa capacité de production et la qualité de sa neige, offre même des services mobiles d’enneigement. Sur le plan écologique, le centre de ski s’engage à réduire son empreinte environnementale. Par exemple, en matière de gestion de l’eau, un bassin de rétention permet de récupérer l’eau pour fabriquer de la neige.

Les remontées mécaniques

Les câbles, pylônes et télésièges, ainsi que les infrastructures du départ et de l’arrivée, sont souvent massifs et occupent une partie importante du paysage de la montagne. Mais surtout, ces remontées consomment beaucoup d’électricité.

Des mesures autres que le choix de la remontée – télésiège débrayable, moins énergivore, moins bruyant – et du lieu propice pour l’implanter sont envisageables pour atténuer son incidence. À la station de ski Berkshire East, dans le Massachusetts, on a recours à l’énergie éolienne pour combler tous les besoins en électricité.

Ski_vert_image2

Source: Explore Massachusetts

Au Colorado, depuis déjà quelques années, le télésiège débrayable Sunshine Express de la station Steamboat est alimenté par une combinaison des énergies solaire et éolienne. Plus récemment, à Tenna, en Suisse, le premier téléski solaire au monde a vu le jour. Les panneaux photovoltaïques sont directement placés sur le remonte-pente et produisent une grande quantité d’électricité, trois fois supérieure à ce qu’il faut pour alimenter la remontée mécanique. Cette dernière est en activité durant trois mois en hiver, mais la production d’énergie se poursuivra tout au long de l’année, et le surplus d’électricité sera vendu. Toutefois, rien n’étant parfait, certains observateurs pourraient émettre des réserves quant à l’effet visuel que provoquent ces 82 rangées de panneaux (voir la vidéo ci-dessous).

Ski_vert_image3

Le temps de passer à l’action

Il existe plusieurs ressources pour guider les stations dans une démarche verte. Mentionnons la charte de l’environnement de la National Ski Areas Association, qui rassemble les principaux comportements à adopter pour réduire son empreinte écologique. Des stations nord-américaines, dont quelques-unes du Québec, adhèrent à cette charte. Également, l’Association des stations de ski du Québec accompagne ses membres dans un processus d’audit environnemental, afin d’élaborer un plan d’actions prioritaires pour améliorer leur performance en matière de développement durable.

Accès au site par des transports en commun ou en covoiturage, sensibilisation à l’extinction du moteur lorsque le véhicule est à l’arrêt, réduction des déchets, possibilités de recycler, de composter, de consommer des produits locaux, de choisir un hébergement écoresponsable ou de découvrir la culture locale: les modes d’intervention possibles sont très nombreux pour que chacun s’inscrive dans une démarche de tourisme durable. En fait, le ski responsable devrait aussi:

  • générer des bénéfices économiques dans la communauté d’accueil;
  • offrir une série de possibilités d’emplois pour les résidents;
  • impliquer la population dans les décisions concernant sa communauté;
  • minimiser les répercussions environnementales par la planification et la consultation;
  • offrir des occasions pour contribuer à la conservation de l’héritage culturel;
  • fournir une variété d’expériences agréables aux visiteurs, en plus du ski;
  • être accessible aux personnes à mobilité réduite.

Comme le souligne l’auteure Veronica Tonge, le ski responsable consiste à minimiser les effets négatifs et à maximiser les bénéfices.

 

Sources:

– Demière, Valérie et Sandra Jamet. «Le premier téléski solaire au monde se trouve en Suisse, et plus précisément à Tenna, dans les Grisons», Radio Télévision Suisse, 26 décembre 2011.

– Marie, Christian. «Implementing ISO14001 for sustainability at Alpe d’Huez», 2011. [Présentation PowerPoint d’une communication présentée à la Responsible Skiing Conference 2011, le 19 octobre 2011, Londres].

– National Ski Areas Association. «Sustainable Slopes: The Environmental Charter for Ski Areas», 2005.

– The Brendle Group. «Taking Sustainable Slopes to the Next Level», National Ski Areas Association, décembre 2008.

– Tonge, Veronica. «An Introduction to and business case for Responsible Skiing», 2011. [Présentation PowerPoint d’une communication présentée à la ResponsibleSkiing Conference 2011, le 19 octobre 2011, Londres].

Sites Web:

Alpe d’Huez

Association des stations de ski du Québec

Berkshire East

National Ski Areas Association

Responsible Skiing

Steamboat

The Stash, Avoriaz

 

Catégories
Marchés géographiques Tourisme durable

Un modèle touristique différent dans les communautés autochtones

++ Commentaire de Sylvie Blangy, chercheure en tourisme autochtone ++

 

Une communauté Saami au Nord de la Suède a su bâtir un réseau touristique pour mettre en valeur sa culture. Que le tourisme autochtone se base sur un modèle d’affaires ou, plutôt, sur une philosophie de vie, les entrepreneurs locaux partagent une même vision : préserver et valoriser leur culture, la faire connaître à leurs hôtes, créer des emplois pour les jeunes et diversifier les sources de revenus. La création d’un projet touristique comporte toutefois plusieurs défis tels que la mobilisation de la collectivité et le recrutement d’une main-d’œuvre intéressée et qualifiée. En ce sens, regardons les initiatives autochtones étrangères et les programmes qui méritent une attention particulière.

Qu’est-ce que le tourisme autochtone?

Butler et Hinch définissent le tourisme autochtone comme suit:

«Une activité dans laquelle les peuples autochtones sont directement impliqués, qu’ils contrôlent en partie ou en totalité et dont l’attraction principale est leur culture. Le degré de contrôle et le contenu “autochtone” de la prestation varient d’une entreprise à l’autre et génèrent une grande diversité d’expériences.»

De l’aventure à l’immersion culturelle, le tourisme autochtone prend plusieurs formes et est souvent offert en forfait d’une durée variable (lire aussi: Le tourisme autochtone, plus qu’un simple produit). Les défis auxquels font face les exploitants divergent selon l’intérêt, le leadership et l’emplacement géographique de la communauté. La participation active des parties prenantes, l’innovation et la créativité s’avèrent primordiales pour la réalisation d’un projet collectif.

