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Tourisme durable

Vous avez dit «géotourisme»?

À l’automne 2007, Montréal devenait la première ville au monde à adhérer à la Charte en géotourisme de la National Geographic Society. Bien que la nouvelle ait fait la manchette, plusieurs se demandent encore ce qu’est le géotourisme. Est-il relié à l’écotourisme? Au tourisme durable? Qu’est-ce qu’un produit «géotouristique»? Tour d’horizon du géotourisme.

Définitions

Le «géotourisme» n’existe pas dans les dictionnaires classiques. Mais rappelons-nous que le mot «géo» vient du grec «gê» qui signifie «terre»! Le géotourisme réfère donc au tourisme de la terre. La National Geographic Society, qui s’est approprié l’appellation, définit ainsi le géotourisme:

«tourism that sustains or enhances the geographical character of a place – its environment, culture, aesthetics, heritage, and well-being of its residents».

En traduction libre: tourisme qui soutient et met en valeur le caractère géographique d’un lieu, son environnement, sa culture, son esthétisme, son patrimoine et le bien-être de ses habitants. Le géotourisme englobe donc les principes de développement durable et la protection des caractéristiques locales de la destination ainsi que les bénéfices qu’ils peuvent apporter aux visiteurs comme aux résidants. Il adopte également le précepte de l’écotourisme selon lequel le tourisme fait la promotion de la conservation de la nature.

Dans la présente analyse, nous nous en tiendrons au concept de géotourisme développé par la National Geographic Society.

Le géotourisme mise donc sur une synergie des composantes géographiques d’un lieu qui se traduit par une expérience touristique plus riche que la somme de ses parties. Le géotourisme:

  • implique la communauté, les entreprises locales et les groupes de citoyens;
  • informe les visiteurs comme les résidants;
  • génère des retombées économiques pour la communauté;
  • économise les ressources;
  • respecte la culture locale et les traditions;
  • recherche la qualité au-delà de la quantité;
  • encourage l’intégrité et le caractère local d’un lieu, l’authenticité;
  • suscite l’enthousiasme des touristes: ceux-ci feront ainsi part de leurs expériences à d’autres, qui voudront faire de même!

Et Montréal souscrit à tout ça?

L’adhésion de Montréal à la Charte en géotourisme du Center for Sustainable Destinations (CSD) de la National Geographic Society fut le résultat d’un processus de plusieurs mois. Parmi les arguments favorisant Montréal, soulignons:
• antécédents avérés de bonne gestion de la destination touristique;
• engagement marqué à développer de nouvelles activités liées au concept de géotourisme;
• leadership sur la scène internationale dans les secteurs de la conservation et du tourisme.

En signant la Charte, Montréal s’engage à respecter les treize grands principes du géotourisme. Parmi les autres destinations signataires de cette charte, mentionnons le Guatemala, le Honduras, la Roumanie, la Norvège ainsi que les États américains du Rhode Island et de l’Arizona.

2008 Geotourism Challenge

Le CSD encourage les individus et les organisations de toutes tailles à emprunter l’approche du géotourisme. Pour les inciter à adopter de bonnes pratiques, cet organisme a mis sur pied le 2008 Geotourism Challenge dont l’objectif est d’identifier et de promouvoir les entreprises novatrices qui s’inscrivent dans le mouvement du géotourisme. Les trois gagnants reçoivent chacun 5000$, en plus de la visibilité et du prestige d’être associé à la National Geographic Society et son partenaire dans ce concours, Ashoka Changemakers.

Deux exemples

The Great Baikal Trail, un réseau de 540 kilomètres de sentiers autours du plus vieux lac du monde, en Russie, fait partie des finalistes. La population locale – surtout composée par la communauté autochtone sibérienne –, très impliquée dans le projet, tenait à préserver son environnement et surtout son style de vie traditionnel. En plus de mettre en valeur leurs traditions, le Great Baikal Trail a permis à un grand nombre d’entre eux d’obtenir un travail valorisant et un salaire décent, ce qui n’est pas toujours le cas dans les milieux ruraux isolés de la Russie. La participation à ce grand projet rassembleur, qui regroupe diverses instances gouvernementales, a rapproché les habitants, les entreprises et les élus. La prise de conscience concernant la richesse du territoire s’exerce auprès de la communauté locale comme auprès des touristes.

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Autre finaliste, les Crete’s Culinary Sanctuaries (CCS). Le but premier de ce produit agrotouristique de l’île de Crête, en Grèce, consiste à protéger la culture et la nature de la région en créant des occasions de contact entre les communautés et les visiteurs. La formule se présente sous forme de séminaires/excursions sur mesure pour petits groupes, grâce à un réseau de spécialistes, dont des agriculteurs de fermes biologiques, des chefs cuisiniers et des historiens qui partagent leurs connaissances de la Crête. Les visiteurs en apprennent davantage sur la cuisine santé méditerranéenne et la fabrication de ses produits comme l’huile d’olive, le fromage, le pain et le vin. CCS est reconnu mondialement pour ses programmes éducatifs et fait figure de bonne pratique au sein d’organisations internationales comme le World Travel and Tourism Council.

Laissez-vous inspirer!

Sur le site Internet du concours, il est possible de consulter chacune des inscriptions. Des 323 candidatures en provenance de 83 pays, les juges en ont retenu 15, mais aucune de l’Amérique du Nord. Les produits touristiques en compétition sont novateurs, surtout dans leur mode de fonctionnement. Il s’agit là de bonnes pratiques très inspirantes! Avis aux intéressés: bien que la première édition soit terminée, cette compétition annuelle se répétera au cours des deux prochaines années!

Sources:
– National Geographic. [www.nationalgeographic.com/travel/sustainable/about_geotourism.html], consulté le 5 juin 2008.
– Saint-Pierre, Brigitte. «Adhésion de Montréal à la Charte en géotourisme – Pour un développement touristique durable», Le Devoir, 31 octobre 2007.

Sites Internet:
Crete’s Culinary Sanctuaries
Great Baikal Trail
The Geotourism Challenge

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Produits et activités

Portrait du secteur de l’écotourisme au Québec en 2007

Le secteur de l’écotourisme et du tourisme d’aventure et de plein air demeure important pour le Québec. Son avenir s’avère plutôt positif, malgré les nombreux défis qu’il doit relever. Le Québec doit maintenant consolider sa position pour faire face à la forte concurrence internationale. Cette analyse présente quelques enjeux et tendances qui sont ressortis au dernier congrès de l’association Aventure Écotourisme Québec (AÉQ).

Le secteur de l’écotourisme et du tourisme d’aventure et de plein air, formé de petites et moyennes entreprises, est encore en émergence au Québec. Toutefois, le nombre d’emplois générés annuellement, soit 11 400, démontre une croissance graduelle du secteur. L’association Aventure Écotourisme Québec, spécialisée dans le secteur, favorise son expansion. Née en 1990, elle compte aujourd’hui 135 membres, comparativement à 60 en 2000. Les produits écotouristiques représentent 10% des entreprises membres qui offrent principalement des activités guidées ou autoguidées; alors que 90 % des entreprises fournissent des produits de tourisme d’aventure qui se composent d’expériences touchant de près ou de loin les critères de l’écotourisme (interprétation, bonnes pratiques environnementales, séjour en nature, observation, éducation, etc.).

Rentabilité

Il y a au Québec un manque flagrant de réglementation qui affecte la rentabilité des entreprises. Comme elles ne sont pas obligées d’appartenir à une association, l’enjeu concernant la maximisation de leur rentabilité demeure considérable. En effet, celles qui ne sont pas membres de l’AÉQ sont libres de respecter ou non les 55 normes émises dans le cahier d’accréditation de l’association et de se munir de brevets ou de dispenser des cours de premiers soins à leurs intervenants. Il en résulte donc un fort déséquilibre tant de l’offre touristique que des tarifs établis, car les dépenses moindres engagées par les non-membres leur permettent d’offrir des produits à meilleur prix.

Qualité

Comme toutes les entreprises ne sont pas encore accréditées, il n’existe aucun consensus dans le secteur qui leur permette d’œuvrer dans la même direction et d’agir en concertation selon des normes précises, même si la démarche Qualité Tourisme a été développée en 2005 pour ce secteur d’activité. Grâce à cette démarche, les entreprises pourraient améliorer leurs services et leur rentabilité, accroître la compétitivité de l’industrie au Québec, améliorer leur système de gestion, mieux répondre à leur clientèle et se munir d’outils de commercialisation efficaces. La démarche Qualité Tourisme propose ainsi aux gestionnaires de travailler à partir de règles communes et selon des indicateurs fiables; un processus à surveiller pour résoudre l’inégalité entre les entreprises.

