Catégories
Ailleurs dans le monde Marketing

Atlantic Canada: l’histoire d’une union qui dure!

Il était une fois, dans l’est d’une vaste contrée, quatre petites provinces qui se sentaient peu influentes individuellement pour courtiser les visiteurs d’autres pays à côté de leurs puissants voisins, le Québec et l’Ontario. Voici l’histoire du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve-et-Labrador et de l’Île-du-Prince-Édouard, qui se sont regroupés pour former Atlantic Canada et réaliser des actions marketing sur les marchés internationaux. Découvrez leurs aventures et leurs conquêtes!

La trame de fond

Le tourisme est un élément important de l’économie des provinces de l’est du Canada. Le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que l’Île-du-Prince-Édouard forment une zone touristique naturelle tant par leur panorama que leur culture. Jusqu’en 1993, les quatre provinces luttaient individuellement pour concurrencer les autres provinces afin d’attirer des touristes américains et d’outre-mer. Leur succès était limité en raison du faible poids de leurs investissements marketing et les provinces se concurrençaient entres elles. De l’évidence du potentiel touristique et de la nécessité de regrouper les efforts est issue, en 1994, une entité marketing pour les provinces de l’est du Canada, le Partenariat du tourisme du Canada atlantique (PTCA).

Le PTCA regroupe donc les ministères provinciaux responsables du tourisme de ces quatre provinces, les quatre associations provinciales de l’industrie touristique ainsi que l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), une instance fédérale.

Le montage

Un élément clé de la création de ce partenariat est l’engagement de l’APECA d’investir à parité avec les investissements provinciaux pour l’établissement d’ententes triennales. Le tableau 1 présente l’évolution du budget et sa composition.

 

MtL_2008-08_budget_PTCA_grphq3

 

Le graphique suivant illustre la répartition de la contribution provinciale ainsi que celle des acteurs de l’industrie touristique.

 

MtL_2008-08_budget_PTCA_grphq1

 

Depuis 2000, le PTCA se concentre uniquement sur les activités marketing auprès des marchés internationaux. L’organisme mise d’abord sur le marché américain et 84% de son budget y est alloué. Les régions visées sont la Nouvelle-Angleterre (Connecticut, New Hampshire, Maine, Massachussetts, Rhode Island et Vermont), suivie de l’Atlantique Centre (New York, New Jersey et Pennsylvanie). Le deuxième marché d’importance est l’Europe (13% du budget) et quelques actions visent également le Japon. Même si le volume de touristes outre-mer dans les provinces de l’Atlantique est faible, il s’agit tout de même d’un marché considéré avec sérieux en raison du haut niveau de dépenses de ces visiteurs.

Les résultats

Au cours des dernières années, Atlantic Canada a connu des résultats très intéressants. Plusieurs objectifs ont été atteints, même si d’autres restent à réaliser.

Le tableau 2 présente l’évolution de quelques indicateurs liés au marché américain pour la période 2000-2007. La principale mesure de performance utilisée pour évaluer les actions de promotion est le ROI (return on investment ou retour sur le capital investi). L’objectif initial de ROI 10:1 (chaque dollar investi rapporte dix fois plus en recettes touristiques) a non seulement été atteint rapidement, mais il a plus que doublé avec les années. Il est important de noter qu’il s’agit de la mesure des actions sur lesquelles Atlantic Canada a un effet direct, c’est-à-dire la conversion des demandes d’information en réservations effectives, et non l’ensemble des visiteurs et des revenus sur le territoire.

MtL_2008-08_budget_PTCA_tbl2

 

De façon globale, les résultats en termes de visites-personnes comportent quelques faiblesses. En effet, non seulement il y a eu un déclin des visites en provenance de la Nouvelle-Angleterre vers les provinces de l’Atlantique, mais celui-ci est en outre plus important que dans les provinces du Québec et de l’Ontario. Néanmoins, on note que la chute des revenus générés par ces touristes est plus dramatique au Québec et en Ontario que celle du regroupement des provinces de l’Est.

En ce qui concerne les marchés outre-mer, particulièrement le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon, le nombre de visiteurs a augmenté au cours des dernières années, exception faite d’une légère baisse en 2006. Les actions marketing d’Atlantic Canada lui ont permis de conserver ses parts de marché par rapport au reste du pays. Son principal défi marketing auprès des marchés outre-mer est d’accroître le degré de notoriété de cette région du Canada et de ses attraits. Leurs sondages indiquent une progression à cet égard.

MtL_2008-08_budget_PTCA_grphq2

Les enseignements

Parmi les bons et les moins bons coups d’Atlantic Canada au cours des dernières années, il est possible de retenir certaines leçons en ce qui concerne un partenariat marketing similaire.

  • Établir un partage équitable des contributions.
  • Identifier des objectifs de mesure de performance simples à utiliser et appropriés.
  • Créer une structure de gestion efficace. Le PTCA compte trois comités (marché américain, marché outre-mer et communication) composés d’intervenants de chaque palier (industrie, provincial, fédéral).
  • Mettre en place une stratégie multimédia intégrée.
  • Savoir s’adapter aux aléas conjoncturels.
  • Établir des directives claires en ce qui concerne l’allocation du budget.
  • Prendre chaque décision en gardant en tête les buts globaux du partenariat.
  • Baser les décisions marketing sur de la recherche pertinente, des objectifs et des critères prédéterminés.
  • Structurer et gérer avec précaution la participation de l’industrie.

Il s’agit donc d’un bel exemple de partenariat entre plusieurs acteurs de différents paliers. Le PTCA a été en mesure de développer de saines relations avec de multiples partenaires internationaux et il s’est créé un esprit de coopération entre les provinces qui n’existait pas initialement et qui était essentiel pour se faire connaître et attirer des visiteurs.

Sources:
– MacKellar Cunningham & Associates LTD. «Evaluation of the Atlantic Canada Tourism Program, Year 2: 2007-2008», février 2008.
– Reid, Laurel J., Stephen L.J. Smith et Rob McCloskey. «The Effectiveness of Regional Marketing Alliances: A Case Study of the Atlantic Canada Tourism Partnership, 2000-2006», Tourism Management, no 29, 2008.

Site Web:
www.actp-ptca.ca/french/index.html

Catégories
Ailleurs dans le monde Gestion

Quand un espace touristique transcende frontières administratives et nationales (Compte rendu de conférence)

Le touriste qui visite un coin de pays n’a que faire du découpage administratif des régions touristiques. Trop souvent, ce découpage lui cause du souci, l’obligeant à se procurer de l’information à de multiples endroits alors que, pour lui, le circuit choisi présente une suite physique et logique de points d’intérêts. Jérôme Piriou, doctorant à l’université d’Angers en France, prône la coopération professionnelle et la continuité des espaces. Léman sans frontière est, à ce titre, un bel exemple de coopération entre la Suisse et la France.

Jérôme Piriou se passionne pour la géographie du tourisme. L’espace touristique et ses frontières a fait l’objet d’une de ses recherches. À l’occasion des Rendez-vous Champlain tenus à Montréal et à Québec au début de juin 2008, il a présenté ses réflexions à ce sujet, de même qu’un exemple de bonne pratique.

Est-il normal que le voyageur qui visite les châteaux de la Loire doive se procurer un nouveau guide au fil des départements traversés alors qu’il perçoit ce trajet comme une continuité et que ce circuit constitue un territoire touristique homogène malgré ses frontières politico-administratives?