Quelques modèles à succès

Nutti Sami Siida

En 1997, pour répondre à un besoin financier, Nils-Torbjörn Nutti et Carina Pingi ont décidé de lier leur mode de vie traditionnel, comme éleveurs de rennes, au tourisme. Située à Jukkasjärvi, au nord de la Suède, leur offre est basée sur la culture Saami et sur la nature: un écolodge, des journées d’immersion (gastronomie, lancée du lasso, éducation du visiteur) et des randonnées en traîneau tiré par des rennes. Dès le départ, le partenariat que ces entrepreneurs ont établi avec l’hôtel de glace à proximité de leur entreprise s’avèrera très fructueux et durable. Certifié par le label de qualité Nature’s Best Sweden, Nutti Sami Siida sert d’exemple autant pour son implication auprès de l’industrie touristique que pour la commercialisation réussie de son produit dans les marchés extérieurs.

 

Tourisme_autochtone_image1

Source: Nutti Sámi Siida

Min Eallin

Aussi éleveurs de rennes, Britt-Marie Labba et Per-Nils Päiviö d’Övre Soppero, en Suède, ont converti une hutte traditionnelle Saami et une ferme en lieu d’hébergement pour des visiteurs. Ce lieu a été bonifié d’un musée, d’un sauna et d’un spa, et plusieurs activités de plein air y sont organisées. Leur savoir est également transmis aux élèves lors de sorties scolaires éducatives.

 

Tourisme_autochtone_image2

Source: Mineallin

VisitSápmi

Min Eallin et Nutti Sami Siida sont membres de VisitSápmi, l’association touristique suédoise Saami. La création de cette dernière découle d’un séjour d’étude au Québec, organisé en 2009. Cette visite visait l’échange d’idées entre quelques nations québécoises et les Saami. Inspirés en grande partie par le modèle de l’association touristique Eeyou Istchee, les fondateurs de VisitSápmi s’occupent maintenant de la formation, de la promotion, du marketing et de la certification des entreprises. La plupart des entrepreneurs Saami conjugent l’élevage de rennes au tourisme. L’association les représente dans divers événements avec un rayonnement international tels que ITB Berlin et WTM Londres.

Écotourisme et culture à Arviat : un modèle en développement

En 2008, Nunavut Tunngavik inc., l’organisation formée sous l’accord des revendications territoriales du Nunavut, et l’Association Inuit de Kivalliq ont entrepris une démarche avec la collectivité d’Arviat. Ce projet quinquennal vise à développer un produit touristique durable et à promouvoir la destination. Arviat a été sélectionné pour plusieurs raisons:

  • son intérêt pour le tourisme;
  • sa culture traditionnelle forte;
  • ses possibilités d’excursion en nature et d’observation de la faune;
  • son emplacement géographique au nord de Churchill, surnommé la «capitale mondiale de l’ours polaire».

Tourisme_autochtone_image3

Source: Arviat Community Ecotourism

Le projet a débuté par deux années de consultations, plusieurs ateliers et visites des lieux. En faisant appel à l’ensemble des parties prenantes, les conseillers ont ainsi convenu de ce qui devait être partagé avec le visiteur. Ils ont offert une formation à plus de 50 personnes dans divers champs de compétence: service à la clientèle, sécurité, planification d’événements, photographie, etc. En janvier 2011, les résidents ont évalué leur programme culturel en se mettant dans la peau de touristes. L’appropriation de l’offre touristique, sa gestion et sa commercialisation par les entreprises et les résidents sont souhaitées pour 2013. L’offre s’harmonise autour:

  • de la valorisation des savoir-faire, du partage des traditions;
  • de camps de chasse et de pêche autour du village;
  • de démonstrations des méthodes de survie des Inuit, de rencontres d’artistes et de conteurs, de chants de gorge, de partage du thé avec les personnes âgées, etc.

Un facteur d’attractivité non négligeable repose sur les 20 000 visiteurs qui se déplacent à Churchill chaque année. Arviat apparaît comme une valeur ajoutée au circuit traditionnel.

Quelques actions marketing ont été déployées, telles que l’accueil de cinq opérateurs de tours canadiens et britanniques au printemps (deux d’entre eux ont déjà manifesté l’intérêt de les ajouter à leur brochure 2012), la création d’un site Internet et une présence active dans les médias sociaux. Un projet de camp mobile pour l’observation de la migration de caribous et la construction d’un écolodge sont dans l’air…

 

Tourisme_autochtone_image4

Source: Arviat Community Ecotourism

Un enjeu majeur: une main-d’œuvre qualifiée

Le profil démographique dans le Nord du Québec diffère de celui au sud; dans les régions au nord, les jeunes de moins de 30 ans représentent de 32% à 62% de la population, et dans les régions au sud, environ de 30% à 40%. Le développement de l’entrepreneuriat constitue une nécessité. Voici deux programmes qui encouragent le leadership.

Indigee pour les jeunes entrepreneurs autochtones scandinaves et russes

Ces deux dernières années, plus d’une centaine de jeunes Saami, Nenets, Komis et Vepses, âgés de 18 à 28 ans, ont participé à Indigee en poursuivant un des deux objectifs suivants:

  • développer leur projet d’affaires pour mettre sur pied une entreprise;
  • augmenter la valeur et la productivité de leur entreprise.

Des conseillers les ont accompagnés durant un an et leur ont offert une formation personnalisée, orientée vers des résultats concrets, en plus de trois conférences par année. Indigee mise sur le réseautage pour développer une culture d’affaires dans la région.

Institut de formation en patrimoine

Pour former la relève en patrimoine et dans le secteur muséal, le projet Gaining toward the Future se caractérise par la remise d’une certification reconnue comme un programme non crédité du Nunavut Arctic College. Ce projet vise le rehaussement des connaissances et prévoit des formations au Nunavut et dans les régions du sud du Canada.

Au Québec, onze nations se répartissent un territoire naturel d’une grande richesse. Tourisme Autochtone Québec propose sur son site Internet une multitude d’immersions culturelles sous les thématiques «Apprendre», «Découvrir» et «Voir». Ce dernier met l’accent sur l’histoire des onze nations, appuyé par un visuel qui met de l’avant la convivialité des communautés hôtes. La société soutient aussi l’entrepreneuriat et le développement de meilleures pratiques d’affaires autochtones.