Sécurité

Les risques reliés à une activité écotouristique demeurent davantage présents chez les non-membres. La réalité actuelle représente donc une situation d’iniquité entre les entreprises qui disposent de guides expérimentés et formés et celles qui n’en ont pas. L’avenir de ce secteur touristique repose surtout sur une attestation sécuritaire et sur la reconnaissance légale des entreprises et du métier de guide.

Accès aux ressources naturelles

Le milieu naturel est la base du secteur. Bien que l’accès aux ressources naturelles soit garanti et indispensable, l’industrie touristique québécoise se bat constamment contre de puissants facteurs qui influencent directement la survie des entreprises: l’eutrophisation* des lacs, la déforestation, le développement hydroélectrique, le réchauffement de la planète. Il faudrait aussi souligner que le secteur de l’écotourisme demeure exemplaire en matière de tourisme durable au Québec, puisque le Programme Sans Trace continue d’être implanté systématiquement dans plusieurs milieux naturels afin d’améliorer les bonnes pratiques environnementales.

Du côté de la formation de l’industrie, le Québec semble être le leader canadien, puisque 78% des formateurs (35/45), ou maîtres instructeurs, se concentrent dans la province où ils apprennent les bonnes pratiques environnementales.

Tendances du marché

Le marché du secteur de l’écotourisme et du tourisme d’aventure et de plein air est très peu segmenté et diversifié au Québec. Les clientèles cibles recherchent souvent une plus-value à leur expérience touristique en nature. Par exemple, le luxe est maintenant un facteur déterminant dans la sélection d’une activité. Le client souhaite se munir d’un excellent kayak, être seul dans son traîneau à chiens, bénéficier d’un encadrement serré, vivre des expériences exotiques en régions ou observer la faune typiquement québécoise. Il désire également séjourner dans des refuges et des gîtes de plus en plus luxueux, sans oublier les hôtels champêtres. Il veut enfin goûter aux repas du terroir, aussi nommés «repas gastronomiques en forêt», car il recherche principalement les saveurs régionales d’ici. Malgré que cette tendance pour le luxe ne soit pas encore marquée dans la province, elle le devient de plus en plus d’année en année.

Portrait du secteur

Le total des dépenses effectuées dans le secteur de l’écotourisme et du tourisme d’aventure et de plein air totalise 800 millions CAD, ce qui équivaut à 10% des dépenses touristiques globales au Québec. Les dépenses en services, quant à elles, s’élèvent à près de 77 millions CAD, soit 1% des dépenses touristiques dans la province. Enfin, les dépenses récréotouristiques dégagées par le secteur totalisent trois milliards CAD.

Les grands pôles d’attraction du secteur incluent les régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent, de Charlevoix, des Laurentides et de Québec. Les excursionnistes se trouvent plus souvent dans ces deux dernières régions, où se concentrent également des résidences secondaires. Or, comme les habitants des résidences secondaires sont exclus des calculs des dépenses, on tend à sous-estimer la vraie valeur commerciale du secteur. Mais, tous types de clientèle confondus, une préférence subsiste pour la pratique estivale (60%) plutôt qu’hivernale (40%) des activités écotouristiques, d’aventure et de plein air. Le coût des produits est variable; ils seront plus dispendieux si les activités sont pratiquées en région éloignée avec des équipements spécialisés et si la clientèle est bien encadrée.

Le Québec doit donc développer une vision régionale de l’écotourisme et du tourisme d’aventure et de plein air, ainsi que concevoir des stratégies et des plans de mise en œuvre à moyen et long termes en intégrant les aspects économique, social et environnemental. Les défis auxquels l’industrie fait face demeurent flagrants, autant sur le plan des ressources humaines que de l’économie et de l’environnement. Les gouvernements devraient davantage s’investir dans ces secteurs, plus particulièrement au niveau des produits hivernaux. Il serait donc avantageux d’établir plus de partenariats pour améliorer la collaboration entre les différents acteurs touristiques. Par exemple, la combinaison du produit et des forfaits culturels et naturels pourrait être mieux exploitée, car c’est spécialement la diversification de l’offre de qualité qui contribue à la viabilité économique du secteur, surtout dans une ère où le marché touristique se segmente de plus en plus.

Merci à Anne Lemieux pour sa collaboration à la rédaction de cet article.

* Selon l’Office québécois de la langue française, l’eutrophisation réfère à «l’enrichissement des eaux par des nutriments, se traduisant par une prolifération des végétaux aquatiques ou des cyanobactéries et par une diminution de la teneur en oxygène des eaux profondes» (exemple: algues bleues).

Sources:

– Aventure Écotourisme Québec, [http://www.aventure-ecotourisme.qc.ca/]. Dernière consultation le 26 novembre 2007.
– Congrès annuel d’Aventure Écotourisme Québec. «Le gestionnaire de plein air: passionné et à son affaire!», Hôtel Mont-Gabriel, Sainte-Adèle, Québec, Canada, du 30 octobre au 1er novembre 2007.
– Groupe DBSF. «Étude sur la valeur économique de l’écotourisme et du tourisme d’aventure», Sommaire exécutif, pour Aventure Écotourisme Québec. Montréal, 2004, 16 pages.
– Ministère du Tourisme du Québec «Démarche Qualité Tourisme», [http://www.bonjourquebec.com/mto/programmes/
demarcheQualite/index.html
]. Dernière consultation le 26 novembre 2007.
– Sans Trace Canada, [http://www.sanstrace.ca/programs/index.html]. Dernière consultation le 26 novembre 2007.

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Produits et activités

Capsule – Dessine-nous un projet!

Les règles du jeu: un groupe tire deux cartes représentant chacune un objet différent et une troisième identifiant le contexte touristique dans lequel évolueront ces objets. À partir de ces données, il faut développer un projet en gardant en tête un horizon de 2035. Après une période d’agitation, de cogitation, d’inspiration et de discussion en groupes, un dessinateur professionnel transpose sur papier le fruit de ces labeurs tout en étant attentif, en cours d’action, au concept qui évolue – on ne calme pas les cerveaux en ébullition si facilement. Cela peut donner lieu à des fous rires et à de belles idées folles… et réalisables!

Cinq groupes se sont prêtés au jeu lors du Forum Innovation & Tourisme organisé par la Mission d’Ingénierie Touristique Rhône-Alpes (MITRA) – Rhône-Alpes Tourisme à Lyon en France, en novembre dernier.

Cette démarche a permis à chaque participant de se retrouver successivement en situation de création individuelle, de formulation d’idées innovantes de manière collective, de confrontation d’idées permettant l’enrichissement et l’évolution du concept de départ, enfin en spectateur actif et attentif à la représentation du projet par le dessinateur. Autant de situations à vivre par le porteur d’une idée novatrice.

Les productions ont été très intéressantes et démontrent la capacité de créativité des acteurs du tourisme, pour peu qu’on leur propose l’environnement favorable pour cette démarche.

Atelier du groupe no15 du « cornac » Bruno Tamaillon

Première carte: objet – un bâton
Deuxième carte: objet – une tente
Troisième carte: contexte – l’écotourisme

Il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’agitent!

La techno dans un environnement naturel, pourquoi pas?

Dans les années 2030, le voyageur privilégiera les randonnées en nature près de son domicile (choix contraint ou vrai choix) et les besoins simples en ressourcement: découverte de l’environnement naturel, sécurité de la destination, confort de la tente, contact avec la famille et les amis aux quatre coins du monde, relations avec les racines et le passé, ouverture sur l’imaginaire… sans pour autant délaisser les aspects positifs que lui procure la technologie.

Bâton de marche ergonomique, le bâton de Noé sert à la fois de guide intelligent et convivial, d’ordinateur et de producteur d’énergie. Muni d’un ressort, il permet d’emmagasiner l’énergie en marchant, donc de pourvoir aux besoins énergétiques de la randonnée et des activités nocturnes (éclairage, etc.). Un GPS (global positioning system) est incorporé dans le pommeau du bâton. De la tige se déroule un écran souple et tactile qui permet de lire le cyber-journal. S’y ajoutent hauts-parleurs, système téléphonique, liens Wi-Fi qui favorise l’obtention d’informations de toutes sortes. En marche, le bâton fait surgir des hologrammes qui racontent le pays: la représentation des lieux plusieurs années auparavant, son histoire, son évolution, de même que des explications sur la flore et la faune.