Un lac Léman sans frontière

Voyant leur complémentarité, deux sites touristiques suisses, le Bouveret et le Moléson, l’un situé au bord du lac Léman et l’autre à proximité, dans les montagnes en Gruyère, décident en 1994 d’unir leurs forces pour mettre en place une promotion commune. Cette base étant jetée, l’association «Léman sans frontière» fait son apparition l’année suivante, regroupant 12 partenaires suisses et français. Cette association s’est agrandie depuis, pour comprendre une quarantaine de sites en périphérie du lac, dans les Alpes avoisinantes et en Gruyère. Moyennant une cotisation annuelle, les entreprises qui y adhèrent signent pour une durée de trois ans, renouvelables.

Le but de cette association? Faire circuler les 12 millions de visiteurs autour des sites partenaires afin de les retenir plus longtemps et de les fidéliser.

Léman sans frontière, c’est un portail Internet, un guide d’une cinquantaine de pages imprimé à 400 000 exemplaires, mais aussi téléchargeable sur le site Internet, une présence à dix salons touristiques, un infocourriel envoyé 8 fois l’an à plus de 400 offices de tourisme français, suisses et à d’autres partenaires, de même que 500 000 napperons distribués dans des restaurants et des bars franco-suisses. L’information du site est aussi accessible depuis les ordinateurs et des téléphones portables. Deux projets sont en cours:

  • la mise en place d’une signalétique afin de baliser les principales entrées sur le territoire et l’établissement de points d’information;
  • l’harmonisation des différentes bases de données touristiques tant du côté suisse (cantons de Genève, Vaud, Valais et Fribourg) que du côté français (Rhône-Alpes) avec celle de Léman sans frontière.

Jérôme Piriou définit une région touristique comme la rencontre entre la perception d’un territoire par le touriste et un système d’acteurs qui proposent une offre globale. Chacun des acteurs, qu’il s’agisse d’un jardin, d’un zoo, d’un château, doit avoir conscience que tous bénéficient de la même clientèle. Il soulève ainsi l’importance d’un tourisme cohérent comme outil de développement socioéconomique.

– Ferrara, Marco. «Le Léman, un lac qui sait gommer ses frontières», 24 heures, 31 mai 2007.
– Franco, Fabien. «La géographie touristique du Léman», Kaëlemagazine.com, no 36, 2 juillet 2007.
Léman sans frontière. Dossier de presse 2008, 22 avril 2008.
– Piriou, Jérôme. «L’espace touristique et ses frontières: une approche régionale de la destination: Étude des cas du Saumurois et du bassin Lémanique», Les Rendez-vous Champlain, Québec, 2 juin 2008.

Catégories
Gestion Tourisme durable

Développer une région touristique de façon harmonieuse, c’est possible! (Compte rendu de conférence)

Comment assurer un développement récréotouristique durable et harmonieux propice à la mise en valeur d’une région, et ce, en se basant sur la concertation? La réponse: la coopérative de solidarité, une entreprise collective privée à l’esprit entrepreneurial. Et ça fonctionne! Nous vous présentons la coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord dans la région de Saint-Raymond de Portneuf. Par son approche novatrice de gestion et de coopération, elle a remporté une dizaine de prix pour son projet Tourisme, paysage et coopération.

Danielle Larose, initiatrice et conseillère de la coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord, est venue présenter le projet Tourisme, paysage et coopération lors des Journées RÉSEAU de la Fédération québécoise des organisations locales de tourisme, tenues en avril dernier à Québec. Mme Larose est avocate et conseillère juridique spécialisée en développement local, durable et solidaire dans les secteurs du tourisme, de la culture et auprès des autochtones.

La coopérative de solidarité est une structure de l’économie sociale qui intègre la notion de rentabilité, à la fois économique et sociale. Celle de la vallée du Bras-du-Nord n’est donc pas un organisme à but non lucratif, mais plutôt une organisation collective privée où les revenus générés sont réinvestis dans l’entreprise pour consolider les emplois des membres travailleurs, pour développer des infrastructures et en assurer la pérennité.

Créée en 2002, cette entité est issue d’une concertation locale entre les propriétaires riverains, les entreprises qui offrent des services récréotouristiques, les travailleurs récréoforestiers et touristiques, de même que les intervenants économiques locaux qui souhaitaient un développement de qualité qui mettrait en valeur la superbe vallée du Bras-du-Nord.

Pourquoi instaurer une telle structure?

  • Parce que la région possède des attraits significatifs – une vallée magnifique, 35 kilomètres de rivière, de nombreuses montagnes et falaises, une chute majestueuse, un paysage bucolique…
  • Pour contribuer à diversifier l’économie d’une communauté agroforestière dans une démarche de développement durable.
  • Pour susciter la coopération entre les différents acteurs.
  • Pour maintenir l’équilibre entre le développement touristique, l’exploitation forestière, la villégiature, l’environnement et la population locale.
  • Pour protéger le territoire et le mettre en valeur.
  • Pour élargir la participation active de la population, des entreprises touristiques, des travailleurs forestiers, des visiteurs, des intervenants (municipaux et gouvernementaux) à la mission de la coopérative de solidarité.
  • Pour faire converger des intérêts divergents.
  • Parce que la coopérative de solidarité unit le meilleur de l’entrepreneuriat collectif et privé.
  • Parce qu’elle se base sur les principes de la participation, de la prise en charge, de la responsabilité individuelle et collective.
  • Pour exercer un effet de levier significatif pour les entreprises privées.

L’ABC de cette coopérative de solidarité touristique

Qui s’occupe du développement des projets, de la promotion de la région, de l’accueil des visiteurs (information, signalisation sur le territoire, système de navettes pour réduire les déplacements automobiles, etc.) et de l’encadrement sécuritaire de la pratique des activités? La coopérative de solidarité.

Cette dernière privilégie l’encadrement (normes, code d’éthique, guide de bonnes pratiques, contrats de droits de passage, etc.) plutôt que l’instauration de réglementations. Le Plan d’implantation et d’intégration architectural (PIIA) a été établi par la suite afin de protéger les actions volontaires de la population.

La coopérative donne de l’emploi de qualité aux gens de la région, en particulier à des jeunes en situation d’insertion socioprofessionnelle. Depuis huit ans, 80 de ces jeunes ont travaillé d’arrache-pied à l’aménagement de plus de 70 kilomètres de sentiers. Elle sensibilise et mobilise la population en expliquant les projets et en tenant plusieurs actions citoyennes (fête champêtre, trousses d’actions, randonnée éco sommet, colloques, etc.).

Exploiter une coopérative de solidarité n’est pas un parcours qui se fait sans heurt surtout quand il s’agit de rivalités d’intérêts et de respect des droits de chacun. Tout passe par le dialogue et les préceptes du développement durable guident les choix. Le processus décisionnel s’exerce de façon démocratique selon trois types de membership – travailleur, utilisateur, soutien corporatif et individuel – et tous ont voix au chapitre: un membre, un vote.

Le projet Tourisme Paysage et Coopération intègre concrètement les seize principes de développement durable (qualité de vie, protection de l’environnement, efficacité économique, participation et engagement des citoyens, etc.) dans sa gestion courante et dans ses futurs développements.

La suite des choses…

Les gestionnaires ont encore beaucoup de pain sur la planche: consolidation du projet, mise en action du plan stratégique 2008-2012, atteinte de la rentabilité financière et évaluation de la pertinence et de l’impact de l’obtention d’un statut de parc régional. Plusieurs organismes nationaux, régionaux et locaux ont appuyé ce projet et d’autres devraient s’y joindre.