 

Commentaire de Sylvie Blangy, chercheure en tourisme autochtone

J’ai publié un livre en 2006, Le Guide des Destinations Indigènes, qui réunit 200 initiatives de tourisme autochtone à travers le monde, sur tous les continents, et qui a été mis en ligne sur un site interactif et géoréférencé. Les auteurs de ces témoignages peuvent dialoguer entre eux sur le forum de discussion. Ce site donne pour la première fois la parole aux entreprises autochtones. Depuis la parution du livre, les initiatives n’ont pas cessé de se multiplier sur les 5 continents. Cette multitude d’offres ne peut plus être ignorée.

Les hôtes accueillent les touristes dans d’excellentes conditions et sont fiers de partager avec eux leur quotidien et leur savoir-faire. Ces communautés veulent être les actrices de leur propre changement: préserver leurs ressources, se réapproprier leur culture, financer leurs infrastructures de base, donner aux jeunes des emplois et valoriser leurs savoir-faire traditionnels. Leurs territoires abritent 80% de la biodiversité de la planète. On y trouve la plus grande partie du patrimoine linguistique de l’humanité. Le tourisme autochtone surpasse en diversité de langues, de cultures, de modes de vie et d’écosystèmes le tourisme traditionnel de masse. Il n’y a pas de modèles d’affaires dans le tourisme autochtone. C’est donc, avant tout, un accueil conçu, réalisé et géré par des populations autochtones et villageoises ayant la volonté de maîtriser leur développement et de bénéficier, les premiers, des recettes de cette nouvelle activité économique. Le tourisme y est toujours le résultat d’une longue concertation. Ses conséquences et ses répercussions ont été étudiées et sont constamment évaluées. La communauté montre à la fois une réelle aptitude à l’accueil et un désir de partage et d’échange. Les ressources naturelles sont gérées avec soin. Les retombées en matière d’emplois ne sont pas réservées à une poignée de privilégiés et les bénéfices font l’objet d’une redistribution équitable.

L’intérêt croît dans nos sociétés pour ces peuples et pour ce qu’ils peuvent nous apporter. Le tourisme se redéfinit alors comme un lien permettant à des cultures de se reconnecter entre elles.

Mais qui est au juste ce voyageur amateur de «tourisme autochtone»? L’étude de l’Union Nationale des Associations de Tourisme (UNAT) révèle que près des deux tiers des personnes interrogées se déclarent intéressées par le tourisme solidaire. Elles l’associent spontanément au commerce équitable. Ces nouveaux voyageurs veulent: «avoir des contacts avec la population locale, connaître et respecter la nature et le patrimoine local, savoir exactement à qui va l’argent payé pour le voyage et se sentir utile au pays visité».

Être un touriste responsable, c’est aussi savoir anticiper l’effet, y compris négatif, qu’on peut avoir sur la survie des villages-hôtes, en exploitant les ressources rares comme l’eau, les combustibles et les produits agricoles de base en régions désertiques ou de haute montagne. Des «codes de conduite», des «chartes éthiques» existent aujourd’hui et servent à guider les voyageurs. Ils ont été conçus par les communautés hôtes en concertation avec les professionnels de l’écotourisme (1). La plupart des hôtes qui accueillent des touristes ont dressé un inventaire des comportements à adopter et de l’étiquette à respecter lors de leurs séjours.

Le tourisme autochtone ne se réduit pas, fort heureusement, à une succession de devoirs. Il apporte d’abord des plaisirs inédits comme la découverte d’un autre rythme de vie, celui de l’hôte. Les Saami du nord de la Suède accueillent le nouvel arrivant avec ces mots: «Notre programme? Eh bien… Jour 1: surprise! Jour 2: surprise! Jour 3: surprise!» Indulgence, humour, chaleur et dévouement sont de mises. Les communautés prennent aussi, de jour en jour, plus clairement conscience qu’un accueil bien pensé, planifié et autogéré peut devenir un outil de reconquête, de réappropriation culturelle et un levier de revendications territoriales.

(1) Chartes éthiques et codes de conduite:

Charte éthique du voyageur d’Atalante

Code de conduite de TIES

 

Sites Internet:

Arviat Community Ecotourism

Indigee

Mineallin

Nutti Sámi Siida

Spirit Bear Lodge

VisitSapmi

 

Références:

– Bechtloff, Katja. Nutti Sámi Siida Leads the Way for Responsible Development of Indigenous Ecotourism in Swedish Sápmi, yourtravelchoice.org, 21 juin 2011.

– Blangy, Sylvie. «Co-construire le tourisme autochtone par la recherche-action participative et les Technologies de l’Information et de la Communication», thèse pour l’obtention du grade de docteur de l’Université Paul Valéry Montpellier III, septembre 2010.

– Blangy, Sylvie. «Le Guide Des Destinations Indigènes», Indigene Editions, Collection Indigène Esprit, 2006, 384 pages.

– Blangy S. et A. Laurent. «Le tourisme autochtone. Un lieu d’expression privilégié pour des formes de solidarité innovantes», TEOROS- Revue de recherche en tourisme, Université du Québec à Montréal, numéro spécial sur le tourisme solidaire, septembre 2007.

– Blangy S. et R. Lemelin. «Special Issue on « Aboriginal Ecotourism »», The Journal of Ecotourism, Guest editors (dir.), juin 2009, double volume.

– Blangy, S., R. McGinley et R.H. Lemelin. «La recherche action participative et collaborative autochtone peut-elle améliorer l’engagement communautaire dans les projets touristiques?», Teoros, vol. 29, no 1 : printemps 2010.

– Butler, Robert et Tom Hinch. Tourism and Indigenous Peoples: Issues and Implications, Burlington, Butterworth-Heinemann, 2007.

– Canada’s Arctic Journal Above and Beyond. « The Arviat Community Ecotourism Initiative », mai/juin 2011.

