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Explications et réflexions sur le patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

Le patrimoine culturel ne se limite pas aux monuments et aux lieux qui ont été préservés à travers le temps. Il embrasse à la fois les expressions vivantes et les traditions que d’innombrables communautés du monde entier ont apprises de leurs ancêtres et qu’elles transmettent à leurs descendants, souvent oralement. Saviez-vous que l’UNESCO a récemment officialisé une liste de chefs-d’œuvre du patrimoine vivant? Apprenez-en un peu plus…

Définition

Lors de sa 32e Conférence générale, en octobre 2003, l’UNESCO adoptait la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Celle-ci définit le patrimoine culturel immatériel comme étant «les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artéfacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel».

Pour être protégé par la Convention, il est également nécessaire de répondre à ces éléments de définition:

  • transmis de génération en génération;
  • recréé en permanence par les communautés et les groupes, en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire;
  • procure aux communautés et aux groupes un sentiment d’identité et de continuité;
  • contribue à promouvoir le respect de la diversité culturelle et de la créativité humaine;
  • conforme aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme; conforme aux exigences de respect mutuel entre les communautés et de développement durable.

Le patrimoine immatériel ou le patrimoine vivant se manifeste, entre autres, dans les domaines suivants:

  • les traditions et expressions orales (mythes, chansons, jeux, etc.);
  • les arts du spectacle;
  • les pratiques sociales, rituels et événements festifs;
  • les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers;
  • les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

Le patrimoine culturel immatériel est mis en péril par une uniformisation culturelle attribuable entre autres à la mondialisation, aux migrations des populations, au tourisme ainsi que par le manque de moyens, d’appréciation et de compréhension qui fragilisent ces éléments et qui peuvent entraîner le désintérêt des jeunes générations. D’où l’importance d’un cadre de sauvegarde.

Quelques exemples

En 2001, 2003 et 2005, l’UNESCO a proclamé 90 chefs-d’œuvre répartis dans près de 70 pays à travers le monde. Toutefois, la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité est «officiellement» née le 4 novembre 2008.

Vingt-six de ces éléments culturels appartiennent à l’Asie et au Pacifique, 20 à l’Europe, 19 à l’Amérique latine et aux Caraïbes, 18 à l’Afrique, 7 aux États arabes. Neuf d’entre eux touchent plus d’un pays.

Parmi quelques exemples de ce patrimoine, on trouve:

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La samba de Roda de Recôncavo de Bahia (Brésil) qui tire son origine des danses et traditions des esclaves de la région et qui a influencé la samba actuelle, un symbole essentiel de l’identité nationale brésilienne.

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Le Carnaval de Binche, en Belgique, qui remonte au Moyen Âge.

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La fabrication de tissus d’écorce, en Ouganda, une technique préhistorique antérieure à l’invention du tissage.

Ou encore :

  • les traditions et expressions orales des Pygmées Aka (République centrafricaine) ou des Ifugao aux Philippines (récits hudhud);
  • le Ballet royal du Cambodge;
  • les fêtes indigènes dédiées aux morts au Mexique;
  • les dessins de sable du Vanuatu;
  • l’art du travail du bois des Zafimaniry, forme traditionnelle d’artisanat;
  • les espaces culturels de Jemaa el-Fna au Maroc ou du district de Boysun en Ouzbékistan.

Consultez la liste complète à l’adresse suivante: http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?pg=00173.

Enfin, mentionnons que la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel vise en quelque sorte à rétablir un équilibre entre les pays occidentaux et ceux de l’Afrique, de l’Asie ainsi que des Amériques Centrale et du Sud qui sont plus riches en traditions populaires et en rituels qu’en patrimoine matériel.

Fonctions de sauvegarde et de promotion

Il existe en fait deux listes internationales issues de cette convention:

  1. La liste représentative mentionnée précédemment s’inspire de la Liste du patrimoine mondial que nous connaissons et qui comporte 878 biens ou lieux. Cette liste a plus d’un rôle:
    –    procurer une meilleure visibilité;
    –    sensibiliser à l’importance de ce patrimoine;
    –    encourager le dialogue dans le respect de la diversité culturelle.
  2. La Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.

Le fait d’être inscrit sur l’une ou l’autre de ces listes peut aider à la sauvegarde ou à la promotion d’un élément du patrimoine vivant et à recevoir des appuis. Par exemple, la division chinoise de BMW a récemment apporté un soutien financier au China Intangible Cultural Heritage Protection Center.

Projets en demande

La liste s’allongera en 2009, puisque l’UNESCO a reçu un total de 112 candidatures émanant de 35 États. Selon le directeur général de l’organisme, le nombre élevé de candidatures présentées «démontre l’intérêt que suscite la sauvegarde du patrimoine vivant au sein de la communauté internationale». D’autres candidatures pourront être déposées chaque année.

Parmi les projets soumis, mentionnons la calligraphie chinoise. Celle-ci existe depuis plus de 3000 ans et malgré son caractère symbolique, sa pratique se déprécie et son existence «artistique» est en danger.

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Le 23 février dernier, Nicolas Sarkozy annonçait son audacieuse volonté d’inscrire la gastronomie française à la liste de l’UNESCO. La cuisine pourrait être classée dans la catégorie «pratiques sociales, rituels et événements festifs» ou «savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel». Le principal défi de la France est de cerner un angle d’approche pertinent qui permettra de circonscrire le «chef-d’œuvre». Pour l’instant, aucune gastronomie ne figure encore au patrimoine immatériel de l’humanité.

À propos du Québec et du Canada

À l’heure actuelle, aucun élément du patrimoine vivant des États-Unis et du Canada n’est reconnu par l’UNESCO. Mais le Canada héberge certaines richesses culturelles immatérielles qui mériteraient peut-être une sauvegarde et une promotion. Ne pensez-vous pas que l’art de la sculpture inuit ou certains rituels amérindiens s’inscrivent bien dans la philosophie de la Convention et qu’une forme de protection à leur égard s’impose? Quels autres éléments de notre folklore ou événements rejoindraient les valeurs de la Liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO?

Avec la mondialisation qui tend à uniformiser beaucoup de nos pratiques, chacun est aujourd’hui de plus en plus conscient que le patrimoine immatériel joue un rôle essentiel dans notre vie culturelle et sociale, qu’il nous enrichit par sa diversité et qu’il importe de le préserver.

Sources:

– Agence France Presse. «La gastronomie française, marque ou monument?», Journal de la culture France 24, 10 juillet 2008.
–  ChinaCSR. «BMW Aids China’s Intangible Cultural Heritage», [ChinaCSR.com], 9 octobre 2008.
–  Organisation des nations unies. «Naissance de la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité», Centre d’actualité de l’ONU, 4 novembre 2008.
–  Show China. «Calligraphie en train de devenir le patrimoine immatériel», [www.showchina.org], 2 octobre 2008.

Sur le Web:

– Sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
–  Patrimoine immatériel

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Ailleurs dans le monde Produits et activités Tourisme durable

Récupération, réutilisation et recyclage… du patrimoine!

Dans un monde où le recyclage est devenu le mot d’ordre, la récupération de bâtiments délaissés, de lieux inutilisés ou encore de matériaux s’inscrit tout naturellement dans le développement urbain. Le patrimoine bâti, qu’il soit d’origine industrielle, institutionnelle ou encore commerciale, jouit parfois d’une deuxième vie trépidante grâce à l’imagination et à la créativité d’entrepreneurs ou d’artistes qui n’ont pas froid aux yeux. Cette nouvelle vocation, généralement récréative, souvent culturelle, permet aux visiteurs comme aux «locaux» de découvrir des lieux inusités. Tour d’horizon de quelques conversions et récupérations profitables à l’industrie culturelle et touristique.

 

Une ancienne centrale électrique

Dans les années 1990, la Tate Gallery de Londres devait trouver un bâtiment, ou en construire un, pour exposer tout le volet moderne de la Tate collection. L’édifice alors désaffecté d’une centrale électrique s’est imposé de lui-même. Bâtiment d’envergure, disposant de beaucoup d’espace et situé le long de la rivière face à la cathédrale St. Paul, maintenant relié à la ville par le pont piétonnier Millenium Bridge, il répondait à tous les besoins. La firme d’architectes Herzog & Meuron a travaillé durant plusieurs années à cette conversion. L’ancienne salle des machines, notamment, a été transformée en un immense hall d’exposition. Bien visible de l’extérieur, une imposante structure de verre a été ajoutée sur la toiture, permettant ainsi à la lumière de pénétrer en abondance.