Par ses actions, la coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord souhaite devenir une destination récréotouristique incontournable au Québec tout en gardant l’authenticité qui la distingue. C’est la grâce qu’on lui souhaite!

Sources:

– Larose, Danielle. «Tourisme, paysage et coopération», Les Journées RÉSEAU FQOLT (Fédération québécoise des organisations locales de tourisme), «Le développement durable en tourisme», tenues les 16 et 17 avril 2008 à Québec.
– La coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord
Le Chantier de l’économie sociale

Catégories
Gestion

Commentaire de Bruno Sarrasin sur le texte «La planification touristique: l’exemple de l’Espagne et du Maroc»

M. Bruno Sarrasin est professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. Voici ses commentaires sur l’analyse intitulée «La planification touristique: l’exemple de l’Espagne et du Maroc».

On ne subit pas l’avenir, on le fait.
Georges Bernanos (1888-1948), La liberté, pour quoi faire?

Les gouvernements marocain et espagnol ont lancé une vaste réflexion stratégique basée sur une démarche prospective. Nous proposons dans notre commentaire quelques précisions sur les fondements de la méthode. Toute approche méthodologique vise à construire la réalité à partir de certains postulats. La démarche prévisionnelle ne fait pas exception à la règle et elle formule que l’évolution future va reproduire, avec de faibles variantes, les phénomènes passés et actuels (que ceux-ci soient positifs ou négatifs). Dans ces conditions, si rien n’est entrepris, la tendance négative observée en Espagne risque de se maintenir et le développement de l’industrie touristique au Maroc ne pourra se distinguer de ses concurrents. Par leur volonté d’«anticiper» l’avenir, les acteurs du tourisme de ces deux pays ont déjà décidé de ne pas le «subir»… et c’est une bonne nouvelle car peu de gouvernements considèrent l’industrie touristique de manière suffisamment sérieuse pour s’engager dans une réflexion stratégique de très long terme.

La méthode prospective est donc un processus «d’appropriation de l’avenir» qui vise à tenir compte de l’ensemble des possibilités d’évolution et à évaluer la probabilité de réalisation de chacune d’entre elles. Cela est possible seulement si nous acceptons que l’avenir n’existe pas, que le futur n’est pas univoque mais plutôt modelable, donc réalisable au sens propre. La prospective, en s’intéressant aux évènements du passé qui s’articulent et se reproduisent sous la forme d’une tendance lourde, permet d’anticiper le cours des choses et donne les moyens de construire l’avenir. Cette démarche s’inscrit dans la volonté de se dégager des intuitions et de la fiction, en contribuant à mieux saisir l’environnement dans lequel nous évoluons, en explorant les futurs possibles (les futuribles), c’est-à-dire ce qui pourrait changer, comment cela pourrait changer et les stratégies à mettre de l’avant pour éviter ou réaliser ce changement. En ce sens, l’Espagne et le Maroc sont engagés sur la bonne voie…

Pour ou contre les scénarios d’avenir? Ceux-ci fournissent une image claire du futur probable et des principales étapes pour y parvenir. Dans ces conditions, la construction de scénarios répond à un objectif assez précis: établir les différentes phases pratiques de la réalisation de l’hypothèse d’évolution définie au départ. En d’autres termes, on évalue la situation, on identifie le problème et on précise les moyens pour le régler. Le tourisme étant fortement influencé par des variables macroéconomiques, la méthode des scénarios s’applique assez bien à l’étude des multiples facettes de son développement. La construction de scénarios demeure cependant une tâche assez complexe et la validité de ceux-ci laisse souvent à désirer. Malgré ses défauts, dont le plus évident est son caractère littéraire, la méthode des scénarios appliquée au tourisme permet, selon Joseph Van Doorn, de créer une vision normative du futur; de générer des politiques touristiques «alternatives»; d’avoir une large audience et de faire participer les gens; de créer des liens entre les acteurs du milieu touristique, les chercheurs et les décideurs politiques; et enfin de servir de base à une évaluation globale du tourisme. Tous ces éléments apparaissent d’une façon ou d’une autre dans la démarche engagée par les gouvernements espagnol et marocain et fait écho aux fondements de la démarche prospective que Michel Godet résume ainsi: «Ce qui se passera demain dépend moins de tendances lourdes qui s’imposeraient fatalement aux hommes que des politiques menées par les hommes face à ces tendances.»

Catégories
Gestion

La planification touristique: l’exemple de l’Espagne et du Maroc

La planification touristique constitue un exercice fort complexe en raison des différents facteurs qui influent sur l’avenir de cette industrie (économie, démographie, technologie, environnement, etc.) et de son interaction avec les autres secteurs économiques et sociaux (transports, santé, construction, etc.). L’Espagne, destination à maturité, et le Maroc, pays en émergence, se sont engagés sur cette voie en utilisant chacun une formule différente: l’une basée sur la démocratie participative et l’autre sur la méthode des scénarios.

S’interroger sur l’avenir

Pour qui s’interroge sur l’avenir, il est indispensable de comprendre le passé pour mieux se représenter l’avenir, souligne Jacques Attali, économiste, écrivain et ancien haut fonctionnaire dans le gouvernement français, dans son ouvrage Une brève histoire de l’avenir. Aussi, selon lui, la vision d’un horizon à long terme s’impose-t-elle, car, en deçà de quinze ou vingt ans, les enjeux sont relativement prévisibles.

La prospective englobe le développement de tous les aspects de la société en raison de leur interdépendance et de leur impact sur notre quotidien (travail, loisir, santé, culture, etc.). C’est pourquoi elle doit prendre en compte des variables comme les progrès technologiques, l’environnement, le dialogue entre les cultures et les religions, la diversité et la complexité de nos sociétés, l’évolution des rapports entre les nations, les bouleversements démographiques, les mouvements de population, les mutations du travail, les nouvelles formes du marché, le terrorisme, les changements climatiques, etc.

Espagne – Plan Horizon 2020

Le tourisme espagnol en chiffres:

  • 2e pays récepteur de visiteurs internationaux après la France (58,4 millions en 2006);
  • 2e pays pour les recettes internationales derrière les États-Unis (51 milliards USD en 2006);
  • industrie touristique représentant 11% du produit national brut (en stagnation);
  • 2,3 millions d’emplois directs;
  • balance de paiements positive de 26 milliards d’euros en 2005 (tendance à la baisse).

Les autorités espagnoles se sont engagées dans un exercice innovateur de planification et de prospective fondé sur la démocratie participative (donner la parole aux intervenants afin de susciter l’adhésion), le tout sur fond de Web 2.0.

Phase 1 présentée au printemps 2007

  • Processus visant à obtenir une analyse de la situation actuelle et un diagnostic sans a priori.
  • Étalé sur une période de plus de six mois.
  • Participation de sept groupes d’experts présidés par un économiste de renom.
  • Avec, pour toile de fond, deux enjeux cruciaux pour l’Europe: les changements climatiques et démographiques (arrivée massive d’immigrants).

Malgré son statut de destination vedette, la croissance de ses visiteurs et les grands progrès réalisés au cours des dernières années, l’Espagne voit sa valeur ajoutée s’amenuiser. La vive compétition et les nuages qui s’accumulent sur les destinations traditionnelles méditerranéennes lui imposent la nécessité d’agir. L’industrie touristique, à maturité, souhaite se démarquer de la concurrence, améliorer sa compétitivité et relever les défis technologiques, environnementaux et sociaux qui prévalent, le tout dans une perspective de développement durable.

