Catégories
Tourisme durable

Implanter une chaîne d’approvisionnement responsable

L’ONU a établi 17 objectifs de développement durable à réaliser d’ici 2030 pour « sauver le monde ». Ceux-ci sont interconnectés et complémentaires. L’un d’entre eux est la consommation et la production responsables. Depuis la dernière année, il a souvent été question de l’importance de réduire son empreinte environnementale et d’implanter des pratiques durables. Et si cela passait par une gestion responsable de ses opérations ? 

 

L’empreinte carbone en tourisme

Dans un rapport de l’ONU de 2019, il est mentionné que le tourisme est à l’origine de 8 % des émissions de carbone produites à l’échelle mondiale. Ce pourcentage, ainsi que ceux relatifs à la consommation d’énergie et d’eau, risquent de doubler d’ici 2050.

Comment les entreprises peuvent-elles s’y prendre afin de réduire leur impact tout en offrant un bon service à leurs clients ? La clé est d’optimiser sa chaine d’approvisionnement.

Qu’entend-on par chaine d’approvisionnement ?

Il s’agit de la chaine de valeur d’une entreprise, c’est-à-dire de tous les acteurs impliqués et de toutes les actions requises dans la livraison finale d’un produit touristique. À titre d’exemple, un voyagiste offre divers choix d’hébergements, de circuits organisés, etc. L’entreprise est garante de ces services. Subséquemment, un hôtel sera aussi responsable de la provenance de sa nourriture. Il s’agit donc de s’assurer que chaque partie prenante met en œuvre des pratiques respectueuses de l’environnement et des communautés.

Les bénéfices d’implanter une chaine d’approvisionnement responsable

Il est pertinent de comprendre les avantages à moyen et à long terme avant de se lancer. En voici quelques-uns : 

  • Réduire son empreinte carbone ;
  • Diminuer sa production de déchets ;
  • Encourager l’économie locale ;
  • Augmenter son efficacité énergétique ;
  • Amoindrir les coûts en énergie à long terme ;
  • Mieux gérer et assurer la pérennité de ses ressources naturelles.

Entre 2014 et 2019, TUI Group a observé une économie de 14 % de CO2, de 10 % d’eau douce, de 9 % d’eaux d’usées et de 16 % de déchets. Ces données ont été récoltées auprès de 234 hôtels et resorts certifiés.

 Voici d’autres exemples d’entreprises touristiques qui ont pris le taureau par les cornes.

Les matériaux de construction

Bâtir des résidences à partir des arbres se trouvant sur le terrain, pourquoi pas ! C’est ce qu’a amorçé l’entreprise Les Côteaux Missisquoi dans les Cantons-de-l’Est. Les arbres endommagés ou tombés à terre à cause du vent ont été utilisés pour la fabrication des écogîtes. Au Bali Eco Stay, sur l’île indonésienne du même nom, les habitations ont aussi été construites à l’aide des essences de bois se situant à proximité. Des artisans locaux ont mis la main à la pâte et ont sculpté divers éléments, dont les portes. Une belle façon de valoriser le patrimoine immatériel et de réduire le trajet des matériaux.

bali_ecostay_vue_restaurant_

Source : Bali Eco Stay, Fanny Beaulieu Cormier

L’alimentation

Opter pour des aliments régionaux et de saison permet de minimiser son empreinte carbone. En Slovénie, le projet Green Supply Chains prend la forme d’une plateforme offrant un lien direct entre les restaurateurs et les producteurs locaux. Sa mission est d’accroître la proportion de nourriture et de boissons locales dans les hôtels et les restaurants de Ljubljana. Plus près d’ici, au Québec, l’entreprise Arrivage utilise une plateforme basée sur le même principe. Grâce à son service de commande en ligne et de livraison, elle propose de supprimer les intermédiaires et, ainsi, de s’assurer de la traçabilité des produits.

Dans le but de limiter le plus possible le chemin parcouru par la nourriture, certains hébergements vont même jusqu’à proposer à leurs hôtes des aliments produits sur place, dans leur jardin. C’est le cas du Bali Eco Stay où, chaque jour, les employés demandent aux clients de choisir leur menu, afin de ne récolter que le nécessaire et ainsi, minimiser le gaspillage alimentaire. À San Blas, au Panama, les repas des habitations Yandup sont cuisinés selon la pêche du jour.

yandup_sanblas_panama

Source : Yandup, Panama, Fanny Beaulieu Cormier

L’économie circulaire permet quant à elle de redonner une deuxième vie à un produit. Il s’agit d’une pratique plus fréquente dans le domaine de l’agrotourisme. Au Québec, la Microbrasserie Charlevoix utilise les pains invendus de la boulangerie À chacun son pain de Baie-Saint-Paul pour créer sa bière. Une édition spéciale a même été brassée pour Le Festif ! Cet exemple met en évidence le caractère bénéfique des partenariats locaux pour réduire le chemin parcouru des aliments.

L’accompagnement de son réseau

L’ONU recommande aux entreprises de travailler en collaboration avec leurs partenaires et fournisseurs, dans le but de rendre la chaine d’approvisionnement plus durable et responsable. De plus, l’entreprise est responsable de tous les services qu’elle offre. Un accompagnement auprès de ses partenaires permet de s’assurer de la qualité de son produit touristique. Par exemple, Travel Excellence, un tour opérateur au Costa Rica, guide ses fournisseurs sur l’implantation de bonnes pratiques.  

Pour sa part, l’agence de voyages Fair Voyage collabore avec Kilimanjaro Porters Assistance Project (KPAP) pour toutes ses expéditions sur cette montagne mythique. Cette organisation à but non lucratif a été créée en 2003 dans le but d’améliorer les conditions de travail des porteurs. Fair Voyage fait aussi exclusivement affaire avec des partenaires accrédités par GSTC, une organisation internationale de référence en matière de critères à suivre en tourisme durable. Pour les aider à l’obtenir, un accompagnement a souvent été nécessaire.

En 2017, grâce au soutien de l’entreprise TUI Group, 80 % des hôtels du groupe étaient aussi certifiés selon ces normes. Encourager l’économie locale, acheter de l’équipement électrique à faible consommation d’énergie, réduire l’emballage et consommer des produits alimentaires régionaux sont des exemples d’actions mises en œuvre dans le cadre de cette stratégie.

Au Québec, en 2018, l’entreprise Transat est devenue le premier grand voyagiste international à obtenir la certification Travelife pour toutes ses activités. Plusieurs de ses hôtels se sont vu attribuer ce label. Ce processus d’accompagnement, encore en déploiement à l’heure actuelle, a permis à plusieurs de ses hôtels d’être certifiés.

https://www.youtube.com/watch?v=1r_XRFlUvLs

Source : Youtube, Transat

À retenir

Implanter une chaine de valeur responsable fait partie intégrante d’une stratégie globale en tourisme durable. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’établir des objectifs ambitieux bien que réalistes, et de se fixer des délais à respecter. Faire l’état des lieux sur les démarches réalisées par ses partenaires permet de mieux les accompagner afin qu’ils optimisent leurs pratiques. De plus, l’acquisition d’une certification est une option à considérer pour mettre en place un système qui facilite les opérations internes et l’accompagnement des diverses parties prenantes.