La tente de Noé est «autoportante» grâce au rayonnement magnétique du bâton qui en constitue le pilier central. Elle est fabriquée d’un tissu intelligent qui peut se teinter de la couleur désirée (selon l’humeur) ou devenir transparent pour laisser entrevoir le ciel et son manteau étoilé. Le tapis de sol diffuse une chaleur tempérée. Avec sa capacité réfléchissante, la tente sert d’écran pour les diverses activités: communiquer avec la famille et les amis, s’amuser avec des jeux électroniques, écouter un film ou un conte pour s’endormir, préparer l’itinéraire du lendemain à l’aide de vidéos, de cartes, etc. On peut aussi y écouter de la musique HI-FI.

La liste aurait pu s’allonger…

Vous savez, il n’y a rien d’utopique là-dedans, car il existe déjà un sac à dos muni de capteurs solaires qui permettent de recharger cellulaire et lecteur mp3 pendant la promenade.

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Source: www.voltaicsystems.com

Un merci à Bruno Jan et Hugues Béesau de la MITRA ainsi qu’à Bruno Tamaillon de TAM’S Consultants pour leur collaboration à ce texte.

Source:
– Groupe no 15 du «cornac» Bruno Tamaillon. Forum Innovation & Tourisme organisé par la Mission d’Ingénierie Touristique Rhône-Alpes (MITRA) – Rhône-Alpes Tourisme, Lyon, France, 29 et 30 novembre 2007.

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Ailleurs dans le monde Produits et activités

L’appellation «parc national» a-t-elle un impact sur la fréquentation?

Québec prévoit créer 11 nouveaux parcs nationaux, dont neuf au nord du 50e parallèle. Ces futurs parcs couvrent une superficie de plus de 40 000 kilomètres carrés. Ils offrent une nature vierge, des paysages spectaculaires et la possibilité, dans certains cas, d’entrer en contact avec des communautés autochtones qui pratiquent un mode de vie traditionnel. Mais jusqu’où la désignation «parc national» favorisera-t-elle la fréquentation des lieux? Une étude européenne se penche sur un cas en Suède.

Appellation «parc national»: qu’est-ce que ça implique?

Lorsqu’un territoire prend l’appellation de «parc national» au Québec, comme ailleurs dans le monde, il doit répondre à deux objectifs:

  • la protection permanente de milieux naturels;
  • l’accessibilité du public à des fins éducatives et de pratique d’activités compatibles avec la mission.

Cette mission consiste en «la protection permanente et la mise en valeur de milieux naturels représentatifs de l’une ou l’autre des 43 régions naturelles du Québec ou de lieux qui possèdent des caractéristiques naturelles exceptionnelles.»

Sur le plan touristique, les parcs nationaux représentent d’incontestables joyaux pour la pratique d’activités de plein air ainsi que pour l’économie des régions d’accueil. Pensons notamment au pouvoir d’attraction généré par les parcs du Mont-Tremblant et du Bic, ou encore ceux du réseau de Parcs Canada, comme Forillon et la Mauricie. Ces territoires accueillent un grand nombre de voyageurs québécois et internationaux. Le label «parc national» est une véritable marque de commerce qui implique la présence de sites naturels exceptionnels, mais aussi de services et d’aménagements de qualité.

Les projets de parcs nationaux du Québec

À l’heure actuelle, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs considère 11 projets: neuf répartis à travers l’immense territoire au nord du 50e parallèle et deux au sud (voir la carte). Ces derniers sont situés dans le Bas-St-Laurent (Lac-Témiscouata) et en Abitibi-Témiscamingue (Opémican).

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Agrandir l’image

Le 23e parc national, Albanel-Témiscamie-Otish (P1 sur la carte), dont la création officielle est prévue en 2008, est situé à 90 kilomètres au nord de Chibougamau, à quelque 10 heures de route de Montréal. Il se compose de paysages exceptionnels formés d’une nature encore intouchée. La communauté locale des Cris est mise à contribution. On souhaite y attirer une clientèle écotouristique… mais sera-t-elle au rendez-vous?

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Exemple de la Suède

La création du Fulufjället National Park en 2002, situé dans une région montagneuse du nord de la Suède, a fait l’objet de deux enquêtes de fréquentation, la première une année avant sa désignation et la seconde une année après. Cette ancienne réserve naturelle est située à 470 kilomètres de Stockholm et se compose d’une nature vierge dont le couvert végétal est de lichen, ce qui est plutôt rare pour la région. La faune y est abondante: ours, orignaux, oiseaux de proie. On y trouve aussi la plus haute chute de Suède. C’est d’ailleurs autour de celle-ci que se sont concentrés les aménagements liés à l’accueil et à la randonnée pédestre.

Une augmentation de 40%
Un an après la création du parc, on observe une augmentation significative de la fréquentation des lieux: de 38 000 à 53 000, soit 39,5% plus de visiteurs qu’en 2001. Deux sondages (en 2001 et en 2003) ont par ailleurs permis de révéler plusieurs distinctions dans la composition de la clientèle. En 2003, cette dernière est formée d’une plus grande part de:

  • femmes
  • personnes âgées de plus de 50 ans
  • personnes provenant de milieux urbains
  • nouveaux visiteurs (1re visite)
  • personnes estimant qu’un «parc national» accroît la valeur des lieux pour les visiteurs
  • personnes estimant que l’appellation «parc national» contribue à préserver la biodiversité de l’endroit.

Ces changements dans la fréquentation du territoire à l’étude sont l’effet de l’image de marque, mais sont aussi rattachés à des facteurs qui s’y rapportent, tels que l’amélioration des infrastructures d’accès au secteur et d’accueil, la couverture médiatique concernant le parc et son inauguration par le roi de Suède. Le parc fait également partie de PAN Parks, regroupement associé à la World Wildlife Foundation (WWF), label reconnu à travers le monde.

À plus long terme, les auteurs de l’étude estiment qu’après l’effet de nouveauté le nombre total de visiteurs devrait diminuer, mais demeurer supérieur à ce qu’il était avant 2002. La proportion de visiteurs internationaux augmentera à la suite d’une diffusion médiatique plus étendue de la présence du nouveau parc.

Des défis de taille

Le cas de la Suède s’apparente à celui du Québec sur plusieurs plans: climat, grands espaces, faible densité de population. Les résultats de l’étude permettent de réaliser la force de la marque «parc national» et du pouvoir d’attraction qu’elle exerce.

Mais, en ce qui concerne les projets québécois identifiés au nord du 50e parallèle, tous loin et certains même très loin des grands bassins de population, ils font face à des défis majeurs. Mentionnons, entre autres:

  • L’accessibilité: certains secteurs sont inaccessibles par route et le prix des billets d’avion est très élevé.
  • L’éloignement et l’isolement: le parc est un produit d’appel, mais, pour attirer les touristes, la région doit offrir d’autres attraits structurés ainsi que des services.
  • Le recrutement et la formation des employés: en région éloignée, il s’avère parfois difficile de trouver, puis de garder une main-d’œuvre qualifiée et motivée.
  • La concurrence: le coût du transport lié à la visite de ces parcs devra concurrencer celui de destinations déjà bien implantées dans le créneau de l’écotourisme (comme le Costa Rica, le Nicaragua ou encore l’État de l’Alaska).

Comme le précisent les objectifs visés par la désignation d’un parc national, la protection des milieux naturels constitue ici le défi premier. On vise d’abord la création d’aires protégées afin de limiter l’étendue du territoire soumis à l’exploitation des ressources. La fréquentation touristique des parcs contribue ensuite au développement économique du secteur.

Préparez-vous!

Les résultats de l’étude suédoise sont plus susceptibles d’intéresser les intervenants impliqués dans les projets de parcs nationaux plus près des grands bassins de population ou qui se situent le long de circuits touristiques déjà fréquentés. À cet égard, les entreprises touristiques ont intérêt à surveiller l’état d’avancement des travaux ainsi que le comportement des clientèles qui fréquentent les parcs afin d’ajuster leurs services, le cas échéant. Aussi, d’autres projets de parc pourraient voir le jour. Gardez l’œil ouvert!

Sources:

– Diotte, Simon. «Les nouveaux parcs nationaux du Québec», L’actualité, août 2007.
– Fredman, Peter et autres. «Increased Visitation from National Park Designation», Current Issues in Tourism, vol. 10, no 1, 2007.

Sites:
Fulufjället National Park.
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.
Société des établissements de plein air du Québec.

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Produits et activités

Tourisme d’aventure: de quoi parle-t-on au juste?

