Voûte céleste, constellations, étoiles filantes, aurores boréales, mais aussi faune nocturne, jeux d’ombres et tranquillité: il s’agit de la nuit comme on prend rarement le temps de la vivre. Gravement menacée par la pollution lumineuse, quelques initiatives encourageantes tentent de préserver sa noirceur. Mais la nuit peut-elle aussi être un atout touristique? Et comment la mettre en valeur?
Une récente édition de la revue Espaces traite de différents aspects liés à la nuit noire.
La pollution lumineuse
Les causes de pollution lumineuse sont l’éclairage des villes, le suréclairage des sites industriels et des complexes sportifs et la multiplication des constructions éclairées en permanence hors des villes. Très à la mode depuis quelques années, l’illumination du patrimoine bâti suscite l’engouement de la population mais est, elle aussi, source de pollution lumineuse. L’éclairage du Viaduc de Millau, par exemple, empêche de voir les étoiles à des kilomètres à la ronde. L’éclairage urbain est souvent mal conçu et une grande partie du rayonnement est diffusé vers le ciel au lieu d’être dirigé vers le sol, en plus, d’être souvent trop mal dosé.
La sécurité a toujours été le premier motif de l’éclairage, mais ce dernier entraîne aujourd’hui la plus méconnue des sources de pollution créées par l’homme. Elle touche plus de 20% de la surface du globe et continue d’augmenter de 5% par an en moyenne.

Image satellite de la pollution lumineuse dans le monde.
Source: P. Cinzano, F. Falchi (University of Padova), C.D. Elvidge (NOAA National Geophysical Data Center, Boulder) © Royal Astronomical Society
Les conséquences de la pollution lumineuse sont multiples:
- Esthétiques et astronomiques: impossibilité de voir le ciel bleu profond et les étoiles. Aujourd’hui, un humain sur cinq n’aperçoit plus la Voie lactée.
- Écologiques: menaces pour l’écosystème, la faune et la flore et disparition d’espèces. L’éclairage artificiel constitue la seconde source de mortalité des papillons de nuit. En Amérique du Nord, des centaines de millions d’oiseaux migrateurs s’écrasent sur les immeubles illuminés chaque année.
- Économiques: gaspillage d’énergie. Aux États-Unis, 22% de l’énergie produite est utilisée pour l’éclairage, dont 8% pour l’éclairage public extérieur. Au Québec, zone géographique réputée pour générer le plus de lumière par habitant au monde, les économies pouvant résulter d’une meilleure gestion de l’éclairage sont estimées à plus de 50 millions de dollars par an.
- Sanitaires: perturbation du sommeil des hommes.
D’après des photos satellites, à l’hiver 1997, la ville de Québec générait autant de pollution lumineuse que Boston, et Montréal était autant éclairé que New York. Même si une part considérable de notre pollution lumineuse provient de la réflexion de la neige, le niveau d’éclairage utilisé par habitant est très élevé.
Actions pour limiter la pollution lumineuse
La préservation de zones de nuit noire n’en est qu’à ses débuts. L’International Dark-Sky Association (IDA) a établi des normes liées à diverses appellations et le parc national du Mont-Mégantic est le premier détenteur du titre d’International Dark-Sky Reserve.
Quelques réserves de ciel étoilé existent aussi, dont la région entourant le mont Mégantic ainsi que cinq autres régions au Canada. Toutefois, il n’y a pas, pour le moment, de standards officiels pour l’établissement de ce label. De plus, certains observatoires astronomiques bénéficient d’une zone tampon où la pollution lumineuse est contrôlée sans que la désignation de réserve de ciel étoilé soit utilisée.
Mentionnons également qu’un processus de «mise en réserve» est amorcé pour le Pic du Midi, en France, et que l’Unesco étudie l’idée d’inscrire des «réserves de ciel étoilé» sur la Liste du patrimoine mondial.