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Un musée démontable

Le Nomadic Museum voyage d’une ville à l’autre afin de présenter l’exposition permanente qu’il héberge: Ashes and Snow de Gregory Colbert. Ce dernier est à l’origine de ce concept architectural plutôt audacieux: un musée dont la structure démontable peut s’assembler relativement facilement dans les ports de ville, souvent pourvus de grands espaces. Le premier Nomadic Museum était constitué de 152 conteneurs en acier et de divers matériaux récupérés et recyclables. En tout, le musée occupe 5300 mètres carrés, soit deux galeries d’exposition et trois salles. Le musée a d’abord vu le jour à Venise, puis a visité New York, Santa Monica et Tokyo. Il est actuellement à Mexico, entièrement fait de bambou cette fois.

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Un transatlantique de 1936

Dans un tout autre registre, le Queen Mary, ancien transatlantique, amarré au port de Long Beach en Californie depuis de nombreuses années, est une destination touristique en soi. Inauguré en 1936 en Angleterre, ce paquebot est chargé d’histoire. À bord, on trouve notamment un hôtel, des restaurants, des boutiques, des cafés et des bars. On peut y voir des spectacles, faire un tour guidé historique. Il est même possible de prendre part au Ghosts & Legends Show qui relate entre autres, à travers une visite des lieux, les événements paranormaux qui ont été rapportés au cours des années. Et pour une quatrième année consécutive, le festival Art Deco, en association avec l’Art Deco Society of Los Angeles, se déroulera à son bord en septembre.

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La TOHU

On ne peut parler de conversion d’un lieu sans évoquer la formidable transformation générée par la TOHU dans le quartier Saint-Michel à Montréal. Sis sur une ancienne carrière puis site d’enfouissement en réhabilitation, la TOHU regroupe sur son territoire la première salle de spectacles circulaire au Canada, le pavillon d’accueil du Complexe environnemental de Saint-Michel (CESM) les bureaux d’En Piste, l’École nationale de cirque, ainsi que le siège social international et le centre d’hébergement des artistes du Cirque du Soleil. Elle constitue l’un des plus grands carrefours de formation, de création, de production et de diffusion en arts du cirque au monde. En plus, elle participe activement à la réhabilitation d’un des plus importants sites d’enfouissement en milieu urbain de l’Amérique du Nord, tout en contribuant à la revitalisation du quartier, et elle priorise l’embauche de ses résidants.

Le pavillon d’accueil a été conçu avec un grand souci environnemental. Certifiée Leed (Leadership in Energy and Environmental Design), la structure rassemble de nombreux éléments architecturaux recyclés. Par exemple, les rampes de la balustrade de l’escalier intérieur proviennent des anciennes autos tamponneuses de La Ronde. Des poutres recyclées des usines Angus font partie de la structure du bâtiment et des dormants de chemin de fer ont été nettoyés et décontaminés pour être intégrés à l’entrée et à la terrasse. La TOHU regroupe ainsi une partie du patrimoine industriel de Montréal.

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Quand une librairie devient un attrait

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Une église de Maastricht, aux Pays-Bas, datant de 1294, a récemment subi une transformation extrême. La conversion de l’institution en librairie l’a rendue plus populaire que jamais. Il s’agit maintenant d’une attraction, si ce n’est que pour y découvrir le design architectural du commerce intégré au somptueuxbâtiment restauré. Les nombreuses églises européennes se vident… certains entrepreneurs y vont d’audace et en font des commerces. Mais l’église et les livres devraient faire bon ménage puisque la lecture, le silence, le recueillement et la réflexion forment un heureux mélange.

 

Tirer profit de notre histoire

Une utilisation inventive du patrimoine et le recours à des concepts novateurs pour la diffusion des arts transforment et dynamisent les milieux urbains. Tirons profit des espaces abandonnés, des composantes de notre histoire industrielle et du cadre bâti existant en lui redonnant vie par les arts, la culture et le design. Inspirons-nous de ce qui se fait ailleurs, les exemples ne manquent pas!

Source:
– Castro-Fernandez, Bélen et Rubén C. Lois-Gonzalez. «Se loger dans le passé», Espaces et sociétés, no 126, 2006.
– Glancey, Jonathan. «In the Beginning Was the Bestseller», Guardian, 9 avril 2008.
– Nadeau, Gervais. «La Tohu: Moteur de développement économique», Réseaux, juin-juillet 2008.

Sites Internet:
– Ashes and Snow: http://www.ashesandsnow.org
– La TOHU: http://www.tohu.ca
– Merkx + Girod: http://www.merkx-girod.nl/
– Queen Mary: http://www.queenmary.com
– Tate Modern: http://www.tate.org.uk

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Ailleurs dans le monde Segments de clientèles Tendances

Le tourisme religieux: les disciples se font nombreux

Que vous vient-il en tête lorsque vous entendez parler de tourisme religieux? Plusieurs penseront: marché de niche, petit budget, pèlerinages et marché de seniors. Cela était vrai… en 1975. Actualisons: aujourd’hui le tourisme religieux, les déplacements, l’hébergement et les activités qui y sont rattachés représentent une industrie dynamique de 18 milliards de dollars et de 300 millions de voyageurs dans le monde.

La niche devient un marché de masse

Le tourisme religieux n’est pas simple à définir puisqu’il englobe plusieurs formes de voyage. Dans son sens large, il s’agit de voyages dont le but est la visite de lieux, de bâtiments dits sacrés ou saints. Toutefois, le tourisme religieux s’est divisé en plusieurs segments et la plupart d’entre eux semblent prendre de l’ampleur, quoiqu’il s’avère difficile d’en évaluer la taille exacte.

Les quelques observations suivantes témoignent, malgré tout, d’un phénomène important et en forte croissance.

  • Travel Industry Association (TIA) indique que 25% des voyageurs américains sont actuellement intéressés à prendre des vacances spirituelles et que 12% le sont même plus qu’il y a cinq ans.
  • Selon la Religious Conference Management Association, le segment des congrès religieux est passé de 4,4 millions de participants en 1994 à 14,7 millions en 2006.
  • Les pèlerinages et les voyages vers les lieux de culte ne sont pas en reste. Le Vatican a vu le nombre de ses visiteurs doubler au cours des dix dernières années pour atteindre 4,2 millions de personnes en 2006. Celui-ci a même sa propre ligne aérienne low cost depuis août 2007! La croissance est forte également dans d’autres lieux de culte tels que Lourdes, Fatima, la cathédrale de Canterbury, Saint-Jacques de Compostelle, la route de l’apôtre saint Paul en Grèce et, bien sûr, la Terre Sainte (Bethléem et l’église de la Nativité, Jérusalem, Nazareth, la mer de Galilée, etc.) malgré les conflits qui y règnent.
  • Il y a vingt ans, il n’existait aucune croisière à caractère religieux et spirituel, avec des prestations de chorales gospel et où la librairie pieuse a remplacé le casino. Aujourd’hui, plus d’une douzaine d’opérateurs reçoivent de 2000 à 3000 passagers chacun annuellement qui recherchent ce type de voyage.
  • Les missions de courte durée comptent environ 1,6 million de participants (25 000 en 1979) et plus de 55 millions d’Américains sont partis en voyage d’aide volontaire avec des églises, des groupes religieux ou organisés par une personne de foi.
  • Les autres segments sont les retraites dans des monastères ou des temples, les événements religieux (par exemple, la Semana Santa en Espagne), les congrès ou les conférences de groupes religieux ainsi que les voyages étudiants ou familiaux et intergénérationnels comportant un volet lié à la religion.

Selon certaines sources, le tourisme religieux peut aussi englober des voyages non rattachés à un acte de foi (visites d’églises, ressourcement). Les motivations sont diverses: demander de l’aide ou une bénédiction, chercher des réponses à certaines questions ou du réconfort lors d’une période difficile, trouver la paix intérieure, se retrouver en présence d’autres croyants, espérer une guérison, remercier de la venue d’un événement positif, etc. Globalement, le tourisme religieux répond au désir des individus d’intégrer les croyances dans la vie de tous les jours et est vu comme une façon de vérifier ses croyances et sa spiritualité.