– Donohoe, H. et Blangy, S. «The Role of Indigenous Tourism in Supporting and Meeting the United Nations Millennium Development Goals», dans K. Bricker, R. Black et S. Cottrell (dir.), «Ecotourism and Sustainable Tourism: Transitioning into the New Millenium», Jones and Bartlett, 2011.

– Inuit Heritage Trust. Sivumut Piruqpalliajuq (Gaining Towards the Future): Heritage Training Institute, consulté le 12 octobre 2011.

– Robins, Mike. «Preserving Inuit Cultural Traditions Through Tourism in Arviat, Nunavut, Canada», Papier soumis pour la 3e Conférence internationale sur la philanthropie des voyageurs, Costa Rica, 20-23 juillet 2011.

– Statistique Canada, Division de la démographie et Institut de la statistique du Québec, Direction des statistiques sociodémographiques. MRC et territoires équivalents, population selon l’âge et le sexe, consulté le 13 octobre 2011.

Catégories
Tourisme durable

Démystifier la perception de certains consommateurs par rapport au tourisme vert

Les voyageurs soucieux de l’environnement croient présentement que le tourisme vert se pratique principalement dans les hôtels. Ce type de consommateurs souhaite pouvoir participer aux démarches écologiques existantes et y contribuer par de petits gestes, même en vacances! Bien qu’ils soient sensibles aux enjeux environnementaux, ils n’aiment pas devoir payer plus cher pour obtenir des produits et des services verts.

Des voyageurs «écoresponsables»

Une étude effectuée par la firme CMIGreen Community Marketing inc. présente la perception des voyageurs ayant une conscience écologique «très grande» ou «extrême» en ce qui concerne le tourisme vert. Le sondage reposait sur un échantillon composé de 951 personnes ayant fait, au cours de la dernière année, un séjour d’une nuit et plus à plus de 80 kilomètres de leur domicile. Les répondants provenaient majoritairement des États-Unis (76%) et du Canada (12%). Près de la moitié (44%) a fait au moins un séjour urbain, et environ un participant sur cinq (22%) a déjà voyagé au Canada.

Concrètement, quelles actions exécutent ces voyageurs qui accordent une si grande importance à l’environnement? Les petits gestes tels qu’éteindre les lumières ou le climatiseur en sortant de la chambre d’hôtel, recycler ainsi que réutiliser les serviettes et les draps s’inscrivent dans les pratiques courantes de plus de 75% des répondants (voir graphique 1). Consommer localement et minimiser son empreinte écologique en privilégiant les transports en commun et en réutilisant sacs et bouteilles sont aussi des démarches importantes pour plus de 50% de ce groupe. Près de 30% de ces individus partagent, avec les responsables des entreprises visitées, leurs commentaires quant à leur performance en matière d’écologie et font la promotion du tourisme vert en partageant ses expériences avec d’autres.

 

L’hôtellerie dans le point de mire des préoccupations vertes

Selon le CMIGreen Traveler Study Report, l’élément qui contribue le plus au tourisme vert est l’écoresponsabilité des hôteliers (voir graphique 2). Outre cet aspect incontournable, il existe une grande disparité entre les réponses des participants, ce qui laisse sous-entendre que le concept de tourisme vert demeure encore vague.

Pour être considérés par une clientèle sensible aux questions environnementales, les hôteliers doivent faire preuve d’initiative sur plusieurs plans, par exemple: la mise en place de programmes facilitant la responsabilisation des clients, la gestion énergétique du bâtiment, le contrôle de la consommation d’eau et l’utilisation de matériaux et de produits verts (voir graphique 3).

 

Le sondage met en évidence l’importance d’offrir des choix aux visiteurs désirant contribuer aux démarches lancées par les hôteliers. D’ailleurs, lorsque de telles options existent, 90% des voyageurs écoresponsables souhaitent y participer volontairement. Ce constat n’est pas surprenant, puisqu’à la maison, une forte majorité de répondants a pris l’habitude de recycler (92%), de faire un effort pour minimiser sa consommation d’eau, de gaz et d’électricité (88%) et d’entreprendre plusieurs autres actions vertes. Ne pas pouvoir poursuivre ces efforts à l’extérieur de leur domicile pourrait être un irritant pour ces voyageurs, voire aller à l’encontre de leurs valeurs.

Lorsque les pratiques d’un hôtelier s’inscrivent dans une démarche verte, celui-ci a tout avantage à l’indiquer sur son site Internet. Plus de la moitié (51%) des personnes interrogées lors de l’étude ont mentionné avoir visité directement les portails des entreprises pour découvrir si l’établissement sélectionné agit de façon écoresponsable. Mais attention au greenwashing (lire aussi: Gare au greenwashing, votre réputation est en jeu!), soyez honnête et n’inventez surtout rien.

Quand vient le temps de choisir un hôtel, les deux arguments décisifs touchent l’emplacement de l’hôtel (27%) et le coût des services (26%) (voir graphique 4). Les réponses concernant des pratiques vertes demeurent toutefois importantes, mais n’occupent pas le premier rang des facteurs influant sur le choix de l’hôtel.

 

Vert, mais pas à n’importe quel prix

La majorité (62%) des voyageurs interrogés n’ont pas payé plus cher afin de réduire leur empreinte écologique lors de leur dernier voyage, tandis qu’un peu plus du tiers (34%) ont versé une somme représentant de 1% à 10% de plus.

Qu’en est-il des Québécois? L’enquête Ipsos-RVT (lire: les faits saillants de l’étude), effectuée en mars 2011, révèle des conclusions similaires, mais cette fois quant aux intentions futures des Québécois. En fait, on remarque que 60% ne seraient pas prêts à payer plus cher pour un produit ou un service dit «durable». Par ailleurs, parmi les 40% en accord avec ce principe, une majorité (78%) est encline à payer de 1% à 10% de plus (voir graphique 5). Il faut noter que, contrairement à l’échantillon du Green Traveler Study, celui de l’enquête Ipsos-RVT représente des Québécois dont le degré de conscience écologique varie d’un individu à l’autre.