Selon l’envergure de son réseau, les étapes pour instaurer une chaine d’approvisionnement responsable peuvent s’échelonner sur une ou plusieurs années. La clé du succès est d’avancer pas à pas et d’avoir une bonne communication avec ses partenaires.

Quelles actions durables avez-vous déjà implantées ?

Quelles autres démarches pourriez-vous mettre en œuvre afin de viser une gestion responsable de vos ressources ?

 

Image à la une : Pexels

Catégories
Produits et activités Tourisme durable

Mettre en valeur la diversité culturelle des quartiers

Touché par le rôle de terre d’accueil de sa région, le Comité départemental du tourisme du Val-de-Marne, au sud de Paris, offre des tours guidés favorisant le partage interculturel et les rencontres entre les citoyens de ses quartiers.

Le projet Passeurs de culture, coordonné par l’organisme Bastina, repose sur des balades urbaines qui abordent le patrimoine et l’histoire d’un quartier caractérisé par une forte diversité culturelle. Ces circuits se distinguent par le fait que les guides sont des citoyens issus de l’immigration. Cela permet d’intégrer leur histoire et leur expérience personnelle dans l’activité. L’Université Paris Descartes et le Musée national de l’histoire de l’immigration sont partenaires des circuits.

Le projet a remporté la Palme du tourisme durable dans la catégorie « Voyage – PME », en 2018, pour son caractère innovant et unique.

Ce type d’initiative constitue un autre bon exemple de la valorisation du territoire s’appuyant sur les habitants. Elle favorise également l’inclusion et les échanges avec les différentes communautés et la pratique d’un tourisme solidaire.

Une idée pour nos quartiers ?

 

Source de l’image à la une : Pexels

Catégories
Segments de clientèles

Créer des expériences accessibles

Qui sont les voyageurs handicapés ?

Ce type de touristes ne constitue pas un groupe homogène, comme le soulignait d’entrée de jeu Bill Forrester, chez TravAbility, une organisation australienne qui se consacre au tourisme inclusif. En fait, ils appartiennent à toutes les classes de la société.

Le tourisme accessible doit être basé sur des expériences inclusives qui ravissent et captivent le visiteur handicapé.

L’énorme croissance de ce marché est également due aux baby-boomers, groupe aisé et exigeant qui exercera une influence sur le secteur des voyages au cours des 25 prochaines années. Ils s’attendront à une grande diversité de séjours, quelle que soit leur capacité physique. Selon monsieur Forrester, les membres de cette génération n’accepteront jamais de se considérer comme des personnes handicapées. De ce fait, ils voudront que les produits et les services dont ils ont besoin soient disponibles dans la filière touristique « traditionnelle ». Le tourisme accessible doit être basé sur des expériences inclusives qui ravissent et captivent le visiteur handicapé. Dès lors, comment créer des expériences touristiques inoubliables ? Lors du 2e Sommet mondial du tourisme accessible, plusieurs intervenants ont présenté des expériences inclusives inspirantes ; en voici quelques-unes.

L’aventure extrême

Poursuivant sur sa lancée, Bill Forrester a présenté une vidéo montrant comment on peut adapter l’équipement pour permettre la pratique d’activités de plein air aux personnes à mobilité réduite : fauteuils roulants tout-terrain TrailRider, vélos hors route, fauteuils de plage autopropulsés et tapis de plage, monte-escaliers, chaises sur ski, systèmes de guidage électroniques. Ces technologies procurent de nouvelles possibilités aux entreprises qui devraient les intégrer à leur offre afin d’en tirer parti pour créer des expériences intéressantes pour le voyageur handicapé. À cet effet, Making Trax, regroupement d’experts du handicap et du tourisme d’aventure, a amené des exploitants de descente de rivière à incorporer un siège sur leur canot pneumatique pour y accueillir une personne à mobilité réduite. Ils ont aussi incité une entreprise de parachutage à installer un système qui permet de retenir les jambes de la personne handicapée lors de l’atterrissage et plus encore. En adaptant le matériel, rien n’est impossible. Visionnez la vidéo ci-après à partir de la onzième minute pour vous en convaincre.

Source: YouTube

Le plein air et la nature pour tous

Éric Dubois, de l’association sans but lucratif Natagora qui se consacre à la protection de la nature dans les parties francophone et germanophone de la Belgique, a présenté le projet Nature pour tous. Initié en 2005, il vise à rendre la nature accessible aux personnes handicapées ainsi qu’à des publics marginalisés ou peu familiarisés avec elle. « Elle devient alors un vecteur de découvertes sensorielles, d’intégration sociale et de responsabilité citoyenne à travers une démarche de protection de l’environnement ». Pour ce faire, Nature pour tous conçoit et anime des activités, organise des journées de sensibilisation et des formations à la guidance, et crée des outils adaptés comme des objets en trois dimensions que l’individu aveugle ou malvoyant peut manipuler afin de s’en faire une représentation mentale (voir image ci-dessous).

natagora_accessibilite

Source : Natagora 

Fondé en 2004, le parc national de l’Eifel, d’une superficie de 110 km2, est l’un des 16 parcs nationaux d’Allemagne. Depuis sa création, il s’engage à faire découvrir ses trésors naturels à tout le monde, incluant les personnes présentant divers handicaps physiques, grâce à un programme et à des infrastructures riches et variées comme le mentionnait Tobias Wiesen :

  • aucune marche dans tout le parc ;
  • système de guidance au sol ;
  • tablettes tactiles ;
  • modèles tridimensionnels ;
  • boucles à induction pour personnes malentendantes ;
  • informations sensorielles (braille, objets à manipuler, langue des signes allemande, etc.)
  • randonnées guidées en langue des signes ;
  • randonnées guidées en fauteuil roulant électrique.

parc_national_eifel-accessibilite

Source : Présentation de Tobias Wiesen

Pour réduire les barrières à la communication, les employés reçoivent de la formation continue sur la manière d’interagir avec les personnes en situation de handicap. De plus, sur la page d’accueil du site Web du parc national, il est naturellement possible de choisir la langue d’affichage, mais qui plus est, le menu propose de visualiser le site en langue « Facile à lire et à comprendre » ou en caractères plus grands. Il présente aussi des vidéos en langue des signes avec textes et images.

parc-national-eifel-tableau

Source : Parc national Eifel

Des outils de mise en accessibilité dans les institutions culturelles

Jérôme Duquesne, responsable de l’accessibilité à la Fédération Francophone des Sourds de Belgique, s’est entretenu sur l’accessibilité et l’inclusion dans un musée pour les personnes sourdes ou malentendantes (PSM) grâce au visioguide. Cette technologie permet de présenter des séquences vidéo exprimées en langue des signes. Depuis juin 2013, le musée Magritte, à Bruxelles, expose une sélection de 21 œuvres commentées en trois langues des signes : francophone belge (LSFB), néerlandophone (VGT) et internationale (ISL). En plus de fournir des informations sur René Magritte et ses tableaux, le guide mêle théâtre, poésie et histoire de l’art. Disponible sur une tablette tactile, ce visioguide favorise l’autonomie des PSM dans le musée. Les sous-titres en français, en néerlandais et en anglais constituent aussi une approche adéquate pour le grand public, tant pour les enfants, les adultes et les familles que pour les touristes.