Une des principales conclusions de la Conférence internationale sur le tourisme, les religions et le dialogue des cultures de l’Organisation mondiale du tourisme, tenue en octobre 2007, est que le tourisme religieux et culturel est clairement en croissance dans le monde, mais qu’il importe d’en assurer le développement durable.

Profil de la clientèle

Le graphique suivant aide à comprendre la répartition des différentes religions dans le monde. Il s’agit d’indications et non de chiffres exacts et, quoique tous ne soient pas pratiquants, on observe néanmoins qu’il y a un très large bassin potentiel de touristes religieux.

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De façon générale, la clientèle est plutôt hétérogène. Néanmoins, selon une étude réalisée pour Globus, le plus important organisateur de voyages religieux, les touristes américains intéressés par la visite de lieux de culte préfèrent les voyages de groupes (75%), mais un cinquième d’entre eux choisissent plutôt une croisière ou un voyage en solo. La majorité des touristes religieux sont mariés (70%) et les deux tiers sont actifs au sein de leur église, temple ou synagogue. Plus de 60% ont complété des études collégiales ou universitaires et plus de la moitié disposent d’un revenu de plus de 75 000 USD. D’ailleurs, certains d’entre eux ne se contentent plus seulement de voyages à petit budget: l’opérateur ultra luxueux TCS Expeditions offre un tour du monde nommé «Great Faiths» pour 45 000 USD.

On dénote également un intérêt pour des expériences plus authentiques, personnalisées et diversifiées. En plus de visiter des sites liés à la religion, 42% souhaitent profiter d’autres activités non pieuses pendant la moitié de leur séjour.

Le marché américain présente de toute évidence beaucoup de potentiel. Selon Lifestyle Profiles, les Américains qui font des lectures bibliques ou pieuses sont plus enclins que la moyenne de la population à voyager à l’international. Ces lecteurs bibliques affichent une forte propension à assister à des événements culturels et apprécient les croisières.

Un verset pour le Québec?

Bien que l’Europe et les lieux rattachés à l’histoire sainte soient les premières destinations du tourisme religieux, celles-ci sont infiniment plus variées qu’on ne peut l’imaginer. D’ailleurs, l’expansion de ce marché amène les groupes religieux à se tourner de plus en plus vers l’Amérique du Nord pour leurs rencontres, leurs congrès, leurs croisières, leurs retraites, leurs voyages humanitaires ou étudiants.

Le Québec compte quelques attraits religieux notables, une multitude d’églises ainsi qu’une culture catholique encore bien ancrée. L’oratoire Saint-Joseph attire environ 2 millions de visiteurs annuellement, dont 40% viennent de l’étranger. La basilique Notre-Dame a vendu 485 000 visites guidées en 2006 et le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, qui fête ses 350 ans en 2008, est un lieu de pèlerinage qui attire plus de 1,5 million de visiteurs par année. Lors de la populaire Neuvaine de Sainte-Anne, près de 100 000 pèlerins et visiteurs se rendent sur les lieux. La ville de Québec a structuré son offre et, depuis 1988, la Corporation du patrimoine et du tourisme religieux veille à l’animation, à l’interprétation et à la mise en valeur du patrimoine religieux de la ville.

Les opportunités que représente le tourisme religieux pour l’industrie touristique n’ont jamais été aussi grandes. Sans être la Terre Sainte, le Québec compte non seulement des attraits, mais aussi un environnement magnifique et vaste, fort propice au recueillement. Il y a certainement lieu d’être plus présent auprès de ce marché et des organisateurs, alors «Allez dans le monde entier et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.» (Marc 16.15)

Sources:

– Wright, Kevin. «Religious Tourism: A New Era, a Dynamic Industry», Group Travel Blog, 9 novembre 2007.
– Mintel. «Religious Tourism», Mintel Travel & Tourism Analyst, no 4, mars 2005.
– Simon, Anne-Catherine. «Les voyages religieux, un marché de niche», Cahier Espaces, décembre 2007.
– Tobelem, Jean-Michel. «Développer l’attractivité d’une destination par la valorisation des sites religieux», Cahier Espaces, décembre 2007.
– Clément, Éric. «Une superbe falaise retrouvée à l’Oratoire», La Presse, 5 mars 2007.
– Agence France Presse. «Le tourisme en progression à Bethléem», La Presse, 11 décembre 2007.
– Travel Agent Europe News. «Research Shows Religious Travel on the Rise», Travel Agent Central, 8 novembre 2007.
– The Lifestyle Market Analyst 2007, Bible/Devotion Reading.
– Désiront, André. «Des voyages à valeur spirituelle», La Presse, 12 décembre 2007.
– Modern Agent. «Globus Releases Survey of Religious Travel Patterns», 2 novembre 2007.
– Kurlantzick, Joshua. «21st-Century Religious Travel: Leave the Sackcloth at Home», New York Times, 29 avril 2007.
– Asia Pacific News. «UNWTO: Tourism For International Understanding», 31 octobre 2007.

Sites Web:
– www.patrimoine-religieux.com
– www.ssadb.qc.ca
– www.tourisme-montreal.org

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Gestion Produits et activités

Être éleveur d’émeus ou gestionnaire touristique? Les deux…

Offrir des produits du terroir signifie souvent aussi exploiter une entreprise touristique. Cette dualité devient inévitable. Les notions de gestion, d’économie et de marketing doivent côtoyer l’élevage des canards, les vendanges ou la préparation de fins fromages. La plupart des producteurs ont compris qu’une stratégie d’accueil touristique comporte des avantages, mais est-il possible d’optimiser les façons de faire?

La distribution des produits du terroir n’est pas chose simple au Québec

Dès leurs débuts, les producteurs de produits du terroir québécois ont adopté des stratégies d’accueil, d’interprétation et d’animation de la clientèle pour stimuler les ventes sur place en raison d’un contexte difficile de distribution de produits. Nous n’entrerons pas dans la multitude des subtilités qui complexifient la distribution à grande échelle des différentes catégories de produits ou alcools au Québec, mais il en résulte que, à l’heure actuelle, l’accent est mis sur les ventes directes des produits du terroir, lesquelles ont l’avantage de générer des marges beaucoup plus importantes pour les producteurs.

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Une clientèle segmentée, un marketing adapté

Clarifier les différents types de consommateurs en fonction de leur comportement d’achat permet de mieux cibler chaque segment par une approche marketing adaptée.

  • Les «amateurs de lieux de production» se déplacent spécifiquement dans le but de visiter des vignobles et des fermes artisanales. La ligne marketing directrice pour les attirer est de mettre de l’avant les modes de fabrication et les atouts propres du lieu.
  • Les «amateurs du produit» veulent parfaire leur connaissance des vins ou des fromages ou de tout autre produit et ils souhaitent généralement une dégustation gratuite. La qualité du produit sera ici l’élément central pour séduire cette clientèle.
  • Les «amateurs de la région» préfèrent la découverte et l’achat de produit ne constitue pas le moteur de leur visite. En raison de leur méconnaissance des modes de fabrication, ils seront attirés par un marketing axé sur l’apprentissage et l’initiation.
  • Les «amateurs de l’offre touristique» considèrent que les produits du terroir ne sont qu’un élément de séduction parmi d’autres. Il faut donc jouer sur la différenciation pour les attirer, d’abord dans la région, ensuite chez les producteurs.

Quelques stratégies clés

Voici quelques exemples de stratégies concrètes pouvant contribuer au succès d’une entreprise productrice de produits du terroir:

  • Profiter pleinement du contact avec la clientèle existante pour identifier les besoins des consommateurs. Cela peut se faire en conversant avec les visiteurs ou en portant une attention spéciale aux commentaires (livre d’or ou fiches commentaires). Ensuite, il importe d’adapter l’offre de services à ces besoins.
  • Vendre son entreprise par divers moyens: publicité, relations de presse, participation à des événements, etc.; les visiteurs ne viendront pas par magie. La stratégie marketing développée devra être en accord avec les segments de marché identifiés.
  • Se rapprocher des acteurs institutionnels (exemple: ministère de l’Agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du Québec) et promotionnels (associations touristiques régionales, offices de tourisme, municipalités régionales de comté, etc.).
  • Devenir le meilleur ami de quelques restaurateurs et hôteliers bien ciblés! Si ces acteurs croient au produit, ils n’hésiteront pas à le servir à leur clientèle, à en vanter les mérites et à les inviter à visiter le lieu de production.
  • Proposer des offres aux voyagistes ou à d’autres organisateurs de circuits organisés (exemple: écoles), que ce soit individuellement ou de concert avec d’autres intervenants touristiques de la région (exemple: circuits thématiques).
  • Jouer la carte du marketing expérientiel. Il s’agit de stimuler les sens du consommateur dans le but de solliciter l’achat. Qui de mieux placé que les entreprises productrices de produits fins pour créer une expérience sensorielle alléchante?
  • Aménager les lieux à visiter et l’espace de vente pour que le consommateur se sente bien et ait envie d’acheter. S’offrir une brève formation de baseen merchandising peut être une stratégie payante!
  • Fidéliser la clientèle par le développement de relations personnalisées. Pour faciliter ce volet: créer une base de données de la clientèle, envoyer des courriels de fidélisation ou créer un événement privé ou réservé aux clients existants.