Se lancer ou ne pas se lancer: telle n’est pas la question

Les nouvelles façons de faire pour s’adapter aux défis environnementaux ne représentent pas une tendance passagère, mais bien un enjeu incontournable avec lequel l’industrie touristique doit et devra conjuguer dans le futur. Les consommateurs entament graduellement le pas et exigeront sous peu que les organismes fassent de même. Bientôt, l’écoresponsabilité des gestionnaires d’entreprises ne sera plus perçue comme un extra, mais bien comme un standard. Pour l’industrie, ce ne sera alors plus le coût des investissements verts qu’il faudra évaluer, mais bien le coût de ne pas les avoir faits. Avec des outils de plus en plus accessibles et des exemples de bonnes pratiques présentés sur plusieurs médias, il est aujourd’hui plus facile que jamais de prendre part à cette révolution verte.

 

Analyse réalisée grâce à un partenariat avec Tourisme Montréal sur le tourisme urbain durable

Sources

– ACCOR. «Hôtellerie durable: ready to check in?», juin 2011.

– François-Lecompte, Agnès et Isabelle Prim-Allaz. «Pour une consommation touristique plus durable: quel chemin reste-t-il à parcourir?», 19 mai 2011.

– Marcoux, Aude Marie. «88% des Québécois ne font pas de tourisme écologique», 6 septembre 2011.

– Millar, Michelle et Seyhmus Baloglu. «Hotel guests’ preferences for green guest room attributes», Cornell Hospitality Quarterly, 15 juillet 2011.

– Chevalley, Sarah. «Les clients veulent des hôtels plus verts», L’Écho touristique, 2 septembre 2011, p. 17.

– CMI Green Community Marketing Inc. «The CMIGreen Traveler Study 2010-11».

Catégories
Produits et activités Tourisme durable

Lorsque le tourisme carbure à l’énergie

La société exige de plus en plus des entreprises qu’elles respectent l’environnement et qu’elles utilisent des énergies renouvelables lorsque c’est possible; le secteur touristique n’y échappe pas. Mais peut-il bénéficier de cette mouvance sociétale? Quel type de clientèle pourrait être intéressée par le tourisme de l’énergie? Deux questions auxquelles ont tenté de répondre des chercheurs de l’University of Natural Ressources and Applied Life Sciences Vienna qui ont présenté les résultats de leurs recherches à la 61e Conférence de l’Association internationale d’experts scientifiques du tourisme (AIEST) à Barcelone en août dernier.

Deux types de clientèle cible

Le tourisme de l’énergie se fonde sur l’idée que les vacanciers peuvent vivre des moments agréables, tout en expérimentant diverses façons d’économiser l’énergie ou d’utiliser les énergies renouvelables. Les chercheurs définissent deux principaux segments de clientèle, soit les touristes avides de connaissances techniques ou scientifiques et les touristes d’apprentissage, qui favorisent l’expérience et la découverte.

Les touristes avides de connaissances techniques ou scientifiques

Cible: les leaders de la communauté, les entreprises, les universités et les écoles techniques.

Conditions préalables: au moins une centrale d’énergie renouvelable ou des concepts énergétiques durables dans la région.

But principal de la visite: l’innovation technique, le transfert des connaissances, les possibilités d’adaptation à leur région d’origine ou à l’intérieur de leur vie professionnelle.

Produit: visites guidées des installations techniques et séminaires axés sur les options d’énergie renouvelable, leurs coûts et leurs avantages.

Communication: axée sur la dimension cognitive compte tenu du concept de transfert des connaissances.

Durée: excursions d’une journée.

Les touristes d’apprentissage

Cible: les familles et les Lohas (acronyme de Lifestyles of Health and Sustainability) ou plutôt les «Lohasians», comme on les appelle aux États-Unis. Ce sont des consommateurs particulièrement préoccupés par l’écologie et qui ont compris, en raison du réchauffement climatique et des effets de la pollution, que leur bien-être passe par la préservation de leur environnement. Les Lohas consomment des produits biologiques, font du yoga, n’achètent que des vêtements ou des produits d’entretien biologiques, conduisent des véhicules hybrides, utilisent le transport en commun ou encore favorisent des systèmes d’énergie renouvelable. Ils donnent un nouveau sens à leur vie à travers ces pratiques.

Conditions préalables: un certain savoir-faire et des infrastructures énergétiques durables dans la région.

But principal de la visite: les loisirs et l’agrément.

Produit: expérience de loisir d’apprentissage permettant de découvrir, par l’exploration personnelle, la pertinence des énergies renouvelables et leur fonctionnalité.

Communication: axée sur l’apprentissage par le jeu, le plaisir et l’émotion.

Durée: plus d’une journée, surtout en offrant des forfaits combinés à l’offre touristique traditionnelle de la région.

La création d’un produit touristique de niche: l’exemple de Güssing, en Autriche

Güssing, c’est l’histoire d’une reconversion. Il y a 20 ans, l’économie de cette ville de 4 300 habitants de l’est de l’Autriche reposait majoritairement sur l’agriculture; les deux tiers de la population active étaient au chômage. Grâce à l’aide financière de l’Union européenne et à l’impulsion du maire, un Centre européen des énergies renouvelables a vu le jour en 1995 et a marqué le tournant de la politique énergétique de la Ville, qui s’est dès lors tournée vers l’énergie solaire et la mise à profit de sa biomasse. Ainsi, plutôt que de laisser ses forêts à l’abandon, la Ville les nettoie et exploite durablement le bois qui ne peut être utilisé par l’industrie forestière. Les résidus organiques sont convertis en biogaz et en biodiesel. Ce changement de cap a fait en sorte que la ville est entièrement autonome sur le plan énergétique; une réussite saluée par un achalandage annuel de plus de 50 000 visiteurs, dont une grande partie provient de l’international.

Source: EEE

Ce succès est également à la base d’un tout nouveau concept inventé par l’Université des ressources naturelles et des sciences de la vie de Vienne, en collaboration avec les acteurs locaux du tourisme, du développement régional, de la politique, du secteur privé et du milieu de l’éducation de la région de Güssing: VISIONe (Vital Solar Innovation energy). Ce projet touristique novateur vise à sensibiliser les gens aux énergies renouvelables. Il inclut un camp «énergie» ainsi que des visites guidées thématiques.