Source : YouTube

D’autres musées ont plutôt recours à des outils tactiles pour favoriser une plus forte interaction avec les œuvres. Madame Dupuis Caillot, fondatrice de Polymorphe, une entreprise spécialisée dans l’accessibilité aux publics handicapés ou en situation de handicap, a présenté l’exemple du musée national du Prado à Madrid. Depuis janvier 2015, il invite les malvoyants à une exposition originale où ils peuvent ressentir, au toucher, des copies imprimées en 3D de célèbres tableaux, tels que la Joconde, de Léonard de Vinci, ou Goya, de Dürer. Cette technique permet d’obtenir des textures et un relief pouvant atteindre six millimètres de hauteur à partir d’une photo en haute résolution du tableau. Le choix des textures et des volumes s’avère primordial pour guider les mains de la personne malvoyante et lui permettre de capturer l’essence de l’œuvre.

musee-national-du-prado

Source : Musée national du Prado

Ces exemples présentent plusieurs bonnes pratiques mises de l’avant pour offrir une expérience inclusive pour tous en tenant compte des handicaps, mais également de la perte d’autonomie liée à l’âge. Pour d’autres idées, vous pouvez consulter les actes du Sommet.

 

Source image à la Une : Pixabay

Catégories
Produits et activités

Touchez et ressentez : une visite guidée sensorielle

Tours Accolade, une entreprise qui offre des visites guidées historiques à Québec et à Lévis, propose dorénavant un circuit adapté aux gens présentant un handicap visuel… ou à toute autre personne ouverte à « voir » autrement une destination. Ce tour pédestre de deux heures mène les participants du pittoresque quartier petit Champlain à la porte Saint-Louis, dans ce joyau du patrimoine mondial de l’UNESCO. Tous les sens, excepté la vue, sont mis à contribution. Le visiteur ressent les pavés et les dalles de pierre inégales, touche des statues, des bas-reliefs, explore la gueule de canons, hume les odeurs, écoute le bruit des fontaines, pour saisir l’âme du Vieux-Québec.

Pour construire ce circuit, Tours Accolade a bénéficié des conseils avisés des membres du Regroupement des personnes handicapées visuelles de la région. Ce type de partenariat existe dans la plupart des régions administratives de la province et peut certainement contribuer à la création d’autres visites touristiques adaptées. Alors, DMO, entreprises, n’hésitez pas, tendez-leur la main.

En 2012, le Canada comptait plus de 756 000 personnes âgées de 15 ans et plus vivant avec une incapacité visuelle, dont 14 % résidant au Québec. En 2015, il y avait 36 millions d’aveugles dans le monde et ce nombre devrait tripler d’ici 2050 selon une étude publiée par The Lancet, un important journal médical. 

 

Image à la une Tours Accolade.

Catégories
Produits et activités

Tourisme industriel : à la jonction du passé et du présent

Le congrès annuel de l’Association québécoise du patrimoine industriel s’est déroulé les 22 et 23 septembre à Montréal sous le thème « Tourisme industriel : un réseau à découvrir ». Lors d’une table ronde, des experts ont discuté des défis et des projets portant sur le tourisme industriel au Québec.

Le guide-animateur : un élément clé !

Hydro-Québec offre des visites guidées depuis plus de 50 ans. En 2016, les 14 installations ouvertes au public ont reçu 135 000 visiteurs. La société d’État a comme objectifs de démontrer les avantages de l’hydroélectricité, de souligner la performance environnementale de l’entreprise, de mettre en valeur les expertises et les savoir–faire et de contribuer au développement touristique régional. L’organisation sait qu’elle bénéficie d’un contact privilégié avec le grand public et elle mise d’ailleurs beaucoup sur ses guides-animateurs. Ils sont les premiers représentants de l’entreprise sur le terrain. Leur passion est essentielle ; elle constitue un vecteur important de communication.

photo-hydro-quebec-visite

Source : photo Hydro-Québec

Amener ses détracteurs à devenir des ambassadeurs

Le centre d’interprétation de la mine King est ouvert depuis août 2016. Le site met en valeur des bâtiments miniers et le travail des générations qui ont bâti la région en plus d’offrir un parc urbain aux résidents. Il est possible de visiter la forge, le bâtiment des treuils ainsi que celui du chevalement, d’où s’élève un observatoire.

L’un des facteurs ayant déterminé le choix de l’ancienne mine King (fermée en 1986) fut sa proximité du centre-ville de Thetford Mines. Sous la supervision du musée minéralogique et minier, le projet a connu plusieurs embuches financières, légales et techniques. Il est devenu un enjeu de la dernière campagne électorale municipale.

Au début, la population et plusieurs anciens travailleurs étaient contre le projet. Pourtant, ils ont finalement changé d’opinion. En effet, les diverses activités et la mise en valeur du centre d’interprétation ont permis aux résidents de s’approprier le site et d’en devenir les ambassadeurs. Ils peuvent d’ailleurs acquérir une plaque honorifique pour souligner leur travail, ou celui d’un ou de plusieurs membres de leur famille, dans cette industrie qui a tant marqué cette région.

Le projet a reçu le prix reconnaissance d’architecture « Jean-Berchmans-Gagnon » de la Ville de Thetford Mines et est finaliste pour les prix d’excellence de l’administration publique du Québec 2017.

Quand une ATR et une usine font la paire !

Depuis 2003, la compagnie Rio Tinto Alcan offre des visites gratuites de son usine d’Alma en partenariat avec Tourisme Alma Lac-Saint-Jean. C’est le seul lieu de la compagnie ouvert au public.