Randonnée en montagne, descente de rivière, raid en motoneige, montgolfière, quad, équitation ou encore cyclotourisme, le tourisme d’aventure rassemble toute une variété d’activités qui ont parfois peu de choses en commun. Les touristes qui les pratiquent composent aussi une clientèle au profil plutôt hétérogène. Qu’est-ce qui les unit? Le plein air? Le goût du risque? Le défi sportif? L’envie de sortir des sentiers battus? Mais encore… Comment définir ce type de tourisme pour ensuite mieux cerner ses adeptes?

Le tourisme d’aventure représente une part importante de l’offre touristique du Québec. Il s’avère plutôt hasardeux de chiffrer l’ampleur du phénomène vu le caractère éclaté de ce secteur et la difficulté à le circonscrire. Néanmoins, tous s’entendent pour parler d’un produit en croissance, tant dans le monde en général qu’au Québec en particulier.

Mais de quoi s’agit-il?

D’abord, qu’est-ce que l’aventure? Le Petit Robert la décrit comme suit: «Ensemble d’activités, d’expériences qui comportent du risque, de la nouveauté, et auxquelles on accorde une valeur humaine».

Et le tourisme d’aventure? Pour le resituer dans le temps (du moins pour l’Amérique du Nord), on peut reculer jusqu’à l’époque de la colonisation où les voyageurs parcouraient les rivières, défrichaient la terre, découvraient des contrées vierges. Jusqu’à tout récemment, lorsqu’ils parlaient de tourisme d’aventure, les auteurs faisaient référence aux pionniers, à l’exploration de territoires peu fréquentés, à une forme de tourisme où le voyageur doit renoncer en quelque sorte aux standards de confort et expérimenter un pan de l’aventure humaine.

Aussi, les activités de transport telles que le canot, le kayak, la motoneige ou le vélo, qui s’inscrivent aujourd’hui dans le créneau du tourisme d’aventure, étaient alors considérées, par les puristes, comme des outils secondaires permettant de vivre l’expérience plutôt que de constituer eux-mêmes l’objet de l’aventure, ou sa majeure partie.

Comment le définir aujourd’hui?

Comme pour le tourisme en général, le tourisme d’aventure s’est démocratisé, l’offre et la demande ont crû et les produits se sont adaptés. On observe maintenant une offre diversifiée, accessible au néophyte comme au plus avancé, et proposant des produits clé en main (location d’équipement, guide, formation, forfaits divers). Le tourisme d’aventure n’interpelle plus uniquement les aventuriers…

Tourisme de plein air, écotourisme, tourisme de nature et tourisme d’aventure sont maintenant des appellations qui se recoupent et sont souvent associées aux mêmes produits. Certains termes reviennent dans la littérature pour qualifier spécifiquement le tourisme d’aventure. D’abord, comme on parle de tourisme, les notions d’éloignement (40 km ou plus du domicile principal) et de nuitée doivent être considérées, éliminant ainsi la notion de loisir. Ensuite, le tourisme d’aventure suppose une activité réalisée dans un cadre naturel, nécessitant un effort physique et comportant un risque relatif.

Le regroupement Aventure Écotourisme Québec (AEQ), dont la mission consiste à représenter et à promouvoir les producteurs de tourisme d’aventure et d’écotourisme du Québec, définit le tourisme d’aventure de la façon suivante:

«Le tourisme d’aventure est une activité de plein air ou combinaison d’activités se déroulant dans un milieu naturel particulier (endroit inusité, exotique, isolé, inhabituel ou sauvage). En tourisme d’aventure on utilise des moyens de transport non conventionnels, soit motorisés (motoneige, quad, etc.) ou non motorisés (marche, canot, kayak, etc.). De plus, l’activité implique nécessairement un niveau de risque, lequel peut varier selon l’environnement (isolement, caractéristiques géographiques, etc.) ou selon la nature des activités et des moyens de transport impliqués.»

Quelles activités?

Selon Pierre Gaudreault, directeur général de l’AEQ, le kayak de mer, le rafting et l’hébertisme aérien représentent les activités estivales types associées au tourisme d’aventure au Québec. En hiver, le traîneau à chiens et la raquette sont les images fortes.

Le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) identifiait, en 2003, les disciplines pouvant être associées au tourisme de nature et d’aventure. Elles sont regroupées en cinq catégories d’activités:

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Certaines de ces activités font davantage référence au tourisme de nature que d’aventure, bien qu’il s’avère plutôt difficile de les discerner. L’observation de la nature, par exemple, peut se faire en kayak de mer et ainsi associer les notions d’effort et de risque. On pourrait aussi en ajouter qui se sont développées depuis 2003, comme l’hébertisme aérien.

Tout un marché!

Afin de donner un ordre de grandeur du marché potentiel, voici quelques données chiffrées relatives au tourisme d’aventure et de plein air:

  • Un sondage réalisé auprès des Québécois révélait que 68% d’entre eux pratiquent des activités de plein air durant leurs vacances (2004).
  • Un peu plus de la moitié des Québécois (51,7%) affirment avoir pratiqué une activité écotouristique ou de tourisme d’aventure au cours de l’année (2004). La marche constitue ici l’activité la plus populaire, suivie, de loin, par le vélo.
  • En 2005, un Américain sur quatre de 16 ans et plus (59,5 millions) a pris des vacances dans le but de pratiquer une activité de plein air.
  • Un sondage auprès du lectorat du magazine américain AARP révèle que 55% des 50 ans et plus se disent adeptes du tourisme d’aventure (2007).
  • Le marché international du tourisme d’aventure représentait, en 2000, de 4 à 5 millions de voyages, soit 7% de tous les voyages entrepris cette même année.

On s’en doute, tous n’ont pas la même perception du tourisme d’aventure. Certains le considèrent comme une occasion de repousser les limites et de vivre des sensations fortes par des activités extrêmes, alors que d’autres l’imaginent très bien en famille, dans un environnement bien encadré où pratiquer des activités de plein air à la portée de tous. Bien cerner le touriste d’aventure s’avère une véritable… aventure! Plusieurs études rapportent des profils de clientèle associés au tourisme de plein air, d’aventure, d’écotourisme ou encore au tourisme de nature. Les appellations sont nombreuses. Mais celles-ci ratissent tellement larges que le profil du voyageur qui s’y rapporte révèle souvent un portrait général et peu significatif.

Segmenter pour mieux cerner la clientèle

Une classification des touristes d’aventure permettrait d’identifier les composantes de ce vaste marché et d’élaborer des stratégies de marketing beaucoup plus ciblées. À titre d’exemple, l’auteur Heidi H. Sung, spécialiste en tourisme d’aventure, publiait une typologie du touriste d’aventure:

  • Enthousiastes
  • Jeunes à petit budget
  • Modérés
  • Fervents naturalistes
  • Familles
  • Solistes actifs

Désuets aujourd’hui parce qu’ils datent, les résultats de l’enquête qui sous-tend cette segmentation permettaient de définir chacun de ces groupes et de révéler leur profil sociodémographique, leur comportement de voyage et leurs attentes face à la pratique d’activités de tourisme d’aventure. Cet exercice révélait des distinctions significatives entre les groupes.

Élaborer une segmentation adaptée à la réalité québécoise permettrait aux producteurs de mieux connaître leur clientèle, de la rejoindre efficacement mais aussi de façonner son offre pour mieux répondre à ses besoins.

Voir aussi: «Quand le tourisme d’aventure et de plein air devient une aventure pour l’entreprise».

Sources:
– Bureau de normalisation du Québec. «Norme: Prestation des services à la clientèles – Tourisme de nature et d’aventure», 2003.
– Bourdeau, Philippe. «Le tourisme d’aventure: pratiques et discours», Téoros, vol. 13, no 3, automne 1994.
– Cazelais, Normand. «Mais de quoi s’agit-il au juste?», Téoros, vol. 13, no 3, automne 1994.
– Groupe DBSF. «Étude sur la valeur économique de l’écotourisme et du tourisme d’aventure», Aventure Écotourisme Québec, 2004.
– Ministère du Tourisme du Québec. «Le Québec grande nature: Plan intégré de l’expérience. Diagnostic et orientations», mai 2007.
– Réseau de veille en tourisme. «Sondage sur la pratique d’activités de plein air chez les Québécois», 2004.
– Scott, Kristin et John C. Mowen. «Travelers and their Traits: A Hierarchical Model Approach», Journal of Consumer Behavior, mars-juin 2007.
– Sung, Heidi H. «Classification of Adventure Travelers: Behavior, Decision Making, and Target Markets», Journal of Travel Research, mai 2004.
– Merritt, Jennifer. «Onsite: AARP Editor Details Baby Boomer Travel Trends», TravelAgent [www.travelagentcentral.com], 19 septembre 2007.
– XOLA: Adventure Industry Consultants. «2006 Adventure Travel Industry Research Round-Up», 2006.