Le camp «énergie»

L’une des principales composantes de VISIONe est le camp «énergie», qui s’adresse aux touristes d’apprentissage et qui favorise la découverte par l’exploration. Les participants y apprennent de façon ludique comment produire eux-mêmes de l’énergie, notamment à l’aide du soleil. La planification et la conception des infrastructures nécessaires à la vie du camp font partie intégrante de l’offre touristique, et les visiteurs doivent se partager les différentes tâches.

Ils dorment dans des tentes munies de panneaux solaires; ceux-ci emmagasinent l’énergie qui servira à éclairer le campement le soir venu. Des chaudrons «solaires» chauffent l’eau nécessaire pour préparer les repas et faire la vaisselle. Des sacs à dos solaires permettent de recueillir l’électricité qui alimentera le cellulaire, l’ordinateur ou la caméra vidéo. Pour le divertissement musical de la soirée, les touristes devront enfourcher une bicyclette afin d’obtenir l’énergie indispensable au fonctionnement de leur lecteur CD.

Les visites guidées du pays de l’écoénergie

Un regroupement de dix municipalités des environs de Güssing qui utilisent plusieurs formes d’énergie renouvelable composent le «pays de l’écoénergie». Cette région offre des visites guidées des usines de production d’énergie combinées à la découverte des attraits culturels tels que le monastère des Franciscains, le château de Güssing, divers musées, vignobles et caves à vin. Tout au long des 120 kilomètres du circuit, les communautés ont érigé des sculptures thématiques qui définissent leur spécificité régionale. Par exemple, une cruche de vin géante se tient à l’entrée d’un village vinicole.

Le Québec est un des leaders mondiaux en hydroélectricité; déjà, ses grandes centrales sont visitées par des milliers de personnes annuellement, sans oublier la Cité de l’énergie qui agit comme un pôle touristique important en Mauricie. Il détient tous les atouts pour se démarquer par une combinaison d’énergies renouvelables (biomasse, énergies solaire ou éolienne, géothermie) et, pourquoi pas, par le tourisme de l’énergie!

Source : EEE

 

Sources:

– Jiricka Alexandra, Ulrike Pröbstl et al. «Creating a powerful niche product: Energy tourism – adapting societal trends to a tourism issue?», présentation lors de la 61e Conférence de l’AIEST, Barcelone, 28 au 31 août 2011.

Sites Internet:

Centre européen des énergies renouvelables

Energy Tourism

 

Catégories
Ailleurs dans le monde Tourisme durable

Les grands bols d’air du Poitou-Charentes

En France, le Poitou-Charentes a lancé un portail entièrement dédié aux produits touristiques verts de sa région. Il s’adresse principalement aux amants de la nature qui souhaitent découvrir et pratiquer des activités écotouristiques. Au menu: de grands bols d’air!

Catégories
Hébergement Tourisme durable

Pratiques vertes en restauration

Grands consommateurs d’énergie et d’aliments, les restaurateurs saisissent de plus en plus le rôle qu’ils ont à jouer dans la préservation de l’environnement et des ressources. Et les consommateurs font pression sur eux: 70% souhaitent que les restaurants deviennent plus verts. Alors que de nombreux établissements modifient leurs façons de faire, beaucoup ont encore du chemin à parcourir pour améliorer leurs pratiques. L’heure n’est plus à la réflexion, mais à l’action.

De grands pollueurs

Selon l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), l’industrie serait à l’origine de 17% à 32% des émissions humaines de gaz à effet de serre. Aux États-Unis, la restauration à elle seule représente plus de 33% de l’électricité consommée par le secteur du commerce de détail. Le restaurant américain moyen utilise annuellement plus d’un million de litres d’eau et génère en moyenne 11,5 tonnes de déchets. De plus, il achète chaque année des kilos de viandes, de produits de la mer, de fruits et de légumes qui, souvent, proviennent de régions éloignées ou ont été produits avec divers agents polluants.

Une tendance lourde

La demande pour une consommation plus responsable et des pratiques respectueuses de l’environnement fait partie des grandes tendances qui touchent toute la société, et l’industrie de la restauration n’y échappe pas. Mentionnée entre autres par Food Channel et Hospitality Times, cette tendance repose sur le fait que les consommateurs sont davantage informés des conséquences d’actions irresponsables. Ils se soucient de ce qu’ils mangent, de la provenance des aliments, de leur mode de transformation, de leur fraîcheur ainsi que du cycle saisonnier. Les producteurs locaux prendront plus de place dans l’industrie de la restauration dans le futur et nous verrons le nombre de jardins associés à des établissements s’accroître (lire aussi: À crier sur tous les toits). Les restaurants seront plus nombreux à tenter d’obtenir une certification «verte» pour attirer la niche croissante de consommateurs préoccupés par l’environnement.

Une étude parue dans Tourism and Hospitality Research confirme l’existence d’un marché pour les restaurants verts et révèle que les consommateurs sont prêts à payer davantage pour une telle expérience. En réalisant un sondage auprès de 455 consommateurs de 5 restaurants décontractés (casual dining) de la ville de Colombus, en Ohio, des chercheurs ont tenté de répondre à quatre questions. En voici un petit résumé.

Est-ce que les consommateurs s’attendent à ce qu’un restaurant s’engage dans des pratiques vertes?

Non seulement une majorité (71%) des répondants estiment que choisir un établissement vert aide à la protection de l’environnement, mais ils croient également (70%) qu’il est souhaitable qu’un restaurant agisse en ce sens.

Laquelle des trois pratiques vertes est perçue comme la plus importante aux yeux de la clientèle?

Les chercheurs ont d’abord déterminé à partir des lignes directrices de la Green Restaurant Association (GRA) trois principaux axes d’interventions possibles: les actions vertes (énergie, efficacité, recyclage, construction, etc.), les aliments verts (biologiques et locaux) ainsi que les actes de compensation (dons ou engagement dans des projets verts). Il ressort de l’enquête que les actions vertes sont perçues comme plus importantes, suivies par le choix des aliments.