L’entente se renouvelle chaque année. La visite doit être sécuritaire et ne pas déranger les travailleurs. La compagnie s’occupe du financement de l’activité et de la formation des guides. Pour sa part, l’ATR prend en charge les volets promotionnel et administratif.

rio-tinto-alcan

Source : Tourisme Alma Lac-Saint-Jean

La visite de l’usine d’aluminium procure de nombreux avantages pour l’ATR et pour l’aluminerie. Pour la première, l’activité permet de retenir plus longtemps les visiteurs dans la région, et de générer davantage de revenus. Selon une étude d’achalandage réalisée par l’ATR, les retombées économiques sont évaluées à 270 000 $. Chaque dollar investi représente un rendement de 29 $.

Les visites ont eu un impact sur la perception des participants envers Rio Tinto Alcan. Selon un sondage mené auprès des visiteurs, son image « très bonne » et « excellente » est passée de 42 % au début de la visite à 82 % à la fin de celle-ci. De plus, elle permet à la compagnie d’augmenter sa visibilité ainsi que celle de son produit, de valoriser les professions et de soutenir la région dans sa diversification économique en favorisant l’essor de l’industrie touristique.

Briser les préjugés et redonner fierté à une région

Ouvert en 2010, le musée Boréalis est situé dans les anciens locaux de la Canadian Internationale Paper à Trois-Rivières. Il s’agit d’un des plus grands projets de mise en valeur du patrimoine industriel du Québec des dernières années.

L’équipe en place désire que le musée soit un générateur ; elle souhaite notamment tisser des liens entre les générations et redonner un sentiment de fierté aux travailleurs et à leur famille.

Pour leurs nombreux projets, Boréalis a collecté plus de 200 témoignages à travers la province, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Afin de valoriser les anciens travailleurs, le musée leur accorde des privilèges et met sur pied plusieurs évènements. Les anciens employés retrouvent ce sentiment de fierté d’avoir participé au développement de la région, et dans certains cas, sur plusieurs générations.

Premier Shift 

Parmi leurs divers projets porteurs de mémoire, le musée offre l’activité de découverte « Premier Shift ». Elle propose aux visiteurs d’incarner un nouvel employé à l’usine. À l’aide d’un casque d’écoute, les participants sont immergés dans le quotidien du lieu à travers un trajet sonore de 2 km incluant des témoignages de plusieurs travailleurs. L’objectif vise, entre autres, à briser les préjugés envers un quartier qui s’est appauvri à la suite de la fermeture de l’usine.

Premier-Shift

Source : Musée Boréalis. Crédit : © Olivier Croteau

Le musée désire aussi s’ancrer dans la population trifluvienne par sa programmation diversifiée. Il présente des soirées pour les milléniaux et édite plusieurs publications. Un espace extérieur a aussi été créé afin d’ouvrir les possibilités d’activités de commémoration et d’atteindre une clientèle qui ne vient pas au musée.

D’après vous, comment le tourisme industriel pourrait-il se démarquer au Québec ?

Source de l’image à la une : © Réseau de veille en tourisme

Catégories
Produits et activités

Connaissez-vous les parcours touristiques ludiques?

De plus en plus répandue dans l’industrie touristique, la ludification consiste à emprunter les principes du jeu pour les intégrer dans d’autres domaines. Elle s’insère dans les sphères du marketing, du recrutement ou de l’animation de congrès, et permet à des activités telles que le géocaching de voir le jour. 

Les parcours touristiques ludifiés et géolocalisés entrainent les joueurs dans une chasse au trésor, un jeu de rôle, une quête ou une énigme

Ainsi, les parcours touristiques ludifiés et géolocalisés entrainent les joueurs, petits et grands, dans une chasse au trésor, un jeu de rôle, une quête ou une énigme où les mondes virtuels et réels s’entremêlent. L’appareil mobile tient uniquement lieu de support à l’expérience de découverte, mais la rend autant interactive qu’attrayante. Les acteurs touristiques, qu’ils soient les initiateurs ou non de ces projets, sont généralement impliqués dans la démarche.

Un jeu de rôle pour touristes

Wizar est un guide touristique sous forme de jeu de rôle géolocalisé. Il s’agit de parcours inspirés de contes, légendes et histoires locales datant de différentes époques. La ville de Malestroit, en Bretagne, est notamment le théâtre de l’un de ces jeux. Le joueur est invité à parcourir la ville, où un traité de paix entre les Anglais et les Français fut signé en 1343, pour apporter les plumes au calligraphe. Il passe, entre autres, par la maison au Pélican où il doit collecter les plumes et les apporter aux vestiges de la Madeleine, place historique du traité de paix. Encore en processus de développement, l’application devrait être lancée en France en 2018. Son concepteur souhaite impliquer les commerçants et les entreprises touristiques afin que les joueurs consomment chez eux ou visitent leurs attraits en échange de bonus et d’objets rares.

 

wizar-jeu-de-role

Source : La Nurserie Numérique

Des quiz dans la ville

Stray Boots propose des chasses au trésor thématiques sur mobile dans 30 villes américaines. Elle cible principalement les entreprises et les étudiants par des activités de consolidation d’équipes. Ces dernières explorent la ville en répondant à des questions, en trouvant des objets cachés et en relevant des défis. L’équipe gagnante est celle qui récolte le plus de points. À chaque arrêt, les joueurs reçoivent de l’information sur le lieu visité et des recommandations de restaurants à proximité.

Épreuves d’activités de plein air

Adventure Junky est une application pour les voyageurs d’aventure. Plus de 500 activités sportives sont répertoriées à travers le monde et accompagnées d’informations touristiques sur la destination. Les utilisateurs récoltent des points et des badges. Au-delà du simple jeu, c’est un réseau social où les membres peuvent se suivre, interagir et comparer leurs résultats. Des classements sont effectués afin de déterminer la personne la plus active dans chaque sport. Les points peuvent être échangés contre des rabais pour des activités ou pour l’achat d’équipement.

adventure-junky

Sources : Adventure Junky et Instagram

Certaines des activités, allant de douce à extrême, doivent se pratiquer accompagnées d’un guide. Plusieurs acteurs du tourisme, tels que Intrepid Travel, G Adventure, Tourisme Saguenay Lac St-Jean et Tourism Australia, se sont associés au projet.

Le Camp Explora, en Outaouais, organise des rallyes mystères en géobike électrique sur des circuits empruntant des routes, sentiers et pistes cyclables. Munis d’un iPad, les participants résolvent des énigmes ou répondent à des questions tout au long du parcours. Les gagnants sont invités à participer au rallye Grand Prix annuel et les meilleurs reçoivent des récompenses. Les familles peuvent utiliser un véhicule à deux sièges ou le ELF à trois roues qui comprend un pédalier et un moteur électrique.

camp-explora-outaouais

Source : Camp Explora

Des nouveautés pour le géocaching

Le géocaching est une activité de découverte ludique d’un territoire, devenue très populaire au fil des ans. Traditionnellement muni d’un GPS pour trouver les géocaches, l’utilisateur peut aujourd’hui améliorer son expérience grâce à des applications mobiles géolocalisées. C’est ce que propose depuis 2014 le Comité Départemental du Tourisme de Haute-Bretagne, avec l’application Trésors de Haute-Bretagne.