Et n’oublions pas la qualité de l’expérience, la formation du personnel, une présence dynamique sur Internet et combien d’autres idées novatrices et stimulantes! Il s’agit donc de trouver l’équilibre entre l’objectif du producteur qui développe le tourisme pour vendre ses produits et les clients qui ne viennent pas forcément sur le lieu pour acheter un produit, mais bien pour découvrir la vie du producteur et visiter le site.

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Outre les actions déployées par les producteurs de produits du terroir, l’industrie touristique a également un rôle à jouer dans le succès de cette filière. D’ailleurs, la mise en place d’une vingtaine de circuits thématiques depuis quelques années a grandement favorisé le développement du tourisme dans les fermes, les vignobles, les vergers, les érablières, etc. Par ailleurs, l’organisme Agricotour contribue grandement à la promotion de ces produits. De façon globale, il reste cependant du chemin à parcourir pour développer et consolider leur place dans l’offre touristique.

Bien comprendre les bénéfices d’une stratégie touristique sur les lieux

Intégrer le tourisme au sein des entreprises productrices de produits du terroir est bien plus qu’un moyen de vendre son produit et comporte plusieurs avantages:

  • Une expérience entre le consommateur et le producteur. Ce dernier peut expliquer ses produits, rencontrer ses clients ou des prospects et mieux comprendre leurs attentes et leurs besoins.
  • Une façon d’améliorer ou de développer l’image de marque de l’établissement et d’accroître la notoriété.
  • L’opportunité de lier le produit à son histoire, à la culture locale et de lui donner ainsi davantage de personnalité.
  • La possibilité d’essayer le produit, notamment par la dégustation, représente une forme de marketing direct généralement très appréciée de la clientèle.
  • Un moyen de fidéliser la clientèle et de stimuler le bouche-à-oreille par l’expérience de moments agréables.
  • Une occasion pour l’exploitant d’élargir sa mission à l’éducation et à la sensibilisation des consommateurs aux produits de qualité.

Tirer profit d’un territoire riche

Les richesses du Québec jumelées au travail des exploitants agricoles ont permis le déploiement d’une grande diversité de produits célébrant le terroir québécois. En attendant l’assouplissement des structures monopolistiques comme celle de la Société des alcools du Québec et une réelle reconnaissance de l’importance de la production locale et artisanale par l’État, la vente à la propriété est la solution des entreprises de produits du terroir. Alors, pourquoi ne pas mettre toutes les chances de son côté et tirer le maximum de ce mode de distribution?

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Voir aussi:
L’agrotourisme au Québec: point de mire

Sources:
– Castaing, Yohan. «Œnotourisme. Mettez en valeur votre exploitation viticole», Éditions La Vigne, Dunod, Paris 2007.
– Tourisme Québec. «Agrotourisme: diagnostic sectoriel/plan de développement et de commercialisation», Zins Beauchesne et associés, juin 2006.
– Knowd, Ian. «Tourism as a Mechanism for Farm Survival», Journal of Sustainable Tourism, volume 14, numéro 1, 2006.
– Photos: www.pdphoto.org

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Ailleurs dans le monde Produits et activités

Et si la culture allait à la rencontre des touristes?

Lorsqu’il est question de tourisme culturel, la problématique de développement des clientèles touristiques est souvent réduite à un défi unilatéral: celui d’amener les touristes vers les lieux de diffusion culturelle. Pourtant, différentes initiatives exploitent l’approche inverse…

La culture vs les composantes de l’expérience touristique

Au-delà des activités pratiquées et des attraits visités, de nombreux services contribuent à la réalisation d’un séjour touristique. Transport, hébergement, restauration, accueil et information, boutiques ou magasins sont autant de composantes qui font partie de l’expérience touristique vécue par le visiteur.

Certains de ces services prennent parfois une teinte culturelle. Lorsque le transport fait appel à un véhicule antique (calèche, train à vapeur, tramway, etc.), que la restauration privilégie les produits du terroir ou qu’un établissement d’hébergement occupe un bâtiment historique, ces services à vocation logistique deviennent partie intégrante d’une expérience touristique culturelle. Toutefois, il faut reconnaître que ces occasions de découvrir la culture par le biais des services touristiques demeurent peu nombreuses.

Afin d’améliorer la qualité de l’expérience offerte, d’ajouter une touche d’authenticité ou de se distinguer de la concurrence, certaines entreprises touristiques découvrent la plus-value culturelle. Tout en respectant leur mission première, ces gestionnaires novateurs choisissent d’inclure la culture au sein même de leur concept d’affaires. En voici quelques exemples:

Dans l’hôtellerie

Après avoir développé le concept de l’hôtel boutique avec l’ouverture du Morgan à New York, Ian Schrager lance l’expérience Gramercy: mélange d’art (recréer un studio d’artistes), de surréalisme (style bohème éclectique) et de contradictions (uncool is now the place to be). Le Gramercy Park Hotel de New York offre à ses visiteurs l’occasion d’être en contact avec des oeuvres d’une qualité équivalente à celles des grands musées, dans une ambiance personnalisée et décontractée.

Plusieurs autres villes du monde voient naître des «Art Hotels», ces établissements où l’art n’est pas un élément de décoration, mais le coeur même du concept hôtelier. En Tasmanie (Australie), le Henry Jones Art Hotel s’inspire et présente des oeuvres d’artistes, d’artisans, de musiciens et de poètes tasmaniens, tandis que le Art Hotel de Buenos Aires (Argentine) expose des dessins, des peintures, des photographies et des sculptures d’artistes argentins dans chacune des chambres ainsi que dans la galerie d’art qui occupe une partie du lobby.

À Toronto, le Gladstone Hotel offre, pour sa part, 37 chambres uniques, chacune d’entre elles ayant été conçue par un artiste local, certains connus, d’autres pas! À Seattle, le concept Art Hotel semble avoir été déployé avec tellement d’efficacité qu’un reportage du magazine de Continental Airlines affirme que l’Hotel Max est en concurrence avec le musée d’art de la ville.

Dans les boutiques

Plusieurs boutiques et magasins font une place à l’art au sein de leur commerce. C’est notamment le cas à Sydney (Australie) alors que, depuis maintenant 15 ans, la ville organise «Walking the Street», un événement au cours duquel, pendant dix jours, des oeuvres d’art diverses sont exposées dans les vitrines des boutiques d’une importante artère du centre-ville, la rue King. Puisque l’on sait que le magasinage est pratiqué par la quasi-totalité des visiteurs… le lien est intéressant!

Dans le transport en commun

À Londres, l’initiative Art Below permet d’utiliser les espaces publicitaires du Métro afin de promouvoir les créateurs locaux. Beaux-arts, photographie, dessin, peinture, mode, sculpture, poésie ou cinéma obtiennent ainsi une visibilité auprès des usagers qui sont invités à découvrir les galeries qui présentent ces artistes. Des reproductions virtuelles des oeuvres sont affichées sur www.artbelow.com, un site Internet qui accueille près de 10 000 visiteurs par jour.

Dans les aéroports

Depuis plusieurs années, les gestionnaires aéroportuaires utilisent l’art pour décorer et égayer les terminaux. Aux États-Unis, les villes d’Atlanta, de Phoenix, de San Diego et de Philadelphie font partie de celles dont l’aéroport principal dispose d’installations qui permettent la tenue d’expositions temporaires pour bonifier la présence des oeuvres permanentes. À Auckland (Nouvelle-Zélande) l’aéroport accueille même deux galeries d’art. Nommées ArtPort, ces installations permettent aux passagers de découvrir l’art néo-zélandais et maori.