Dans quelle proportion les consommateurs sont-ils prêts à payer davantage pour fréquenter un restaurant vert?

Un pourcentage particulièrement élevé (85%) des répondants seraient prêts à payer une somme additionnelle pour un restaurant vert (voir graphique 1). Environ 20% se disent d’accord pour débourser un excédant d’au moins 10%.

Restauration_verte_graph1

Les débuts des programmes de certification

Au même titre que l’industrie hôtelière, celle de la restauration se dote de certifications pour encadrer les initiatives des exploitants ainsi que pour différencier les établissements engagés dans une démarche environnementale. Aux États-Unis, la GRA fraye la voie depuis 1990.

En octobre 2010, l’ARQ annonçait le lancement de la phase préliminaire du projet Resto-Vert, un programme de certification environnementale visant à accroître et à reconnaître les efforts écologiques de l’industrie de la restauration. Ce projet répond à la demande des intervenants; 96% des 299 restaurateurs interrogés en 2008 estimaient «important que les entreprises du secteur de la restauration se préoccupent de l’environnement et fassent des efforts pour améliorer la situation».

Au Canada, le programme de certification pour restaurants et services d’alimentation Leaders in Environmentally Accountable Foodservice (LEAF) a vu le jour à Calgary en 2009. Peu d’établissements y sont pour le moment associés, mais Toronto compte maintenant son premier restaurant vert. Le propriétaire du Cowbell n’achète ses produits que dans un rayon de 200 km et utilise des matériaux recyclés et d’occasion pour la décoration, par exemple des bancs d’église.

 

Restauration_verte_image1

Source: Cowbell Restaurant

Quelques exemples d’actions possibles

Plusieurs sources d’information donnent des conseils en matière de bonnes pratiques. Voici quelques exemples d’actions possibles.

  • Afin de conserver l’eau et l’énergie, utilisez un lave-vaisselle efficace et écoénergétique, un éclairage homologué Energy Star et des toilettes à faible consommation d’eau.
  • Achetez des produits consignés, réutilisables et recyclés (serviettes de table par exemple) tant pour la clientèle que pour le personnel. Utilisez des bacs de récupération et de compostage si possible.
  • Effectuez un entretien approprié des filtres d’aération, gardez les espaces de rangement ou extérieurs exempts de déchets, d’huile ou d’autres polluants potentiels.
  • Choisissez des aliments biologiques locaux produits de façon responsable.

Alors qu’un nombre croissant de restaurants adoptent un comportement plus responsable, la nature des actions progresse également. Certes, on recycle, mais on fait des choix de produits beaucoup plus réfléchis. Un nombre grandissant d’établissements entretiennent leur propre jardin, parfois sur leur toit; certains élèvent même leurs animaux. On évite également de servir les espèces en danger ou en voie d’extinction. À cet effet, le chef du restaurant Heaven City à Mukwonago au Winsconsin va plus loin et met de l’avant des espèces invasives. Le Invasivore Tapas Dinner contribue à rétablir l’équilibre marin, car il est composé de poissons et de fruits de mer qui prennent trop de place dans certaines régions. Dans la même veine, le parc aquarium Exploramer en Gaspésie propose le programme de certification «Fourchette bleue, pour une saine gestion des ressources marines». Celui-ci encourage les restaurants et les poissonneries à offrir des saveurs méconnues parmi les nombreuses espèces comestibles du Saint-Laurent, dans une perspective de développement durable et de protection de la biodiversité.

Restauration_verte_image2

Source: Exploramer

En outre, des organismes collectent et distribuent de la nourriture provenant de restaurants ou d’événements. Mentionnons l’heureuse initiative de la Tablée des chefs avec leur service de courtage en alimentation durable, qui sert d’agent de liaison entre les producteurs de surplus alimentaires comestibles et les organismes qui les redistribuent aux personnes dans le besoin.

Un positionnement marketing encore peu utilisé

L’intégrité de l’environnement naturel est souvent un élément clé pour un lieu touristique, particulièrement pour les établissements d’hébergement situés en milieu naturel. Les hôteliers sont impliqués dans l’amélioration des pratiques environnementales depuis plusieurs années. Ce n’est pas nécessairement le cas de l’industrie de la restauration qui en est encore à ses débuts. Elle peut faire mieux et profiter de l’occasion pour en faire un positionnement marketing!

Sources:

– Bay Area Green Business Program. «Becoming a Green Restaurant», consulté le 9 mars 2011.

– Brooks, Steve. «Next gen green», MonkeyDish, 4 mars 2011.

Catégories
Gestion Tourisme durable

Des pratiques et des modèles d’affaires touristiques durables

Les hauts dirigeants en tourisme qui étaient présents à la dernière conférence du World Tourism Forum à Lucerne arrivent à la même conclusion: la pérennité de l’industrie passe par des pratiques et des modèles d’affaires durables. Les initiatives des entreprises touristiques prennent la forme de politiques internes, de partenariats ou de projets novateurs. Certains professionnels de l’industrie voient déjà au-delà du triple résultat (sur les plans économique, social et environnemental) pour y rattacher la notion d’engagement à l’égard de la marque. Voici quelques témoignages de différents secteurs d’activité.

Des programmes internes qui font la différence

Pionnier, le Paradise Bay Resort and Spa se distingue par un programme durable unique en son genre dans les Caraïbes. Pour garantir un séjour «vert» à ses hôtes, le resort a installé un moulin à vent qui permet de répondre à une très grande partie des besoins énergétiques de la propriété. Le centre de villégiature compense également les émissions de carbone des vols, du transport local ainsi que des activités des clients par le recours à des énergies renouvelables. En plus d’être alimenté en partie par de l’énergie éolienne, l’établissement utilise l’énergie solaire et cultive son propre potager biologique.

Des nouveaux partenariats fleurissent

Selon Intergovernmental Panel on Climate Change, les émissions de CO2 causées par les déplacements aériens sont plus dommageables que celles provoquées par les activités terrestres à cause des polluants rejetés dans l’atmosphère supérieure, entraînant deux à quatre fois plus de dégâts.