Les visiteurs explorent le département en recherchant l’une des 80 géocaches dissimulées à proximité de points d’intérêt touristique. Chacune est représentée par un korrigan, une petite créature légendaire, sur la carte de l’application. Ces personnages symbolisent des thèmes : écologie, urbain, mer, gastronomie, légende, etc. Le visiteur peut alors choisir de découvrir le territoire selon ses intérêts. Dans certaines caches se trouvent des réductions, gratuités ou cadeaux offerts par les prestataires touristiques du département.

geocaching-cdt-haute-bretagne

Source : Trésors de Haute-Bretagne

Certains propriétaires d’hébergements ont reçu une formation afin de promouvoir cette activité auprès de leur clientèle. Ils ont reçu le titre d’« Ambassadeurs du Géocaching en Haute-Bretagne », ainsi qu’une plaque attestant leur nouveau statut.

L’association Géocaching a ajouté les Géotours, 60 circuits de géocaches à travers le monde, à son application mobile. Elle invite les destinations touristiques et les municipalités à créer leur circuit personnalisé qui sera visible sur l’application. Il en existe sept au Canada, dans les provinces de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Selon l’association, 43 % des géocachers ont voyagé plus de 250 km pour pratiquer cette activité.

Le géocaching n’est pas sans rappeler la nouvelle application Pokémon Go, où les joueurs doivent se déplacer, parfois sur de longues distances, pour attraper les personnages. L’engouement pour ce jeu convertira peut-être nombre d’adeptes au géocaching…

Existe-t-il des applications au Québec?

Au Québec, de nombreux rallyes, énigmes et chasses au trésor sont organisés par les acteurs touristiques, particulièrement par les attraits : le Village historique de Val-Jalbert, le Musée maritime de Charlevoix, la pourvoirie du domaine Bazinet, le parc Arbraska Rigaud ou encore le Labyrinthe Magog, pour n’en nommer que quelques-uns. Mais ceux qui accompagnent l’expérience d’une application mobile sont rares. L’application Circuit-Québec fait figure de bonne pratique. Ce circuit pédestre patrimonial du Vieux-Québec, créé à l’initiative du Centre d’interprétation de la vie urbaine de la ville de Québec, peut s’effectuer sous forme de rallye comportant 15 questions pour découvrir le mot mystère.

 

Une avenue à envisager pour les futures start-ups de l’incubateur touristique de Montréal, le MTLab? Pourquoi pas!

 

Image à la une : © Trésors de Haute-Bretagne

Catégories
Produits et activités

Le métier de guide à l’heure de la cocréation

La profession de guide subit des pressions depuis déjà plusieurs années. La croissance, la démocratisation et la sophistication des technologies mobiles, l’évolution du comportement du voyageur et la recherche d’expériences significatives et mémorables bousculent bien des secteurs liés au tourisme, dont celui des guides touristiques. En effet, les voyageurs deviennent de plus en plus autonomes et trouvent facilement de l’information sur le Web ou par des applications conçues pour les accompagner à leur rythme, au moment souhaité et selon leurs intérêts.

Guide : une profession sur la corde raide

En décembre 2014, les autorités françaises ont déposé un projet de loi visant à supprimer l’exigence de posséder la carte professionnelle pour pratiquer le métier de guide-conférencier. Ce titre nécessite notamment une formation universitaire de trois ans après le bac, ainsi que des connaissances spécifiques et la maîtrise d’au moins deux langues étrangères. Mais les principaux concernés ont clamé leurs inquiétudes et la position du gouvernement a évolué en leur faveur.

En janvier 2016, c’est la Ville de Québec qui décidait de ne plus imposer de permis aux guides touristiques afin de faciliter la vie des voyagistes étrangers qui devaient absolument recourir aux services des guides locaux détenteurs de permis. Mais les protestations ont poussé l’administration de la ville à se rétracter et à plutôt envisager une nouvelle façon de procéder d’ici 2017, avec la collaboration de l’Association des guides touristiques.

Par ailleurs, la multiplication des plateformes qui mettent en relation les voyageurs et des individus prêts à faire visiter leur quartier, souvent gratuitement, la ville ou certains de ses aspects vient brouiller les cartes. C’est le cas avec le phénomène des greeters, ces résidents qui offrent de faire découvrir les lieux, comme ils le feraient avec un ami.

Mettre les guides à l’avant-plan

Pour valoriser les produits touristiques et ceux qui les interprètent le mieux, l’Office du Tourisme et des Congrès du Grand Lyon (OnlyLyon) a créé un microsite : Visiter Lyon. Celui-ci permet de réserver en quelques secondes une visite guidée parmi les 28 thèmes proposés. Chaque guide s’y présente lui-même et inclut une photo, ce qui ajoute une touche plus personnelle et une couleur unique aux prestations. Les avis des visiteurs concernant chaque visite sont partagés directement sur le site.  

Le_metier_de_guide_a_l_heure_de_la_cocreation_photo_1

Source : Visiter Lyon

OnlyLyon propose aussi un service de greeters. La présentation de ce dernier est très différente. On parle plutôt de découvrir la ville avec un résident, selon ses centres d’intérêt.

Une cocréation du guide et du visiteur

Une étude réalisée par deux chercheurs australiens propose de revoir le rôle de guide touristique, de l’ajuster en fonction des besoins et des attentes des touristes d’aujourd’hui. D’après leurs recherches et leurs analyses, les auteurs concluent que les guides doivent parfois activement impliquer les participants dans la cocréation de leur expérience guidée. Pour ce faire, ces guides doivent passer d’une communication de type « exposé oratoire » à une expérience touristique conçue en cocréation, soit conjointement, avec le visiteur.

(…) les guides doivent parfois activement impliquer les participants dans la cocréation de leur expérience guidée.

À titre d’exemple, l’entreprise de formation dédiée aux professionnels du tourisme TAMS propose une nouvelle approche afin de mieux répondre aux désirs d’expérience des voyageurs, surtout pour les clientèles non initiées, les familles et les jeunes. Les formations offertes aux guides ont pour objectif de leur apprendre à stimuler la curiosité du public, peu importe leur bagage culturel.

L’approche sensorielle proposée par TAMS permet de découvrir l’art et le patrimoine différemment. L’un des exercices enseignés consiste à commenter un tableau à l’aide de sept bonbons. L’étonnement laisse ensuite place à l’interprétation. On peut comparer les textures, les couleurs, les formes des bonbons avec des éléments de la toile. Voilà qui brise la glace et ouvre la discussion.