Outre ces réserves, la protection passe aussi par les villes. Par exemple, Calgary a modifié sa façon de s’éclairer en créant le programme EnviroSmart, destiné entre autres à réduire l’intensité des lumières de rue. Ce programme a permis à la ville d’atténuer sa pollution lumineuse et en plus, d’économiser presque deux millions de dollars par année sur sa facture d’énergie.
Du tourisme la nuit
Le ciel peut s’avérer un atout touristique, et certaines destinations l’ont compris et l’ont mis en valeur.
L’ASTROLab, l’observatoire et le parc national du Mont-Mégantic unissent leurs efforts pour proposer une offre liée à l’observation des étoiles: des randonnées à pied, en ski ou en raquettes avec un interprète de l’astronomie, des soirées d’observation de la voûte céleste ou encore la visite guidée des observatoires, de l’ASTROLab, de la salle d’exposition ou encore visionnement d’un film haute définition. Mentionnons enfin le Festival d’astronomie populaire du Mont-Mégantic.
En 2009, l’organisme français Agir pour l’environnement a lancé l’opération le Jour de la nuit, qui a généré environ 400 manifestations publiques. Cette excellente réceptivité des communautés témoigne d’un intérêt important. L’évènement sera renouvelé en octobre 2010.
Le département français des Hautes-Alpes organise divers événements portant sur le thème de la nuit, qui vont de la randonnée sous les étoiles à l’astronomie, en passant par la découverte du patrimoine bâti à la seule lumière des lampions. Mentionnons également l’ascension du col de l’Izoard, une étape du Tour de France, à la pleine lune, et du ski alpin et du ski de fond nocturnes. La région bénéficie d’un ciel particulièrement pur et on y trouve d’ailleurs six observatoires, dont le célèbre Pic de Bure.
La Ferme des étoiles en Gascogne propose des soirées d’observation et des repas champêtres, un stage spécialisé en astrophotographie numérique, un week-end de découverte ou des stages d’observation d’une semaine. L’établissement a entrepris des négociations avec la municipalité afin que l’éclairage des rues soit conçu et implanté dans le but de minimiser son impact sur le ciel. Les activités de la Ferme des étoiles sont proposées par l’association À Ciel ouvert, qui organise également le festival d’astronomie de Fleurance et le festival Astro-Jeunes, entièrement consacré aux enfants. La préservation de la qualité du ciel a donc permis de développer une offre touristique originale dans cette région.
La nuit noire n’est pas un produit facile à commercialiser. D’abord, pour en profiter, il faut être éloigné des grands centres, donc des bassins de population. Les attraits liés à l’astronomie sont nécessairement excentrés. Le développement d’une activité touristique est possible, mais il s’adresse généralement à une petite niche de visiteurs. Cela dit, le terrain de jeu est pratiquement vierge et il y a place à l’innovation!
Sources:
– Bumat, Sylvain. «Nuits noires pour échappées belles – Découvrir les Hautes-Alpes la nuit», Espaces, numéro 281, mai 2010.
– Levy, Robert. «Sauve qui peut la nuit! Une approche philosophique de la nuit», Espaces, numéro 281, mai 2010.
– Ministère du Développement durable, Environnement et Parcs, Mddep.gouv.qc.ca, consulté le 22 juin 2010.
– Monflier, Bruno. «La Ferme des étoiles préserve la nuit gasconne», Espaces, numéro 281, mai 2010.
– Osadtchy, Clara. «Le Jour de la nuit, une idée… lumineuse», Espaces, numéro 281, mai 2010.
– Piednoël, Éric et Michael Leblanc. «Ciel… des étoiles! Le tourisme et les loisirs peuvent-ils sauver la nuit?», Espaces, numéro 281, mai 2010.
– Site Web de l’ASTROLab du parc national du Mont-Mégantic, Astrolab-parc-national-mont-megantic.org, consulté le 22 juin 2010.