Conscientes de ce défi, quelques compagnies aériennes testent des solutions énergétiques plus durables. Ainsi, British Airways, qui prévoit utiliser les biocarburants pour alimenter une partie de sa flotte à partir de 2014, s’est alliée à Solena Group, une firme spécialisée en bioénergie et basée à Washington DC. Les deux partenaires construisent une usine pour convertir une grande variété de déchets destinés à l’enfouissement en biocarburant pour les avions. À la fin de son implémentation, l’usine permettra de convertir 500 000 tonnes de déchets par an en 16 millions de gallons de biocarburants. Selon British Airways, ce volume dépasse le double de la quantité nécessaire pour rendre tous ses vols, via l’aéroport de Londres, neutres en émissions de carbone. Ce partenariat unique avec Solena ouvrira la voie à la réalisation de l’ambitieux objectif de British Airways: réduire ses émissions de carbone de 50% d’ici 2050. De plus, cette initiative permettra à la Ville et à l’aéroport de Londres de diminuer considérablement leurs coûts de gestion et d’enfouissement des déchets urbains.

Solena travaille sur un projet similaire avec la compagnie aérienne australienne Qantas.

L’hôtellerie aussi a développé des partenariats salutaires. Dans le cadre de sa stratégie visant à réduire les émissions de carbone, Marriott International a signé un accord de l’ordre de 2 millions de dollars américains avec l’État brésilien Amazonas afin de protéger et de préserver 1,4 million d’acres de forêt tropicale en voie de disparition en Amazonie. La zone porte le nom de The Juma Sustainable Development Reserve.

La préservation des forêts tropicales est une pierre angulaire de la stratégie environnementale de Marriott, qui permet aussi à ses clients de contribuer au fond Juma pour compenser volontairement les émissions causées par leur séjour à l’hôtel.

Des modèles d’affaires novateurs

Certaines entreprises sortent de l’ordinaire dans le but de sensibiliser les consommateurs et d’établir de nouvelles façons de faire. C’est le cas des restaurants végétariens Otarian situés à Londres et à New York, qui sont les premiers établissements à mesurer l’empreinte écologique de chaque élément de leur menu. L’objectif principal de cette démarche est d’encourager les clients à réfléchir sur les répercussions de leurs choix alimentaires et de comprendre les avantages environnementaux de la réduction de la consommation de viande.

La compagnie Sustain, qui a mesuré l’empreinte écologique des aliments, a tenu compte de chaque étape du cycle de vie des produits, incluant l’approvisionnement des matières premières, la fabrication, l’emballage, le transport, la cuisine et l’élimination du produit.

Toujours dans le but de créer une plus value pour le voyageur, un nouveau genre d’entreprises touristiques voit le jour. Tel est le cas de moteurs de recherche comme Carbon Friendly Flight qui permettent aux voyageurs d’effectuer des recherches de vols selon leur impact environnemental, entre autres.

Source: Globaltravelmarket

En 2009, l’outil a enregistré environ 10 000 recherches; 57% des visiteurs ont sélectionné l’option de vol la plus verte même si son prix était en moyenne plus élevé de 19%.

De son côté, Gap Adventures, un tour-opérateur canadien qui figure parmi les précurseurs du tourisme durable dans les années 1990, a aujourd’hui élargi son modèle 3P (personnes, planète et profit) à un concept plus évolué. Depuis sa création, Gap Adventures a étendu ses activités à plus de 1000 itinéraires dans une centaine de pays. Selon l’inspirant fondateur et président Bruce Poon Tip, au-delà du modèle du triple résultat (triple bottom line), les entreprises doivent davantage enrôler leurs employés ainsi que leurs clients dans cette voie.

Pour une entreprise dont les activités s’étendent à l’international, comment s’assurer que les employés qui la représentent donnent la même qualité de service et qu’ils démontrent leur engagement et leur affiliation à la marque, sans même ne jamais avoir rencontré leurs collègues?

 

pratiques_touristiques_durables_image1

Source: Présentation de Gap Adventures au World Tourism Forum – Lucerne, avril 2011

 

M. Bruce Poon Tip pense que pour y parvenir, il est nécessaire d’enrôler les employés dans le modèle d’affaires de l’entreprise et d’impliquer les voyageurs au-delà du produit vendu.

Gap Adventures base son modèle d’affaires sur la notion du bonheur dont traite le livre Delivering Happiness: A Path to Profits, Passion, and Purpose. M. Bruce Poon Tip met un point d’honneur à transposer ce concept philosophique dans la gestion de ses équipes et dans l’animation de sa communauté de voyageurs.

Selon lui, une entreprise doit créer un environnement qui offre aux employés un sentiment de:

  • perceived progress (percevoir la possibilité de progresser et de développer sa carrière);
  • perceived control (avoir un sentiment de contrôle sur son travail et sur son avancement);
  • connectedness (être en contact et en bonne relation avec ses collègues);
  • vision/meaning (faire partie de quelque chose de plus grand que soi).

Ce sont là, selon M. Bruce Poon Tip, les fondements mêmes du bonheur (voir image).

Source: Présentation de Gap Adventures au World Tourism Forum – Lucerne, avril 2011

Pour que les clients s’investissement dans cette cause, GAP Adventures a créé la fondation Planeterra, qui gère plus de 30 projets de développement communautaire à travers le monde et qui offre aux voyageurs la possibilité de participer au bien-être des populations qu’ils rencontrent dans leurs circuits.

Google et Apple, des géants de la gestion de la marque et de l’engagement du consommateur, reconnaissent l’intelligence du modèle d’affaires de Gap Adventures. La compagnie canadienne a également reçu les honneurs de Condé Nast Traveller et de National Geographic.

Ralentir la croissance touristique pour épargner l’environnement n’est pas une solution viable. Plusieurs économies en voie de développement dépendent de cette industrie souvent considérée comme une importante source de devises. En revanche, les modèles d’affaires des entreprises touristiques doivent impérativement changer et intégrer des pratiques de gestion durables.

«Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements.» (Charles Darwin – 1809-1882).

Sources:

– Conférence du World Tourism Forum, à Lucerne en avril 2011.

– Walsh, Luke. «Restaurant puts carbon footprint on the menu», edie.net, 26 avril 2010.