Une autre activité consiste à entrer dans une cathédrale avec un miroir sous les yeux afin de voir le plafond. Cela donne l’impression de marcher sur les fresques tout en prenant conscience de leur beauté et de leur ampleur. Un tel exercice suscite la surprise et l’admiration. Le guide obtient ainsi l’intérêt et l’attention des visiteurs afin de leur transmettre des connaissances à propos de ces œuvres.

Ces expériences offrent une découverte différente et mémorable et prédisposent à recevoir davantage d’informations expliquant le lieu.

En se promenant les yeux bandés dans les traboules de Lyon — passages piétons qui traversent les cours d’immeubles —, les autres sens sont davantage sollicités. Les participants marchent en tâtonnant les murs, ressentent davantage l’humidité et perçoivent mieux, par l’écho, la hauteur ou l’étroitesse des voûtes. Ces expériences offrent une découverte différente et mémorable et prédisposent à recevoir davantage d’informations expliquant le lieu.

Le_metier_de_guide_a_l_heure_de_la_cocreation_photo_2

Source : Consultants TAMS

Innover, toujours innover

En tourisme comme dans bien des domaines, la concurrence et l’arrivée de nouveaux modèles d’affaires créent une pression sur les organisations plus traditionnelles. Avec toutes les options en place, souvent gratuites, l’offre d’un guide professionnel doit certainement constituer une plus-value menant à une expérience extraordinaire. La surprise et l’innovation en sont souvent la clé.

Image à la une : Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM

 

Catégories
Segments de clientèles

Les voyages en petits groupes ont la cote!

Avec la popularité croissante du tourisme expérientiel, la demande pour des séjours authentiques en plus petits groupes prend le pas sur celle de la consommation de masse. Ces voyages permettent aux consommateurs de s’immerger dans une destination tout en rencontrant des personnes ayant des centres d’intérêt similaires.

 

 

Augmentation des voyageurs en solo et des baby-boomers

Les séjours en petits groupes sont particulièrement populaires auprès des gens qui ont déjà beaucoup voyagé et auprès des voyageurs en solo.

Les séjours en petits groupes sont particulièrement populaires auprès des gens qui ont déjà beaucoup voyagé et auprès des voyageurs en solo. Selon Kara O’Toole, directrice générale de Overseas Adventure Travel (OAT) et spécialiste des séjours en petits groupes, on assiste à une augmentation du pourcentage de voyageurs âgés de 50 ans ou plus qui voyagent seuls, indépendamment de leur statut matrimonial. Leur proportion est passée de 35 % en 2013 à 44 % en 2014 chez OAT, comparativement à 27 % en 2007. La majorité (80 %) des voyageurs sont des femmes. D’ailleurs, la Travel Industry Association estime que 32 millions de femmes américaines célibataires ont voyagé au moins une fois dans la dernière année, et environ 3 sur 10 ont effectué 5 voyages ou plus.

L’autre clientèle type des voyages en groupes restreints est celle des baby-boomers à la retraite, selon les voyagistes spécialisés dans ce marché. Ils sont généralement plus instruits et un peu plus riches que les clients habituels des grossistes. Ils sont à la recherche d’authenticité et espèrent vivre une expérience qu’ils ne pourraient pas obtenir en voyageant de manière indépendante. Selon Mark Yacker, directeur pour l’Amérique du Nord chez Travel Indochina, qui se spécialise dans des circuits pour 16 participants ou moins, la majorité des voyageurs sont dans la quarantaine, la cinquantaine ou la soixantaine et disposent d’un revenu qui leur permet de payer de 200 $ à 350 $ par nuit pour une expérience culturelle immersive avec un certain niveau de confort.

Les touristes qui voyagent en petits groupes sont également enclins à utiliser les services d’un agent de voyage pour la réservation de leur séjour. C’est ce qu’a démontré une étude de Foresight Research dans laquelle 70 % des répondants ont affirmé qu’ils se fieraient très certainement à un agent de voyage pour organiser leur séjour.

L’offre des voyagistes traditionnels

Les dix dernières années ont connu une baisse du tourisme de masse et une augmentation des personnes voyageant avec de petits exploitants.

Les dix dernières années ont connu une baisse du tourisme de masse et une augmentation des personnes voyageant avec de petits exploitants. Constatant l’engouement pour ce type de séjours, de plus en plus de voyagistes offrent davantage d’options pour de petits groupes en créant des produits personnalisés qui visent à attirer les consommateurs qui rejettent l’idée d’une visite de groupe traditionnelle. Depuis 2010, la gamme Explorations de Collette propose des circuits pour des groupes de 18 personnes ou moins. Conçus pour répondre à des voyageurs curieux, ils permettent une expérience plus immersive en ce qui a trait à la population, à son histoire et à sa culture : repas chez l’habitant, cours de cuisine avec un chef professionnel, nuitée dans un petit village de pêcheurs, dégustation de fromages et de vins dans une ferme locale, etc. Ce segment de produits est celui qui affiche le plus haut taux de croissance des ventes chez Collette.

Les petits groupes sont le cœur de l’offre d’Alexander+Roberts. Toutefois, pour répondre à la demande croissante pour des expériences encore plus intimistes et d’immersion, la gamme Original Events propose une série de départs ponctuels construits autour d’une thématique ou d’un événement culturel. Le premier aura lieu en octobre 2015 et sera axé sur l’héritage juif de Rome, de Florence et de petites villes médiévales dans la campagne italienne. Il s’adressera à des groupes de 8 à 16 participants maximum. D’autres voyages mettront en vedette une célébration de la tonte des moutons en Islande et le 50e anniversaire de l’incident du golfe du Tonkin au Vietnam.

Le tout dernier à entrer dans la danse, Trafalgar, a lancé sa collection de séjours spécialement conçus pour des groupes de 26 personnes ou moins. Hidden Journeys regroupe onze itinéraires qui permettront, dès le printemps 2015, de découvrir plus à fond les destinations déjà desservies par l’entreprise, mais qui mèneront les touristes dans des lieux différents pour y partager des expériences avec la population locale. Le nombre restreint de participants permet aussi d’offrir de l’hébergement dans des localités et des établissements plus petits – comme l’Albergo dell’Agenzia, hôtel piémontais de 47 chambres – et d’organiser des expériences qu’il serait difficile, voire impossible, de réaliser avec un grand groupe. Malgré leur coût 20 % plus élevé que celui d’un circuit traditionnel pour une cinquantaine de personnes, ces itinéraires rejoindront une clientèle qui n’aurait jamais pensé voyager en circuit accompagné, croit Paul Wiseman, président de Trafalgar.

Le fait que les grands voyagistes étendent leur offre de voyages en petits groupes aidera-t-il à stimuler la demande globale? Qu’en pensez-vous?