Dans les centres d’information touristique

Au New Hampshire, le Conseil des arts de l’État (NHSCA) a établi un partenariat avec le Département du Transport de l’État afin de favoriser l’installation de présentoirs pour les arts dans les centres d’accueil et de renseignements touristiques. Ces aménagements permettent d’exposer des oeuvres d’artistes locaux, de mettre en valeur des éléments patrimoniaux et de présenter le calendrier des activités culturelles.

Et même dans les toilettes!

Les aires de toilettes étant souvent très achalandées, certains hôtels, restaurants et aéroports ont poussé l’audace un peu plus loin en y laissant entrer de surprenantes approches artistiques permettant aux usagers de joindre l’utile à l’agréable. [Lire aussi: Les toilettes: LE lieu de rencontre privilégié de l’art et des touristes]

Soyons aussi créatifs dans la diffusion de la culture!

Le dynamisme de notre créativité doit se manifester non seulement dans les oeuvres, mais aussi dans les façons de les diffuser. À cet égard, le Québec a déjà prouvé sa valeur et sa capacité d’innovation par ses réalisations au niveau de l’animation urbaine et des grands événements populaires. Plusieurs initiatives de diffusion dans des lieux inusités ont déjà cours dans la Belle Province. Toutefois, plusieurs idées restent à explorer afin que l’art et la culture rejoignent plus de visiteurs et contribuent davantage à rendre l’expérience touristique québécoise unique et authentique.

Sources :

  • Baskas, Harriet. «Art on the Fly», USA Today, 13 juin 2006.
  • Blum, Andrew. «Welcome to the Art Hotel», Business Week Online, 25 mai 2006.
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Produits et activités

Redéfinir le tourisme culturel, c’est aussi redéfinir la culture!

[15 juin 2006] Tenter de définir le «touriste culturel» est un exercice périlleux! Comment aller plus loin que la traditionnelle approche qui veut qu’un touriste culturel soit un touriste qui pratique une activité culturelle ou qui visite une attraction culturelle? En considérant également l’importance de la culture dans le choix d’une destination touristique, de nouvelles approches émergent pour tenter de redéfinir les concepts de «culture» et de «tourisme culturel».

Qu’est-ce qu’un touriste culturel?

La tâche de définir ce qu’est un «touriste culturel» exige que nous puissions déterminer les motivations, les attentes et les besoins de ces touristes dits «culturels» et que nous soyons en mesure de savoir comment la consommation de produits récréotouristiques à caractère culturel y répond.

Dans une étude portant sur le tourisme culturel en milieu urbain, la Commission Européenne du Tourisme (CET) présente une classification des touristes culturels selon deux axes distincts: d’abord, celui de l’importance que la culture revêt dans leur choix de visiter une destination; mais aussi, et peut-être surtout, celui relatif à l’intensité de l’expérience culturelle réellement vécue ou recherchée par les touristes au cours de leur séjour.

Cette typologie, développée par McKercher et Du Cros, propose cinq catégories de touristes culturels [traduction libre]:

  • Le passionné (purposeful cultural tourist): la culture est son motif premier de visite et il vit une expérience culturelle très profonde.
  • Le consciencieux (sightseeing cultural tourist): la culture occupe une place importante dans son choix de visiter une destination, mais l’expérience culturelle vécue est moins profonde.
  • L’instinctif (serendipitous cultural tourist): il ne voyage pas pour des raisons culturelles mais, du fait de sa participation, il se trouve à vivre une expérience culturelle très profonde.
  • Le désinvolte (casual cultural tourist): la culture n’est pas sa motivation première pour voyager et l’expérience culturelle qui en résulte est superficielle.
  • L’accidentel (incidental cultural tourist): il ne voyage pas pour des raisons culturelles, mais participe cependant à des activités qui lui procurent une expérience culturelle superficielle.

Cette nouvelle typologie révèle que chaque touriste, à un degré ou à un autre, délibérément ou «par mégarde», est en fait un touriste culturel. De plus, elle suggère que l’expérience culturelle peut être plus ou moins intense, cette intensité étant fonction de la participation du touriste et pas seulement de ses motifs.

Enfin, bien qu’elle entraîne une nouvelle problématique sur le plan de l’évaluation de l’expérience recherchée et vécue, cette taxinomie va tout de même plus loin que la traditionnelle approche qui veut qu’un touriste culturel en soit un qui pratique une activité culturelle ou qui visite une attraction culturelle.

L’intention vs la pratique

Deux approches s’affrontent donc quant à la compréhension de ce qu’est un touriste culturel:

1) L’approche fonctionnelle. Centrée sur l’offre, cette approche est plus institutionnelle et est aussi plus élitiste, car elle reconnaît la valeur culturelle du touriste selon sa participation à une activité culturelle de nature plus traditionnelle ou «institutionnalisée».

2) L’approche conceptuelle. Centrée sur la demande, cette approche tient compte des intentions et des motivations des touristes en analysant le rôle de la culture comme motif de voyage. Par contre, sans une définition reconnue de la culture, il devient difficile de circonscrire le phénomène du tourisme culturel.

Malgré l’émergence d’une deuxième approche basée sur la demande, la réalité du tourisme culturel et de ses adeptes demeure difficile à cerner et à délimiter sans sacrifier à un certain parti pris.

Un tourisme culturel redéfini

Jane Lutz de l’université Birmingham propose une typologie intéressante afin de surmonter cette impasse et de réconcilier les perspectives de l’offre et de la demande. Cette typologie se déploie le long de deux axes: celui de la production de la culture (l’offre) et celui de sa consommation (la demande). Elle intègre les notions de «culture noble» et de «culture populaire», mais les cantonne à l’axe de production. Qui plus est, elle leur adjoint la notion de «culture du quotidien» ou «culture ancrée», notion faisant référence aux caractéristiques culturelles «immatérielles» ou à ce que l’on appelle communément les us et coutumes. Pour ce qui est de la consommation, elle peut être définie selon le degré de participation, de passif à actif.

Le tourisme culturel peut ainsi être divisé en quatre formes de tourisme distinctes mais entrecroisées: les tourismes patrimonial, culturel, artistique et créatif. Cette typologie permet de sortir de l’impasse en rappelant une évidence que les autres approches oublient de mentionner, à savoir que si le concept de culture réfère à une réalité complexe, multiple et variée, le phénomène de tourisme culturel doit nécessairement référer à une réalité tout aussi complexe, multiple et variée.

Ainsi, s’il y a différentes formes de culture (artefacts/produits, processus, expériences), si sa production peut être catégorisée selon différents niveaux et selon différentes époques et si sa consommation prend des formes diverses, le touriste culturel devient lui-même un personnage changeant et disparate, affublé d’une personnalité multiple variant selon les lieux où il se trouve (musée, bâtiment historique, théâtre, opéra, festival de rue, restaurant gastronomique, etc.), ses modes de consommation (participatif, contemplatif, éducatif, festif, etc.), mais aussi l’espace temporel (passé, présent et futur) et les objets (artefacts/produits, processus, expériences) sur lesquels son attention se fixe.

Ce qui peut faire qu’un touriste quelconque devienne ou soit considéré comme un touriste culturel, c’est alors tout stimulus culturel à même d’éveiller sa curiosité, son attention ou sa participation, et ce, quelle que soit la nature de ce stimulus.

Conclusion

Un touriste culturel est avant tout en interaction avec son environnement, c’est-à-dire que, non content de recevoir, il est également en mesure de donner et de partager avec la culture hôte. Le touriste culturel est donc un agent culturel au sein d’une culture qui lui est étrangère ou peu connue; il sera de ce fait appelé à devenir un élément de la culture hôte – élément perturbateur ou façonneur -, mais un élément à part entière…

François-G. Chevrier, en collaboration avec Mattieu Clair-Saillant

Sources :

  • Commission Européenne du Tourisme (2005). «City Tourism & Culture – The European Experience». ISBN 92-990034-1-6, p. 4.
  • Arnaud, Gilles (2005). «Envie de France – Rapport de prospective sur l’attractivité culturelle de la France». Commissariat général du Plan, Centre d’Analyse stratégique, p. 39.
  • Lutz, Jane. «Cultural Tourism: Trends and Prospects». University of Birmingham, 10 novembre 2005. http://www.artswales.org/publications/Keynote%20Cultural%20Tourism.ppt.
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Ailleurs dans le monde Technologies

Visiter un site archéologique tout en recréant les acteurs du passé

Que diriez-vous si vous aviez la possibilité de visiter un site historique ou archéologique, tout en côtoyant les acteurs du passé? Voyons comment la technologie d’aujourd’hui peut contribuer avantageusement à l’accès dynamique aux ressources culturelles et historiques, tout en jouant la carte de la conservation du patrimoine.