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Enjeux Produits et activités Tourisme durable

La forêt, un enjeu majeur pour l’industrie touristique – (Compte rendu de conférence)

Multiplicité des acteurs et des intérêts, harmonisation des usages, protection et conservation du territoire, développement durable, gouvernance et représentativité du volet récréatif occupent l’avant-plan des enjeux liés au territoire forestier québécois. L’intérêt grandissant pour la forêt suscite de nombreux débats où vision commune et dialogue s’imposent. Nous ne sommes pas sortis du bois!

Au 75e congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir) en mai 2007, le colloque intitulé «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur» analysait, entre autres, les multiples enjeux de ce secteur. En voici quelques grandes lignes…

Quand tout le monde s’en mêle et s’emmêle

Plusieurs voix se font entendre: industrie forestière, villégiature, conservation et restauration, activités agricoles, minières, hydroélectriques, récréatives et de plein air. Tous, industriels, intervenants et adeptes, revendiquent leur droit à la forêt et chacun y joue du coude. En outre, l’industrie forestière vit une période très difficile et les intérêts divergents pour la ressource viennent compliquer la situation.

Voici quelques chiffres issus de la présentation du colloque:

  • forêts québécoises: 90% du domaine public;
  • secteur forestier: 150 000 emplois directs et indirects;
  • activités récréatives liées à la faune et à la flore: 15 600 emplois;
  • pratique d’activités de plein air dans la nature: 2,4 millions de Québécois;
  • baux de villégiature: 40 000 détenteurs;
  • conservation et restauration de sites naturels forestiers: 40 000 personnes.

Trop souvent, les usages économiques, sociaux et environnementaux cohabitent difficilement sur le même territoire. Et qui veut s’aventurer dans le dédale de la gouvernance du milieu forestier doit s’armer de patience et d’une bonne dose de compréhension pour remonter la filière.

Dans ce contexte, l’adoption d’une vision commune et l’harmonisation des usages ne peuvent que mener à un terrain d’entente. À ce titre, certaines pourvoiries à droits exclusifs localisées en territoire sous contrat d’aménagement et d’approvisionnement forestier (CAFF) constituent un exemple où tourisme en milieu naturel et exploitation forestière s’avèrent conciliables.

La petite histoire des activités de plein air

Bien que la pratique des activités de plein air en forêt soit en pleine croissance, la confusion règne toujours.

  • Instabilité du loisir de plein air au sein de la structure gouvernementale. À chaque changement de gouvernement, on se demande quel ministère en obtiendra la responsabilité.
  • Diversité des activités et manque de concertation. De façon éclatée, chacun (associations touristiques régionales [ATR], milieu associatif [camps de vacances, marche, canoë-kayak, motoneige, etc.], unités régionales de loisir et de sport [URLS], etc.) revendique ses besoins auprès des différents paliers gouvernementaux.
  • Secteur constitué d’un important contingent de bénévoles. Ces derniers démontrent des signes d’essoufflement.
  • Études quasi inexistantes sur la pratique des activités de plein air au Québec.
  • Manque de reconnaissance des retombées sociales et économiques.

L’intérêt pour les volets récréatif et touristique de la forêt croît constamment:

  • La forêt devient un antidote à l’activité urbaine et une réponse à la recherche d’authenticité;
  • les paysages constituent un des principaux critères dans le choix d’une destination;
  • la diversité des activités pratiquées en forêt s’accroît: véhicules tout terrain (VTT), vélo de montagne, traîneau à chiens, parcs d’hébertisme aérien, observation du ciel avec télescopes;
  • la clientèle familiale augmente dans les pourvoiries.

Au sein même des activités de plein air, il existe des conflits de cohabitation, notamment entre les motoneigistes et les adeptes du ski de fond. De plus, on remet souvent en question les activités motorisées (VTT, motoneige, embarcation à moteur) en territoire forestier.

L’accessibilité au territoire, la protection des paysages et la qualité du milieu naturel, ressource première des activités de plein air, constituent des enjeux fondamentaux. Malgré le nombre croissant d’adeptes et d’activités, l’absence de pouvoir central, de leadership et d’actions concertées affaiblit le poids de la représentativité de ce secteur ainsi que son impact dans les dossiers de la forêt.

Le développement durable et l’augmentation des aires protégées

Voulant combler son retard en matière d’aires protégées, le gouvernement québécois étudie présentement la création de plusieurs nouveaux parcs, presque tous situés dans le Nord du Québec.

D’un point de vue touristique, cette réalité nordique complique l’accessibilité, le déploiement des services, le financement des aménagements, de même que le positionnement international. En effet, le coût des prestations pourra difficilement concurrencer les destinations plus facilement accessibles et déjà engagées dans ce créneau. La participation des communautés autochtones et la rencontre des différentes cultures représentent d’autres défis à relever.

Évidemment, lorsqu’on parle de territoire forestier, le développement durable devient un impératif. Cependant, on soulignait que l’écotourisme devient trop souvent une panacée pour réhabiliter le développement durable en milieu forestier. De ce fait, il obtient une trop grande visibilité pour ce qu’il est réellement: un marché de niche avec une participation limitée du public et peu de retombées économiques. On constate une absence de gestion, de planification et de recherche dans ce secteur, de même qu’un manque de personnel qualifié.

L’éducation du public constitue un élément essentiel pour assurer la pérennité de la ressource.

Vers une gestion intégrée de la forêt

Depuis le dépôt du rapport Coulombe (rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise – 2004), le gouvernement du Québec s’affaire à moderniser l’ensemble de sa gestion forestière et à mettre en place des commissions régionales (CRRNT – Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire) dans le but de favoriser la gestion intégrée des ressources du territoire.

Voir la forêt comme un tout et adopter une vision commune du territoire deviennent des prémisses à la gestion de la multifonctionnalité du territoire forestier et à l’harmonisation des usages sous le chapeau du développement durable. Tout en tenant compte des particularités du territoire, il faut viser l’équilibre entre les fonctions économique, écologique et sociale. À ce chapitre, le secteur des activités de plein air doit faire le poids.

Sources:

– Téoros. «Dossier forêt», vol. 25, no 3, automne 2006.
– 75e Congrès de l’Acfas. Colloque «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur», 8 et 9 mai 2007, Trois-Rivières.

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Produits et activités

Le tourisme et l’observation de la faune

Les activités d’observation de la faune gagnent en popularité et plusieurs adeptes pratiquent ce loisir pendant leurs voyages. Le nombre de voyages exclusivement motivés par l’observation faunique est encore restreint, mais il connaît une croissance soutenue. Plusieurs destinations oeuvrent actuellement à développer leurs offres ainsi que leurs initiatives promotionnelles, et le Québec est du nombre!

L’observation de la faune et de la flore: un loisir qui gagne en popularité

Au Québec, l’observation des animaux, l’ornithologie et la photographie animalière suscitent beaucoup d’intérêt. En fait, selon les données du ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec, plus de 1,2 million de Québécois pratiquent annuellement des activités de déplacements d’intérêt faunique (autres que la chasse ou la pêche) et ce, principalement dans leur région.

Les États-Unis comptent plus de 75 millions d’adeptes (16 ans et plus) de l’observation de la faune et on estime que cette activité connaîtra une croissance annuelle de 15% au cours des prochaines années.

Selon la dernière étude du gouvernement américain (2001), les adeptes de l’observation de la faune ont investi 38,4 milliards USD dans la pratique de cette activité. L’achat d’équipement représente une part importante de ces dépenses (61%) et les voyages liés à l’observation de la faune comptent pour 21% du total, soit 8,2 milliards USD.

Le tourisme d’observation de la faune

Lors d’une récente analyse de différentes niches de clientèles, Mintel, firme de recherche réputée, s’est intéressée au créneau du tourisme d’observation de la faune (wildlife tourism) à l’échelle mondiale.

Pour les besoins de cette recherche, ce marché a été limité aux touristes dont le principal facteur de motivation de voyage était l’observation de la faune. Compte tenu de cette définition restrictive, et malgré une croissance soutenue d’environ 5%/an au cours des 15 dernières années, cette niche de clientèle demeure relativement modeste avec 3 millions de consommateurs.