 

Image à la Une : istockphoto no 21251959

Catégories
Produits et activités

La labellisation des beaux villages comme outil de développement

stimuler le tourisme régional et rural en offrant aux visiteurs nationaux et internationaux un label de qualité touristique reconnu

L’Association des plus beaux villages du Québec (APBVQ) regroupe 38 villages répartis dans 11 régions touristiques du Québec, mais particulièrement concentrés dans celles de Québec (8 villages), de la Montérégie (6), de Chaudière-Appalaches (5), du Bas-Saint-Laurent et des Cantons-de-l’Est (4 chacun). Son défi consiste à constituer un réseau de villages exceptionnels et variés, situés généralement au bord de l’eau, et sélectionnés pour leur patrimoine architectural et historique de même que pour la beauté de leurs paysages. L’APBVQ a comme objectif de stimuler le tourisme régional et rural en offrant aux visiteurs nationaux et internationaux un label de qualité touristique reconnu par la Fédération des Plus Beaux Villages de la Terre.

Un concept qui répond aux attentes des clientèles…

L’affiliation au réseau constitue une reconnaissance du soin que les villageois ont apporté à préserver les charmes de leur municipalité. Elle incite les visiteurs à adopter un comportement écotouristique et leur offre l’occasion de vivre un séjour de découverte et de détente qui privilégie l’authenticité, les contacts humains, les activités en milieu naturel et les produits du terroir: autant de manières de répondre aux tendances touristiques actuelles. Les réseaux des Plus Beaux Villages s’inscrivent aussi dans la mouvance du slow travel et des voyages en solo, puisque les municipalités qui y adhèrent sont faites pour être visitées à pied ou à bicyclette, loin des foules et de l’agitation!

… et qui offre des retombées non négligeables

Constituer un réseau de «Plus Beaux Villages» contribue au développement et à la qualité de l’offre touristique régionale

Constituer un réseau de «Plus Beaux Villages» contribue au développement et à la qualité de l’offre touristique régionale. En France, d’où il tire ses origines, le label est reconnu par les visiteurs et son influence est réelle. En effet, selon l’association Les Plus Beaux Villages de France®, l’augmentation de la fréquentation touristique peut se situer dans une fourchette allant de 10% à 50%, notamment en ce qui concerne les clientèles internationales, selon la notoriété du village.

Structurer l’offre des villages

Pour structurer leur offre touristique, certains beaux villages d’ici et d’ailleurs ont effectué des actions touchant des domaines variés. En voici quelques exemples.

La valorisation du territoire
CN_beaux_villages_image1
Kamouraska, dans la région du Bas-Saint-Laurent, a créé un circuit du patrimoine avec panneaux d’interprétation et visites guidées de l’église, mettant en valeur le patrimoine bâti et historique de l’endroit. D’ailleurs, afin de préserver cette richesse, la municipalité a adopté un plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA) qui guidera ses différentes interventions. Quant à Saint-Pacôme, située dans la même région touristique, elle a instauré un circuit pédestre patrimonial avec panneaux pour guider le visiteur vers les plus beaux bâtiments du village. 

 

 

 

Saint-Pacôme – Source: St-Pacome

L’accessibilité

En partenariat avec Braille et Culture, l’association Les Plus Beaux Villages de France a depuis 2005 mis sur pied dans 11 villages des parcours sensoriels ainsi que des circuits adaptés à l’aide d’audioguides, de carnets de visite en braille ou en gros caractères ainsi que de maquettes tactiles de sites et monuments. Des formations à l’accueil des déficients visuels ont aussi été dispensées aux prestataires touristiques.            

CN_beaux_villages_image2

Collonges-la-Rouge – Source: Les plus beaux villages de France

L’animation

Il peut s’agir de foires artisanales, de marchés du terroir ou des vins, ou encore de parcours animés. Un rallye de prestige reliera par exemple, pour la troisième année, une vingtaine des «Plus Beaux Villages» de France entre Paris et Cannes, à la découverte du patrimoine, du terroir, de la gastronomie et de l’artisanat des divers villages traversés.

CN_beaux_villages_image3

La Route des Villages, Paris-Cannes – Source: 4 roues sous 1 parapluie

La fidélisation

Par leur contribution financière, les membres du Club des Amis des Plus beaux Villages de Wallonie, de France et d’Italie participent à la sauvegarde du patrimoine et bénéficient en retour d’offres privilèges lors de leurs séjours dans les villages, ainsi que d’un abonnement au bulletin de l’association et à la lettre d’information interne du réseau.

La mise en marché de l’offre touristique des villages

Tous les réseaux ont mis en place des supports classiques de promotion, notamment un guide officiel et un site Web. Pour atteindre le grand public, ils organisent des actions médiatiques auprès de la presse, mais aussi de chaînes de télé qui diffusent des films promotionnels et des vidéos.

En ce qui a trait aux initiatives de mise en marché, il en existe peu à l’heure actuelle, à l’exception de la France et de l’Italie qui se sont toutes deux associées à des voyagistes. Come To France propose des séjours thématiques à l’attention d’une clientèle individuelle, étrangère et française. Au programme: hébergement de charme, cours de cuisine au retour du marché, stage d’artisanat, visite privée du village, initiation à la pêche à la ligne, etc.

CN_beaux_village_image5

Borghi Travel est le voyagiste officiel et exclusif du réseau italien des Plus Beaux Villages. Les particuliers peuvent réserver leur séjour en ligne en choisissant parmi plus de 200 destinations, 400 structures d’hébergement et de restauration, et 50 forfaits thématiques: vélo, trekking, sport, bien-être, mer, montagne, cuisine, etc. L’association italienne I Borghi più Belli d’Italia évalue la fréquentation dans les villages à 10 millions de nuitées, dont plus du tiers (36%) sont réservées par des clientèles étrangères.

Au Québec, l’absence d’une masse critique de villages, leur éparpillement sur le territoire et la capacité d’accueil disparate d’une région à l’autre sont quelques irritants à la commercialisation. Toutefois, la localisation des villages du réseau le long des Routes et circuits touristiques officiels du Québec offre d’excellentes occasions de partenariats.

CN_beaux_village_image4Actuellement, l’offre de l’Association des plus beaux villages du Québec est disponible sur l’application mobile Nestor – Le Québec de Mobeva, qui regroupe un ensemble d’attraits touristiques de la province. Le touriste peut y télécharger une description des villages membres et les géolocaliser. D’autres associations de renom sont aussi partenaires de l’application (Circuit du Paysan et Hôtellerie Champêtre).

 

 

 

 Source: Association des plus beaux villages du Québec

L’attractivité touristique des «Plus Beaux Villages» et la notoriété du label à travers le monde renforcent l’image de l’ensemble de la destination Québec et de ses régions touristiques, contribuant en cela à sa croissance économique et touristique.