Dans le cadre d’un programme de travail 2002-2006 de la Communauté européenne pour la recherche et le développement technologique (programme FP6), le Conseil des ministres et le Parlement européen ont adopté un budget de 17,5 milliards d’euros (soit près de 4% de tout le budget de l’Union européenne pour 2002) pour des activités de recherche. Une des sept priorités thématiques visait les technologies de la société de l’information (TSI), avec un budget indicatif de 3,62 milliards d’euros.

Un des projets pilotes au sein du TSI, Agamemnon, qui vise plus particulièrement le secteur du tourisme, a débuté en janvier 2004 – pour une durée de 30 mois.

Ce projet utilise la technologie des téléphones cellulaires de 3e génération (3G) avec appareil photo incorporé (loués pour l’occasion), afin de fournir aux visiteurs de musées ou de sites archéologiques en plein air une expérience personnalisée et enrichie.

Tout au long de leur visite des monuments et des sites touristiques d’intérêt, les touristes sont munis d’un téléphone cellulaire qui leur sert de guide virtuel et leur permet:

  • de reconnaître les monuments spécifiques, grâce à des photos qui ont été prises préalablement par les visiteurs et stockées dans une banque d’images;
  • d’«ergonomiser» au mieux le tracé de leur visite (et ainsi d’éviter de revenir sur leurs pas);
  • de personnaliser l’information diffusée par le guide virtuel, sur la base d’un profil d’utilisateur;
  • d’interagir avec Agamemnon sous forme de commande vocale et d’écouter des messages préenregistrés;
  • de recevoir l’information dans la langue de leur choix.

Trois sites archéologiques de grande envergure ont participé au projet, les villes de Paestum et de Pompéi en Italie, ainsi que Mycène en Grèce, où un prototype était à l’essai en février 2005.

Visiter Pompéi en réalité virtuelle

Plus impressionnant encore, MIRALab, le laboratoire des réalités virtuelles de l’Université de Genève, en partenariat avec l’EPFL (Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne), la société 2D3 et l’Université de Milan, a également travaillé au projet Lifeplus destiné à promouvoir le développement technologique et la valorisation culturelle et touristique des sites archéologiques.

Lifeplus fait appel à la réalité virtuelle afin de recréer un site archéologique, en l’occurrence les ruines de Pompéi. Le programme informatique recrée une image virtuelle des rues et des décors de la ville qui a été détruite par l’irruption du Vésuve, tout en permettant d’y superposer des personnages virtuels en mouvement.

Comme son nom l’indique, le principal objectif du projet était de «donner plus de vie aux sites archéologiques en augmentant l’impact émotif de la visite grâce aux nouvelles technologies».

Les visiteurs déambulent sur le site, munis de lunettes spéciales connectées à un ordinateur. Des scènes de la vie quotidienne leur sont alors projetées, en trois dimensions, afin de recréer la vie de l’époque (costumes, attitudes, objets familiers, faune et flore, etc. à l’appui). Une liaison satellite assure le géopositionnement en continu.

Les touristes peuvent alors mieux se rendre compte de quoi était composée la vie des anciens habitants dans leur environnement naturel. Ils sont également capables de visualiser les différentes étapes de construction des monuments tout au long d’une reconstruction tridimensionnelle. De plus, ajoutant à la réalité, ils entendent également des conversations fictives (ici, en latin) entre les différents personnages virtuels.

Quoi de plus intense que de voir, mais surtout de ressentir, l’expérience telle que la vivaient les habitants d’autrefois?

MIRALab précise que le projet est adaptable à d’autres sites qui désirent mieux comprendre et faire comprendre le patrimoine construit. Leur intention est d’améliorer la technique et d’alléger le matériel).

Les applications des technologies de la réalité virtuelle sont nombreuses et prometteuses, et pas seulement dans l’industrie du tourisme. Elles sont néanmoins encore relativement limitées, dû à leur complexité d’installation (logiciels et matériels) et à leurs coûts encore très élevés.

Maintenant, fermez les yeux et imaginez ce que donnerait la visite virtuelle des plaines d’Abraham ou, encore, une plongée sous-marine avec les baleines du Saint-Laurent?

Le sujet vous intéresse, lisez aussi : Quelles influences auront les technologies visuelles sur le tourisme et les loisirs?

Sources:

– TXT e-Solutions Spa. «Pictures from the Past», (sans date).
– Université de Genève. Presse Information Publications, octobre 2004.
– Valentin, Émilie. «Visiter Pompéi avant l’irruption du Vésuve», Le Courrier, 29 septembre 2004.

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Ailleurs dans le monde Enjeux Produits et activités

La culture comme axe de développement touristique des villes

Depuis le tournant du millénaire, les dirigeants et les têtes influentes de Montréal ont maintes fois souligné que l’avenir économique et touristique de la métropole québécoise passait par la culture. Mais Montréal n’est pas la seule ville à privilégier la culture. Toronto a décidé d’investir massivement dans ses infrastructures culturelles, tandis que New York a choisi de soutenir les activités de création dans le but de consolider sa position de cité culturelle par excellence. Plus que jamais, la culture est au coeur de la ville.

Les vertus économiques de la culture

Dans un contexte de mondialisation, où les villes, plus que les États, deviennent les véritables acteurs de la concurrence économique mondiale, la culture est désormais largement reconnue comme vecteur de développement économique et urbain. Par sa propension à générer un environnement créatif qui attire les investisseurs et les talents de la nouvelle économie basée sur le savoir et l’innovation, la culture est appelée à devenir de plus en plus présente dans la réalité urbaine.

Ce n’est donc pas un hasard si l’on associe naturellement le tourisme urbain et le tourisme culturel. Selon une récente étude de la Commission Européenne du Tourisme, seulement 20% des touristes qui visitent une ville européenne mentionnent la culture, en son sens large, comme principal motif de voyage. Même si un grand nombre de touristes urbains ne se considèrent pas comme des touristes culturels, la forte majorité des séjours urbains inclut au moins une activité culturelle.

Si le tourisme culturel urbain continue à être dominé par les grandes capitales de la culture comme Paris et Londres, l’actuelle tendance à la bonification de l’offre culturelle permet à des villes, autrefois de moindre intérêt culturel, d’émerger comme nouvelles destinations touristiques.

Le développement par le bâti

Devant relever d’importants défis de revitalisation urbaine, plusieurs villes optent pour le développement d’infrastructures culturelles majeures afin de souligner de façon tangible le passage vers une nouvelle ère économique.

Parmi les exemples fréquemment cités, mentionnons la ville de Bilbao en Espagne qui a choisi de marquer son virage vers l’avenir en mandatant l’architecte de renommée mondiale, Frank Gehry, pour concevoir le désormais célèbre musée Guggenheim qui a ouvert ses portes en 1997.  En plus de changer l’image de la ville, l’ouverture du musée a permis de générer, dès la première année, plus de 1,3 million de visites. Fait important, 79% des visiteurs déclaraient s’être déplacés vers la destination expressément afin de voir le musée.

Le succès de Bilbao a inspiré de nombreuses villes européennes et américaines qui ont aussi choisi de modifier leur image et de relancer leur fréquentation touristique par la construction d’oeuvres architecturales majeures. [Lire aussi : Surenchère, démesure et originalité.]

En Écosse, la ville de Glasgow, aussi aux prises avec un lourd héritage industriel, a pour sa part décidé d’investir dans la création d’un spectaculaire musée du transport dont l’ouverture est prévue pour 2009.

C’est également la voie qu’a choisi de suivre la ville de Toronto avec plusieurs projets majeurs, dont la revitalisation du Royal Ontario Museum (200M$), la construction de l’Opera House (181M$), la revitalisation du Art Gallery of Ontario par l’architecte Frank Gehry (180M$) et la rénovation du Gardiner Museum of Ceramic Art (15M$).