Toutefois, l’étude soutient que ce segment devrait connaître une croissance légèrement supérieure (+ 2 ou 3 %) au taux de croissance total du tourisme mondial. On souligne que la clientèle des boomers, qui dispose souvent de revenus plus élevés, devrait fortement contribuer à cette augmentation, car les séjours d’observation actuellement offerts sont relativement dispendieux.

Selon Mintel, le marché européen est très friand de ce type de produit, particulièrement en Allemagne, aux Pays-Bas et encore plus au Royaume-Uni où l’on recense aujourd’hui plus de 60 petits producteurs de voyages d’observation, alors qu’il n’y en avait que 15 en 1987.

Selon les spécialistes du domaine, l’Afrique semble incontestablement le continent vedette pour les voyages motivés par l’observation de la faune. Les destinations de prédilection de ce genre de tourisme sont la Tanzanie, le Kenya, le Botswana, la Namibie, l’Inde, l’Antarctique et l’Uganda.

Cette réalité pourrait toutefois changer rapidement puisque les grossistes majeurs s’intéressent plus activement à ce marché. En 2000 et en 2002, les deux plus importants producteurs britanniques de voyages d’aventure et d’observation (Exodus Travel et Explore Worldwide) ont été achetés par de grands voyagistes et on prévoit que ce mouvement d’acquisition se poursuivra.

Cette implication des grossistes généralistes pourrait contribuer à accélérer la démocratisation de ce marché et le développement de nouvelles destinations. Puisqu’un nombre grandissant de touristes pratiquent des activités d’observation de la faune lors de leurs déplacements de vacances, les grossistes pourraient être tentés de développer de nouveaux produits moins spécialisés, mais qui assurent une plus grande présence de ce type d’activités.

Le potentiel du Québec

Avec son vaste territoire, ses forêts boréales, sa toundra, son fleuve, son million de lacs et de rivières, le Québec présente un climat nordique qui lui permet de proposer à ses visiteurs une faune riche et différente.

Quelques expériences d’observation faunique contribuent déjà au rayonnement international du Québec, notamment l’observation des baleines (qui attire annuellement plusieurs centaines de milliers de visiteurs), des oiseaux migrateurs (bernaches et oies blanches) ou encore des blanchons aux Îles-de-la-Madeleine.

L’invitation à observer la faune québécoise est souvent utilisée avec succès pour séduire les clientèles d’outre-mer. Toutefois, selon les données de Statistiques Canada (2004), seulement 5% des touristes québécois et canadiens déclarent avoir participé à une activité d’observation des oiseaux ou de la faune au cours de leurs vacances au Québec.

Pourtant, plusieurs producteurs de tourisme d’aventure et d’écotourisme offrent des expériences variées qui permettent de profiter de la diversité faunique québécoise. Par exemple :

  • les activités d’interprétation faunique de la Sépaq partout au Québec
  • la route thématique des baleines sur la Côte-Nord
  • les séjours ornithologiques d’Ornitour en Chaudière-Appalaches
  • les expéditions d’observation de Vert et Mer aux Îles-de-la-Madeleine
  • les activités d’observation de l’ours de Souvenirs sauvages en Outaouais
  • etc.

Le site Internet BonjourQuébec.com répertorie d’ailleurs l’observation de la faune parmi les douze activités de sports et de plein air qui sont offertes aux visiteurs du Québec.

Développement des destinations

Plusieurs autres destinations investissent afin de développer leur offre d’observation de la faune et s’attaquent au défi de la rendre plus accessible aux visiteurs.

Par exemple, en 2002, une étude a soulevé le potentiel inexploité de la diversité faunique en Écosse. Avant leur venue au pays, seulement 51% des visiteurs associaient le pays et la possible pratique de l’observation faunique alors que, après le séjour, plus de 90% d’entre eux affirmaient qu’ils recommanderaient l’Écosse comme destination de tourisme de nature et d’observation de la faune. La destination a donc développé une stratégie intégrée autour de la signature Wildlife Scotland afin de se positionner et a même développé un site Internet spécialisé: http://wildlife.visitscotland.com/.

L’Australie, pour sa part, a déployé des efforts afin de structurer l’offre et la rendre plus facilement accessible. Créée en 2003, la Wildlife Tourism Association contribue à mobiliser le milieu et à promouvoir les initiatives de développement du tourisme de nature et d’observation. Parmi les réalisations, soulignons la création de trois routes thématiques qui présentent les meilleurs lieux pour l’observation de la faune.

Le marché des voyages d’observation de la faune étant promis à un avenir florissant, le Québec aurait donc beaucoup à gagner à s’inspirer de telles initiatives afin de positionner encore plus avantageusement la richesse de la faune et la diversité des activités disponibles pour l’observer.

Sources:

  • «La faune et la nature ça compte», Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, www.faunenatureenchiffres.gouv.qc.ca, 2004.
  • «2001 National and State Economic Impacts of Wildlife Watching? Report 2001-2», U.S. Fish & Wildlife Service, août 2003.
  • «Review of Wildlife Tourism in Scotland? Main Report», A&M? The Tourism and Environnement Forum, 30 janvier 2002.
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Tourisme durable

Le tourisme dans le sillon du commerce équitable

Dans la suite de notre analyse portant sur le tourisme équitable, nous tenterons d’évaluer les ressemblances et les distinctions entre commerce et tourisme équitable. Le «tourisme équitable» peut-il miser sur les mêmes critères qui contribuent au succès du «commerce équitable»?

Certification des produits – destinations touristiques équitables ou choix avisés de la part de voyageurs responsables

Que peut-on ou devrait-on certifier comme étant équitable dans un séjour touristique? Contrairement au commerce de biens, le tourisme suppose que le consommateur (touriste) se déplace vers le lieu de production (destination), lequel inclut une multitude de services (transport, attraits, hébergement, restauration, souvenirs, etc.), et qu’il participe à la «production» de son séjour. Devant cette réalité, doit-on considérer la certification de l’ensemble des composantes du séjour, ce qui toucherait les entreprises de plusieurs secteurs? Ou, au contraire, dans un contexte où il est essentiellement question de voyages internationaux, serait-il plus simple de certifier les produits des tour-opérateurs, (par ex.: le réseau Agir pour un tourisme responsable – ATR)? Les produits d’écotourisme pourraient-ils être utilisés comme «symbole» du tourisme équitable? Finalement, malgré l’existence de certains processus de certification en tourisme durable et en écotourisme, ces secteurs ne sont pas encore organisés en réseau comme c’est le cas dans celui du commerce équitable. Plusieurs questions demeurent et il apparaît évident qu’une certaine forme de certification servirait à référer aux voyageurs de réels produits – destinations touristiques équitables et à les conforter dans leurs choix.

Au-delà de la destination, les voyageurs indépendants peuvent également contribuer à un tourisme plus équitable, par leurs comportements et leurs options de consommation à destination des pays du Sud. À cette enseigne, plusieurs associations invitent les voyageurs à, par exemple, utiliser les produits et services offerts par les résidants de la destination (gîte, hébergement chez l’habitant, cuisine locale, etc.). Bien que de tels comportements soient à encourager, force aussi est d’admettre que le tourisme ne peut bénéficier aux pays du Sud que dans la mesure où il y a des accès aériens à prix concurrentiel, condition qui implique nécessairement les grandes entreprises transnationales (voyagistes internationaux, grandes chaînes hôtelières), capables de générer un volume suffisant de clients.

Soutien institutionnel et alliances stratégiques

À cet égard, le tourisme équitable peut compter sur plusieurs acquis. Des organisations internationales, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) en tête, identifient le «tourisme durable» comme facteur de lutte contre la pauvreté et proposent de nouvelles façons de voir le développement touristique dans les pays du Sud. Dans son document «Tourism and Poverty Alleviation», l’OMT propose une série de principes directeurs pour faire en sorte que les dépenses touristiques puissent contribuer à l’élimination de la pauvreté dans les pays en développement. Elle fait aussi la promotion du Code mondial d’éthique du tourisme, qui préconise, notamment, la compréhension et le respect mutuels entre hommes et sociétés, ainsi qu’un tourisme au bénéfice des pays et des communautés d’accueil. Plusieurs autres organisations interviennent dans les domaines de l’expertise, de la diffusion d’information, de la référence d’entreprises touristiques qui préconisent des pratiques responsables et, finalement, dans des campagnes qui encouragent les voyageurs à adopter des comportements responsables, éthiques et solidaires.