Phase 2 en cours pour se terminer à la fin de 2007

  • Processus servant à susciter la réflexion, à bénéficier de l’intelligence collective et à définir des objectifs partagés par le plus grand nombre.
  • Tribune d’expression pour la communauté touristique de même que pour les organisations, les institutions et les collectivités non touristiques (organismes à but non lucratif, universités, syndicats, citoyens, etc.).
  • Sous le signe de l’interactivité, plate-forme Internet www.turismo2020.es comportant enquêtes auprès des professionnels et des administrations locales, provinciales et régionales; forum de débats avec blogues; possibilité d’ajouter des cas et des bonnes pratiques; fonctionnalité de clavardage (chat).
  • Visite des grandes villes et tenue d’une conférence sectorielle du tourisme à la fin de 2007.

Phase 3

  • Présentation du Plan du tourisme espagnol Horizon 2020.
  • Plan opérationnel pour la période 2008-2012.

Ce plan de prospective stratégique reprend cinq tendances lourdes observées depuis une dizaine d’années:

  • les technologies de l’information et de la communication;
  • les transports de moins en moins coûteux;
  • le déplacement de la demande vers des besoins d’apprentissage, de culture, de santé et de bien-être;
  • le développement durable;
  • la sécurité et la réduction des risques de tous ordres (terroristes, climatiques, sanitaires, etc.).

Le Maroc – Tourisme Maroc 2030

Le tourisme marocain en chiffres en 2006:

  • 6,6 millions d’arrivées de touristes internationaux;
  • 6 milliards USD de recettes touristiques internationales;
  • balance de paiements positive de 46 325,8 MDH en 2005 (tendance à la hausse).

Débutée en 2004, la réflexion prospective du Maroc se veut une démarche globale qui explore les futurs possibles du pays en faisant appel à l’ensemble des acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels.

Ces travaux se concentrent sur certains secteurs privilégiés, comme le tourisme, en raison de leur impact actuel ou futur sur le développement du pays. En effet, conscient du potentiel de cette industrie, le gouvernement se fixait des objectifs ambitieux en instaurant, en 2001, une nouvelle politique touristique Vision 2010 en partenariat avec l’industrie privée.

Cette somme de connaissances, d’analyses et de réflexions sur le passé, le présent et les futurs possibles débouche sur l’élaboration de différents scénarios par le Haut Commissariat au Plan.

Le scénario tendanciel se concentre sur ce que pourrait devenir le pays si les tendances lourdes se poursuivaient et quels en seraient les implications et les risques. Les scénarios alternatifs abordent le souhaitable et le possible. Après débats, le scénario retenu servira à orienter la stratégie de développement économique et social du pays.

S’insérant dans la démarche du plan Prospective Maroc 2030, le document intitulé Tourisme Maroc 2030 présente trois scénarios:

  • Le scénario 1 souscrit au développement traditionnel du tourisme: il cible le tourisme de masse sur les marchés internationaux tout en évitant de répéter les erreurs de l’Espagne (ex. murs de béton le long du littoral). Cette alternative requiert des investissements publics et privés importants et exerce une pression négative sur l’environnement en raison d’une utilisation accrue des ressources naturelles.
  • Le scénario 2 privilégie le développement durable: s’appuyant sur trois piliers – le social, l’économique et l’environnemental –, il priorise le tourisme intérieur et rural.
  • Le scénario 3 propose l’intégration méditerranéenne: il mise sur le tourisme de niches avec une offre diversifiée et très ciblée axée sur le dialogue des cultures et l’alliance des civilisations. Scénario avant-gardiste, il vise des créneaux de pointe et d’excellence.

L’élaboration de ces scénarios s’appuie sur les mêmes tendances que celles observées en Espagne de même que sur l’offre et la demande. S’y ajoutent certains facteurs probables:

  • la forte croissance du tourisme qui accède au rang de première activité du pays;
  • le soutien du secteur public et du privé;
  • la diversification des produits et des services (soleil, congrès, thalassothérapie…);
  • une approche élargie des marchés (Brésil, Russie, Inde, Chine/BRIC et autres).

Selon J. Attali, les méthodes employées par les deux pays comportent certaines lacunes. La méthode des scénarios, utilisée par le Maroc, laisse place à la tergiversation, tandis que la méthode privilégiée par l’Espagne s’inscrit dans une volonté de décision. La vision d’un horizon à très long terme s’impose, car, en deçà de quinze ou vingt ans, les enjeux sont relativement prévisibles. La méthode espagnole présente une lacune à cet effet.

Ah… si cette chère boule de cristal pouvait tout nous révéler!

Un commentaire de Bruno Sarrasin, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG-UQÀM suivra dans le prochain bulletin.

Source:
– Lanquar, Robert. «Planification touristique. Questions de méthode», Espaces no 251, septembre 2007, p. 11 à 16.

Sites Internet:
– Jacques Attali [www.attali.com].
– Espagne – Tourisme 2020 [www.turismo2020.es].
– Royaume du Maroc – Administration du tourisme [www.tourisme.gov.ma].
– Royaume du Maroc – Haut-Commissariat au Plan [www.hcp.ma].
– Gouvernement du Royaume du Maroc [www.maroc.ma].
– Royaume du Maroc – Office des Changes [www.oc.gov.ma].

Catégories
Enjeux Produits et activités Tourisme durable

La forêt, un enjeu majeur pour l’industrie touristique – (Compte rendu de conférence)

Multiplicité des acteurs et des intérêts, harmonisation des usages, protection et conservation du territoire, développement durable, gouvernance et représentativité du volet récréatif occupent l’avant-plan des enjeux liés au territoire forestier québécois. L’intérêt grandissant pour la forêt suscite de nombreux débats où vision commune et dialogue s’imposent. Nous ne sommes pas sortis du bois!

Au 75e congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir) en mai 2007, le colloque intitulé «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur» analysait, entre autres, les multiples enjeux de ce secteur. En voici quelques grandes lignes…

Quand tout le monde s’en mêle et s’emmêle

Plusieurs voix se font entendre: industrie forestière, villégiature, conservation et restauration, activités agricoles, minières, hydroélectriques, récréatives et de plein air. Tous, industriels, intervenants et adeptes, revendiquent leur droit à la forêt et chacun y joue du coude. En outre, l’industrie forestière vit une période très difficile et les intérêts divergents pour la ressource viennent compliquer la situation.

Voici quelques chiffres issus de la présentation du colloque:

  • forêts québécoises: 90% du domaine public;
  • secteur forestier: 150 000 emplois directs et indirects;
  • activités récréatives liées à la faune et à la flore: 15 600 emplois;
  • pratique d’activités de plein air dans la nature: 2,4 millions de Québécois;
  • baux de villégiature: 40 000 détenteurs;
  • conservation et restauration de sites naturels forestiers: 40 000 personnes.

Trop souvent, les usages économiques, sociaux et environnementaux cohabitent difficilement sur le même territoire. Et qui veut s’aventurer dans le dédale de la gouvernance du milieu forestier doit s’armer de patience et d’une bonne dose de compréhension pour remonter la filière.

Dans ce contexte, l’adoption d’une vision commune et l’harmonisation des usages ne peuvent que mener à un terrain d’entente. À ce titre, certaines pourvoiries à droits exclusifs localisées en territoire sous contrat d’aménagement et d’approvisionnement forestier (CAFF) constituent un exemple où tourisme en milieu naturel et exploitation forestière s’avèrent conciliables.

La petite histoire des activités de plein air

Bien que la pratique des activités de plein air en forêt soit en pleine croissance, la confusion règne toujours.