Le réaménagement urbain

D’autres villes ont plutôt opté pour des projets de réaménagements urbains qui visent à valoriser et à faciliter l’accès aux offres culturelles. Dans certains cas, les initiatives visent à redynamiser un quartier patrimonial, dans d’autres, à changer la vocation d’un vieux quartier, comme par exemple la revitalisation des quartiers Petit Champlain et Saint-Roch à Québec. Le premier, qui abrite des ateliers et des boutiques depuis l’époque de la Nouvelle-France, marie aujourd’hui avec succès résidences historiques, restaurants, commerces et salle de spectacles. Pour sa part, le quartier Saint-Roch doit sa renaissance à l’un des plus grands chantiers de rénovation urbaine du Québec, alors que la Ville a investi 5,2 M $ dans l’aménagement du jardin de Saint-Roch, qualifié de véritable poumon vert dans la grisaille d’un quartier qui était alors moribond. Aujourd’hui le quartier est devenu la nouvelle destination au coeur de Québec: restaurants aux dernières tendances, lounge dernier cri, belles boutiques avant-gardistes et plus d’une centaine d’ateliers d’artistes.

Le réaménagement peut également chercher à structurer l’offre culturelle urbaine. À Montréal, depuis 2003, les dirigeants municipaux, conjointement avec les acteurs touristiques et culturels de la métropole, oeuvrent au développement d’un quartier des spectacles. Une initiative que reprend actuellement la ville de Vancouver, en collaboration avec le ministère du Tourisme de la Colombie-Britannique, qui annonçait en avril dernier un investissement de 10M$ pour soutenir la création d’un district culturel au coeur du centre-ville.

À Vienne, par ailleurs, la ville a vu les choses en grand et a décidé de marier le concept de district culturel à celui de nouveau bâtiment culturel en créant une sorte de complexe de la culture: le Museums Quartier Wien. Il s’agit d’un grand ensemble culturo-récréotouristique de 60 000 m2 où l’on trouve plus de 40 institutions culturelles qui représentent toutes les formes d’art. Lors de la première année d’existence, le complexe a accueilli plus de deux millions de visiteurs.

L’animation urbaine et la culture locale

Certaines villes abordent quant à elles la problématique du développement culturel avec une approche moins architecturale ou urbanistique, en cherchant à valoriser et à soutenir la créativité des artistes et des artisans ainsi que les caractéristiques propres aux populations locales.

Ainsi, le maire de New York annonçait récemment que le développement de la vitalité culturelle de la ville passait par le dynamisme des entreprises culturelles et que, par conséquent, la ville privilégiait la création d’un bureau spécial visant à soutenir directement les créateurs et à défendre de façon dynamique son titre de capitale nord-américaine des arts et de la culture.

À Washington, afin que le développement culturel profite à tous, l’organisme Cultural Tourism DC développe des circuits urbains dans les quartiers situés en périphérie des circuits traditionnels. Les objectifs sont de valoriser les différents quartiers de Washington, d’impliquer les communautés locales, de développer des produits culturels et de favoriser leur succès en s’assurant que le produit soit vraiment prêt pour les visiteurs. Cette approche reconnaît à la fois le rôle moteur que joue la culture dans le développement touristique et la nécessaire implication de la population locale afin d’assurer la pérennité du développement culturel.

Par ailleurs, le succès populaire et touristique que connaissent de nombreux festivals est une autre intéressante illustration de ce potentiel de la culture en tant que «promoteur du développement local». Selon le sociologue français Gilles Arnaud, ce succès s’inscrit dans le sillage de tendances qui favorisent leur développement, à savoir:

  • la recherche du plaisir, de l’émotion partagée et de la spontanéité, au détriment de constructions trop intellectualisées;
  • une attirance pour l’éphémère allant à l’encontre de l’approche traditionnelle de la culture à l’effet que celle-ci soit synonyme de durée, de permanence et d’intangibilité au travers des âges.

Priorité à l’authenticité

En fait, il semble que chaque ville doive adopter une approche de développement culturel adaptée à sa réalité, à son histoire et à ses moyens. Pour sa part, le tourisme urbain et culturel n’est que le résultat qui découle des dynamiques qui existent et se forment au quotidien entre les individus qui occupent ou visitent les espaces urbains. L’urbanisme, la sociologie, le tourisme et, finalement, l’économie elle-même semblent les variables d’une seule et même problématique: celle du bien vivre ensemble.
 
En collaboration avec Matthieu Clair Saillant

Sources : 

– Brault, Simon. «Montréal, métropole culturelle inachevée», Le Devoir, 27 avril 2006.
– City of Vancouver. «Province and City Plan New Vancouver Cultural Precinct», communiqué de presse, 5 avril 2006.
– Cloutier, Mario. «Montréal n’a rien à envier à Toronto comme métropole culturelle», La Presse, 10 mai 2006.
– Commission Européenne du Tourisme. «Une étude de l’OMT et de la CET analyse les futurs enjeux du tourisme urbain et de la culture en Europe», communiqué de presse, 8 novembre 2004.
– Joyal, Serge. «Montréal a-t-elle perdu son statut de Capitale culturelle du Canada?», La Presse, 15 août 2005.
– Plaza, Beatriz. «Evaluating the Influence of a Large-scale Cultural Artefact in the Attraction of Tourism – The Guggenheim Museum Bilbao Case», Urban Affair Review, vol. 36, no. 2, novembre 2000.
– Rioux Soucy, Louise-Maude. «Tourisme culturel: New York sort les griffes», Le Devoir, 6 avril 2006.

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Produits et activités

Redonner le canal aux riverains et aux touristes: les cas de Lachine et de Willebroeck

À Lachine (arrondissement montréalais) comme à Bruxelles (capitale de la Belgique), une voie navigable a fait jadis les beaux jours du commerce. Abandonnées, inexploitées, délabrées et polluées, toutes deux tentent un imposant programme de revitalisation et de réaménagement. Voyez comment certains décideurs ont entrepris de jouer la carte récréotouristique, dans des projets de développement durable, à vocation tant sociale que résidentielle.

Le 1er mars dernier, lors de la conférence FORUM URBA 2015, tenue à l’UQAM, le Réseau de veille en Tourisme assistait à une présentation sur la «revitalisation du canal de Lachine et ses effets d’entraînement sur Montréal et la région métropolitaine».

Ouvert en 1825, le canal de Lachine, long de 14 km et parsemé d’écluses, traverse quatre arrondissements montréalais (Verdun, Sud-Ouest, Lachine et LaSalle) sur une dénivellation de 14 mètres.

Le canal connut une intense activité jusqu’en 1959 et fut le berceau de nombreuses industries qui, après cette date, fermèrent leurs portes les unes après les autres, transformant le canal en une zone délabrée et plutôt insalubre.

Ce n’est que dans les années 1970 que certains élus municipaux y ont vu le potentiel récréotouristique non négligeable et qu’ils ont décidé d’entreprendre sa revitalisation. Et il fallut attendre deux décennies, soit jusqu’en 1996, pour que le lancement du projet intermunicipal de développement nautique, connu sous le vo­cable du «Grand Montréal Bleu», voie le jour.

Depuis 2002, après un travail colossal de réaménagement des berges et des quais, d’assainissement des eaux, de réfection des écluses, etc., le canal est rouvert à la navigation. De nombreux randonneurs, cyclistes et amateurs de patins à roulettes parcourent désormais la piste cyclable qui longe ses berges.

Les Croisières canal de Lachine proposent, au départ du quai du marché Atwater et sur un parcours de près de 2 heures, une visite nautique guidée à la découverte des berges, des écluses, des bâtiments et des industries d’hier et d’aujourd’hui.

En 2005, le canal de Lachine fêtait son 180e anniversaire. À cette occasion, diverses manifestations culturelles s’y sont déroulées.

Grande similitude avec le canal de Willebroek

Cette conférence a attiré notre attention sur une réalisation fort semblable: celle du canal de Willebroeck, en Belgique. À bien des égards, le canal de Willebroek ressemble à celui de Lachine. C’est une voie navigable qui relie la capitale au port d’Anvers. Construit dans les années 1550 et en opération jusqu’en 1907, il servait à faciliter le commerce par voie terrestre, ce qui contribua largement à l’essor économique de la région.