Sur le plan des alliances, on trouve l’International Network on Fair Trade in Tourism qui a été mis en place par «Tourism Concern» et qui rassemble 150 organisations préoccupées par le tourisme équitable. Un autre bel exemple d’alliance est celui de l’Agence italienne de tourisme responsable (AITR) qui regroupe, autour d’une «Charte du tourisme responsable», divers acteurs dont les rôles sont complémentaires.

Rôle stratégique du réseau de distribution

Toujours en se basant sur l’expérience du commerce équitable, il apparaît évident que le réseau de distribution joue un rôle stratégique afin de rendre facilement accessibles les produits touristiques équitables là où les gens ont l’habitude de faire leurs achats de voyage. C’est un constat d’autant plus vrai dans un contexte où les formules «tout compris» demeurent populaires pour les voyages à destination des pays du Sud, qu’il s’agisse de voyages spécialisés (aventure, écotourisme) ou traditionnels. À cet égard, plusieurs initiatives en faveur d’un tourisme équitable et solidaire ont été lancées au cours des dernières années. Toutes ces initiatives, intéressantes, demeurent volontaires et n’impliquent actuellement qu’un nombre limité d’acteurs, trop limité d’ailleurs, si l’on considère la forte dépendance des pays du Sud à l’égard des tours-opérateurs (TO) du Nord. Considérant que les formules «tout compris» sont de moins en moins chères et demeurent très populaires pour les voyages à destination des pays du Sud, il devient incontournable d’aborder la notion de juste prix, un des principes du commerce équitable. Peut-on parler de juste prix dans le cas de forfaits tout inclus à 1000$ la semaine? Est-ce que les prix demandés tiennent compte des répercussions du tourisme sur l’environnement et la qualité de vie des populations locales? Le débat reste ouvert.

Internet, qui révolutionne les façons d’organiser et de réserver des voyages, pourrait aussi faciliter les liens entre les petits opérateurs touristiques de certains pays du Sud et les consommateurs du Nord. C’est justement ce que visent des sites comme Green Travel Market. Plus globalement, Internet peut aussi contribuer à aider les voyageurs à mieux se préparer et à se renseigner avant un voyage et, ultimement, à mieux comprendre que leurs choix ont des répercussions sur les populations du Sud qu’ils se proposent de visiter.

Des produits touristiques équitables de qualité

Pour trouver preneur, les produits touristiques équitables doivent nécessairement répondre aux aspirations des voyageurs – pas n’importe lesquelles et pas à n’importe quel prix -, que ce soit en termes de paysages, de nature, de culture ou de services. À cet égard, on en trouve plusieurs dans le segment du tourisme de nature et de l’écotourisme. Se pose aussi la question de produits touristiques équitables qui répondent à un éventail de goûts, tant auprès de clients qui sont à la recherche de formules de voyage alternatives qu’auprès de voyageurs plus traditionnels (ex.: tourisme de plage). Relever le défi de la qualité requiert aussi la mise en place de mécanismes qui soutiennent le développement des ressources humaines des pays du Sud et qui habilitent celles-ci à occuper des postes variés dans les entreprises et les organisations touristiques des destinations. Finalement, les produits touristiques équitables de qualité doivent être mis en marché de manière à ce qu’ils puissent être distingués parmi l’ensemble des produits, possiblement par l’entremise d’une certification ou d’un label.

Une grande visibilité médiatique

Graduellement, les articles et les reportages traitant de tourisme équitable commencent à être diffusés avec plus d’insistance. Certains magazines de voyages majeurs s’intéressent aussi à ce phénomène dans la foulée de l’importance qui est accordée au développement durable du tourisme (ex.: National Geographic Traveller, National Geographic Adventure et Conde Nast). Ces sources indépendantes peuvent avoir un impact non négligeable sur l’éducation des voyageurs et leur prise de conscience face aux répercussions de leurs choix de destinations et de leurs comportements de voyage. Force est de reconnaître qu’il reste beaucoup à faire en ce domaine.

Sources:

– Blangy, Sylvie. «Les initiatives de tourisme autochtone se multiplient», La Revue Durable, no 11, Dossier: Quel tourisme pour une planète fragile, juin-juillet-août 2004.
– Chelin, Véronique. «Les consomm’acteurs équitables», Le Devoir, 13 mars 2005.
– Désiront, André. «Le tourisme comme moyen de partager», La Presse, 10 janvier 2004.
– Gervais, Lisa-Marie. «L’équitable se met à table», La Presse, 16 mai 2005.
– El Alaoui, Françoise. «Le tourisme équitable», mémoire de recherche de maîtrise de management du tourisme, École supérieure de gestion de Paris, soutenue le 25 septembre 1999 et mis à jour en 2002, [http://elalaoui.free.fr/table.html].
– Forum international tourisme solidaire et développement durable, [www.tourisme-solidaire.org].
– «Le tourisme n’aide pas toujours le développement, La Revue Durable, no 11, Dossier: Quel tourisme pour une planète fragile, juin-juillet-août 2004.
– Tour Operators Initiative (TOI) for Sustainable Development on Tourism. «Activity Report 2004», [www.toinitiative.org/about/documents/activityreport2004.pdf].
– Waridel, Laure et Sara Teitelbaum. «Rapport de recherche/commerce équitable: une poussée pour des échanges plus justes aux Pays-Bas, en Suisse et en France, 1999.

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Produits et activités Tourisme durable

Vivre du tourisme d’aventure et de l’écotourisme en 2005: les défis à relever, les perspectives pour réussir (Compte rendu de conférence)

Le secteur du tourisme d’aventure et de l’écotourisme au Québec est formé de petites et moyennes entreprises dont le nombre de clients et les profits varient énormément. Les nombreux défis auxquels l’industrie doit faire face ont été soulignés au cours de la conférence annuelle d’Aventure Écotourisme Québec (AÉQ). Ces défis, sans être exclusifs à la réalité québécoise, sont typiques d’un secteur émergent limité par les principes rigides auxquels il doit adhérer.

En cette ère de développement durable, une grande importance est accordée aux responsabilités sociale et environnementale des entreprises, qui représentent encore un grand défi pour le Québec sur différents plans. Bien que des efforts concrets aient été déployés pour la mise en place du tourisme d’aventure et de l’écotourisme, il y a encore place à amélioration. Les solutions aux problématiques, tels les petits profits, les variations saisonnières importantes en termes de nombre de visiteurs, le leadership, les structures organisationnelles et la gouvernance, sont complexes et interreliées. Le présent article ne traite pas toutes les questions en profondeur, mais résume les différents éléments qui ont été soulignés au cours de la conférence d’AÉQ.

Ressources humaines

Malgré une conjoncture favorable à la croissance du tourisme d’aventure et de l’écotourisme, de nombreuses entreprises éprouvent des difficultés à générer suffisamment de profits, à recruter et à retenir des guides compétents ainsi qu’à assurer l’équité salariale (plus spécialement en région éloignée et au cours de l’hiver). Les guides de tourisme d’aventure et d’écotourisme gagnent de très petits salaires et sont peu reconnus professionnellement puisque, au Québec, l’industrie n’a établi aucune norme relative à leur emploi. Cette réalité est source de situations inéquitables entre les entreprises, entre les guides formés et expérimentés et ceux qui ne le sont pas, et entre les guides formés dans certaines institutions et ceux qui font partie d’une association professionnelle. L’offre – le nombre de guides formés sur le marché et la demande – les offres d’emploi réelles au Québec – posent également problème.

Développement régional

La contribution apportée par le tourisme d’aventure et l’écotourisme au développement régional varie d’une région à l’autre du Québec. En général, le développement régional représente un grand défi, pour diverses raisons, et c’est le cas en particulier des régions éloignées pauvres en infrastructures et en services.

À l’instar des économies régionales qui dépendent traditionnellement des ressources naturelles, le Québec tente avec difficulté de présenter l’écotourisme comme étant avantageux. Par exemple, une entreprise minière qui investit 500 millions de dollars et garantit 300 emplois pendant 30 ans est plus puissante qu’une entreprise d’écotourisme de la même région qui est prête à employer 10 guides pendant la même période, si tout va bien. Il serait important que des études sérieuses évaluent et surveillent les retombées nettes de l’écotourisme au Québec sur les plans social, économique et environnemental.