  • Instabilité du loisir de plein air au sein de la structure gouvernementale. À chaque changement de gouvernement, on se demande quel ministère en obtiendra la responsabilité.
  • Diversité des activités et manque de concertation. De façon éclatée, chacun (associations touristiques régionales [ATR], milieu associatif [camps de vacances, marche, canoë-kayak, motoneige, etc.], unités régionales de loisir et de sport [URLS], etc.) revendique ses besoins auprès des différents paliers gouvernementaux.
  • Secteur constitué d’un important contingent de bénévoles. Ces derniers démontrent des signes d’essoufflement.
  • Études quasi inexistantes sur la pratique des activités de plein air au Québec.
  • Manque de reconnaissance des retombées sociales et économiques.

L’intérêt pour les volets récréatif et touristique de la forêt croît constamment:

  • La forêt devient un antidote à l’activité urbaine et une réponse à la recherche d’authenticité;
  • les paysages constituent un des principaux critères dans le choix d’une destination;
  • la diversité des activités pratiquées en forêt s’accroît: véhicules tout terrain (VTT), vélo de montagne, traîneau à chiens, parcs d’hébertisme aérien, observation du ciel avec télescopes;
  • la clientèle familiale augmente dans les pourvoiries.

Au sein même des activités de plein air, il existe des conflits de cohabitation, notamment entre les motoneigistes et les adeptes du ski de fond. De plus, on remet souvent en question les activités motorisées (VTT, motoneige, embarcation à moteur) en territoire forestier.

L’accessibilité au territoire, la protection des paysages et la qualité du milieu naturel, ressource première des activités de plein air, constituent des enjeux fondamentaux. Malgré le nombre croissant d’adeptes et d’activités, l’absence de pouvoir central, de leadership et d’actions concertées affaiblit le poids de la représentativité de ce secteur ainsi que son impact dans les dossiers de la forêt.

Le développement durable et l’augmentation des aires protégées

Voulant combler son retard en matière d’aires protégées, le gouvernement québécois étudie présentement la création de plusieurs nouveaux parcs, presque tous situés dans le Nord du Québec.

D’un point de vue touristique, cette réalité nordique complique l’accessibilité, le déploiement des services, le financement des aménagements, de même que le positionnement international. En effet, le coût des prestations pourra difficilement concurrencer les destinations plus facilement accessibles et déjà engagées dans ce créneau. La participation des communautés autochtones et la rencontre des différentes cultures représentent d’autres défis à relever.

Évidemment, lorsqu’on parle de territoire forestier, le développement durable devient un impératif. Cependant, on soulignait que l’écotourisme devient trop souvent une panacée pour réhabiliter le développement durable en milieu forestier. De ce fait, il obtient une trop grande visibilité pour ce qu’il est réellement: un marché de niche avec une participation limitée du public et peu de retombées économiques. On constate une absence de gestion, de planification et de recherche dans ce secteur, de même qu’un manque de personnel qualifié.

L’éducation du public constitue un élément essentiel pour assurer la pérennité de la ressource.

Vers une gestion intégrée de la forêt

Depuis le dépôt du rapport Coulombe (rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise – 2004), le gouvernement du Québec s’affaire à moderniser l’ensemble de sa gestion forestière et à mettre en place des commissions régionales (CRRNT – Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire) dans le but de favoriser la gestion intégrée des ressources du territoire.

Voir la forêt comme un tout et adopter une vision commune du territoire deviennent des prémisses à la gestion de la multifonctionnalité du territoire forestier et à l’harmonisation des usages sous le chapeau du développement durable. Tout en tenant compte des particularités du territoire, il faut viser l’équilibre entre les fonctions économique, écologique et sociale. À ce chapitre, le secteur des activités de plein air doit faire le poids.

Sources:

– Téoros. «Dossier forêt», vol. 25, no 3, automne 2006.
– 75e Congrès de l’Acfas. Colloque «Tourisme et territoires forestiers: vers de nouvelles perspectives de mise en valeur», 8 et 9 mai 2007, Trois-Rivières.

Catégories
Ailleurs dans le monde Produits et activités

Le tourisme autochtone du côté de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande

Pour faire suite au texte publié précédemment «Le tourisme autochtone, plus qu’un simple produit» où il était question du pont entre le tourisme et la culture autochtone et de leur apport mutuel, voici maintenant quelques exemples d’approches qui ont servi d’instruments d’éducation et de compréhension entre diverses cultures ailleurs dans le monde. Les exemples suivants sont documentés plus en détail dans le «Projet sur le tourisme autochtone et la compréhension interculturelle – Rapport documentaire» du Groupe de travail sur les cultures autochtones et le tourisme de Patrimoine Canada.

Les Aborigènes d’Australie

L’Australie reconnaît que la contribution des autochtones au tourisme revêt un sens différent. L’idée d’utiliser le tourisme pour rétablir des relations difficiles entre les autochtones et le grand public a été qualifiée de «tourisme de réconciliation». Parmi les initiatives entreprises, mentionnons:

  • La publication de guides touristiques sur l’Australie autochtone – Travelling Aboriginal Australia: Discovery and Reconciliation inclut des renseignements sur le mouvement de réconciliation. L’ouvrage Always Ask – Guidelines for Visitors to Indigenous Communities donne une description des endroits à visiter selon les régions géographiques de l’Australie et la façon d’aborder avec respect les communautés. Lonely Planet a mis trois ans à produire le guide de voyage détaillé par région géographique intitulé Aboriginal Australia and the Torres Strait Islands: Guide to Indigenous Australia, lequel fait état des enjeux importants concernant l’Australie autochtone. Il a fallu trouver des rédacteurs autochtones, leur fournir du perfectionnement professionnel, consulter les aînés et recevoir l’approbation finale des leaders autochtones.
  • La tenue d’événements – le Festival of the Dreaming accorde une place d’importance aux cultures autochtones et vise à leur donner une vitrine internationale.
  • La création d’entreprises touristiques – le Camp Coorong est reconnu comme étant l’une des cinq initiatives touristiques autochtones les plus réussies en Australie. Créé en 1985, le Centre d’éducation culturelle et de relations raciales de Camp Coorong servait à renseigner les écoliers du Sud de l’Australie sur les valeurs culturelles, les traditions et l’histoire des Ngarrindjeris. Ce centre a depuis élargi son rayonnement à d’autres clientèles (étudiants, groupes environnementaux, groupes de réconciliation, organisations non gouvernementales et touristes). Outre les services touristiques et d’hébergement habituels, l’apprentissage se fait à travers les promenades à pied dans la brousse, les visites au Keeping Place (musée culturel), les ateliers de tissage de paniers et les visites guidées au pays des Ngarrindjeris. Le peuple autochtone sensibilise également les visiteurs à des modes de vie plus harmonieux et durables. Des groupes autochtones d’Australie et d’ailleurs y viennent pour partager leurs expériences et établir des réseaux d’échanges internationaux. Au Camp Coorong, les engagements de la collectivité ont préséance sur les réservations touristiques. Le peuple autochtone ne souscrit pas aux façons de faire de l’industrie touristique. Il ne veut pas du statut d’intervenant et être catégorisé comme on le fait avec les parcs de caravanes, les motels ou les voyagistes. Il se considère comme le gardien de sa propre terre et de sa culture.
  • Le Parc culturel autochtone Tjapukai dans la région nord du Queensland en Australie présente la culture djabugay. Une entente négociée et signée entre le peuple djabugay et les autres intervenants du parc assure à ce peuple des retombées sur les plans économique et social, élimine toutes formes d’exploitation, leur accorde le contrôle de l’authenticité culturelle de même que la propriété d’au moins 50% du territoire. Chaque partie reconnaît l’expertise de l’autre dans leur domaine respectif, gestion des affaires, processus décisionnels et culture.