Long de 28 kilomètres, ce canal est doté de quatre écluses avec une dénivellation identique à celle du canal de Lachine. Il débouche, outre dans le port de Bruxelles, sur de nombreux bassins destinés au déchargement de marchandises.

Cette voie navigable était bordée d’industries qui utilisaient l’eau comme matière première ou force motrice, comme des blanchisseries, des brasseries, des filatures de coton, des moulins à eau, etc.

Après avoir connu des hauts et des bas, la pollution industrielle, après avoir été recouvert à certains endroits pour faire place à de grands boulevards, la Ville de Bruxelles a décidé, dans un grand vent de revitalisation écologique, de faire revivre ses plans d’eaux. C’est ainsi qu’est né le projet du «maillage bleu».

Pour redonner vie aux berges et s’appuyant sur les Plans particuliers d’affectation du sol (PPAS), le conseil communal de Bruxelles-Ville a travaillé au développement et à l’aménagement de certaines zones portuaires. À de nombreux endroits, la ville a tenté, dès lors, de se réapproprier des terrains en friche pour l’aménagement d’ensembles mixtes: bureaux, logements résidentiels et sociaux, restaurants, espaces verts, etc., le tout relié par le réseau de transports en commun.

Si bien qu’aujourd’hui, en plein centre-ville, le canal dégage une atmosphère touristique spectaculaire. Ce nouvel attrait a séduit des commerces branchés qui s’y sont implantés rapidement (designers de mode, antiquaires, etc.). Et l’on ne compte plus les nombreuses activités, comme des ballades en bateau, la découverte de galeries d’art, l’éclosion de petits marchés typiques (marchés aux fleurs, aux poissons, aux puces, bouquinistes, etc.), qui ont fleuri le long de l’eau.

La Fonderie (Centre d’histoire économique et sociale de la Région bruxelloise) y organise des parcours touristiques, à pied ou en bateau, permettant la découverte des écluses, des ponts levants, de différents quais (dont certains sont toujours en activité), ainsi que du patrimoine architectural et industriel encore présent de nos jours. Y sont aussi proposées des croisières spécialisées, dont une pour les enfants de 6 à 12 ans, intitulée Les moussaillons lèvent l’ancre, qui raconte l’histoire du port et du canal en dessins et en photos.

Aussi, plusieurs appontements sur le canal permettent la pratique de sports nautiques. Le canal est également le lieu de régates en kayak.

Côté architectural, la rénovation de certains quartiers fort délabrés bordant les berges est encore à venir, mais, d’ores et déjà, la réfection des bâtiments va bon train, certains immeubles servant de modèles. Les projets immobiliers y poussent comme des champignons, que ce soit pour faire place à des logements sociaux ou à des édifices de luxe.

Importance du développement riverain au Québec

Le développement riverain est un sujetde préoccupations au Québec. À preuve, le 21 février dernier à Valleyfield, le tourisme nautique était au centre d’un important forum organisé par la Régie intermunicipale du canal Soulanges. Plus de 200 représentants d’organismes associés au tourisme nautique s’y sont réunis pour discuter d’une quinzaine de projets de développement riverains qui représenteraient des investissements de centaines de millions de dollars pour le Québec, dont ceux touchant le vieux canal de Beauharnois, le canal Soulanges, mais aussi le canal Galop de Cornwall, le Réseau bleu de Montréal, le développement Lakes to Locks Passage de l’État de New York, la Société du Havre, le port de plaisance de Lachine, le Vieux-Port de Montréal, le Yacht Club de Montréal et le projet portuaire de Sorel-Tracy.

Le tourisme nautique à Montréal

Le tourisme nautique, à Montréal comme partout ailleurs, s’insère globalement au sein de l’industrie récréotouristique. En effet, bien que les plaisanciers se déplacent selon un mode de transport spécifique, ils n’en demeurent pas moins intéressés par les attraits géographiques, historiques, culturels, gastronomiques, offerts tout au long des régions parcourues.

Cependant, quand on étudie la capacité de l’offre et de la demande en matière de clientèle nautique que l’on pourrait potentiellement attirer, il ne faut pas faire l’erreur, commise trop régulièrement, d’inclure une clientèle potentielle trop large.

En effet, en conférence, Paul-Émile Cadorette (Parcs Canada) affirmait que, selon certaines études et contre toutes attentes, la majorité des touristes nautiques de plaisance n’ont guère tendance à s’éloigner de leur marina de plus de 5 kilomètres! C’est un pensez-y bien!

Si le sujet vous intéresse, voir aussi:

– Montréal, futur havre de plaisance pour les touristes, travailleurs et riverains
– Tourisme nautique: la carte cachée des régions

Voir aussi

Le Port de Bruxelles
Le Canal de Lachine

Sources:

– Conférence FORUM URBA 2015. «La revitalisation du Canal Lachine et ses effets d’entraînement sur Montréal et la région métropolitaine», UQAM, 1er mars 2006.
– Lévesque, Solange. «La nouvelle vie du canal de Lachine», Le Devoir, 12 août 2005.
– Lhuillier, Vanessa. «Bruxelles l’industrielle se révèle au fil de l’eau», Le Soir, 20 août 2005.
– Pitre, Mario. «Le canal Soulanges, un élément-clé du développement riverain au Québec», Le Soleil de Valleyfield, 25 février 2006.
– Voogt, Fabrice. «Le Willebroeck poursuit sa mue», Le Soir, 23 novembre 2005.

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Ailleurs dans le monde Hébergement

Que faire avec les villages abandonnés: les louer, pardi!

Lorsque des villages entiers sont désertés par leurs habitants, faute de travail ou de ressources premières, quelles sont les solutions pour que ceux-ci ne se retrouvent complètement abandonnés ou rasés? Au Portugal, un promoteur a décidé de racheter le village tout entier, pour le transformer en gîte rural. Les touristes y viennent maintenant nombreux, goûter au tourisme rural.

À la fin des années 1970, au Portugal, le petit village de São Gregório – dont les origines remontent au XVe siècle – n’a pas survécu à l’exode rural. Les habitants, tous agriculteurs, l’ont totalement déserté, poussés par la pauvreté et le manque de ressources économiques, abandonnant du coup une douzaine de petites maisons traditionnelles.

De 1994 à 1997, tel un conte de fée, un riche promoteur qui passait par là a décidé de les racheter une à une. Son idée, louer le village tout entier!

Comme promis, et grâce à une aide financière de développement régional de l’Union européenne privilégiant la récupération de villages historiques (programme Leader II), la famille Guimaraes a acheté et retapé les petites maisons afin de les transformer en gîte rural. Les vacanciers, amoureux de ruralité et de nature, peuvent maintenant louer le village tout entier… pour la modique somme d’environ 1300 USD (1068 euros) par jour.

Les travaux de rénovation ont tenté de conserver le plus possible les dispositions d’époque. Les petites maisons ne possèdent donc pas de cuisine puisque leurs anciens habitants avaient l’habitude de préparer les repas dans la cheminée de la pièce principale.

Seuls témoins de la vie moderne, quelques éléments de confort actuel ont été ajoutés, comme l’eau chaude, l’électricité, la télévision et quelques piscines.

Les touristes qui viennent loger au village ont le goût de profiter d’une «expérience rurale», faite de cultures potagère et viticole. Depuis 2001, cette étonnante unité de tourisme agricole, où vivent seulement trois habitants permanents comme seuls gardiens naturels du village, vit au rythme des touristes.

Outre le fait d’avoir intégré d’autres villages touristiques présentant les mêmes caractéristiques, en Italie, en Finlande, en Pologne et en France, ce concept a remporté, en 2003, la médaille d’argent du Mérite touristique, attribuée par la Bourse de tourisme de Lisbonne.

En Europe, le soutien au tourisme rural s’organise à partir d’une approche régionale, dans le cadre des politiques structurelles:

  • Fonds européen de développement régional (FEDER),
  • Fonds européen d’orientation et de garantie agricole (FEOGA),
  • Fonds social européen (FSE),
  • ainsi que des programmes d’initiatives communautaires (LEADER/INTERREG).

À l’instar de ce village, le tourisme rural ne cesse de se développer au Portugal.

Pour visiter le village de São Gregório

Sources:

– Agence France Presse (AFP). «Village à louer au Portugal», La Presse, 13 août 2005.
– Rotas y Destinos. «Reviver o passado em São Gregório», octobre 2004 (en portugais).