Par ailleurs, il semble que le secteur du tourisme d’aventure et de l’écotourisme n’est pas mis en valeur dans certaines régions et ne participe pas activement au processus décisionnel. En conséquence, il serait peut-être pertinent de faire preuve de proactivité et de communiquer avec les élus et la communauté en vue de les informer de la valeur ajoutée de l’écotourisme. En effet, l’écotourisme s’insère facilement dans les structures économiques et sociales et fait naître un partenariat qui apporte d’innombrables avantages. Le Québec doit se doter d’une vision régionale du tourisme d’aventure et de l’écotourisme et concevoir des stratégies et des plans de mise en oeuvre à moyen et long terme en intégrant les aspects économique, social et environnemental.

Ressources et environnement

La question de l’accès aux ressources naturelles de qualité comme facteur de longévité de l’industrie est revenue fréquemment pendant la conférence. D’autres préoccupations ont également fait surface, notamment la menace que représente l’extraction massive effectuée par les industries (particulièrement l’industrie forestière et les barrages hydroélectriques); le faible pourcentage de zones protégées au Québec par rapport à la tendance mondiale; la façon de rendre accessibles des zones protégéetout en préservant la qualité des ressources.

Le secteur du tourisme d’aventure et de l’écotourisme du Québec met tout en oeuvre pour réduire les répercussions environnementales et sociales négatives au moyen de son programme «Sans trace». Il s’agit d’un programme international proactif qui a été adapté par AÉQ et ses partenaires. L’objectif consiste à réduire et, mieux encore, à enrayer les impacts négatifs du tourisme par l’intermédiaire de l’enseignement, de la recherche et des partenariats, tout en répondant aux besoins des utilisateurs. Bien que tous les participants à la conférence se soient entendus pour dire qu’un tel programme est important, sa mise en oeuvre et son adaptation représentent un grand défi, principalement pour des raisons pratiques.

Produits et marketing

Le Québec offre une variété de produits liés au tourisme d’aventure et à l’écotourisme, mais il doit consolider sa position pour faire face à la compétition féroce des destinations écotouristiques mondiales. Réussir à vendre les hivers québécois de manière adéquate demeure le plus grand défi. Les entreprises devront diversifier leurs activités et se montrer polyvalentes pour contrer les changements extrêmes de température. La création d’un plus grand nombre de réseaux thématiques de produits régionaux, comme la «Route des Appalaches», est un des moyens à envisager. Aussi, le jumelage de la nature et de la culture québécoise offre la possibilité de créer une multitude de produits fascinants. En effet, tel que mentionné pendant la conférence, si les Américains ont réussi à créer des produits comme «In the footsteps of Henri D. Thoreau», pourquoi le Québec ne pourrait-il pas offrir «Sur les traces de Vigneault» sur la Côte-Nord?

Le secteur du tourisme d’aventure et de l’écotourisme peut encore faire de la place aux coopératives locales et régionales basées sur les principes de solidarité tel le cas digne de mention du Cap Jaseux. Ces coopératives  peuvent être créées dans toutes les régions avec les voyagistes, les hôtels, etc. Elles permettent le partage des ressources et des connaissances, tout en diminuant les dédoublements par complémentarité des produits. De plus, les coopératives mettent l’accent sur la création d’expériences uniques et de qualité. Bien que de telles alliances contribuent à la synergie au sein de l’industrie, les risques qu’elles comportent ont clairement été identifiés au cours de la conférence. Le cas du Québec maritime illustre la valeur du réseautage régional en vue de la commercialisation efficiente des destinations. 

Conclusion

Le secteur du tourisme d’aventure et de l’écotourisme au Québec va bon train dans la mise en oeuvre des principes de l’écotourisme, malgré quelques embûches. En général, l’industrie porte de plus en plus attention aux entreprises à mission écologique et à leurs clientèles, mais il reste du chemin à faire. L’écotourisme a un rôle important à jouer au Québec, principalement pour demeurer en tête du reste de l’industrie dans la mise en oeuvre des principes de développement durable et pour démontrer comment le tourisme peut participer positivement et de manière responsable à la diversification économique. Toutefois, le secteur du tourisme en entier doit porter la responsabilité écologique depuis les récentes orientations politiques du Québec. Outre les problématiques mentionnées ci-dessus, l’établissement d’un programme de certification de qualité et la surveillance de l’industrie selon des indicateurs fiables demeurent à l’ordre du jour. De telles mesures pourront améliorer le profil du secteur, mieux informer les preneurs de décisions et rassurer les investisseurs potentiels.

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Tendances Tourisme durable

Verdir son entreprise

Lors du 14e symposium sur le tourisme nordique tenu en Islande, John Hull, consultant et co-fondateur de la firme Intervale Associates/Associés, a présenté un cas pratique d’initiative visant à relever de manière concrète les défis et les opportunités d’un développement durable du tourisme.

«Greening your Business»

On assiste à une croissance mondiale des aires protégées et une part de plus en plus importante de la population accorde de l’importance à un développement responsable de la nature. Depuis 1970, le nombre d’aires protégées dans le monde a augmenté de 150% et on en compte aujourd’hui environ 8100. La superficie des parcs a quant à elle plus que triplé, passant de 1,8 million à 7,5 millions de kilomètres carrés.

Lors de sa conférence, John Hull souligne les changements observés dans la manière de gérer les espaces protégés:

  • On favorise l’intégration à l’isolation (visites, interprétation, sensibilisation et compréhension vs isolement, absence de fréquentation et méconnaissance).
  • On implique davantage la communauté locale (sentiment d’appartenance aux espaces, rôle d’ambassadeurs).
  • On mise sur la collaboration et les partenariats (entreprises privées, gouvernement, institutions d’enseignement, etc.).
  • On adopte des stratégies biorégionales à l’échelle de l’écosystème (pression modérée sur le milieu, priorité donnée à l’utilisation des ressources sur place _ fruits, légumes, poissons, etc._ pour la consommation, etc.
  • On prône des valeurs qui respectent le patrimoine naturel et culturel.
  • On encourage les individus à participer à la gestion des richesses naturelles et culturelles.

Par ailleurs, il y a pour les destinations une réelle pertinence à se doter de programmes de formation adaptés aux gestionnaires d’espaces naturels. C’est en vertu de cette vision du développement du tourisme que Hospitality Newfoundland and Labrador a créé l’Institut du Gros-Morne pour le tourisme durable (GMIST), dont le mandat consiste à développer et à offrir des programmes de formation relatifs au tourisme durable. Ces programmes sont offerts au parc national du Canada Gros-Morne et visent à outiller les gestionnaires afin de leur permettre, notamment, de mieux maîtriser les pratiques de tourisme durable. On y propose des cours tels que «Greening your Business» et «sécurité en motoneige, éthique et interprétation en hiver».

Depuis longtemps, les dirigeants entendent partout qu’ils doivent adopter le virage vert et que les touristes deviendront de plus en plus sensibles à cette réalité. Or, le problème est qu’il n’est pas toujours facile de concrétiser des intentions à partir de vagues concepts. À cet égard, l’Institut offre des formations qui abordent directement la question, notamment:

  • une introduction au tourisme durable,
  • le «benchmark» de l’entreprise,
  • le marketing qui s’adresse aux consommateurs «verts», 
  • le développement de produits touristiques durables,
  • une introduction aux pratiques «vertes» dans les opérations.

On ne s’improvise pas dans le segment du tourisme durable, surtout si l’on veut faire de cette philosophie d’entreprise notre carte de visite. Non seulement doit-on savoir ce que l’on peut vendre à ce marché, mais aussi comment on détermine un prix approprié. De plus, il est nécessaire de repenser tout l’aspect marketing qui se doit de respecter un certain code d’éthique. On utilise la même approche si l’on désire développer des expériences authentiques qui exigeront des fournisseurs «verts», des liens avec la communauté, une main-d’oeuvre locale, des codes de conduite, etc.

Pour John Hull, il ne fait pas de doute que les entreprises doivent s’interroger sur la pertinence de mieux s’outiller pour prendre le virage vert. La démarche visant à introduire des pratiques de développement durable exige surtout de mettre la théorie en pratique.

En conclusion, John Hull prodigue un conseil aux destinations qui désirent faire de la promotion: il est préférable de ne pas mettre à l’avant-plan des images promotionnelles de sites ou de paysages éloignés où les touristes ne se rendront probablement jamais. Même si cette idée peut certainement s’avérer contestable, elle mérite à tout le moins d’être débattue…

Voir aussi

Institut du Gros-Morne pour le tourisme durable

Sources:
– Hull, John. «The Gros Morne Institute for Sustainable Tourism (GMIST). Opportunities and Challenges for the Tourism Industry in Eastern Canada», The14th Nordic Symposium in Tourism and Hospitality Research, Akureyri, Islande, 22 au 25 septembre 2005.