Histoire, création, danse, camp traditionnel, musée, magasin et galerie d’art sont autant de moyens d’y exposer la culture djabugay. Les membres de la communauté participent à la présentation de leur patrimoine culturel aux touristes. À leurs yeux, l’interaction interculturelle entre eux et les touristes s’avère un moyen d’atténuer les impressions de stéréotypes, améliorant ainsi la compréhension de leur culture et de leur communauté.

Même si l’adaptation de leur culture pour répondre aux attentes de la demande touristique a soulevé quelques inquiétudes chez les Djabugays, ils estimaient que le fonctionnement du parc avait instauré une certaine fierté et provoqué un intérêt renouvelé pour la renaissance culturelle.Bien que dans leur culture, leur emploi comme danseurs pour la troupe Tjapukai Theatre soit associé à des pratiques de travail occidentalisées et aille à l’encontre de leurs valeurs, les djabugays le considèrent plutôt comme un rôle d’ambassadeur de leur peuple.

Autre événement d’importance, les Jeux Olympiques de 2000 à Sydney ont offert une vitrine privilégiée à la culture autochtone.

Les Maoris de la Nouvelle-Zélande

L’implication des Maoris dans le tourisme ne date pas d’hier en Nouvelle-Zélande. Le tourisme étant considéré comme une source majeure de croissance économique et d’indépendance pour les peuples autochtones, le gouvernement a instauré une politique qui vise à accroître la participation des autochtones à l’industrie touristique et à la recherche d’avenues de développement. Authenticité des produits, consentement du peuple maori, utilisation d’outils de gestion, interprétation et interaction avec les touristes guident le développement et le marketing du tourisme autochtone.

Des enquêtes menées auprès des touristes ayant expérimenté la culture maorie dans ce pays révèlent que ces derniers veulent un contact direct avec les autochtones et qu’ils considèrent que c’est le moyen privilégié pour connaître leur culture. Une «expérience authentique» implique la participation personnelle à l’expérience, le contact avec la culture dans son habitat naturel, l’expérience de la vie quotidienne et l’appréciation des valeurs originales. En outre, lors d’une visite, le récit direct et l’interprétation d’un autochtone ajoutent à l’importance de l’expérience.

Une approche moins structurée laissant place à l’échange et à la spontanéité de même qu’à une interaction plus significative entre les interlocuteurs constitue une autre avenue de développement appropriée.

Source:

– Patrimoine Canada. INITIATIVE FPT (fédéral-provincial-territorial) SUR LE RAPPORT CULTURE/PATRIMOINE ET TOURISME, Groupe de travail sur les cultures autochtones et le tourisme.

Catégories
Produits et activités

Le tourisme autochtone, plus qu’un simple produit

Il est indéniable que le tourisme autochtone représente un produit porteur pour le Québec, mais le développement du tourisme ethnoculturel comporte des dimensions qui vont au-delà du simple produit touristique. Le voyageur y voit de l’exotisme, les communautés autochtones y cherchent une planche de salut et le produit touristique se doit d’être authentique. Comment arrimer tout cela dans l’harmonie? Malgré les difficultés, la rencontre des mondes touristique et autochtone ne peut qu’être constructive.

La place du tourisme dans le développement socioéconomique des autochtones

Le tourisme agit comme moteur de développement socioéconomique des communautés autochtones. Il contribue à favoriser la créativité, à renforcer l’identité et la cohésion sociale, à approfondir la compréhension interculturelle, à consolider des intérêts financiers et à assurer une revitalisation culturelle. Plus qu’un simple apport économique, les communautés autochtones le considèrent comme:

  • Un moyen de réconciliation – L’image médiatique des revendications des autochtones, des problèmes sociaux, de la dépendance à l’aide gouvernementale et à l’aide sociale renforce les préjugés de la population envers eux. Or, la rencontre de ces deux milieux culturels par le biais d’expériences touristiques permet de mieux comprendre la réalité autochtone, d’échanger, d’atténuer les objets de dissension et de renforcer les liens interculturels.
  • Un moyen de préserver leurs traditions et de se rapprocher – Plusieurs communautés autochtones commencent à voir le tourisme comme un moyen de garder leur culture vivante. Elles ressentent le besoin de se réapproprier les pratiques d’activités traditionnelles de même que leur langue, de conserver leur patrimoine et de transmettre tout ce bagage aux jeunes, ce qui donne lieu à un rapprochement entre les générations.
  • Un moyen de promouvoir leur culture – Le tourisme permet de faire connaître leur histoire, de mettre en valeur toute la richesse culturelle autochtone et de lui donner une vitrine à (arts, cuisine, valeurs, mythes et légendes, etc.).
  • Un moyen d’émancipation – Promouvoir son identité culturelle à l’échelle nationale et internationale engendre un sentiment de fierté et d’estime de soi. En outre, la prise en charge de ses responsabilités assure une certaine stabilité au sein de la communauté.

De la réalité à la mise en tourisme, un long parcours annoncé

Comment traduire la réalité d’un peuple, c’est-à-dire ses dimensions sociales, politiques, culturelles, économiques et environnementales en tourisme ethnoculturel? Un long parcours s’annonce car communauté, tourisme et voyageur ont chacun leurs attentes et leurs contraintes.

Tout débute par la volonté et l’engagement

La volonté et l’engagement de la communauté autochtone de même que son implication directe dans le processus de développement du projet touristique sont des conditions sine qua none au succès de l’entreprise. Respect, compréhension et adaptation deviennent des impératifs afin de mettre au même diapason communauté autochtone et intervenants de l’industrie touristique. Chacun tablant sur son expertise, le partenariat devient nécessaire.

La stabilité politique constitue un autre facteur de réussite, car elle permet d’assurer la continuité des projets. Le changement à la tête du conseil de bande peut venir brouiller les cartes et même inhiber l’entreprenariat au sein de la communauté si les nouveaux dirigeants n’ont pas la volonté de poursuivre les actions engagées.

Quand mode de vie autochtone et impératifs touristiques tentent de s’arrimer…

Le tourisme autochtone prend diverses formes allant du tourisme ethnoculturel à l’écotourisme, en passant par le tourisme d’aventure et il se traduit de multiples façons: boutique et galerie d’art, musée, tour guidé, danse et musique traditionnelle, séjour au sein d’une communauté, découverte des mythes et des légendes, dégustation de la cuisine, initiation au mode de vie (chasse, pêche, savoir-faire traditionnel), expérience en forêt, connaissance des plantes médicinales, assistance à un événement, hébergement, transport, etc.

Plusieurs collectivités souhaitent que l’appellation «tourisme autochtone» soit utilisée uniquement pour désigner des activités touristiques prises en charge et contrôlées par des autochtones. Certains dénoncent le manque d’authenticité ou la dénaturation du produit (ex.: un tipi situé à l’arrière d’un hôtel). Il arrive aussi que l’attrait de l’argent et du profit mettre en péril l’intégrité culturelle. En Australie, un programme national d’accréditation intitulé Respecting Our Culture a été développé par Aboriginal Tourism Australia pour assurer l’authenticité, contrôler la surexploitation et maintenir l’intégrité de la culture aborigène.

Le tourisme autochtone est lui aussi soumis aux aléas de l’industrie touristique: saisonnalité, manque de main-d’œuvre qualifiée, difficulté de mise en marché du produit, etc.