 

– Image à la UNE: Association des plus beaux villages du Québec © Yves Laframboise

Catégories
Produits et activités

L’interprétation dynamique du milieu naturel

Savant mélange de divertissement et d’apprentissage, cette technique est un allié de taille pour faire découvrir un territoire. Elle joue sur le lien émotif du visiteur avec l’élément naturel pour déclencher une réaction. Aujourd’hui, l’offre éducative ne cesse de se réinventer.

Une demande en croissance

Les touristes de nature veulent des expériences sensorielles. L’étude intitulée Adventure Tourism Market Study 2013, publiée conjointement par l’Adventure Travel Trade Association et la George Washington University, démontre que les touristes d’aventure recherchent des voyages comprenant des interactions avec la culture et la nature.

Comment peut-elle influencer l’expérience du visiteur?

Chaque parc ou organisation a un message à transmettre et, si elle est bien abordée, l’interprétation peut améliorer non seulement l’expérience du visiteur, mais aussi l’image de l’agence ou de l’organisme responsable de la gestion de la destination. Pour ceux qui ont une double mission d’accueil du public et de conservation, l’éducation en milieu naturel a un rôle important à jouer. Une interprétation scientifique de l’environnement peut transformer certaines perceptions et faire naître de nouvelles préoccupations chez les visiteurs. La station de recherche des îles Mingan, l’agence de voyages Hands Up Holidays en Slovaquie ou le regroupement de voyagistes ExplorAysén en Patagonie offrent au public des stages de recherche et des visites interprétatives d’endroits à caractère ou d’intérêt particulier. Ce type d’activité dynamisera également la visite et les interactions dans le groupe.

Quelques pistes pour inclure ce type d’activité dans vos produits

Les attentes des visiteurs ont changé: ils ne se contentent plus de contempler les paysages; ils veulent participer, vivre des expériences et connaître la signification de ce qu’ils voient.

Puisque le «quoi apprendre» est intimement lié au «comment apprendre», une interprétation efficace permettra au visiteur de faire des liens entre l’information donnée et ses propres connaissances. Quatre composantes sont à retenir dans la façon de l’aborder:

  • Être agréable pour inciter les touristes à participer aux activités;
  • Être pertinent et fournir des informations claires sur le patrimoine;
  • Être organisé et structuré pour guider les visiteurs à travers le programme; 
  • Être lié à une thématique et envoyer un message fort pour qu’ils n’oublient pas ce qu’ils auront appris une fois à la maison.

En effet, hormis si la nature l’impose d’elle-même, le choix d’une thématique particulière peut s’avérer une bonne idée pour susciter l’intérêt de sa clientèle: du concept de balades littéraires en Poitou-Charentes aux randonnées nocturnes guidées comme en raquette au Québec, en vélo de montagne dans les Alpes ou en kayak à Porto Rico, en passant par les circuits qui mêlent observation et photographie en Espagne, le pistage d’animaux, les jeux de rôle, les visites culinaires à Florence, les courses à pied guidées, les sentiers d’art en Finlande, la mycologie au Diable Vert ou les plantes comestibles au Nouveau-Brunswick.

ND_bonifier_activites_interpretation_image1

Source: Alpes du Léman

ND_bonifier_activites_interpretation_image2

Source: Les services photographiques dans le Val d’Aran, en Espagne

Plusieurs éléments peuvent être mis de l’avant, par exemple: les particularités générales du site (géographie, écosystèmes, climat, etc.), la flore (diversité des plantes, spécificité des arbres, etc.), la faune (les animaux en vedette, les plus discrets, les nocturnes, etc.) ou encore l’histoire de la région. L’interprétation permet aux individus de mieux comprendre leur environnement. En établissant des connexions entre ce qu’ils apprennent et ce qu’ils voient ou vivent directement sur le territoire, ils se retrouvent sensibilisés, conscientisés et peuvent développer des comportements plus responsables.

Pour les gestionnaires, il importe de doser correctement les informations et de trouver les bons supports. Quelques conseils de base:

  • Bien connaître les attentes de ses clients et adapter les informations selon le contexte;
  • Trouver son propre style d’interprétation et d’animation (pédagogie, écoute et techniques de communication);
  • Se questionner soi-même et améliorer ses propres connaissances pour fournir une information juste et de qualité;
  • Structurer l’activité autour de points d’intérêt (belvédère, tourbière, zone humide, site d’observation, etc.).

Une offre créative, originale et stimulante

Panneaux explicatifs, environnement multimédia interactif, guide-interprète ou naturaliste, brochures, vidéos, photos, geocaching, visites thématiques… Voilà autant de bonnes pratiques qui stimuleront le contexte d’apprentissage et de découverte de vos clients.

On observe notamment un intérêt grandissant pour les outils technologiques en milieu naturel, qui présentent l’avantage d’améliorer l’accessibilité à l’information et de rompre avec la visite traditionnelle, même s’ils font parfois figure d’intrus. L’Explorateur Parc Parcours de la Sépaq, l’application Vendée Vélo, le portail Web Escapado en Provence ou la iNature Trail en Floride sont de très beaux exemples.

ND_bonifier_activites_interpretation_image4

Source: iNature Trail, Floride

D’autres misent sur l’originalité dans les aménagements et les supports physiques, comme le concept de sentier sous-marin au Parc national de Port-Cros ou en Croatie, les itinéraires canotables avec audioguide au parc régional Obalski ou avec des panneaux dans les Everglades, les parcours adaptés comme l’exemple des maquettes et des tables d’interprétation installés dans le Parc national des Pyrénées pour les malvoyants et handicapés moteurs (voir aussi la vidéo), ou les déplacements en véhicule électrique, tel que le biotrain au Centre de la biodiversité du Québec.

 ND_bonifier_activites_interpretation_image5

Source: Parc national de Port-Cros

ND_bonifier_activites_interpretation_image6

Source: Lucy Wilcox Claiborne

ND_bonifier_activites_interpretation_image7

Source: Parcs nationaux de France

Sensibiliser les générations futures ou cibler les enfants nécessitent de multiplier les approches pour accroître l’attention et la participation. On pense par exemple au théâtre en plein air, aux chasses au trésor, aux énigmes à résoudre ou aux contes et légendes. Le pôle nature du Marais Poitevin, le parc national de Yellowstone ou le Parc national du Canada Terra-Nova proposent des programmes entièrement consacrés aux enfants.

ND_bonifier_activites_interpretation_image8

Source: Jérôme Chevereau, pôle nature du Marais poitevin

Toucher, voir, sentir, goûter, entendre: éveiller les sens

Favorisez les environnements multisensoriels dans des situations interactives, riches en possibilités d’échanges. Soyez à l’écoute de vos clients, allez chercher l’émotion! Racontez-leur des histoires! L’interprétation peut transformer vos activités et devenir un moteur du dynamisme régional.