Établir un équilibre entre traditions, modernité et commercialisation de la culture demeure un défi de taille. Jusqu’où doit aller l’adaptation de l’offre pour répondre à la demande? Jusqu’où doit aller la modification du style de vie pour plaire au visiteur? Il y a tout un débat autour de la qualité de l’expérience, les critiques venant autant des communautés autochtones que des intervenants de l’industrie touristique.

Le tourisme contrevient à certaines valeurs des communautés autochtones et ne cadre pas toujours avec leur mode de vie:

  • lieux sacrés devant être gardés secrets;
  • sentiment d’être observé;
  • obligation d’assiduité lors des prestations touristiques;
  • notion de sécurité, niveau de confort et d’hygiène exigé par le touriste;
  • etc.

Pour minimiser les incidences négatives sur la collectivité et la culture, il importe de délimiter des frontières, c’est-à-dire de déterminer ce que la communauté veut montrer aux visiteurs et la façon dont elle veut interagir avec eux. Un guide autochtone est l’interlocuteur tout indiqué pour rendre l’expérience touristique harmonieuse entre le visiteur et le visité, pour bien interpréter la culture autochtone et en améliorer la compréhension.

La modernité dans laquelle vivent les communautés (habitation, ameublement, tenue vestimentaire, municipalité, services disponibles, etc.) soulève une note discordante avec l’authenticité à laquelle le touriste s’attend. Le défi est donc de faire ressortir l’exotisme des activités traditionnelles au travers du quotidien qui se déroule dans un habitat moderne semblable à ce que le visiteur a chez lui.

Autre élément important, le temps et les coûts que peut engendrer l’éloignement exigent que l’expérience soit unique, exotique et mémorable, à la hauteur des attentes du touriste. Attentes d’autant plus grandes que le voyageur, prêt à investir une telle somme, est en général un voyageur aguerri et il n’est pas question qu’il se laisse berner par un produit ou par une mise en scène qui sonne faux.

Bonne nouvelle pour le tourisme autochtone

Le 3 juillet 2007, le gouvernement du Québec annonçait la signature d’une entente de trois ans reconnaissant officiellement à l’Association crie de pourvoirie et de tourisme (ACPT) le statut d’association touristique régionale (ATR), laquelle desservira les communautés cries d’Eeyou Istchee. Le Québec se dote ainsi d’une 22e association touristique régionale et d’une troisième dans la région administrative du Nord-du-Québec, avec Tourisme Baie James et l’Association touristique du Nunavik.

Comme on peut le constater, la suppression des obstacles entre les autochtones et les non-autochtones vit son lot de difficultés, mais le jeu en vaut la chandelle.

Sources:
– Colloque «La recherche, un apport pour le tourisme en milieu autochtone», Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG-UQAM, Centre international de formation et de recherche en tourisme de l’UQAM, Réseau québécois d’échange sur les questions autochtones (DIALOG), 29 novembre 2006, UQAM, Montréal.
– Delisle, Marie-Andrée et Louis Jolin. «Un autre tourisme est-il possible?», Presses de l’Université du Québec, 2007, 144 pages.
– Fortin, Claudia. «Australie – Étude de trois secteurs de l’industrie touristique: tourisme aborigène, parcs animaliers et croisières-excursions», rapport de stage, Chaire de Tourisme UQAM, juillet 2003.
– Industrie Canada. «Bâtir une Stratégie nationale en matière de tourisme».
– Patrimoine Canada. Initiative FPT (fédérale-provinciale-territoriale) sur le rapport culture/patrimoine et tourisme, Groupe de travail sur les cultures autochtones et le tourisme. www.pch.gc.ca/pc-ch/pubs/tourism/index_f.cfm#1.

Sites Internet:
Aboriginal Tourism Canada.
Société touristique des Autochtones du Québec.

Catégories
Ailleurs dans le monde Gestion

Capsule – L’État du Mississippi cédera la taxe de vente aux nouveaux investisseurs touristiques

Afin de relancer son industrie touristique, le Sénat de l’État du Mississippi vient d’entériner un projet de loi (Bill 1142) qui vise à stimuler les investissements touristiques privés. Par cette loi, l’État prévoit céder aux promoteurs 80% du revenu de la taxe de vente découlant des activités d’un nouveau projet, et ce, jusqu’à un maximum de 30% de l’investissement initial ou un maximum de 10 ans d’exploitation. Voilà une démarche audacieuse pour favoriser le développement touristique!
Selon le secteur territorial choisi, les projets admissibles doivent générer des investissements minimaux allant de 10M$ à 25M$. Ces projets peuvent aller du parc d’attractions ou aquatique à l’hôtellerie, en passant par les marinas, les terrains de golf et les infrastructures culturelles et historiques. En fait, seuls les casinos, pourtant légaux au Mississippi, sont exclus du projet de loi.

Exemple:

Un promoteur investit 10M$ dans une nouvelle entreprise touristique. Lors de la première année d’exploitation, cette entreprise génère un chiffre d’affaires de 5M$. Compte tenu que la taxe de vente de l’État du Mississippi est de 7%, le promoteur a droit à un crédit de 280 000$ (5M$ x 7% x 80%) pour cette première année d’exploitation. Si l’entreprise maintient ce chiffre d’affaires annuel, le promoteur aura, après 10 ans, reçu une aide financière de 2,8M$, soit 28% de son investissement total. Si son chiffre d’affaires devait croître plus rapidement, probablement que le maximum de 30% de l’investissement serait atteint avant la limite des 10 ans.

Pour se qualifier, les promoteurs devront obligatoirement présenter une étude de marché réalisée par une firme indépendante et une étude prévisionnelle d’achalandage précisant la proportion de visiteurs provenant de l’extérieur de l’État, afin de démontrer que le projet contribuera réellement à relancer le tourisme au Mississipi.

Pour info: Mississippi Economic Council www.msmec.com.

Catégories
Ailleurs dans le monde Enjeux Gestion

Coup d’éclat: valorisation du tourisme au Québec et dans le monde (Compte rendu de conférence)

Lors des Assises de l’industrie touristique 2006, Paul Arseneault, directeur du Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, a présenté des pistes de réflexion sur la thématique de la valorisation du tourisme québécois. De la définition au concept, en passant par la présentation d’exemples ailleurs dans le monde, M. Arseneault a soulevé la grande question: qu’est-ce que l’industrie touristique doit valoriser, auprès de qui, pourquoi et comment?

Qu’est ce que la valorisation?

D’un point de vue théorique, la valorisation réfère à la mise en valeur de quelque chose pour en tirer davantage de ressources ou pour obtenir plus de reconnaissance. Elle est donc en lien avec des réalités à la fois concrètes (valeur marchande, revenus, bénéfices, etc.) et abstraites (image, estime, appréciation, etc.).

De plus, la perception et les besoins de valorisation varient selon le contexte de l’entreprise et la conjoncture économique (croissance, stagnation, crise, etc.).

Le désir de valorisation peut être considéré selon deux points de vue:

  • la perception que l’on a de nous-même,
  • la perception que les autres ont de nous.

Cette double perception affecte directement notre façon d’interagir avec les autres et ces interactions influencent, en retour, la façon dont nous nous percevons et comment nous sommes perçus.

Le tourisme est en déficit d’affection

L’industrie touristique québécoise souffre actuellement d’un déficit d’affection et de reconnaissance auprès des médias et du public. Un survol des grands titres de la presse québécoise des derniers mois illustre assez bien que le tourisme et le développement touristique sont associés à la destruction des écosystèmes, à l’exploitation de la nature à des fins mercantiles, à la menace qui pèse sur l’intégrité du tissu social, à l’exploitation de travailleurs sans défense…

Il y a donc fort à faire pour que le tourisme devienne plutôt associé à la création de la richesse et de l’emploi, au développement durable, au respect et à l’intégration des communautés locales dans les projets, à une industrie «à dimension humaine» constituée avant tout de PME locales qui favorisent l’intégration des minorités et qui valorisent le rôle de la femme, à une industrie qui contribue à la diffusion de la culture et de la créativité, etc.

Valorisation du tourisme et de son industrie, de quoi parle-t-on?

Afin d’améliorer sa force de persuasion, l’industrie touristique doit s’assurer d’être un interlocuteur crédible et intègre, de baser son argumentaire sur une information de qualité et de faire preuve d’un réalisme politique dans ses demandes, tout en adoptant une bonne attitude face aux pouvoirs publics et au grand public.

Le défi de la valorisation du tourisme québécois nécessite de bien identifier :

1) l’état de la situation: la réalité du tourisme québécois (contexte et conjoncture) et la perception que le milieu touristique a de lui-même;

2) les publics auxquels le tourisme veut s’adresser: quelles sont les réalités et les perceptions du grand public, des pouvoirs publics, des professionnels, des syndicats, des employés, des médias, des investisseurs, etc.;

3) les aspects du tourisme que le milieu désire valoriser: les produits et les services, les ressources humaines, les métiers et la formation, l’importance économique et les retombées, les structures et les modèles d’affaires, etc.

Une telle réflexion permet ensuite de déterminer plus efficacement les modes d’action envisageables, dont: mobilisation, lutte, gestion, lobby, promotion, sensibilisation, concertation.

Des exemples ailleurs dans le monde

Ici comme ailleurs, lorsqu’il est question de valorisation, les pistes de réflexion et les thématiques récurrentes sont: le branding, le lobbying, l’implication de la population, la formation et la professionnalisation des ressources humaines, la qualité (de l’accueil et des produits), le développement durable et les partenariats avec l’industrie. Voyons comment d’autres nations relèvent le défi.

Gérer le conflit entre développement et environnement (Nouvelle-Zélande)

En février 2005, le gouvernement néo-zélandais, en partenariat avec les professionnels du tourisme, coordonnait la création de chartes environnementales dans six régions. Il créait ensuite un fonds de 1,2M$ destiné à sensibiliser les entreprises touristiques aux bonnes pratiques environnementales. Placé sous la responsabilité du ministère de l’Environnement, ce fonds soutient, au cas par cas, l’implantation de mesures concrètes dans les entreprises et ce, en partenariat avec les corporations et avec le soutien d’experts en environnement.

Stimuler la demande et positionner la destination (Nouvelle-Zélande)

Grâce à un généreux soutien gouvernemental, l’Organisation nationale du tourisme (ONT) a misé sur le country branding afin de favoriser l’émergence d’une image de marque. Cette marque, 100% Pure New Zealand, devait être facilement identifiable, tout en attirant le visiteur idéal. Convaincue qu’on ne peut plaire à tout le monde, l’ONT a ciblé ses efforts afin de séduire le voyageur qui recherche ce que le pays a à offrir, celui qui est le plus rentable et le plus susceptible de passer de longs séjours dans le pays.

Se doter de la meilleure ONT au monde (Australie)

Confiante en la qualité de son produit touristique et convaincue de l’importance des partenariats avec le secteur privé, Tourism Australia multiplie les partenariats privés afin de déployer des actions promotionnelles communes. Pour ce faire, elle dispose d’un budget annuel fixe de 140M$.

L’objectif est simple: en misant sur une connaissance pointue des marchés, présenter une campagne originale qui établit de nouveaux standards dans la promotion des destinations touristiques afin de rejoindre le visiteur idéal, soit celui qui dépense le plus et qui a une prédisposition pour ce que l’Australie a à offrir. Les actions déployées doivent faire en sorte que les clientèles cibles ne fassent pas qu’aimer l’Australie, mais éprouvent vraiment le besoin de s’y rendre.

Améliorer l’accueil? Un choix imposé ou «impliqué»? (France)

Selon diverses consultations menées auprès des clientèles au début des années 1990, le problème numéro un du tourisme en France est celui de l’accueil des visiteurs. Afin de remédier à cette situation, le Secrétariat d’État au tourisme lançait, en 1994, la campagne «Bonjour!», dont l’objectif visait à sensibiliser les intervenants à l’importance de l’accueil. Dix ans plus tard, une étude révélait que la situation persistait (42% des personnes interrogées dans 12 pays considéraient l’accueil comme étant l’un des points faibles du tourisme français).

Devant ces résultats décevants, la France développe une nouvelle approche. Cette fois, plus de 72 000 professionnels du tourisme s’engagent à valoriser le caractère chaleureux et festif du pays. Menée par la Maison de la France, la nouvelle campagne «Bienvenue en France» – qui vise les professionnels – est tout de même présentée au grand public afin d’en faire une réalité à l’échelle nationale. Les efforts des intervenants sont soutenus par la diffusion d’un «livre de l’accueil» qui, grâce à la contribution des 33 bureaux de la Maison de la France à l’étranger, présente brièvement les us et coutumes des visiteurs étrangers et certains mots de bienvenue et de politesse permettant de mieux les recevoir et les servir (voir image ci-dessous).

Reconnaître l’importance du tourisme (Maroc)

Plusieurs régions du monde se sont dotées d’une politique touristique et le Maroc ne fait pas exception. Vision 2010 présente d’ambitieux objectifs, tous partagés par le gouvernement marocain qui a officiellement reconnu l’énorme potentiel de croissance que recèle l’industrie touristique en la situant au premier rang de ses priorités économiques nationales.

Exercer un lobbying multisectoriel (Australie et Europe)

Le milieu des affaires australien souhaitait avoir davantage d’influence sur l’État. Voilà pourquoi il créait, en 1989, le TTF (Tourism & Transport Forum), forum national entièrement financé par ses 200 membres, parmi lesquels figurent les plus prestigieuses corporations d’Australie dans les domaines du tourisme, des transports, de l’immobilier et des infrastructures. Le TTF a notamment réussi, en 2003, à convaincre le gouvernement australien de financer le plan national de développement touristique à la hauteur de 235M$A répartis sur quatre ans.

En Europe, un organisme similaire a été créé en 1995, le Network of European Private Entrepreneurs in the Tourism Sector (NET). Il s’agit d’un réseau informel d’organisations qui représentent des secteurs variés de l’industrie touristique, dont le but est de faire passer un seul message clair auprès des politiciens européens afin d’encourager l’émergence d’un environnement favorable pour le tourisme européen et l’amélioration de l’image du tourisme en tant qu’industrie.

Défi pour l’industrie touristique québécoise

M. Arseneault conclut en rappelant que les occasions d’agir sont nombreuses pour le milieu touristique québécois. Par contre, si elle veut en tirer profit, l’industrie devra abandonner l’attitude de confrontation (eux autres vs nous autres!), croire plus que jamais en sa force et en son potentiel, mieux s’organiser et accepter de s’investir collectivement sur une base continue.

Pour visualiser la présentation de M. Arseneault, cliquer ici.

Source :
Arseneault, Paul. «La valorisation de l’industrie touristique ailleurs dans le monde», conférence, Assises touristiques du Québec 2006, 26 mai 2006.